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Yves (Jean Marie) PORC'HER
Rouen (Seine Maritime) 24 juin 1887 / Paris Ve arr. 9 janvier 1969

Médecin aliéniste
Médaille militaire (1915).
Chevalier de la Légion d'honneur (arrêté du 30 septembre 1947)


Après avoir effectué un stage de psychiatrie à la Clinique des Maladies Mentales et de l’Encéphale de l'hôpital Sainte-Anne à Paris (professeur Gilbert Ballet) en 1910 et 1911, Yves Porc’her (prononcer 'por-air' ou 'porère') est nommé interne de l’Asile de Quimper 1913-1914, dans le service du docteur Abel Meilhon puis dans le service du docteur Henri Nouët.

Volontaire en 1914, il a pendant les trois années passées au front une conduite qui lui vaut la Médaille militaire et la Croix de guerre.

« Si l'on veut retrouver un sens à ces mots si souvent dévalués de bravoure, de dévouement, de patriotisme, d'héroïsme, il n'est que de lire la citation dont il est l'objet le 18 juillet 1915. La voici, c'est un hommage que nous devons rendre à notre collègue que d'en peser en nous-même tous les mots » (O. Garand) :

A assuré avec un très grand sang-froid et un dévouement au-dessus de tout éloge, le service médical aux tranchées de premières lignes dans des conditions très périlleuses et ne disposant que d'une installation des plus sommaires, sans abri. Au cours d'un violent bombardement s'est rendu dans une tranchée bouleversée par des obus de gros calibre, pour y donner des soins immédiats aux blessés. A son retour, s'est arrêté pour déterrer de ses mains un soldat enseveli, et sous le feut très précis de l'ennemi, l'a ramené sur son épaule au poste de secours. A provoqué par son dévouement de chaque instant et son calme l'admiration générale
.

Reçu au concours de l’internat des asiles de la Seine, il est successivement interne auxiliaire du service du docteur Marcel Briand, à l’Admission (Sainte-Anne) de 1919 à 1920, à l’Infirmerie spéciale du Dépôt, le docteur G. Gatian de Clérambault en étant le médecin chef, de 1920 à 1921, puis interne titulaire de nouveau à l'Admission Femmes en 1921-1922, et à Villejuif en 1922 et 1923, dans le Service des aliénés difficiles du docteur Henri Colin, et dans celui du docteur Maurice Ducosté.

En janvier 1923, il soutient à Paris sa thèse de doctorat présidée par le professeur Henri Claude, sur la sortie des déséquilibrés pervers et antisociaux délinquants placés d'office dans les asiles d'aliénés. Cette thèse est dédiée à ses maîtres des Asiles de la Seine, Marcel Briand [1853-1927], Henri Colin [1860-1930], Paul Sérieux [1864-1947], Édouard Toulouse [1865-1947] et Maurice Ducosté [1875-1956], ainsi qu'à Gaëtan Gatian de Clérambault [1872-1934].

En 1923, Porc'her prend un poste d’assistant à l’asile de Villejuif, service du docteur Maurice Legrain [1860-1939], puis dans le Service de Prophylaxie mentale du docteur Edouard Toulouse de 1924 à 1926, avec le titre de « Médecin traitant » de l’hôpital Henri-Rousselle.

En 1925, il obtient son Certificat de Licence ès Sciences (Physiologie générale) à la Faculté des Sciences de Paris, et surtout, il est reçu au concours de médecin chef des Asiles Publics d’aliénés.

C'est le 1er octobre 1926 qu'il prend son premier poste à l’asile de Font d’Aurelle. A la Faculté de Montpellier, il participe à l’enseignement de la Clinique des maladies nerveuses et mentales dirigée par le professeur Jules Euzière.

De Montpellier, Porc'her mute de 16 août 1928 à Dury-les-Amiens en la même qualité de médecin chef de service, en remplacement de Carriat. Cette année-là, il est nommé expert psychiatre près les Tribunaux.

Le 1er octobre 1931, il passe médecin chef de service à la Maison de Santé de Maréville (Meurthe-et-Moselle), près Nancy (poste créé), et devient d’autre part chef de laboratoire d’électro-physiologie à l’Institut d’Hydrologie de la Faculté de Médecine de Nancy.

Reçu au Concours du 29 mai 1933 médecin-chef des asiles de la Seine, ce n'est qu'en 1935 qu'il rejoint l'asile de Villejuif, où il avait été interne et assistant.

En 1938, il succède à Léon Marchand [1873-1976] à la 1ère section hommes de l'asile Sainte-Anne (Paris).

Quelques années plus tard, sous l'Occupation, tandis que l'hôpital parisien est partiellement transformé en hôpital militaire allemand, Yves Porc'her s'engage dans la Résistance : le capitaine Brécourt -son nom dans la clandestinité- [on lit aussi Delcourt] s'illustre comme l'un des chefs du réseau d'évasion Shelburn, chargé de l'évacuation des aviateurs alliés en France. Une activité dans l'Armée des ombres -avec le grade de Médecin Capitaine dans les Forces Françaises Combattantes- qui amène à son arrestation et lui vaut une incarcération pendant plusieurs mois à Fresnes.

« Il simula alors, comme on le sait, un ictus aphasique et subit une encéphalographie gazeuse faite à l'Hôpital Beaujon par les Allemands qui conclurent à une maladie d'Alzheimer. Heureuse erreur de diagnostic ! », déclare O. Garand, président de la Société médico-psychologique, dans un hommage à sa mémoire en 1969 : « Ses magnifiques états de service lui valurent la Légion d'Honneur, la Médaille de la Résistance et les décorations anglaises et américaines les plus hautement estimées. »

Le 1er avril 1946, Yves Porc'her devient le médecin-chef de l'Hôpital Henri-Rousselle en remplacement de Georges Génil-Perrin [1882-1964]. Il y sera le premier médecin en chef à ne plus en être le directeur, Henri-Rousselle ayant été rattaché administrativement à Sainte-Anne. Avec ses collaborateurs Julian de Ajuriaguerra [1911-1993], Pierre Mâle [1900-1976], René Zazzo [1910-1995], Charles Dell, Mme Leyrie, Mme Santucci, il développe ou crée les laboratoires de Psychologie et de Neurophysiologie, le service de Guidance infantile, une nouvelle section de neuro-psychologie.

Bianka Zazzo, dans Une mémoire pour deux (1ère éd. 1958), atteste que « c'est en grande partie grâce à l'appui matériel et moral d'Yves Porc'her » que le laboratoire de psychologie a pu devenir un éminent centre de recherche et d'applications.

Parallèlement, il participe activement aux travaux de la Ligue d'Hygiène mentale dont il est le Secrétaire général puis le Président de 1946 à 1958.

Avec René Zazzo, il fonde en 1944 et anime le centre de rééducation de « La Mayotte » (complété en 1964 par un centre médico-psycho-pédagogique) dont, une fois retraité d'Henri-Rousselle en 1958, il acceptera d'être le médecin-directeur. Un hôpital de jour porte aujurd'hui son nom, à La Mayotte Montlignon (l'historique proposée sur le site internet de La Mayotte oublie le rôle essentiel de Porc'her dans la naissance de l'institution).



Docteur PORC'HER

Paul François Campinchi - chef du réseau « Shelburn », mon père, cet inconnu [site internet de Jeanne Hot, née Campinchi]
Vie du réseau « François – Shelburn » à travers la personnalité de quelques-uns de ses membres
[notes de Paul Campinchi, en référence à : Archives Nationales 72AJ/80/VIII. 36]

« Pour lui pas de pseudonyme.

C'était mon ami dès avant-guerre et j'éprouve pour lui autant d'estime que d'admiration. Il était médecin légiste, psychiatre et chef de service dans un important établissement psychiatrique [de Paris]. Théoriquement pacifiste, il avait le goût de la bagarre ; lors de la première guerre mondiale, il fit partie d'un corps franc et fut décoré de la Croix de Guerre, des mains mêmes du général Joffre. Il faisait partie de la rédaction de "Libération Nord", où il tenait une rubrique militaire sous le nom de Capitaine Brécourt.

C'est lui qui m'a fait connaître Claudette [note : Marie-Rose Zerling], qui devait diriger les hébergements dans la région parisienne. Arrêtée, torturée, cette pauvre Claudette dut avouer que c'était lui qui me l'avait présentée. Arrrêté à son tour par un chef Belge de la Gestapo (Mazuy) il décida de simuler l'aphasie verbale : sachant qu'elle se produit souvent après un accident, il se laissa tomber dans l'escalier où ses lunettes se brisèrent - il faut dire que Porc'her ressemblant étrangement au professeur "Nimbus", portait des lunettes dont les lentilles avaient le double de l'épaisseur normale, sans elles ses yeux exorbités lui donnaient un aspect effrayant -. Il bredouilla des mots sans suite et il lui fallut la largeur du papier pour mettre sa signature. Exaspéré, Mazuy dit : « c'est un vieux con ! Enfermez-le dans un placard on continuera demain ». Etre traité de "Vieux con", être enfermé dans un placard, et, de plus être appelé "Porcher", en supprimant l'accent gaélique [note : Cet accent entre le c et le h entraîne une prononciation en fond de gorge, voisine de celle du ch allemand ou de la jota espagnole, donnant, faute de mieux, plutôt "Porère" que "Porcher"] de son nom, est une chose qu'il ne pût pardonner.

A l'annonce de son arrestation, une bonne partie du Corps Médical, des écrivains, des journalistes intervint à son sujet. Il fut placé à l'infimerie de Fresnes, où, malgré les soins attentifs du personnel, il continua à jouer le même jeu. Sa femme, autorisée à le visiter, fondit en larmes en le voyant en cet état. Hitler envoya l'un de ses médecins personnels. Porc'her me raconta : « Quand je l'ai vu arriver, je me suis dit : Merci mon Dieu, ce n'est pas un neurologue, mais un psychiatre comme moi ! ». On lui avait insufflé de l'air dans le crâne, pour estimer le volume de son cerveau ; l'Allemand regarda le papier qui rendait compte de cet examen et se contenta de dire : « Trop d'air ! »

Dans les jours qui précédèrent la Libération de Paris, lors d'une espèce de trêve qui avait été conclue, il fut libéré avec la mention suivante : « Remis aux bons soins de la Croix Rouge Française, sous la haute responsabilité de Monsieur le Consul général de Suède. »

Après la Libération de Paris, une sorte de "secte", composée de néo-résistants, prétendit l'épurer ; cette affaire fut sans suite.

Il fut membre du jury au procès de Pétain, puis, quoique dangereusement cardiaque, il alla passer ses vacances en Autriche à 3000 mètres d'altitude. C'est peut-être de cela qu'il est mort.

Il avait été le seul de mon réseau, avec Gilberte et Val, sans compter le radio qui logeait chez moi, à connaître mon nom et mon adresse.

En dehors du fait de m'avoir fait rencontrer Claudette, il avait hébergé au sein de l'hôpital, grâce à la complicité de son infirmière-chef, une quinzaine d'aviateurs que j'avais pu, ensuite, faire diriger vers la Bretagne en vue de leur rapatriement vers l'Angleterre.

Il avait la Légion d'Honneur et une deuxième Croix de Guerre. »


Michel Caire, 2012-2025
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