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Henry le SAVOUREUX
Paris, 15 janvier 1881 / 20 juin 1961

Psychiatre, médecin-directeur de la Maison de Santé de la Vallée-aux-Loups (Chatenay-Malabry), fondateur de la Société Chateaubriand.

C'est en 1914 qu'Henry le Savoureux achète, avec le docteur César Hugonin, la propriété où Chateaubriand avait habité de 1807 à 1818 pour la transformer en maison de santé psychiatrique.

L'année précédente, il avait publié (chez Steinheil) sa thèse sur le Spleen chez Chateaubriand (prix Semelaigne de la Société médico-psychologique en 1914).

Parmi bien d'autres publications, signalons un texte co-écrit avec le docteur Ernest Dupré, Auto-dénonciation récidivante chez une dipsomane, un article paru dans La Chronique médicale en 1914, où il présente des observations de malades qui ont voulu se tuer, un autre article sur les « Rapports des commotions de guerre et de la constitution émotive » (observations personnelles pendant la Grande Guerre) paru dans les Annales médico-psychologiques en 1921, « Chateaubriand à la Vallée aux Loups », publié dans le Bulletin des Amis de Sceaux, 1925, pp.14-33, un ouvrage intitulé Chateaubriand (P.U.F., collection "Maîtres des Littératures", illustré de 60 planches hors texte en héliogravure, 1930), Bergsonisme et Neurologie, 1934 et un article publié dans La Nouvelle Revue Française du 1er février 1939 intitulé « Un philosophe en face de la psychanalyse ».

Henry le Savoureux et son épouse, le docteur Lydie Plekhanov (Sofia Lydia Gueorguievna Plekhanov 1881-1978, fille de Gueorguei Valentinovitch, fondateur de la social-démocratie russe) dirigent la maison de santé et y animent un salon littéraire très fréquenté: Anna de Noailles, Henri de Régnier, la princesse Bibesco, Saint-Exupéry, Paul Valéry, Julien Benda, Jean Fautrier, Paul Morand, Édouard Herriot, René Pleven...

Pendant la Guerre, des patriotes menacés y trouvent abri, parmi lesquels le peintre Jean Fautrier, l'écrivain Jean Paulhan et le professeur Robert Debré de l'automne 1943 à l'été 1944 : à la Vallée-aux-Loups, Debré rédige des articles pour un journal médical clandestin, où il annonce notamment la création du Comité médical de la Résistance dont il est lui-même le vice-président sous le pseudonyme de Flaubert, et rédige un rapport sur la réorganisation de la médecine qui annonce sa grande réforme hospitalo-universitaire de 1958 [voir Henri Nahum, « Robert Debré sous l'Occupation », La Revue du Praticien, 2007, vol. 57, n°11, pp. 1270-1273].

Après la disparition de son mari, Lydie le Savoureux continua d'habiter la Vallée, jusqu'à sa mort en 1978.

Dans un article paru dans « Le Figaro Littéraire » du 22 juillet 1961, André Billy rend hommage au médecin érudit :

« J'ai connu le docteur le Savoureux et j'ai plaisir à évoquer son souvenir un peu plus longuement qu'on ne l'a fait dans la presse.

Médecin des hôpitaux psychiatriques, auteur d'une thèse sur "Le Spleen" qu'il serait bon de rééditer, c'est après la guerre de 1914 qu'il s'était rendu acquéreur de la Vallée-aux-Loups, l'ancienne propriété de Chateaubriand, pour en faire à la fois une maison de repos, un petit musée Chateaubriand et le siège d'une société vouée au culte et à l'étude du grand écrivain.

La comtesse de Durfort, née Chateaubriand, Henri de Régnier et le chanoine Mugnier en furent les premiers membres. La Société Chateaubriand n'a, depuis sa fondation, cessé de voir grandir son prestige et son autorité.

Sa vie durant, le docteur le Savoureux -il tenait beaucoup à la consonne minuscule de le- a poursuivi une double carrière de médecin et d'érudit. Psychologue, humaniste, il a publié dans les revues scientifiques des études remarquées.

Exégète de Chateaubriand, il lui a consacré un livre qui a renouvelé le sujet et mis en lumière une nouvelle méthode critique dont l'influence sur notre connaissance de l'esprit et de la sensibilité romantiques n'est pas contestable.

Pendant l'occupation, le Savoureux a donné asile à la Vallée-aux-Loups à de nombreux résistants, Jean Paulhan et le professeur Debré, père de notre premier ministre, entre autres. Parmi ses anciens pensionnaires les plus connus, on cite Julien Benda et Jean Cocteau, Paul Léautaud et Félix Fénéon, qui occupait l'ancienne chambre de Juliette Récamier, sont morts chez lui
. »



Voir les pages consacrées à la Maison de Châteaubriand sur le site internet du Conseil Général des Hauts-de-Seine, propriétaire du superbe domaine.
Voir aussi la notice de la base Mérimée (ministère de la Culture), illustrée de photographies.



Michel Caire, 2008-2015
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