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[Pierre] Jacques Delmond
ou Delmond-Bebet
Paris XIXe, 24 mai 1906 / Paris XVIe, 3 février 1994

Médecin des asiles publics d'aliénés.

Jacques est le fils du docteur Stanislas Delmond-Bebet, ancien interne des Hôpitaux de Paris, Médecin-Chef de Dispensaires d’Hygiène sociale, né le 10 février 1870 à la Martinique, décédé le 7 septembre 1951 et de Suzanne Lecler 1877-1960. Marié le 3 mai 1932 avec Germaine Patou, Jacques Delmond divorce le 23 novembre 1946 et se remarie le 3 février 1948 à La Napoule, Alpes-Maritimes, avec Dominique Eve Hickel. Cette dernière étant décédée en 1973, il épouse en troisièmes noces Hélène Prouet le 28 janvier 1978.

Sa famille paternelle a été très touchée par la catastrophe survenue à la Martinique le 8 mai 1902, puisque ses grands-parents paternels et leurs deux filles sont morts dans l’éruption de la Montagne Pelée, et tous leurs biens anéantis.

Jacques fait ses études secondaires et médicales à Paris, à la fin desquelles il suit les conférences d’internat de Louis Le Guillant et d’Henri Ey et passe avec succès le concours de 1933. Interne des asiles publics d’aliénés de la Seine, il débute son internat à Ville-Evrard, dans le service du Dr Roger Mignot, médecin-chef de la division des femmes, puis à la Maison spéciale de santé de Ville-Evrard avec le Dr Georges Petit. Il est ensuite interne à l’asile Clinique (Sainte-Anne), dans le service du docteur Léon Marchand, dans le service de Genil-Perrin puis de Paul Courbon, et de Xavier Abély au Service des Admissions.

En 1935, il a été reçu docteur en médecine à l’Université de Paris, après avoir soutenu une thèse intitulée Essai sur la Schizophasie. L’exemplaire de la bibliothèque de Maison-Blanche est dédiée « à (son) maître monsieur le Docteur Roger Mignot », le 8 juin 1935.

En 1937, Delmond est reçu au concours du Médicat des asiles publics d’aliénés, et il est nommé médecin chef de service à l’hôpital psychiatrique de Hoerdt (Bas-Rhin, au nord de Strasbourg) et de son Quartier de Sûreté. Puis, par arrêté du 30 décembre 1938, il est nommé médecin-directeur de la Grimaudière (La Roche-sur-Yon) où Il succède à Henri Damaye [1876-1952]. L’Hôpital Psychiatrique de la Vendée -jadis Asile des aliénés de Napoléon-Vendée- sis à La Grimaudière se nomme aujourd'hui l’E.P.S.M. Georges-Mazurelle.

En 1939, il est mobilisé avec le grade de médecin-lieutenant dans un bataillon de troupes coloniales (Artarit), et ne reprend son poste à La Grimaudière qu’en septembre 1940. Son intérim de médecin-directeur est assuré par le docteur René Cullerre, fils du docteur Alexandre Cullerre [1849-1934] et frère du docteur Élisabeth Cullerre [1894-1960], qui était conseiller général et président de la Commission de surveillance de l’hôpital.

Les 15 et 16 août 1942, Delmond participe aux célèbres "journées de Bonneval" organisées par Henri Ey, et rédigera « à partir de notes prises alors, une "esquisse du plan de l'histoire naturelle de la folie". C'est une plaquette de 24 pages qui se trouve dans la bibliothèque d'Henri Ey. » (Artarit)

Sous l'Occupation, Delmond se montre un ferme et ardent défenseur de « ses » malades, agissant pour les sauver -autant que faire se peut- de la famine, en un temps de restrictions où l’influence du courant eugéniste était forte, et conduisait certains médecins à ne pas s’opposer à cette sorte de sélection naturelle qui sévissait dans les hôpitaux psychiatriques. Mais en dépit des efforts du médecin directeur, la mortalité est considérablement plus élevée qu’avant guerre : « les rapports annuels établis par le Dr Delmond, médecin directeur, pour le Préfet de Vendée indiquent une forte évolution de la mortalité sur la période 1939-1942. On dénombre ainsi 79 décès sur 1047 présents (896 aliénés et 154 pensionnaires) en 1939, 121 sur 1 321 présents (dont 141 pensionnaires) en 1940, 203 sur 1 001 personnes présentes au 1er janvier en 1941, 183 sur 1 059 présents (dont 159 pensionnaires) en 1942. Le nombre de décès retombe à 46 en 1943 et 35 en 1944. Les décès concernent essentiellement les aliénés. Le nombre des pensionnaires payants est stable sur la période. » [Pascal Forcioli. Voir aussi l'article de J. Artarit, 2021]

La fin de la guerre est à La Roche-sur-Yon quelque peu chaotique : sur ordre des autorités occupantes, 595 patients sont évacués vers d’autres établissements psychiatriques de l’intérieur. Fin août 1944, les Allemands évacuent La Roche. Le 8 septembre, Delmond quitte son poste de « manière inattendue », selon le Bulletin de la Commission de Surveillance qui évoque « une certaine incertitude sur la durée de son absence » [cité par É. Pewzner-Apeloig] et disparaît. Il sera vite suspendu, avant d’être révoqué. Pour le Comité départemental de Libération, "L'arrêté de suspension du docteur Delmond […] le 1er décembre 1944 s'imposait. Son affiliation à la Milice et à la L.V.F. ne fait aucun doute" [J. Artarit, en référence aux AD de Vendée, 1W366]. L’anti-bolchévisme du médecin-directeur explique sans doute son engagement du côté de Darnand, Doriot et autres Laval.


« Dans un rapport des sœurs de la Sagesse, écrit après la guerre, on peut lire : " Le directeur, M. Delmond, a fui avec les Allemands, bien lui en a pris, peut-on dire, un groupe de résistants s'est formé depuis quelque temps à l'hôpital même, ayant à sa tête le docteur Rallu, médecin-chef pour le service des femmes. "[...] En fuite, il sera, le 26 juin 1945, condamné par contumace à 20 ans de travaux forcés et à la confiscation de ses biens par la Cour de Justice du département de la Vendée pour intelligence avec l'ennemi. » [J. Artarit, 2021]



A la Grimaudière, c’est le docteur René Cullerre, toujours président de la Commission de surveillance, qui, comme en 1940, est nommé médecin directeur intérimaire, dans l’attente de l’arrivée du docteur Gabriel Fail [1898-1990], qui « ne prendra ses fonctions qu’en juin 1945, étant engagé comme combattant F.F.I. », tandis que Mme le Dr G. Rallu, médecin en chef du service des femmes, a obtenu sa mise en disponibilité.

Après la guerre, le nom de Delmond disparait de la liste des membres de la Société médico-psychologique dont il était membre correspondant national depuis son élection du 24 janvier 1938.

Il a cependant poursuivi ses activités, non pas hospitalières, mais psychiatriques : il apparaît dans l’édition d’avril 1966 (6e éd.) de l’Indicateur des consultations et des secteurs d'hygiène mentale dans le Département de la Seine comme l’un des médecins du dispensaire de Bagnolet [Croix-Rouge et Direction de l'Hygiène sociale], où "Delmond" [que nous pensons ne pas être un homonyme] exerce avec Mme Régine Gilles-Granier et Mlle Marie Drouet. Et en 1975, il publie un article intitulé « Histoire d’Oria. Jeune possédée asturienne » dans la revue L'Évolution Psychiatrique -organe de la société du même nom dont il est resté membre titulaire- où il présente un document du XIIème siècle relatant un exorcisme à Oviedo. Il habite alors 42 rue de Lübeck à Paris XVIe arr.



Principales publications


Rédacteur de « Henri Ey, Délires d'imagination ». Janvier 1936, 11 p. dactyl.

Essai sur la schizophasie. Thèse, Paris: Libr. E. Le François, 1935; 104 p. (voir Annales médico-psychologiques 1936, I, 478)

Georges Petit et Jacques Delmond, « Syndrome d'Adie et syndrome neuro-anémique à type de psychose polynévritique. Amélioration par la méthode de Castle ». Annales médico-psychologiques 1936, I, 106-113

Georges Petit et Jacques Delmond, « Syndrome d'Adie transitoire, anémie et parkinsonisme fruste au cours d'une confusion mentale subaiguë avec lymphocytose rachidienne ». Annales médico-psychologiques 1936, I, 236-242

Jacques Delmond et Louis Anglade, internes des Asiles de la Seine, « Gigantisme, terreurs nocturnes et délire d’imagination (travail du service de M. le Dr Marchand) ». Annales médico-psychologiques 1936, I ; 385-390

Georges Petit et Jacques Delmond, « Mémoires originaux. Le syndrome d'Adie en pathologie mentale. Ses rapports avec les syndromes neuro et psycho-anémiques ». Annales médico-psychologiques 1936, I, 497-519

Léon Marchand et Jacques Delmond, « Sur un cas de pyknolepsie (présentation de malade) ». Annales médico-psychologiques 1936, II ; 470-474

Jacques Delmond et Jacques Golse, internes des Asiles de la Seine, « Vagabondage avec condamnations ; psychose paranoïde (travail du service de M. le Dr Marchand) ». Annales médico-psychologiques 1936, II ; 618-621

« L'image dans le langage schizophrénique ». L'Evolution psychiatrique 1937, IV; 3-16 [bref résumé in Annales médico-psychologiques 1939, I ; 163]

Jacques Delmond, « La paralysie générale à l'admission de l'asile clinique (Statistique sur 4 mois). Fréquence des formes anormales ». Annales médico-psychologiques 1937, I, 455-460

Paul Courbon et Jacques Delmond, « Virtuosités autodidactiques et hyperalgésie aux contacts sociaux ». Annales médico-psychologiques 1937, I, 461-474

Jacques Delmond, Yves Longuet et Louis Anglade, « Paralysie générale infantile et neuro syphilis familiale ». Annales médico-psychologiques 1937, I : 582-586

Paul Courbon et Jacques Delmond, « Anatopisme mental ou psychose chez un Russe ». Annales médico-psychologiques 1937, I, 797-810

Xavier Abély et Jacques Delmond, « Hyperostose frontale interne : démence, lipomatose symétrique, troubles infundibulaires ». Annales médico-psychologiques 1937, II, 225-231

Jacques Delmond et René Vercier, « Effets stimulants de la benzédrine dans la fatigue nerveuse et l'hypotonie végétative (Travail de l’Hôpital Henri-Rousselle, directeur Dr Genil-Perrin) ». Annales médico-psychologiques 1937, II, 323-328

Jacques Delmond et Jean Carrère, « Le syndrome psychologique dans les cas de perversité par encéphalite épidémique chronique à forme retardée ». Annales médico-psychologiques 1938, II ; 401-411

Jacques Delmond et Jean Carrère, « Psychopathie et criminalité dans quatre générations de Tziganes d'Alsace (Travail de l’Hôpital psychiatrique et Quartier de Sûreté de Hoerdt près Strasbourg) ». Annales médico-psychologiques 1938, II ; 761-766
(Etudiant la répartition des crimes et délits à travers quatre générations d’une famille Tsigane, les auteurs constatent que la proportion semble avoir diminué de façon considérable dans la dernière qui marque une tendance des individus à s’intégrer dans la vie normale du milieu et particulièrement à entrer comme ouvriers à l’usine. Discutant la stérilisation comme mesure de prophylaxie, ils émettent la crainte qu’elle soit souvent la simple réincarnation, sous un masque utilitaire et scientifique, ces « sentiments hostiles éprouvés de tout temps par « l’indigène » envers « l’allogène » » (L'année psychologique, 1938, V. 39, N° 39, p. 518

Jacques Delmond, « Auto-mutilations et phlegmons provoqués dans un membre anesthésique. Syndrome pariétal et endocraniose ». Annales médico-psychologiques 1939, I ; 98-107

« L’alcoolisme source de folie. Sur dix malades nous déclare le docteur DELMOND Directeur de l’asile de La Grimaudière, on compte six à sept alcooliques ». L’Ouest-Eclair, 1er mars 1941, p.3 (« à suivre »)

Jacques Delmond, « Histoire d’Oria. Jeune possédée asturienne ». L'Évolution Psychiatrique, 1975, 40, 1; 119-128 (présentation d’un document du XIIème siècle relatant un exorcisme à Oviedo)


Sur le docteur J. Delmond et l'hôpital de la Grimaudière, voir notamment :

- Jean Artarit [psychiatre de hôpitaux honoraire, ancien expert près de la Cour d'Appel de Paris], La Grimaudière pendant la Seconde Guerre mondiale. Recherches vendéennes n°26/2021, pp.131-142

- Évelyne Pewzner-Apeloig, « La psychiatrie en France sous l'Occupation, 1940-1945 ». Annales médico-psychologiques 2014, 172 ; 544-551 : p.549, où sont évoqués son rôle pour sauver ses malades de la famine et son affiliation à la Milice et à la LVF, en référence aux recherches du docteur Artarit, l'« action remarquable menée par le docteur Jacques Demond au sein de son service durant les années d’Occupation. Delmond fut l’un des tout premiers psychiatres à alerter les pouvoirs publics au sujet des conditions désastreuses que connaissaient les internés. Dès octobre 1940, en effet, quelques jours seulement après son retour de captivité […] » la commission de surveillance, demande au préfet ‘d’autoriser l’établissement à dépasser les quantités prévues au règlement, pour tous les aliments ne faisant pas l’objet de restriction. Il dénoncera encore les conditions inacceptables réservées aux malades […] (mènera une) action tenace auprès des pouvoirs publics ….

- Marina Bossard, L'asile départemental de la Grimaudière, Vendée. Mémoire d'histoire, option archives, Université d'Angers, UFR Lettres, septembre 2002, (dir. Jacques-Guy Petit, Valérie Poinsotte); 28-128 p. + 39 p. (tableaux, graphiques, plans, cartes) — Le mémoire est précédé du Répertoire de la sous-série 1 X des Archives départementales de la Vendée pour ce qui concerne les asiles d’aliénés (Bib Mem 618)

- Véronique Diguet, Un hôpital pour "aliénés" en Vendée, La Grimaudière, 1838-1937 : de l'asilaire à la psychiatrie. Mémoire de maîtrise d'histoire contemporaine, Institut catholique d'études supérieures, La Roche-sur-Yon, juin 1999 (dir. N. Pietri, J. Valette); X-211 p., tableaux, graphiques, ill.

- Dominique Ménardais, La création d'un asile public spécial au XIXe siècle : histoire de la Grimaudière de 1838 à 1874. Mémoire pour le Certificat d'études spéciales de psychiatrie, Nantes, 1982, 226 p.

- Pascal Forcioli [Directeur du C.H. Georges-Mazurelle – EPSM de Vendée], « La dénutrition des patients aliénés en Vendée et en France entre 1939 et 1944 ». Revue de la Société française d’Histoire des Hôpitaux, n°167, mai 2022 : p.65


Michel Caire, 2025
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