Distractions à Sainte-Anne

Conseil général de la Seine 1907

RAPPORT Au nom de la 3e Commission (Assistance publique),
sur les budgets et comptes de l'Asile clinique,

Présenté par M. Henri ROUSSELLE, conseiller général.

(...) «Distractions aux malades

«Dans chacun de nos précédents rapports, nous nous sommes fait un agréable devoir de rendre justice à la philanthropie éclairée et au sens artistique du Directeur de l'asile clinique.

Le théâtre de verdure qu'il a si ingénieusement organisé dans la cour d'honneur de l'établissement a donné cet été de brillantes représentations. D'autres, plus intimes, ont eu lieu dans la salle de la bibliothèque.

Des concerts de musique instrumentale sont venus récréer les malades, grâce au concours de plusieurs sociétés philharmoniques.

Des promenades, des jeux de toute sorte ont été organisés à leur bénéfice.

Le Directeur, enfin, n'a cessé de se préoccuper de l'ornementation de l'asile : il a créé, à l'entrée de l'établissement, un charmant parc en miniature, qu'il a peuplé de divers animaux d'agrément. De sorte que l'accès même de la maison est devenu riant, accueillant, et tel qu'il bannit loin de l'esprit la vilaine épithète de Bastille moderne dont il nous souvient d'avoir entendu gratifier jadis les asiles publics d'aliénés.

Nous espérons que nos félicitations et les vôtres encourageront le distingué Directeur de l'asile clinique à continuer de prodiguer à ses administrés les distractions réconfortantes dont il a su trouver si heureusement la formule.»


A l'asile Sainte-Anne (Paris) encore, et son théâtre de verdure, quelques années plus tard :

Une fête à Sainte-Anne

«C'est au mois de juillet que les fêtes de l'Asile Clinique présentent le plus d'éclat. Sur le théâtre de verdure dressé dans la cour d'honneur, les réprésentations se succèdent, au grand plaisir des malades et des employés de la maison.

Au programme de cette année, "Véronique" est le morceau de résistance. Disons vite que le chef-d'œuvre de Messager, malgré les difficultés de la mise en scène et l'importance de la partition vient d'être interprété d'une manière réellement satisfaisante.

Dans le rôle principal, nous avons eu le plaisir de revoir Melle Suzy LAUGÉE, qui, les années précédentes, incarnait avec talent "Mam'zelle Nitouche" et "Miss Helyette". Son apparition est saluée par les applaudissements de l'auditoire. On sent que la jeune et charmante artiste est aimée de tous ceux qui sont là, et qu'elle a délà conquis. C'est une "Véronique" idéale, fine, séduisante, et musicienne accomplie. Jessie HEAD, dans "Agathe", lui donne la réplique, avec moins d'expérience de la scène et une certaine timidité. Mais comme elle est agréable à entendre et à regarder! et quelle voix admirable, pleine de fraîcheur et de jeunesse.
M. CHIRAT, un jeune élève du Conservatoire, est un "Florestan" plein d'entrain et de gaîté. Il sait se servir avec talent d'une voix puissante et bien timbrée.
Citons encore, parmi les premiers sujets, M. HENRY, un "Coquenard" cordial et solennel à souhait; M. TESSON qui, dans "Séraphin", nous a présenté un type de larbin des plus divertissants; enfin M. DIDIER, "Loustot" et "Des Merlettes" chez lequel on retrouvait l'élégance du gentilhomme sous la redingote douteuse du policier.

Enfin, ce serait une injustice d'oublier les ensembles, après avoir mentionné Mme SLUZE, Mlle Marie BONNAULT et Mme DEULEY. L'orchestre et les chœurs étaient conduits avec vigueur et autorité par le jeune maëstro Marcel LARDERET. Les décors frais et pimpants formaient un cadre ravissant à une figuration pittoresque et du meilleur "Louis Philippe". Le "Temple de Flore", avec ses jolies fleuristes, et la guinguette du "Tourne-Bride" furent particulièrement remarqués.

De telles manifestations sont intéressantes, et l'on se rend compte qu'elles représentent un effort considérable. Ceux qui les organisent méritent des félicitations, et leur succès témoigne qu'ils développent autour d'eux le sentiment de l'art, et que le public auquel nous étions mêlé dimanche soir n'y reste nullement étranger.

Et nous remercions tout particulièrement M. Guillot, l'aimable directeur, qui a eu la gracieuseté de nous inviter à cette fête qu'un temps à souhait rendit plus attrayante. (...). A. L'ESPRIT»
(19 juillet 1914)


Michel Caire, 2007
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