L'Asile de Bailleul (Nord)

L'asile public d'aliénées de Bailleul a ouvert en septembre 1863, remplaçant avantageusement le très vétuste asile de Lille « situé au milieu de la ville, et entouré de maisons particulières qui l'étreignent, la dominent et l'empêchent de s'étendre ». Le nouvel établissement est installé dans une situation exceptionnelle, aux pieds des Monts de Flandre.

Pendant la Grande Guerre, peu avant l'occupation de la ville de Bailleul par l'ennemi, les malades hospitalisées sont évacuées en avril 1918 et réparties dans d'autres asiles. Les services administratifs, centralisés à Berck-sur-Mer, continuèrent cependant de fonctionner.

Les bombardements ayant presqu'entièrement détruit les bâtiments de l'asile (lire l'article du docteur Henri Damaye, qui en était l'un des médecins depuis 1907 : « L'asile de Bailleul », Annales médico-psychologiques, janvier 1919, pp.47-51) l'établissement sera reconstruit en 1923 (voir J. Raynier et J. Lauzier, La construction et l'aménagement de l'hôpital psychiatrique et des asiles d'aliénés, 1935, pp.155-173 : plans, ill., photos).

Ce Centre Hospitalier Spécialisé, aujourd'hui l'E.P.S.M. des Flandres, assure les soins en santé mentale des habitants de la Flandre Intérieure et du Littoral.

L'asile de Bailleul en 1887

Le rapport au ministre de l'Intérieur présenté ci-dessous est daté du 1er avril 1887. Saisset-Schneider, son signataire, a depuis peu remplacé Jules Cambon à la tête de la préfecture du département.

Pascal Leblond, le directeur qui n'a pas l'heur de plaire à notre très républicain préfet, avait été nommé sous le Second Empire, en 1865, en remplacement de Guilbert. Après une interruption de cinq années pendant lesquelles il dirige l'Asile Sainte-Anne à Paris, il est revenu en 1879 à Bailleul. La lutte entre républicains laïcs et réactionnaires pro-cléricaux est alors assez vive. Comme les médecins, le directeur est un fonctionnaire placé sous l'autorité directe du préfet, représentant du ministre de l'Intérieur dans le département, qui a pouvoir de nomination. Leblond, excellent administrateur au demeurant, sera admis à faire valoir ses droits à la retraite quelques mois plus tard..., à 67 ans révolus.

Pascal (Auguste) Leblond
Samer (Pas-de-Calais) 20 avril 1820 / Lille (Nord) 9 mars 1896

Directeur de l'asile de Bailleul et de l'asile Sainte-Anne (Paris)
Chevalier de la Légion d'honneur (1877).

Originaire d'une famille d'artisans, petit-fils et fils de tanneur, Pascal Leblond débute sa carrière en 1849 à Stephansfeld (Bas-Rhin) où il exerce les fonctions de receveur de l'asile, jusqu'à sa nomination en 1865 comme directeur de l'asile de Bailleul.

En 1874, Leblond permute avec Jules Vierne, directeur de l'Asile Clinique (Sainte-Anne), le grand établissement parisien.

Il y prend ses fonctions le 22 septembre 1874 et en sera le directeur pendant cinq années, jusqu'en 1879. Cette année-là, il est décidé de la séparation des fonctions de directeur et de médecin à Ville-Evrard, autre grand asile du département de la Seine (arrêté du 20 octobre).

Mais Leblond, sans avoir été installé à Ville-Evrard, obtient peu après (par arrêté du 6 décembre 1879) sans doute à sa demande, de rejoindre Bailleul où il terminera sa carrière : en 1887, il est admis à faire valoir ses droits à la retraite, à 67 ans révolus, et nommé directeur honoraire.

En 1851, Pascal Leblond avait épousé Blanche Dispot, fille d'un ancien sous-préfet de Saint-Dié, capitaine de grenadier de la garde mobile du Bas Rhin, membre de la commission administrative des hospices civils et militaires de Sélestat, procureur du Roi près le tribunal de Sélestat, avocat à la cour impérial de Colmar etc... En 1858, veuf avec deux enfants, il se remarie avec la sœur de Blanche, Clorinde Félicité, dont il aura trois fils.

Pascal Leblond repose au cimetière de Marquise (Pas-de-Calais).


On jugera de l'extrême pénurie en personnel médical : deux médecins et un interne ont alors en charge plus de 1200 malades...


Monsieur le Ministre,

j'ai l'honneur de vous transmettre ci-après des renseignements sur le personnel administratif et médical de l'asile d'aliénées de Bailleul.

M. Leblond, Directeur, est âgé de 67 ans. Son attitude politique, correcte en apparence, est en réalité celle d'un adversaire du Gouvernement.
Son personnel, très nombreux notamment dans l'exploitation agricole, devient en cas d'élections un appoint considérable pour la coalition de droite.
Les fils de ce fonctionnaire ont pris une part active à la manifestation organisée, il y a quelque temps, à Armentières, par le parti réactionnaire.
L'un d'eux fait son droit à la Faculté catholique de Lille.
M. Leblond manquerait aussi de fermeté. Sa mise à la retraite, si impatiemment attendue par le parti républicain, s'impose à tous égards.

M. le Docteur Belle, Médecin en Chef, s'acquitte de ses fonctions d'une manière satisfaisante et n'a jamais donné lieu à aucune remarque défavorable. Toutefois il n'aurait pas les qualités nécessaires pour remplir l'emploi de Directeur-Médecin.
J'ai émis récemment un avis favorable pour la promotion du Médecin adjoint à l'emploi de Directeur.

L'asile de Bailleul renferme 1260 malades. Or le personnel médical ne se compose que de deux médecins et d'un interne.

L'asile d'Armentières qui ne compte que 700 malades possède 2 internes. Ville-Evrard en a 4 pour une population égale à celle de l'asile de Bailleul.

Le service des internes se divise en service quotidien et service périodique.

Le service quotidien comprend :
1° l'assistance à la visite du matin,
2° la tenue des cahiers de visite, du cahier de pharmacie et du cahier de notes pour les observations,
3° les pansements,
4° la rédaction des observations individuelles.

Le service périodique comprend :
1° le service de garde pendant 24 heures,
2° l'administration des médicaments dangereux,
3° l'administration des douches et la surveillance des bains d'affusion,
4° l'exécution des prescriptions médicales qui ne peuvent être confiées aux infirmiers et aux infirmières,
5° l'assistance à la visite du soir,
6° la constatation des décès.

Un seul interne ne peut suffire à tant d'occupations. Il est obligé d'abandonner certaines de ses fonctions à des inférieurs inhabiles, au grand détriment des pensionnaires.

La création d'un second poste d'interne à l'asile de Bailleul est donc indispensable. Cette création permettrait de faire des visites à l'improviste et de remédier à certains abus.

Actuellement, la pharmacie est laissée à la surveillance presque exclusive des sœurs; la mise en camisole a lieu sans l'autorisation d'un des médecins ou de l'interne; les sœurs délivrent des permis de sortie; les malades emploient l'argent provenant de leurs parents à des œuvres pieuses; l'aumonier assiste, dans l'infirmerie, à la visite du médecin.
Ce dernier abus donne lieu depuis longtemps à des réclamations de la part du service médical.

En résumé, j'estime que le personnel administratif et médical de l'asile de Bailleul devrait comprendre à bref délai :
Un Directeur - Médecin présentant toutes les garanties nécessaires pour la bonne direction des services de cet important établissement.
Deux médecins-adjoints;
deux internes.

J'ajoute que sur le rapport des dépenses qu'elle nécessiterait, la nomination d'un second médecin-adjoint serait plus que compensée par l'économie qui résulterait de la réunion des fonctions de surveillance et de celles de Médecin en Chef, dans les mêmes mains.

Je suis avec respect, Monsieur le Ministre, Votre très obéissant et dévoué serviteur.
le Préfet du Nord
(signé Saisset-Schneider)


Un fait divers en 1910


Le Temps, jeudi 19 mai 1910

« Incendie d'un asile d'aliénées. - Mardi, 17 mai, vers 7 heures du soir, la foudre, tombant sur l'asile d'aliénées de Bailleul (Nord), mit le feu au pavillon des folles placées en observation.

C'était le moment où les infirmières mettaient au lit les malheureuses pensionnaires. En quelques minutes, tout le bâtiment fut en flammes.

Les religieuses et les infirmières, aidées par les gendarmes, procèdèrent, avec le plus grand sang-froid, au sauvetage des soixante aliénées qui étaient couchées. Elles se laissèrent mener sans aucune résistance, sauf quelques-unes qui se cachèrent sous le lit et qui durent être empoignées de force.

Le feu augmentant sans cesse, on demanda les pompiers de Lille et de Dunkerque, qui arrivèrent vers 11 heures du soir, alors que tous les pavillons, contenant près de trois cents folles, avaient été évacués. A minuit, tout danger avait disparu. On avait aucun accident de personnes à déplorer.

Les dégâts s'élèvent à plusieurs centaines de mille francs. »

Michel Caire, 2008-2010
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