L'asile d'aliénés de Vaucluse


L'asile d'aliénés de Vaucluse, troisième asile du département de la Seine après Sainte-Anne et Ville-Évrard, ouvre en 1869.

En 1937, il est rebaptisé hôpital psychiatrique de Vaucluse, puis hôpital psychiatrique de Perray-Vaucluse.

Il est aujourd'hui connu sous le nom de Groupe Public de Santé Perray-Vaucluse, et dispose d'un site Internet.

L'histoire de l'établissement de ses origines aux années 2000 a été retracée par Patrick Hottot dans un ouvrage bien documenté et très richement illustré paru en 2009 chez Les Amis de l'Histoire de Sainte-Geneviève-de-Bois et ses environs.

Les lits d'hospitalisation ont été délocalisés en 2004 Porte de Choisy (Paris, XIIIe), dans une structure dénommée Hôpital Henri Ey. Le GPS-PV a jusqu'en 2016 pris en charge les personnes habitant les VIIe, VIIIe et XVIIe arrondissements de Paris. En juin de cette année 2016, le secteur de psychiatrie générale du VIIème arrondissement a été rattaché au Centre Hospitalier Sainte-Anne, tandis que ceux du VIIIe et du XVIIe ainsi que le secteur de psychiatrie infanto-juvénile des VIIe, VIIIe et XVIIe ont été transférés à l'Établissement Public de Santé Maison-Blanche.

Le texte présenté ci-dessous date du temps où l'établissement, un asile départemental, était placé sous l'autorité du Préfet du département, et contrôlé par la Commission de Surveillance des Asiles d'aliénés de la Seine.

La Colonie de Vaucluse dont il est question dans ce texte a été ouverte le 1er juillet 1876. Elle était destinée à de jeunes garçons âgés de 8 à 15 ans, « atteints d'idiotie et d'imbécilité mais valides, à l'exclusion des gâteux et des épileptiques ».


Colonie de Vaucluse

Les cellules d'isolement des idiots incoercibles

Commission de Surveillance des Asiles publics d'aliénés de la Seine

Procès-Verbal de la séance du 5 juin 1883


Colonie de Vaucluse.
Construction d'une cellule d'isolement

« L'ordre du jour appelle la discussion sur la construction de deux cellules à la colonie de jeunes idiots de Vaucluse.


Rapport de M. Pelletier, rapporteur.

« M. PELLETIER, rapporteur, donne lecture du rapport ci-après et de quelques pièces ayant trait à la question :

« MESSIEURS,
L'Administration préfectorale nous a transmis, avec demande d'avis, un rapport, un plan et un devis de M. l'architecte Maréchal, le tout relatif à l'établissement de deux cellules d'isolement à la colonie de Vaucluse.

« Nous savions que cette construction était depuis longtemps réclamée par M. le Dr Bigot, Directeur de l'asile, qui avait insisté à ce sujet, notamment lors de la visite de la Commission du Conseil général, en 1882; mais le rapport de M. Maréchal, tout technique, ne faisant connaître aucun des motifs qui justifiaient cette création, nous avons cru devoir demander quelques renseignements à l'Administration, et voici ceux qu'elle nous a fournis : c'est d'abord une lettre de l'Instituteur de la colonie.
« Paris, le 29 mars 1883.
« MONSIEUR LE DIRECTEUR,
« En réponse à la lettre de M. le Préfet de la Seine, en date du 27 mars courant, relative à l'établissement de deux cellules là la colonie de Vaucluse, j'ai l'honneur de vous informer que ces deux cellules ont été demandées à la suite d'actes de rébellion et des évasions répétées de différents colons, notamment des nommés L ... , D. N ... , B ... , G ... , D ... , qui faisaient école d'évasion, entraînant leurs camarades avec eux, et de la tentative d'incendie à la colonie, projetée par le colon S ...

C'est vers le mois d'août 1882, époque de l'entrée de ce dernier colon, que les principaux actes d'insubordination ont eu lieu. Les colons S ... et V ... ont été transférés à l'hospice de Bicêtre.

Il nous reste encore les autres colons qui, non contents de faire le mal par eux-mêmes, excitent leurs camarades à s'évader, à se livrer publiquement à l'onanisme, à déchirer leurs effets, il casser les chaises, les bancs, les portes, les vitres des fenêtres, etc. Ils menacent leurs gardiens et le surveillant, afin d'exciter ceux-ci à les frapper pour les faire renvoyer.
Comme moyens de répression, j'ai essayé à différentes reprises d'employer la réprimande et les retenues; mais ces punitions sont complètement insuffisantes, car ayant affaire à des sujets imbéciles, ou impulsifs, ils déchirent toujours leurs Iivres et leurs cahiers, et j'ai dû renoncer à les punir.

Quant aux moyens de contrainte, tels que : affusions, camisoles, entraves, manchettes, ne pouvant d'ailleurs être ordonnés que par le médecin, ils ne sont que rarement mis en usage, attendu qu'ils n'ont produit aucun effet.

La seule punition qui, jusqu'à ce jour, ait produit sur certains colons un résultat relatif, est la privation du vin pour les fautes graves. Nous employons cette punition depuis deux mois environ, et le vin supprimé est distribué aux autres enfants.

Je crois donc, Monsieur le Directeur, que l'établissement des deux cellules à la colonie, pour isoler nos enfants impulsifs et incoercibles, pendant leurs moments d'excitation, serait très nécessaire et produirait les meilleurs résultats. Mais il y a dans le nombre les nommés B ... , L ... , d. R, .. et D .. , qu'on ferait mieux de rendre à leurs familles ou d'envoyer dans une maison de correction, car ils démoralisent leurs camarades par leurs exemples.

Enfin, il y aurait lieu de faire un tri des enfants éducables et des vicieux, absolument pervertis et incorrigibles.
Signé: GÉRARD, instituteur de la colonie.

Bien que les faits signalés dans cette lettre, qui a été approuvée par M. le docteur Bigot, nous paraissent suffisants pour motiver la demande de M. le Directeur de l'asile, nous avons pensé qu'il ne serait pas sans intérêt pour la Commission de connaitre ce qui se faisait dans les quartiers de la Salpêtrière, et surtout de Bicêtre, où se trouvent un très grand nombre d'enfants affectés des mêmes infirmités que ceux de la colonie de Vaucluse.

Voici ce que répond M. le Directeur de l'Assistance publique.

Rapport à M. le Préfet de la Seine. (Service des aliénés.)

« J'ai l'honneur de transmettre à M. le Préfet de la Seine les renseignements qu'il m'a demandés, par dépêche du 27 mars dernier, sur les moyens de coercition employés dans les quartiers de Bicêtre et de la Salpêtrière, à l'égard des enfants dont l’inconduite et l'indiscipline constituent un scandale pour les autres.

Ces mesures disciplinaires varient nécessairement, suivant la gravité de la faute et la perversité du sujet; elles sont employées aussi rarement que possible, la douceur étant le plus souvent tentée comme moyen de ramener ces pauvres malades.

A Bicêtre, on emploie la privation de vin pour un temps déterminé, la privation de promenade, la privation de sortie. Vient ensuite, pour les cas de rébellion, l'emploi' de la camisole de force, dont on n'use que très rarement, cette mesure répugnant au médecin de service. Enfin, dans les cas particulièrement graves de révolte, en cas de vol ou d'actes d'immoralité, les coupables subissent la mise en cellule pour un temps qui varie de un jour à un mois, dans une des cellules du quartier de la sûreté.

A la Salpêtrière, les punitions consistent dans la privation de sortie, privation de voir les parents au parloir, les jours d'entrée, ou abréviation de la durée de la visite. On fait coucher les récalcitrants aussitôt après le dîner, ou bien on les met en cellule pendant une heure au plus. Enfin, on emploie la camisole de force lorsqu'il y a eu quelque dégradation de commise par méchanceté, telle que le bris de carreaux.

Paris, le 10 avril 1883.
Le Directeur de l'Administration générale de l'Assistance publique.
Signé: Charles QUENTIN

Nous ajouterons enfin que notre collègue, M. le Dr Bourneville, qui est chargé des quartiers de Bicêtre, où les aliénés adultes et les enfants arriérés sont si malheureusement mêlés, et qui cependant a su ne pas recourir, jusqu'à présent, à l'isolement en cellule pour ces derniers, n'en reconnaît pas moins l'utilité, dans certains cas, et dans son rapport au Conseil général, à la dernière session de 1882, lorsqu'il insiste avec tant de raison pour la création d'un quartier spécial à Bicêtre, pour les enfants arriérés, il fait figurer des cellules dans son programme.

Nous avons pensé, Messieurs, que tous ces détails, peut-être un peu longs, pourraient ne pas être indifférents pour la Commission, surtout pour ceux de ses membres qui n'ont pas l'honneur d'être médecins. Mais ces explications données, nous avons à examiner les projets de construction de M. Maréchal.

Je dis les projets, car avant notre réunion d'aujourd'hui, nous étions venus à la colonie pour bien nous rendre 'compte de celui que l'Administration nous avait communiqué, par sa lettre du 31 mars dernier, et il nous a paru que l'emplacement choisi présentait de graves inconvénients, à raison de sa proximité du dortoir des enfants, d'un passage continuellement fréquenté par les jeunes colons, les gens de service et les visiteurs, et aussi du voisinage du chemin qui conduit à la colonie.

Ces inconvénients étaient reconnus par l'architecte et l'instituteur, et ce dernier nous ayant déclaré qu'il pouvait provisoirement se contenter d'une seule cellule, M. Maréchal propose par un nouveau rapport de l'établir dans une chambre à rez-de-chaussée, libre en ce moment, et située dans le pavillon de la cuisine, en arrière sur la campagne.

Rapport de M. Maréchal, architecte.

« A la date du 14 février dernier, l'Architecte soussigné avait dressé un projet de cellules de punition et isolement pour les enfants incoercibles à la Colonie de Vaucluse.
A regret, et faute d'autre emplacement, il proposait d'établir ce nouveau service dans un local vacant, à rez-de-chaussée du bâtiment renfermant l'écurie et la remise; il signalait d'ailleurs les inconvénients que devait présenter l'existence de chambres de punition sur un point aussi central de la Colonie.

Des renseignements nouveaux, recueillis au cours d'une visite récente faite sur les lieux en compagnie de M. le Rapporteur de la Commission de surveillance chargé d'examiner l'affaire, permettent de penser qu'une seule chambre pourrait peut-être suffire en ce moment; ces renseignements donneraient aussi à croire qu'un certain temps d'expérimentation pourrait avoir une véritable utilité avant de faire les frais d'une installation définitive.

Dans ces conditions, l'on n'aurait qu'à se servir à titre provisoire d'une chambre, à peu près libre en ce moment, qui se trouve assez éloignée de l'entrée et du mouvement de va-et-vient de l'établissement. Elle l'est dans le Pavillon de la Cuisine, en arrière sur la campagne.

Il faudrait ouvrir une porte d'accès par l'extérieur, sur le passage séparant le Pavillon de celui de l'Administration; condamner la porte de communication avec la Cuisine; puis parqueter la pièce, et installer un poële de façon à la chauffer l'hiver; ce poële serait placé en dehors et n'y communiquerait que par une bouche de chaleur.

La dépense pourrait dans ce cas être d'environ 800 à 1.000 francs.

Le soussigné estime que, tout en donnant satisfaction aux besoins actuellement reconnus, cet arrangement laisserait la place à une meilleure combinaison pour le moment où l'on aura pris parti à l'endroit des modifications et améliorations dont la Colonie peut être susceptible.

Il pense que ce projet restreint peut être substitué avec avantage à celui qui avait été présenté.

Paris, le 2 juin 1883.
Signé : Henri MARÉCHAL.

Vous venez, Messieurs, de visiter la colonie; vous pouvez apprécier chacune des deux, propositions, et si vous pensez comme nous que, dans l'état actuel de la colonie, il convient de ne faire que les dépenses strictement nécessaires, vous approuverez, comme nous vous le proposons, le deuxième projet de M. Maréchal, qui estime la dépense à un maximum de 1.000, au lieu de 4.000 francs.

J'ai terminé, Messieurs, mon rapport sur la question qui vous était soumise par M. le Préfet.

Mais des documents fournis et des visites à la Colonie ainsi qu'à Bicêtre s'est de nouveau dégagé un fait déjà bien des fois signalé à l'Administration : que la Colonie de Vaucluse est loin de réaliser le but poursuivi par sa création et qu'elle est même dans un état réel d'infériorité, vis-à-vis du quartier de Bicêtre, où, bien qu'ils soient mêlés aux adultes, les enfants trouvent plus de ressources pour le traitement et leur éducation que ceux de la Colonie.

Nous savons qu'à plusieurs reprises M. le Directeur de l'asile de Vaucluse a réclamé pour sa colonie d'importantes modifications, tant dans les bâtiments que dans le matériel et même dans le personnel de cet établissement pour lequel il réclame avec raison un médecin spécial.

Notre collègue, M. le Dr Bourneville, dans son dernier rapport au Conseil général, a indiqué également certaines modifications à apporter dans le régime de la Colonie.

Nous croyons qu'il y a urgence à ce que l'Administration départementale fasse pour la Colonie de Vaucluse ce que l'Administration hospitalière a fait pour les jeunes idiots et arriérés de Bicêtre, après avoir pris l'avis d'une Commission spéciale qui a étudié toutes les améliorations à apporter dans le traitement et le régime d'éducation de ces enfants.

Aussi nous vous proposons, Messieurs, d'émettre ici le vœu que cette étude qui est, croyons-nous, commencée à la Préfecture de la Seine, soit poursuivie et terminée dans le plus bref délai possible.

Signé : PELLETIER.


M. LE Dr BOURNEVILLE demande l'impression du rapport de M. Pelletier et la remise de la discussion à la prochaine séance.

La Commission décide que ce rapport figurera en entier dans le procès-verbal.

M. LE PRESIDENT rappelle les conclusions de M. le Rapporteur et demande à la Commission si elle entend discuter immédiatement ces conclusions.

La Commission décide que la discussion aura lieu de suite.

M. LE PRÉFET fait observer que les conclusions de M. le Rapporteur se réduisent aux deux questions ci-après :
1° La Commission pense-t-elle qu'il y a lieu de construire une cellule d'isolement ?
2° Dans quel endroit cette cellule doit-elle être construite ?

M. le Président met en discussion chacune de ces deux questions.

Sur le premier point M. LE Dr BOURNEVILLE dit ne pas s'opposer à la construction de cette cellule dans la limite d'une dépense de 800 fr. à 1.000 fr.

A l'unanimité la Commission émet un avis favorable à la construction de cette cellule.

Sur le second point M. LE Dr DU MESNIL estime que l'endroit désigné par M. le Directeur est préférable, attendu qu'il permet d'isoler deux incoercibles au lieu d'un seul : une faute est presque toujours commise à deux. D'ailleurs, un enfant en cellule ne peut rester sans surveillance et le local indiqué par M. Bigot permet cette surveillance.

M. LE RAPPORTEUR et M. l'Architecte répondent que l'emplacement par eux désigné permet également de prendre toutes les mesures nécessaires pour que cette surveillance soit efficacement exercée.

La Commission, émet un avis favorable à la construction de cette cellule d'isolement à l'endroit indiqué par M. le Rapporteur, près de la cuisine, mais sous la réserve expresse qu'un gardien soit toujours placé à côté pour la surveillance de l'enfant qui s'y trouvera isolé.

La Commission adopte ensuite la proposition de M. LE RAPPORTEUR, tendant à l'étude par l'Administration de toutes les questions relatives aux améliorations dont la Colonie est susceptible et notamment à la séparation de cette Colonie d'avec la ferme et à la nomination d'un médecin spécialement affecté à la Colonie. »


En cette année 1883, c'est le docteur Victor Bigot 1827-1887 qui est le Directeur Médecin de l'asile de Vaucluse : jusqu'en 1892, les fonctions de directeur administratif et de médecin en chef y sont confondues.

Michel Caire, 2015-2016
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