Relectures critiques


De l'art du copillage
Monsieur Bernard Andrieu, abuseur en récidive du copier-coller


Monsieur Bernard Andrieu, philosophe, actuellement professeur en Staps à l'Université Paris Descartes, est l'auteur d'un chapitre intitulé

La thérapie corporelle en eau froide : Immersion-Depression-Submersion

paru dans l'ouvrage dirigé par Laurence Munoz. Usages corporels et pratiques sportives aquatiques du XVIIIe au XXe siècle, L’harmattan, Histoire du sport, 2008, pp. 255-266.

Dans ce chapitre accessible en ligne depuis juin 2010 figurent trois passages qui ont été copiés sur mon site, sans mon autorisation, sans référence ni au site ni à l'auteur et sans mention de la thèse et de la revue d'où deux d'entre eux sont extraits.

M. Andrieu a publié dans ce même chapitre des paragraphes entiers, copiés tels quels, sans mention d'origine, sur un autre site consacré à l'histoire de la psychiatrie (voir ci-dessous). Mais il ne serait pas un novice du copillage, à lire un article publié sur le site du magazine Sciences et Avenir (voir ci-après).

Peut-on être à ce point certain de son impunité pour demander que de telles productions soient mises en ligne ? Que peuvent en penser Madame Munoz, les responsables des "archives ouvertes" (Centre pour la Communication Scientifique Directe) et la présidence de son université ?

pages 13-15 de La thérapie corporelle en eau froide (sur les 20 pages mises en ligne sur le site HAL. Tout ce qui est en italique a été copié sur le site 'Histoire de la Psychiatrie en France'.

« Le règlement pour le service intérieur de l'Asile Sainte-Anne promulgué le 6 juin 1868 par Haussmann sera aussi adopté par les deux asiles "extérieurs" de la Seine, Vaucluse et Ville-Evrard.
Dans l’extrait, auquel sont adjointes les additions, de celui de Saint Anne de 1868, le fonctionnement des bains et douches est codifié signifiant l’abson [sic] progressif de l’eau froide :
« Les douches et les bains, sont prescrites par le médecin et exécutées par les élèves-internes, ou par lui-même.
"Par suite d'une disposition très ingénieuse, l'aliéné, en s'asseyant sur ce siège mettait en mouvement une sonnerie électrique et le gardien prévenu enlevait le vase de l'extérieur. Ce système ne fonctionne plus, par suite du mauvais vouloir des gardiens à accomplir cette besogne." (F. Narjoux 1883)
Les douches froides ne sont déjà plus qu'exceptionnellement utilisées comme moyen sédatif. Par contre, les bains tempérés prolongés (de une à six heures) sont administrés aux agités, dans des baignoires spéciales: un système nouveau remplace les couvercles rigides en bois ou en métal, à l'origine d'accidents: les malades sont maintenus par une toile forte (coutil) qui se fixe avec boutons et courroies sur les côtés de la baignoire.
Les bains peuvent être associés à une irrigation sur la tête, qui seule émerge.
Les douches en pluie sont faites par le médecin dans la piscine; une "gymnastique de chambre", scellée dans le mur d'un large couloir, "permet aux malades qui viennent d'être trempés dans la piscine, ou qui ont subi la douche froide, de faire "leur réaction".
L'insuffisance du système de bains à Sainte-Anne, comme celle du système d'isolement, sera constamment dénoncée par les médecins chefs dans leurs rapports annuels: "Plus l'Administration voudra mettre à notre disposition de baignoires et de cellules, plus elle contribuera à l'amélioration, à la guérison de nos malades (...). Les bains sont notre principal moyen de traitement." (Dubuisson, 1889).
En 1891, Bouchereau note que "chaque jour, on distribue 46 bains dans la forme suivante: 5 de 6 heures, 5 de 4 heures, 10 de 2 heures et 16 de 1 heure" ».
[Note 31 : Organisation générale de l’Asile Saint Anne. Règlement intérieur et vie quotidienne, p. 109.] »

À comparer avec le texte de ma thèse Contribution à l'histoire de l'hôpital Sainte-Anne (Paris): des origines au début du XX° siècle (l'illustration qui y est insérée a été également reprise par M. Andrieu) : le texte est strictement identique, à quelques fautes de frappe près (Saint Anne au lieu de Sainte-Anne par exemple).
Curieusement, une note concernant les sièges d'aisance a été insérée dans le texte concernant les douches et les bains : "Par suite d'une disposition...".
Erreur d'inattention et défaut de relecture du copieur, sans doute.

Sur Angers, p.12 : « Dans l’extrait du compte moral de l'année 1829 de l'hospice civil d'Angers, le traitement des alinés repose sur le bain et la douche : « Le traitement des aliénés des deux sexes admis, chaque année, à l'hospice civil, consiste, surtout dans le principe, dans des évacuations sanguines, des bains assez ordinairement chaux (sic), des douches froides ou chaudes et quelques médicamens qu'indiquent les symptomes qui compliquent souvent les différentes espèces d'aliénations mentales.
D'ailleurs, ils sont traités avec toute la douceur que leur état peut permettre, et on ne saurait trop se louer des soins empressés que leur prodiguent les Soeurs hospitalières auxquelles est confié cet emploi qui n'est pas sans danger
»
[note 29 : Appert, Brichet, Bourcier et Dainville, La Commission Administrative des hospices d'Angers A Monsieur Joubert Bonnaire, Maire de la Ville d'Angers, Angers, le 26 août 1831] »

Voir sur ce même site : Les aliénés à l'hospice civil d'Angers en 1831 où cet extrait a été copié (à moins que M. Andrieu ait comme moi consulté le document aux archives où il est conservé et qu'il puisse en donner la référence)

Sur Broutet, p.11 : « Le comte Guillaume de Broutet (1739-1817), recteur des Pénitents Noirs de la Miséricorde d'Avignon sous l'Ancien Régime et à ce titre, administrateur de l'hospice des insensés de la ville (…)
il est rare, qu'on y fasse prendre des bains froids: une longue experience à prouvé, qu'il valoit mieux donner les bains tiedes, mais avec un robinet d'eau froide, qui coule sur la tete des insensés »
(note 28 = Exposé à la convention nationale, d'une nouvelle methode, pour guerir les insensés, au moyen de remedes moraux, employés avec succès, par le citoyen Broutet, pendant son administration de l'hopital des insensés d'avignon. 1794)

Voir sur ce même site : Michel Caire, «Le comte de Broutet, un ami de l'humanité souffrante» L'Évolution Psychiatrique, 65, 2000; 139-150 (même remarque que ci-dessus pour Angers)

Indépendamment de ces trois exemples de violation du copyright ou plus simplement de non-respect des bons usages, et au risque de sortir de mon sujet, j'attire l'attention sur un passage p.12 où il est question de Griesinger et de sa critique de « l’usage de l’hydrothérapie mis en œuvre par Philippe Pinel et Brière de Boisant car cela provoque une paralysie par l’effet glacial de l’eau froide », en référence (note 30) à : « W. Griesinger, 1845, Traité des maladies mentales pathologiques et thérapeutiques, Paris, Adrien Delahaye, 1865, note 1 p. 541. »
Or si dans la traduction française par Doumic du Traité des maladies mentales : pathologie et thérapeutique de Griesinger, il est bien fait référence à Pinel et Brierre, c’est dans la note 1 de la p.540, ce n’est pas « Brière de Boisant » mais Brierre de Boismont, et « Pinel » n’est pas Philippe, mais son neveu Casimir.
J'ajoute que Griesinger ne met nullement en cause Pinel et Brierre qui n'ont à ma connaissance ni l'un ni l'autre employé le bain froid (et Griesinger ne dit pas le contraire), que la "paralysie" dont il parle dans la note 1 de la page suivante est la Paralysie Générale qui est la progressive Paralyse des Allemands, et que c'est chez "les malades agités, violents" que Griesinger considère que "l'eau froide ne paraît d'ailleurs que rarement indiqué" (p.541, note 1).

Passons sur « Valentin J.J. Magnan » (p.18). Le paragraphe mérite cependant quelques mots : « En 1893 Valentin J.J. Magnan (1835-1916) invente la technique du packs en utilisant l’enveloppement froid et serré pour produite un contention, une réaction tonique au froid durant ¾ heure à une heure et refroidir le corps avant de se reprendre après l’état regressif. »
Or, s'il est bien vrai que Valentin Magnan, médecin chef du Bureau d’Admission à Sainte-Anne a pratiqué l’enveloppement humide, c'est selon la méthode inventée par Priessnitz et adaptée par divers aliénistes au traitement de la maladie mentale : il n’en a pas inventé la technique, ni d'ailleurs bien sûr le nom de ‘packs’, qui est apparu dans les années 1960 avec Woodbury. Son seul apport à notre connaissance est d'en avoir proposé une petite amélioration : l’enveloppement des pieds, qui évite leur refroidissement lors de l’emmailottement… En ce qui concerne la fin du paragraphe, assez obscur, on relèvera seulement l’anachronisme, là encore, de l’expression « état régressif ».

Quant au nom de deux des trois inspecteurs généraux, « les Docteurs Constans, Lumier et Dumesnet » (p.10), ils ont été si mal recopiés qu’ils en sont estropiés. Les corrections ont-elles été faites dans la version publiée chez L’Harmattan ?


Si les références légales de ces copiés-collés figurent dans l'ouvrage lui-même, et bien que M. Andrieu ne m'ait demandé aucune autorisation, j'effacerai tout cela de ma mémoire, et de ce site.
Je précise que je n'ai jamais refusé de donner mon accord à celui qui m'a demandé de reprendre des éléments (texte ou illustrations) publiés sur mon site. Et même si on 'oublie' de m'en demander l'autorisation, je laisse faire, à la seule condition que la provenance soit indiquée.

J'ajoute qu'il est assez cocasse, lorsqu'on fait une petite recherche sur Google, de voir apparaître des thèses dirigées ou présidées par Bernard Andrieu, « Professeur de Universités (Classe Exceptionnelle au 1er Sept 2017), UFR Staps, Université Paris Descartes (depuis le 1er Sept 2015) », qui portent la mention :
toute contrefaçon, plagiat, reproduction illicite encourt une poursuite pénale

Dans ses fonctions de directeur de publication de la revue ‘Recherches & Educations’ [Revue généraliste de recherches en éducation et formation], membre du comité de rédaction et du comité de lecture scientifique, il est sans doute aussi attentif à détecter ces 'contrefaçons' et autres 'plagiats' ou 'reproductions illicites'.

Michel Caire, le 2 décembre 2017


Un autre site victime du copillage par le même B. Andrieu
(copiage sans référence à la source)
Université de Genève (Suisse), Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation
(TECFA – FPSE)

Sur la page consacrée au XIXème siècle d'une petite histoire des traitements en psychiatrie (cette page est restée telle quelle depuis une quinzaine d'années)

« Les asiles ne peuvent se permettre de fonctionner sans un service de bains. Il s’agit de “bains ordinaires et médicinaux, de douches ascendantes et d’étuves sèches et humides”. Mais une salle d’hydrothérapie est jugée complète lorsqu’elle comporte au moins “une piscine, une tribune, une douche mobile en lance avec jets divers, une douche verticale à clapet, en pluie et en colonne, chaude ou froide à volonté, une douche en cercle, solidement garantie par une enveloppe en bois, une douche ascendante et un bain de siège à eau courante”. Leur application, leur fréquence et leur durée sont décidées par le médecin. Parfois, il recommandait des bains quotidiens de plus de dix heures !
On distinguait trois grandes formes d’hydrothérapie : l’eau pouvait avoir une action tonique, sédative ou révulsive. Elle guérissait de tout, à condition de savamment la diriger. Ainsi, on traitait la forme congestive de la folie par des douches révulsives sur le bassin et les membres inférieurs ; la forme dépressive demandait plutôt des douches toniques et courtes ; les formes convulsive et expansive, quant à elles, étaient efficacement soignées par des bains froids, des enveloppements dans des draps mouillés, ainsi que des compresses froides sur la tête
. »

A comparer avec le texte publié par B. Andrieu, p.18 (le copié-collé est en italique) :
« Les asiles ne peuvent se permettre de fonctionner sans un service de bains. Il s’agit de “bains ordinaires et médicinaux, de douches ascendantes et d’étuves sèches et humides”. Mais une salle d’hydrothérapie est jugée complète lorsqu’elle comporte au moins « une piscine, une tribune, une douche mobile en lance avec jets divers, une douche verticale à clapet, en pluie et en colonne, chaude ou froide à volonté, une douche en cercle, solidement garantie par une enveloppe en bois, une douche ascendante et un bain de siège à eau courante » Leur application, leur fréquence et leur durée sont décidées par le médecin. Parfois, il recommandait des bains quotidiens de plus de dix heures !
On distinguait trois grandes formes d’hydrothérapie : l’eau pouvait avoir une action tonique, sédative ou révulsive. Elle guérissait de tout, à condition de savamment la diriger. Ainsi, on traitait la forme congestive de la folie par des douches révulsives sur le bassin et les membres inférieurs ; la forme dépressive demandait plutôt des douches toniques et courtes ; les formes convulsive et expansive, quant à elles, étaient efficacement soignées par des bains froids, des enveloppements dans des draps mouillés, ainsi que des compresses froides sur la tête
. »

Deuxième extrait du même site :

« Cependant, au XIXème siècle, on fait la subtile distinction entre l’immersion et la submersion, selon que la tête est laissée hors de l’eau ou non. L’eau doit être froide et le bain donné par surprise, car la conjonction de ce saisissement physique et psychologique posséderait des propriétés thérapeutiques. Des précautions sont prises par crainte de la noyade du malade : on restreint la durée de submersion “au temps nécessaire pour réciter le psaume du Miserere”. On nous rapporte, par exemple, le récit d’une femme atteinte de folie, chez qui les lavements rafraîchissants et les inévitables saignées n’avaient produit aucun effet. Le médecin décida alors de la faire jeter dans la rivière toute proche, à titre thérapeutique. »

A comparer avec le texte publié par B. Andrieu, p.19 (le copié-collé est en italique) :
« Au XIXème siècle, on fait la subtile distinction entre l’immersion et la submersion, selon que la tête est laissée hors de l’eau ou non. L’eau doit être froide et le bain donné par surprise, car la conjonction de ce saisissement physique et psychologique posséderait des propriétés thérapeutiques. Des précautions sont prises par crainte de la noyade du malade : on restreint la durée de submersion “au temps nécessaire pour réciter le psaume du Miserere”. Par exemple pour une femme atteinte de folie, chez qui les lavements rafraîchissants et les inévitables saignées n’avaient produit aucun effet, le médecin décida alors de la faire jeter dans la rivière toute proche, à titre thérapeutique. »

Il est sans doute possible de trouver dans ce même texte de B. Andrieu d'autres copillages, plus brefs, tels que ces segments de phrase :
« bains ordinaires et médicinaux, de douches ascendantes et d’étuves sèches et humide », qui vient de Scipion Pinel, Traité complet du régime sanitaire des aliénés, p.39
ou encore :
« Les asiles ne peuvent se permettre de fonctionner sans un service de bains », que l'on retrouve dans « Flaubert et la philosophie ». Revue Flaubert, 2007, n°7

Monsieur Andrieu, récidiviste

Un universitaire français abuse du copier-coller. Par Olivier Hertel le 29.10.2012 à 10h57 [site du magazine Sciences et Avenir]

“PARMI LES RÉVÉLATIONS de notre enquête sur les dérives sectaires et thérapeutiques dans les hôpitaux et universités, nous avons évoqué un cas de plagiat découvert dans un livre de Bernard Andrieu, professeur à l'université de Nancy. (…) Voici deux passage du livre Toucher, se soigner par le corps, paru en 2008 aux Belles Lettres dans la collection Médecine et Sciences Humaines, dirigée par Jean Marc Mouillie maitre de conférence à la faculté de médecine d'Angers. L'auteur de ce livre Bernard Andrieu, professeur à l'université de Nancy, spécialiste de l'épistémologie du corps et des pratiques corporelles, a eu recours au copier-coller de sites internet pour rédiger les deux paragraphes que nous montrons dans ce document.

Le premier extrait concerne Danis Bois et la fasciathérapie. Nous avons retrouvé ce texte dans un article publié en avril 2002 (6 ans avant la sortie du livre) sur le site d'un ostéopathe qui reprenait lui-même un texte biographique provenant du site de Danis Bois.

Le deuxième extrait concerne le rebirth, une autre pratique pointée pour ses risques de dérives sectaires. Nous avons retrouvé un texte identique à ce passage dans un forum internet datant de juin 2005 (3 ans avant la sortie du livre). D'autres passages de ce livre ont été copier-coller à partir d'internet sans que les auteurs originaux aient été cités. (…)”

 


LES GRANDS COURANTS DE LA PENSÉE PSYCHIATRIQUE

Commentaires de quelques extraits d'un cours de psychiatrie du Collège National des Universitaires en Psychiatrie (Module 3 - Question 48) :

« 3. Le moyen âge

Les malades relèvent de la Médecine ou de la religion. Le trouble mental qui est l’équivalent de la possession démoniaque et du péché conduit souvent à l’Inquisition et au bûcher (milliers de femmes et enfants torturés ou brûlés sur la place publique), avec l’autorisation du pape Innocent VIII et le soutien de l’empereur Maximilien 1er.


Simultanément, apparaît le début de l’Assistance aux malades, mais plus sur un mode charitable que médical.

Les Frères de la Charité organisent des maisons en Espagne et en France.
Les premières institutions pour hospitalisation des fous apparaissent en 1173 à Bagdad, à Montpellier (1178), plus tard à Londres (le Bedlam) au 16ème siècle.

Au XVIème siècle Jean de Wier en Belgique défend la thèse médicale des troubles psychiques et éloigne la théorie satanique
. »

Commentaires

Qu'au Moyen Âge, les malades aient relevé de la Médecine et (plutôt que «ou») de la religion est vrai (la prière, le pèlerinage et l'exorcisme n'ont en effet jamais exclu le traitement humoral).
Mais le trouble mental a-t-il vraiment conduit souvent à l’Inquisition et au bûcher ? C'est bien ce qu'ont écrit les premiers aliénistes, et ce qui a été depuis souvent redit. Pour autant, les sorciers -il serait plus juste d'écrire les sorcières- et leurs victimes supposées étaient-ils vraiment pour la plupart des malades mentaux ? Pour quelques délires de possession, combien de personnes parfaitement saines d'esprit et avouant sous la torture, combien de victimes très suggestibles et trompées non par le Diable, mais par leurs juges ?
Une précision : la "psychose collective" de sorcellerie naît et atteint son apogée non pas au Moyen Âge, mais aux XVIème et XVIIème siècles, c'est-à-dire à la Renaissance...

Une institution pour hospitalisation des fous à Montpellier en 1178 ? Pour la période et dans le monde chrétien, nous connaissons seulement l'existence de la St-Jean ten Dullen (Maison Saint-Jean) qui ouvre à Gand cette année-là, de la construction d'un hôpital à Haspres en 1218, de la fondation à Ablain d'une maison d'aliénés vers 1270, de celle de Gheel en ce même XIIIème siècle. Y a-t-il eu à Montpellier dès la fin du XIIème siècle un établissement spécialisé, ou s'agit-il de l'hôtel Dieu de la ville, qui a sans doute accueilli quelques fous ?

Quant au Bethlem Royal Hospital, à Londres, plus connu sous le nom de Bedlam, ce n'est pas au XVIème siècle, mais au XIVème siècle qu'il s'ouvre aux aliénés, dans un prieuré fondé en 1217 : l'hôpital pour lunatics dit de St Mary of Bethlehem naît en 1398-1400. En 1547, il deviendra Fondation royale tout en gardant la même destination.

A propos de Jean Wier, originaire du Brabant, qui étudie en Allemagne puis en France, voyage en Afrique du Nord, à Candie (la Crète), exerce à Arnhem puis à Clèves, et meurt en Westphalie : la Belgique n'a pas d'existence propre en tant qu'État avant 1830.

« 4. Les XVIIème et XVIIIème siècles

C’est l’époque du dualisme cartésien qui sépare le corps et l’esprit : (« je pense donc je suis… »).


C’est surtout l’époque de la naissance des asiles, de la loi sur les aliénés.


En 1656 est fondé l’Hôpital Général de Paris en vue d’enfermer les malades mentaux, insensés, mendiants, prostituées et correctionnaires, par lettre de cachet de l’autorité royale, le plus souvent à la demande des familles. Ainsi on protège la cité des malades, tout en s’occupant de ceux-ci. L’insuffisance des hôpitaux est complétée par les dépôts de mendicité et les maisons de force.


Au XVIIIe siècle la vocation charitable des hôpitaux est progressivement remplacée par une fonction de soins. Sous l’impulsion de Necker, la circulaire de 1785 définit les asiles comme lieux de soins.


La même année, un médecin écossais, Cullen utilise le terme de névrose et propose une classification des troubles psychiques d’essence neuro-fonctionnelle.


En 1800, après avoir enlevé les chaînes aux aliénés à Bicêtre, Pinel écrit le « traité médico-philosophique sur l’aliénation mentale ou la manie ». Ce traité diffusé en Europe marque la naissance de la Psychiatrie
. »

Commentaires

C'est sans doute une maladresse que d'écrire pour les XVIIème et XVIIIème siècles : c'est surtout l’époque de la naissance des asiles, de la loi sur les aliénés.
A la rigueur, la première partie de la proposition «l’époque de la naissance des asiles» pourrait s'entendre en référence à Michel Foucault, bien qu'il soit aujourd'hui admis que l'asile naît dans les années 1800. Mais il n'existe pas alors de législation spécifique, et l'on ne peut donc parler de la loi sur les aliénés sous l'Ancien Régime : comme il est dit plus loin, cette loi date de 1838.

Quant à l'Hôpital Général, il n'a pas été fondé en vue d’enfermer les malades mentaux, insensés, mendiants, prostituées et correctionnaires, mais, comme l'a rappelé récemment Claude Quétel, l'Edit royal de 1656 porte établissement de l'Hôpital général pour le renfermement des pauvres mendiants de la ville et fauxbourgs de Paris. Qu'il y en eut parmi les pauvres mendiants est certain, mais enfermer les fous n'était aucunement la vocation de l'institution royale. Les prostituées et correctionnaires viendront plus tard, dans des bâtiments séparés.

Par ailleurs, point n'était besoin d'ordre du roi (lettre de cachet) pour faire admettre un mendiant. Il ne s'agissait que d'une simple affaire de police.

Au XVIIIème siècle existaient -depuis fort longtemps- aussi des hôpitaux au sens actuel du terme, c'est-à-dire des établissements de soins médicaux, chirurgicaux et d'obstétrique : les hôtels-Dieu, qui se distinguaient en tout point des hôpitaux généraux au sens de l'époque, qui n'avaient aucune vocation médicale. Au XVIIIe siècle la vocation charitable des hôpitaux est progressivement remplacée par une fonction de soins ne traduit-il pas une confusion entre les deux concepts?

Enfin, jamais Philippe Pinel n'a dit ou écrit avoir enlevé les chaînes aux aliénés à Bicêtre, et jamais non plus il ne l'a fait. Il s'agit d'un beau mythe fondateur, dont Gladys Swain a fait une très talentueuse analyse en 1978.

« 5. Le XIXème siècle : la naissance de la Psychiatrie

Elle se développe en Allemagne en opposant les partisans des causes psychiques (Heinroth) et des causes organiques (Griesinger).


En France naissent les premières classifications des maladies mentales avec Esquirol (les monomanies) et Chaslin (la folie discordante).


Kraepelin en 1883 en Allemagne regroupe l’hébéphrénie (Ecker), la catatonie (Kahlbaum) et le délire paranoïde dans le cadre de la démence précoce, qui deviendra en 1911 les « schizophrénies » de E. Bleuler.



Au début du XXème siècle c’est la floride époque descriptive des aliénistes français : délire chronique interprétatif (Serieux et Capgras), bouffée délirante aiguë (Magnan), psychose hallucinatoire chronique (G. Ballet), folie maniaco-dépressive (J. Baillarger, J.P. Falret).


En 1913, la description de la paralysie générale par Bayle (1822), est rattachée à la méningo-encéphalite syphilitique. Elle alimente un fort courant organiciste et localisateur de la Psychiatrie.


Entre temps, la loi de 1838 fixe les modalités d’hospitalisation des malades en « placement volontaire » et « placement d’office », loi qui durera jusqu’en 1990
. »

Commentaires

Quelques problèmes de dates :

Le XIXème siècle (...) En France naissent les premières classifications des maladies mentales avec Esquirol (les monomanies) et Chaslin (la folie discordante)

Ce n'est qu'en 1912 que la discordance apparaît pour la première fois dans l’œuvre de Philippe Chaslin 1857-1923 (Eléments de séméiologie et clinique mentales, paru aux éditions Asselin & Houzeau) : voir Georges Lanteri-Laura, Martine Gros, Essai sur la discordance dans la psychiatrie contemporaine suivi de Quelques mots sur la psychologie de la mathématique pure, EPEL, 1992.


Kraepelin en 1883 en Allemagne regroupe l’hébéphrénie (Ecker), la catatonie (Kahlbaum) et le délire paranoïde dans le cadre de la démence précoce

C'est en 1899, dans la 6ème édition de son Traité (dont la première édition date bien de 1883) que Kraepelin définit cette entité de démence précoce qui aura le succès que l'on sait, qui regroupe l'hébéphrénie d'Hecker (et non Ecker), la catatonie de Kahlbaum et le délire paranoïde.


Au début du XXème siècle (...) délire chronique interprétatif (Serieux et Capgras), bouffée délirante aiguë (Magnan), psychose hallucinatoire chronique (G. Ballet), folie maniaco-dépressive (J. Baillarger, J.P. Falret)

Le délire d'interprétation a bien été décrit par Sérieux et Capgras en 1909 et la célèbre "PHC" de Gilbert Ballet est née en 1911. Mais la description par Valentin Magnan de la Bouffée délirante des dégénérés (rebaptisée plus tard « BDA ») date de 1886 (voir ses Leçons cliniques sur les maladies mentales, publiées dans Le Progrès Médical, et rassemblées en un volume paru chez Delahaye et Lecrosnier en 1887 -2e édition : 1893).

Et ce n'est pas non plus au début du XXème siècle, mais en 1854 que Jules Baillarger 1809-1890 et Jean-Pierre Falret 1794-1870 ont décrit l'un la Folie à double forme, et l'autre la Folie circulaire (le trouble bipolaire d'aujourd'hui, longtemps appelé la psychose maniaco-dépressive, ou «PMD»).


En 1913, la description de la paralysie générale par Bayle (1822), est rattachée à la méningo-encéphalite syphilitique

La phrase semble plus compréhensible sans « la description de », puisque la cause de la "PG", décrite par Antoine-Laurent Bayle en 1822 sous le nom d'arachnitis chronique et dont Alfred Fournier avait soutenu en 1879 la nature syphilitique, a pu être établie définitivement grâce aux travaux de Noguchi et Moore en 1913. L' « Entre temps » est-il celui qui sépare la description de Bayle des travaux de Noguchi et Moore ?


Michel Caire, 2010-2017
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