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Georges (François) Pichon
Orvault (Loire-Atlantique) 1858 (?) / Paris 13 février 1893


Aliéniste, victime de ce qu'il a lui-même nommé le morphinisme médical.

Interne des hôpitaux de Nantes.
Interne en médecine des asiles d’aliénés de la Seine, concours 1883, médaille d’or des asiles de la Seine.

Chef de la Clinique des maladies mentales instituée à l’asile Sainte-Anne [arrêté du 28 septembre 1886], nommé pour deux ans médecin adjoint à partir du 1er novembre 1886.

Membre titulaire de la Société médico-psychologique, élu le 30 juillet 1888.

Lauréat de la Faculté de médecine de Paris, de la Société médico-psychologique, de l’Institut (Académie des Sciences), de l’Académie de médecine.

Travaux

- De l’épilepsie dans ses rapports avec les fonctions visuelles. Thèse de doctorat, Paris, 1884 n°296 (Paris, Ollier-Henry, 1885 ; 249 p., 5 pl.). Prix de thèse, médaille d’argent

- Les délires multiples. 1887 (paru dans les n° de mai, juillet et septembre 1887 de l’Encéphale). Prix Esquirol de la Société médico-psychologique

- Considérations cliniques sur la morphinomanie. Mémoire couronné par l’Académie de médecine 1888

- Les maladies de l’esprit. Délire des persécutions. Délire des grandeurs. Paralysie générale. Épilepsie. Dégénérescence, etc., etc. Délires alcoolique et toxique : Morphinomanie. Éthéromanie. Absinthisme. Chloralisme, etc. etc. Études cliniques et médico-légales. Préface du Dr Gilson. Paris, O. Doin, 1888 ; XXVIII-367 p.

- Le morphinisme. Impulsions délictueuses, troubles physiques et mentaux des morphinomanes, leur capacité et leur situation juridique. Cause, déontologie et prophylaxie du vice morphinique. Paris, O. Doin, 1889 ; X-489 p. Prix de l’Insstitut (Académie des sciences)

- Deux ans de clinicat à l’asile Sainte-Anne. 1890, 279 p.

- Les persécutés et les persécuteurs. 1890. Ouvrage couronné par l’Institut (Académie des sciences) Folies passionnelles. Études philosophiques et sociales. Paris, Dentu, 1891 ; XII-378 p. (dédicacé à son frère et meilleur ami, Francis Pichon, de Nantes)

Discours prononcés aux obsèques du docteur Georges Pichon


Discours de M. le Dr Christian, au nom de la Société médico-psychologique

« Je viens, au nom de la Société médico-psychologique, adresser un dernier adieu au collègue que nous venons de perdre. C'est avec une profonde tristesse que je m'acquitte de cette tâche : Pichon était un des membres les plus jeunes de notre Société, un de ceux auxquels les longs espoirs étaient permis.

Un bel avenir s'ouvrait devant lui : depuis le jour où il avait été reçu interne des asiles de la Seine, il s'était livré à un labeur opiniâtre et les succès avaient couronné ses efforts. Dans sa thèse de doctorat sur l’Epilepsie dans ses rapports avec les fonctions visuelles, il avait révélé de sérieuses qualités d'observateur ; un an après, il était nommé, au concours, chef de clinique des maladies mentales, et, presque en même temps, il recevait la bourse de voyage que le département de la Seine réserve au plus digne de ses internes.

En 1887, notre Société lui décernait le prix Esquirol pour son mémoire sur les Délires multiples. Puis il faisait paraître successivement un volume sur les Maladies de l’esprit (1888), un autre sur les Folies passionnelles (1891).

Que ne pouvions-nous attendre d'un esprit aussi vif, d'un travailleur aussi appliqué ? Ce n'est pas le moment d'apprécier ses travaux : nous sommes tout à la douleur de voir de si belles espérances à jamais détruites. Un mal implacable, contre lequel Pichon luttait avec énergie, mais dont, mieux que personne, il connaissait l'issue fatale, un mal qu'il avait observé chez d'autres et décrit avec une fidélité et une exactitude irréprochables, est venu briser une carrière qui s'annonçait belle et féconde.

Quelles consolations pouvons-nous apporter à une mère et à une famille si cruellement éprouvées ? Du moins, je viens leur dire la grande part que nous prenons tous à leur chagrin, et peut-être, dans ces marques de sympathie, trouveront-elles quelque allégement,

Au nom de la Société médico-psychologique, adieu, Pichon, adieu, cher collègue. »


Discours de M. le Dr Ch. Vallon, au nom de l’Association des internes et anciens internes des asiles de la Seine

« Mesdames, Messieurs, malgré le chagrin qui me serre le cœur, je ne veux pas laisser partir ce cercueil sans adresser quelques mots d'adieux à celui qui fut toujours pour moi un ami excellent. Aussi bien ai-je un devoir à remplir. L'association des internes et anciens internes des asiles d'aliénés de la Seine m'a, en effet, chargé de porter la parole en son nom, de me faire l'interprète de ses regrets et de sa douleur.

Pichon fut des nôtres dès le début, il faisait partie de notre Comité de direction et tous, nous apprécions son caractère si droit, ses manières si franches : son nom restera dans nos Annales.

Après avoir été interne des asiles d'aliénés de la Seine, chef de clinique de la Faculté de médecine de Paris, Pichon fut nommé, le premier au concours, médecin du bureau de bienfaisance du XIVe arrondissement ; dans toutes ces fonctions, il fut toujours à la hauteur de sa tâche.

Il meurt, n'ayant pas encore trente-trois ans et cependant il laisse une œuvre importante ; je me contenterai de citer sa thèse si intéressante sur l’Epilepsie et la vision son volume sur les Maladies de l’esprit qui, sous un mauvais titre, renferme des pages excellentes, ses Délires multiples, un modèle d'observation clinique, et surtout ses nombreux mémoires traitant de la Morphinomanie et du Morphinisme qui sont ce que nous avons de meilleur en France sur la matière.

Les différents corps savants ont d'ailleurs consacré la valeur de ces travaux en décernant à leur auteur des récompenses flatteuses ; Pichon a été successivement lauréat de la Société médico-psychologique, de la Faculté, de l'Académie de médecine et enfin de l'Institut.

Aux qualités de l'esprit, Pichon en joignait d'autres plus rares, celles du cœur ; il avait une délicatesse de sentiments peu commune, un dévouement sans bornes à ses amis, une bienveillance constante à l’égard de ses inférieurs et surtout une bonté infinie pour ses malades.

Lorsqu'il y a quelque temps, sa pauvre mère vint l'assister et prendre la direction de son modeste intérieur, elle fut fort étonnée à la fin du mois de voir les notes des fournisseurs bien supérieures à la quantité des objets consommés. Elle eut bientôt le mot de l'énigme : notre ami, non content de dépenser sans mesure ses forces au service des malades pauvres, leur procurait encore parfois, de ses propres deniers, les vivres dont ils manquaient.

La veille de Noël, déjà très malade, par un froid intense, malgré mes conseils affectueux, malgré les prières de sa mère, il voulut aller voir ses clients du bureau de bienfaisance, il partit, à la tombée de la nuit, un paquet sous le bras, c'étaient des friandises qu'il allait déposer dans les souliers de quelques enfants par trop déshérités de la fortune.

Quand il eut rempli son rôle de bonhomme Noël, il rentra tout heureux en pensant aux joies que ses cadeaux allaient produire le lendemain matin ; mais, épuisé par l'effort qu'il venait de faire, tout grelottant de froid et de fièvre, il dut se mettre au lit : c'était pour ne plus se relever.

De pareils faits jugent un homme, ils en disent plus que tous les meilleurs discours.

Je serais heureux si mes paroles pouvaient apporter quelque soulagement à la douleur d'une famille si cruellement frappée. J'adresse l'expression de notre douloureuse sympathie à ce frère désolé de la mort de son cadet dont il était si fier, qui avait eu l'attention de lui dédier un de ses derniers ouvrages, à cette malheureuse mère tant de fois éprouvée dans ses plus chères affections, qui pendant trois mois, avec un dévouement et un courage infatigables, a disputé à la mort un fils qui était son orgueil.

Et maintenant, mon pauvre Pichon, au nom de tous vos amis, je vous adresse le suprême adieu, aucun ne vous oubliera ; quant à moi, je garderai toujours votre souvenir au fond du cœur.

Adieu, mon cher ami, adieu. »


Michel Caire, 2015
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