Jeanne
TRIPIER
Paris 10 janvier 1869 / Neuilly-sur-Marne 26 juin 1944
Artiste planétaire,
médium de première nécessité
Morte à l'hôpital psychiatrique de Maison-Blanche (Neuilly-sur-Marne)
après dix années d'internement, Jeanne est aujourd'hui une représentante
estimée de l'art brut, cet art des «personnes indemnes de culture
artistique (...) qui tirent tout de leur propre fond et non pas des poncifs
de l'art classique ou de l'art à la mode (...) opération artistique
toute pure, brute réinventée dans l'entier de toutes ses phases
par son auteur, à partir seulement de ses propres impulsions.»
(Jean Dubuffet, Octobre 1949).
Fille d'un marchand
de vin, Jeanne a passé son enfance à la campagne. On la dit rêveuse,
singulière. Elle s'installe à Montmartre, vit un temps avec un
américain dont elle a un fils, Gustav alias Gustio, qu'elle élèvera
seule, et travaille comme sertisseuse en joaillerie. Après 1915 et que
lui soit subtilisé, pense-t-elle, l'héritage d'une tante, elle
déploie une activité intense, procès, lettres au procureur
et au préfet de police. Plus tard, elle se passionne pour le spiritisme
et procède à des expériences de médiumnité.
En 1934, Jeanne est au chômage et sans ressources. Le 8 octobre, elle
est expulsée de son logis de la rue Robert Planquette et conduite à
l'Infirmerie Spéciale de la Préfecture de Police, où elle
est examinée par le docteur Gatian de Clérambault. Après passage par le service des Admissions
de l'hôpital Sainte-Anne, elle est placée d'office à Maison-Blanche,
service du docteur Henri Beaudouin.
Dans son pavillon de la 1ère section, Jeanne continue à écrire
ses Messages sous la dictée des Esprits, de la Voix Gutturale.
Celle qui est Médium de première nécessité et
justicière planétaire, réincarnation de Jeanne d'Arc
par un effet de dédoublement fluidique, décrit ses voyages interplanétaires
et sa vie quotidienne à l'hôpital. Sans perdre de vue sa Mission
Sacrée, préparer le Dernier Jugement Définitif sur
Terre.
Textes saisissants et prémonitoires, qu'accompagnent des dessins confus,
violents, chaotiques, des broderies extravagantes et des peintures médiumniques,
réalisées au doigt, avec de l'encre mélangée à
de la teinture pour cheveux, à du vernis à ongles...
« Par un bouleversant effet dialectique, la claustration, le renoncement à tous profits, comme à toute vanité, en dépit de tout ce qu'il peut représenter vraisemblablement de pathétique, sont ici les garants de l'authenticité totale, qui fait défaut partout ailleurs et dont nous sommes de jour en jour plus altérés ». André Breton, La clef des champs |
A
la mort de Jeanne, le docteur Henri Beaudouin conserve précieusement ses productions
et les confie peu après au peintre Dubuffet, auquel Jeanne doit sa célébrité
posthume: les broderies de Jeanne Tri sont présentées Galerie
Drouin à Paris en 1948-1949, Galerie Cordier à New York en 1962.
Ses textes ont été présentés et analysés
par Lise Maurer, en particulier dans « La Maison Blanche est la bouteille
à l'encre » (Journées de Maison Blanche, 1998), la très
belle post-face de Premier cahier de l'ordre des messages (Harpo &,
1999) et surtout Le "Remémoirer" de Jeanne Tripier (Erès,
1999), où ont été publiés les certificats médicaux
de son hospitalisation d'office.
Ses écrits ont été aussi utilisés pour plusieurs
travaux de théâtre par Jean-Pierre Goni, notamment au colloque
de Ville-Evrard "La veille" en 2003, et sous le titre "Jeanne,
Mme Tripier, Artiste Praulétaire" dans le cadre des "Journées
scientifiques de Maison-Blanche" en 2004.
L'essentiel de son œuvre fait aujourd'hui partie de la Collection
de l'art brut, à Lausanne. Y est notamment conservée une broderie
rectangulaire (site
de Temps Libre).
Voir également quelques productions de Jeanne sur le site abcd
art brut [Montreuil].
Au sujet d'artistes ayant rencontré la maladie mentale au cours de leur
vie, voir le site de l'ARTAME
GALLERY (installée à Paris, 37 rue Ramponeau, XXème
arrondissement, reconnue par la DASS de Paris, affiliée à l'UNAFAM,
parrainée par la SPASM, toutes choses qui font qu'il serait plus légitime
de la dénommer simplement Galerie ...)
Michel Caire, 2008-2018 |