MONTDEVERGUES (Vaucluse)

 

L'asile d'aliénés du département de Vaucluse, à Montdevergues

L'asile public mixte du Vaucluse, installé à Montdevergues, près d'Avignon, a ouvert ses portes en 1854.

Depuis une dizaine d'années déjà, quelques convalescents de l'hospice d'Avignon y étaient employés à des travaux agricoles.
Cet hospice d'Avignon, fondée au XVIIème siècle sous le nom de Maison des insensés de la Miséricorde, ferme définitivement en 1862.

Plusieurs bâtiments de l'asile de Montdevergues ont été conservés.
Ils font aujourd'hui partie du Centre Hospitalier de Montfavet, dont la plus illustre des malades a sans doute été Camille Claudel, qui y a séjourné de 1914 à sa mort en 1943, à l'âge de 79 ans.


L'asile de Montdevergues en 1860

L'asile dispose alors de 600 places, 300 pour chaque sexe. En 1860, le nombre de personnes y ayant séjourné se monte à 512, dont 316 hommes et 196 femmes (notre "file active hospitalière" d'aujourd'hui) : 372 aliénés étaient présents au 1er janvier, 140 sont entrés en cours d'année. 51 décès (mort naturelle) ont été comptabilisés, et 50 sorties (dont 31 pour cause de guérison et 6 améliorés).
Ce qui porte le nombre de présents au 31 décembre à 411.
Le nombre de malades présents un jour donné excède donc de beaucoup celui des entrants de l'année. Le fait n'est pas propre à Montdevergues: il est relevé dans tous les établissements publics français jusque dans les années 1960-1970.

50 sorties dans l'année pour 512 malades traités, les résultats sont à la mesure des moyens thérapeutiques dont le rapport qui suit montre la pauvreté, dans un établissement pourtant récent et assez bien équipé pour l'époque. Encore ces moyens thérapeutiques ne sont-ils destinés qu'aux aliénés présumés curables, qui ne sont que 81 des présents au 1er janvier, et 70 des admis dans l'année :


Occupations des aliénés dans l'établissement

Parmi les divers moyens palliatifs ou curatifs employés dans l'asile pendant l'année 1860, nous devons signaler d'une manière toute particulière outre le travail sous toutes ses formes les jeux, la musique la lecture les promenades à l'extérieur &c.

Les promenades soit sur la montagne de Montdevergues, soit à la campagne des environs d'Avignon ont eu lieu très fréquemment; les aliénés les demandent avec instance; ils attendent avec impatience les jours qu'elles doivent se faire, car ces excursions leur procurent une occasion très agréable de respirer le grand air, de courir, de s'égayer. Les effets de ces promenades sont très satisfaisantes surtout pour les femmes qui se préoccupent fortement de leur toilette, du gouter qu'on leur donn
e &c. &c.
Elles se trouvent très bien de la fatigue physique qui en résulte et qui détourne les mouvements toujours portés vers le cerveau chez ce genre de malades.

Les jeux les plus variés ont été mis à la disposition des aliénés qui aux heures de la récréation cherchent à se distraire tout en se reposant de la fatigue inhérente aux travaux manuels qui leur sont prescrits.

La lecture des journaux a été pour un grand nombre de nos malades de Montdevergues une intéressante distraction.
Tous les dimanches à la messe les élèves de l'école de musique chantent plusieurs cantiques. Ils se rendent avec plaisir aux répétitions qui ont lieu tous les jours.

Méthodes curatives employées dans l'établissement

Aussi diverses par leur nature que par leurs formes les affections mentales ne sauraient réclamer une méthode de traitement toujours identique. Les conditions diverses dans lesquelles se trouvent les aliénés fournissent encore au traitement des médications très importantes.

C'est ainsi que l'âge, le sexe, la constitution, l'idiosyncrasie etc. influent fortement sur le choix des remèdes et vont même jusqu'à faire naître des indications prédominantes. En outre chez les aliénés le coprs est aussi malade que l'esprit, de sorte qu'un traitement purement moral ne peut guère leur convenir.

Les méthodes curatives de la folie sont donc et doivent être nombreuses et variées.

Une thérapeutique étendue réclame à son tour les remèdes les plus divers qu'elle met à profit en les employant de plusieurs manières selon les exigences du moment.

Les névrosthéniques, les altérants, les tempérants, les évacuants, les excitants, les anti-spasmodiques, les narcotiques et surtout les toniques ont été mis en usage pour remplir des indications habituellement précises et nettement déterminées. Les anti-phlogistiques ne sont employés qu'exceptionnellement dans l'asile et quand on a recours à eux, c'est presque toujours pour combattre les maladies incidentes qui acquièrent souvent une gravité insolite.

L'hydrothérapie est fréquemment employée avec succès, ainsi que les bains simples et médicamenteux. Un traitement moral fort étendu, une discipline douce et persuasive, une hygiène sévère, les jeux, les promenades, la lecture, l'écriture, la musique complètent les traitements employés dans l'établissement.

Remarquons enfin que les malades sont occupés tous les jours, selon leur aptitude, leur profession, mais plus généralement aux travaux de la campagne


La petite notice qui suit date du début du XXème siècle. Elle semble avoir été destinée à susciter des candidatures au poste de médecin en chef de l'asile, ou du moins à faire la promotion de l'établissement dans le milieu des aliénistes.
Ce qui n'était peut-être pas tout à fait inutile : début 1901, pour 1.500 à 1.600 malades, le service médical n'est que d'un médecin en chef et deux médecins adjoints, assistés de quatre internes. Est-ce la raison pour laquelle le docteur Henri Maignal, installé comme médecin adjoint le 28 janvier, demande dès le 7 mars sa mise en disponibilité, désirant retourner à Dakar (Sénégal, alors en Afrique Occidentale Française, où il était médecin civil avant sa nomination), ou, devrait-on dire, préférant y repartir?


Asile d'aliénés de Montdevergues (Vaucluse)

L'asile de Montdevergues (1 600 malades environ) est situé en pleine campagne, à 5 kilomètres d'Avignon et 1 kilomètre et demi du village le plus proche, Montfavet, gros de quelques centaines d'habitants.

On peut se rendre à Avignon en allant prendre à Montfavet le chemin de fer de la ligne Miramas-Cavaillon (six trains par jour, onze minutes de trajet) ou en utilisant une patache toruesque, inconfortable et malodorante, qui, toutes les deux heures, joint les gémissements de ses essieux à ceux de ses infortunés voyageurs. La bicyclette, quand le mistral en permet l'emploi, peut rendre les plus grands services. Lers routes sont planes, bien entretenues et ombragées à souhait.

Dans un périmètre de moins de 100 kilomètres, toute la région offre une richesse infinie en merveilles archéologiques et en beautés naturelles, le tout baigné par une lumière digne de l'Orient. Quelques moustiques.

L'asile est quelconque. A mentionner toutefois une très heureuse division du pensionnat en deux bâtiments distincts, l'un réservé aux malades propores et relativement raisonnables, l'autre aux gâteux et malades d'un commerce difficile. Les infirmeries constituent des quartiers complètement indépendants, spacieux et bien aménagés. Elles contiennent, outre les salles habituelles de malades, des réfectoires, des chambres d'isolement, une salle d'opérations et un cabinet d'examens. Une salle d'autopsie vaste et bien éclairée, une bibliothèque assez bien garnie, et un petit laboratoire permettent les examens et les recherches scientifiques les plus indispensables. cette organisation fait le plus grand honneur au docteur Pichenot qui en a été le promoteur et n'en a obtenu la réalisation complète qu'après quatorze années d'efforts persévérants. A signaler encore une vaste salle des fêtes avec scène théâtrale, où, chaque mois, le directeur actuel M. Monguet, organise pour les malades quelque distraction nouvelle
.


Entrée principale de l'asile de Montdevergues

Le service médical comprend un médecin en chef, deux médecins adjoints chargés, l'un du service des hommes, l'autre du service des femmes, sous le contrôle et la signature du médecin en chef, plus quatre internes. Le médecin en chef fait la visite un jour au service des hommes, un jour au service des femmes.
Les médecins de l'asile sont fréquemment appelés chez des malades du dehors, aucun médecin n'étant installé à proximité. N'anmoins, ils entretiennent avec leurs confrères d'Avignon et de toute la région les rapports les plus cordiaux.

Le directeur administrateur et le médecin en chef habitent en face l'un de l'autre, au milieu de l'allée principale, des maisons très confortables, munies de terrasses, de grands jardins, de basses-cours, etc. L'un des médecins adjoints occupe le long du mur d'enceinte un petit pavillon neuf de sept pièces, avec terrasse et jardin, mais sans vue.
L'autre est logé hors de l'asile, au milieu d'un petit parc, dans une maison de belle apparence, amis quelque peu humide et assez mal distribuée. Néanmoins, sa situation, ses beaux ombrages et de précieuses dépendances dont une écurie et un hangard à automobile en font une résidence très enviable.
Partout éclairage électrique.
Avantages particuliers consentis aux fonctionnaires de l'établissement: médicaments, fruits et légumes; la viande au prix de l'adjudication.

Tels sont les détails d'ordre essentiellement utilitaire qui, bien qu'ils ne figurent pas dans le guide Joanne, ni dans les rapports annuels qu'échangent entre eux les chefs de service des asiles, peuvent néanmoins, à un moment donné, intéresser au plus haut point quelques-une d'entre nous.

G. Delarue


Michel Caire, 2007
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