Bien-Hoa

L'asile public d'aliénés de Bien-Hoa ou Biênhoàville, près de Saïgon (aujourd'hui Hô-Chi-Minh-Ville) fut le premier établissement spécialisé en Indochine française : la date officielle de sa création est le 3 mai 1918.

Les pavillons de l'asile de Bienhoa, appelé ensuite Hôpital Psychiatrique du Sud Viet-Nam, portaient les noms de grands aliénistes français (Falret, Bayle, Lasègue, Morel...).

Le docteur Sonn Mam, qui en est jusqu'en 1939 le médecin directeur prendra ensuite la direction de l'hôpital psychiatrique de Takhmau (Kandal), près de Phnom-Penh (Cambodge), construit selon ses plans et qui porta le nom de son fondateur jusqu'à sa fermeture sous le régime de Pol Pot.

Entretemps, en 1936, un autre hôpital psychiatrique a ouvert à Hanoï, au Tonkin (protectorat français, tandis que l'Annam, où est situé Saïgon, est une colonie).
Quant à l'hôpital psychiatrique de Bien-Hoa (Bênh viên Tâm thân Biên Hôa), il est toujours en activité.

En 1930, date du texte ci-dessous, Sonn Mam est assisté à Bien-Hoa par le docteur Augagneur, médecin-commandant du 21e régiment d'infanterie coloniale, médecin spécialiste en psychiatrie.

L'Asile de Bienhoa et les progrès de l'assistance aux aliénés en Indo-Chine

Par le Docteur Sonn
Ancien interne des asiles de la Seine
Médecin des asiles publics d'aliénés

Dans leur rapport au Congrès de Tunis en 1912, Reboul et Régis ont insisté sur la situation pénible des aliénés de l'Indo-Chine et l'absence de tout système d'assistance pour cette catégorie de malades.

Depuis cette époque, de grands progrès ont été réalisés.
les aliénés indo-chinois sont hospitalisés et traités par les méthodes thérapeutiques modernes.

Commencée en septembre 1914, la construction de l'asile de Bienhoa était terminée en 1918. Les premiers malades ont été admis en janvier 1919. L'asile reçoit les malades des deux sexes qui viennent de tous les pays de l'Union indo-chinoise.

L'asile de Bienhoa, situé à 4 kilomètres du chef-lieu en bordure de la route coloniale n°1, occupe un terrain surélevé et couvre une superficie d'environ 20 hectares.

Il comprend de nombreux pavillons avec de vastes cours entourées de massifs de verdure et de palissades. Un petit ruisseau le traverse et y entretient une agréable fraîcheur. Des vases chinois et des statuettes bouddhiques ornent les parterres. L'abondance des fleurs, le tracé rectiligne des allées, la grande propreté que le personnel entretient dans tout l'asile, donnent au visiteur une impression favorable.

En décembre 1929 l'asile hospitalisait 468 aliénés, répartis dans 13 pavillons de traitement, dont 3 sont destinés aux malades européens.

Le personnel médical se composait à la même date, d'un médecin directeur et d'un médecin résident.
Le médecin-directeur, outre ses occupations à l'Asile, est chargé de diverses fonctions (service médical de la province; détachement de tirailleurs; escadrille n°2; service médical des fonctionnaires et colons du poste), situation fâcheuse qui ne lui permet pas de se consacrer exclusivement aux malades de l'asile.
Le personnel secondaire se compose d'agents sans instruction spécialisée (surveillants et surveillantes) et d'agents spécialisés (infirmiers). Ceux-ci sont d'ailleurs encore en trop petit nombre.

Les malades reçoivent une nourriture substantielle et variée. leur alimentation est supérieure à celle que reçoivent les malades des asiles de France. le riz, le poisson frais, le poisson sec, la viande de porc ou de bœuf, les œufs de cane, le nuoc-mam, les légumes verts et le thé-annamite, sont les principales denrées composant la ration ordinaire.

La proportion des aliénés travailleurs est d'environ 1/3 de l'effectif; on cultive dans l'exploitation agricole de l'asile le paddy, le tabac et les cultures vivrières indigènes (maïs, patates, manioc, haricots). 4.820 kilogs de paddy ont été récoltés en 1929. L'asile possède en outre 400 hévéas qui pourraient être mis prochainement en saignée.

Le vêtement se compose d'une veste et d'un pantalon dont la forme varie suivant le sexe. la coiffure est un chapeau annamite.
Les locaux permettent d'établir une sélection suffisante.
Le pavillon où est installée l'infirmerie, de dimensions trop restreintes, doit être prochainement agrandi. Il y aurait également lieu de construire de nouveaux quartiers pour européens.

Il existe une installation hydrothérapique, mais son éloignement des divers quartiers de traitement rend l'utilisation assez peu pratique. la réorganisation de ce service était à l'étude à la fin de 1929.

Les malades européens couchent dans des lits métalliques; les malades indigènes ont à leur disposition des lits en bois, sauf dans les quartiers cellulaires où les lits sont en maçonnerie; 175 malades environ couchent encore sur des nattes.

L'asile possède un laboratoire, mais celui-ci ne fonctionne pas normalement, faute de personnel. les examens sont pratiqués à l'Institut Pasteur de Saïgon.

L'asile possède tout ce qui est nécessaire pour traiter les malades par les méthodes thérapeutiques modernes. En 1929, plusieurs cas de paralysie générale ont été traités par la malariathérapie.

Tel que je viens de le décrire rapidement, malgré les imperfections signalées ci-dessus, l'Asile de Bienhoa est un asile moderne qui permet de réaliser, dans de bonnes conditions, l'hospitalisation et le traitement des malades mentaux. Il me paraît pouvoir être comparé sans désavantage, à l'asile d'Ambohidratimo (Madagascar) qui est loin d'avoir une aussi grande activité, et même à plusieurs asiles des départements français, si du moins ceux-ci sont restés tels que je les ai connus il y a 3 ou 4 ans.

Le transfert à Bienhoa des malades provenant des régions éloignées de l'Union Indo-chinoise entraîne des frais élevés. Il est pour les malades une cause de grande fatigue. Ceux-ci ne peuvent être visités par leurs parents, ces voyages étant trop fatigants et trop coûteux.

Pour toutes ces raisons, il y aurait intérêt à créer, en Indochine, de nouveaux établissements psychiatriques.
Un asile est actuellement en cours de construction au Tonkin, à Bac-Giang. il sera vraisemblablement mis en service vers la fin de 1930. Il recevra les malades du Nord-Annam et du Laos. Il restera cependant nécessaire, à mon avis, d'envisager la création d'un autre asile au Cambodge. A Bienhoa les aliénés cambodgiens se trouvent dans un milieu dont ils ignorent la langue et les usages. Ils y sont ainsi placés dans des conditions morales fâcheuses qui ont une répercussion défavorable sur leur traitement; »

L'Aliéniste Français, novembre 1930, n°9, pp. 274-275


Sonn Mam
né le 29 octobre 1890 à Phnom Penh, décédé le 22 janvier 1966 dans sa ville natale

Michel Caire, 2010-2011
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