ASILE SAINT-ATHANASE à QUIMPER (Finistère)

L'hôpital psychiatrique de Quimper, devenu le Centre Hospitalier Etienne Gourmelen ou Etablissement Public de Santé Mentale du Finistère Sud, a longtemps été connu sous le nom d'Asile Saint-Athanase.

Il était à sa naissance une annexe des hospices civils de Quimper et de Morlaix. Le premier de ces deux hospices céda une parcelle d'un demi-hectare dans la partie nord de son domaine pour qu'y soit édifié un premier bâtiment, qui ouvre le 25 février 1826 pour les aliénés hommes.

Deux ans plus tard, il devint un établissement départemental, qui s'étendait sur quatre hectares quand il fut clos de murs en 1830.

Le tout premier médecin de l'asile est Antoine Jean Marie Gouiffès, né à Rosporden en 1770, docteur de la Faculté de médecine de Paris en 1804 avec une thèse intitulée Dissertation sur l'influence des climats et de l'atmosphère en particulier.

À son décès le 2 mai 1837, c'est son gendre et adjoint le docteur Athanase Follet, dont nous reparlerons, qui lui succède comme médecin chef avant de devenir en 1840 le Directeur Médecin de l'asile.

Et l'histoire se répète vingt ans plus tard, puisqu'à la mort de Follet le 22 mars 1857, c'est son gendre et adjoint le docteur Irénée-Célestin Baume [1828-1890] qui devient le nouveau directeur médecin en chef.

À Baume succède en 1883 César Homery [1841-1918], puis en 1897 Abel Meilhon [voir sur ce site La vilaine bête et ses Gardiens], puis en 1919 Lucien Lagriffe [1873-1959], qui prend sa retraite en 1936 : en cent-dix années, ils ne sont que six médecins à s'être succédés à la direction de l'important asile de Quimper.


La vie quotidienne dans les asiles d'aliénés du XIXème siècle était rigoureusement réglementée, l'ordre et la discipline étant considérés comme nécessaires, et pour de nombreux aliénistes thérapeutiques.

Mais les règles ont rarement été aussi strictes, leur esprit rarement aussi militaire que dans l'asile de Quimper, comme le montre non pas un pamphlet anti-aliéniste anonyme comme il a pu en exister, mais un texte publié en 1853 par le docteur Follet lui-même.


Considérations médicales et administratives sur le développement de l'asile public Saint-Athanase, à Quimper, de 1826 à 1853.
Compte-rendu, par le Dr Follet, médecin de l'asile depuis 1830 et directeur-médecin depuis 1840.
Quimper, E. Blot, juillet 1853 [extrait, pp. 98-108]

HABITUDES REGLEMENTAIRES DU SERVICE INTÉRIEUR.
LEVER.

I.
A cinq heures du matin, l'Angelus sonne à la chapelle, la diane battue dans les cours, annonce le lever des employés. A cinq heures un quart, un premier son de cloche est donné par l'un des veilleurs pour clore le service de nuit, pour le lever des malades, et le rendez-vous à leur poste des infirmiers chargés de services spéciaux, —concierge, cuisiniers, surveillants de la salle de garde, etc.

II.
Les infirmiers de section surveillent en silence l'habillement des malades, la tenue des lits, la propreté des tables de nuit, etc. Les infirmier-major, aide-major, et chef de clinique recueillent le rapport des veilleurs, reconnaissent les malades ayant besoin d'attendre au lit la visite du médecin.
Les malades étant habillés, chaque infirmier fait aérer, approprier, et récite la prière du matin.

A cinq heures trois-quarts, chaque infirmier, au deuxième coup de cloche, met en rang sa section, et sans bruit la conduit au rez-de-chaussée où l'on se distribue l'appropriement général.

VISITE MÉDICALE.

III.
A six heures, l'économe, premier agent de surveillance, accompagné de MM. les chefs de clinique et infirmier-major, se rend au cabinet du directeur-médecin.
L'aide de clinique présente le rapport sur le service de jour de la veille, et celui de la nuit dernière.
Après un conseil privé sur les principaux faits, ils procèdent, et dans l'ordre suivant, à la visite : 1° De l'infirmerie clinique, 2° Des malades restés alités dans les dortoirs, 3° Des impotents sur la ligne sud, 4° Des sujets isolés sur les cellules de la ligne nord, 5° De la division réunie sous les galeries, 6° Du pensionnat.

IV.
A six heures un quart, les infirmiers étant à la salle de garde, un troisième son de cloche annonce la revue et le déjeûner.
Les tambours battent le rappel.
Les malades s'alignent sous les galeries, sur deux rangs à deux pas de distance, par section de cinq de front, le premier ou chef de file étant servant et guide des quatre autres.

V.
Pendant que la visite médicale s'opère sur les quatre premières séries, les infirmiers procèdent à une revue préparatoire, à l'effet de distribuer des brosses pour s'approprier, et de rectifier la tenue de chacun.
On examine la propreté de la tête, des mains, de la coiffure, de la chaussure; les chaussons ne doivent point être acculés, les pantalons tomber trop bas, les gilets-vestes et blouses doivent être boutonnés et garantir le col.
Les infirmiers prennent des notes sur les besoins de chacun, afin d'en aviser l'économe qui, lui-même, par quinzaine, passe une inspection de l'habillement.
Pendant cette revue des infirmiers, un surveillant fait l'appel. — On répond pour les sourds, les muets, les absents.

VI.
Les tambours annoncent l'arrivée du directeur-médecin et de ses auxiliaires. — Les infirmiers viennent les recevoir et les suivre pendant la revue du médecin, qui varie pour chacun les conseils, l'encouragement ou l'admonestation.
Les malades dont on est mécontent sont isolés pendant la visite et placés au piquet.
Pendant cette revue a lieu la distribution du déjeûner.
Le pain étant porté sur les deux lignes, chaque chef de file appelle et sert ses quatre hommes.

VII.
Après cette inspection, les tambours battent l'ordre. Les infirmiers se réunissent autour du directeur-médecin, qui après avoir interrogé chacun sur les intérêts du service, donne les ordres qui régleront les travaux de la journée.
L'infirmier-major ayant fait rompre les rangs, les infirmiers ordinaires déjeûnent à la salle de garde.

VIII.
Après la revue du pensionnat et des offices où l'on examine le pain, la viande, les pesées, etc., la visite médicale se termine au bureau de l'économe.
Le médecin-directeur arrête les écritures des feuilles diététiques, de la balance de régime, des relevés devant régler chaque office.

TRAVAIL.

IX.
Le travail des malades dure de trois à quatre heures le matin et autant le soir. — Ce temps est scindé par une halte de 30 minutes. — Le dernier quart-d'heure est consacré à l'appropriement des effets et des instruments.
Les ateliers composent cinq divisions qui s'utilisent : 1° Dans les offices, dortoirs, réfectoires, salles de bains, au service des eaux, à l'appropriement local et général; 2° Aux ouvrages de tisserands, cordonniers, tailleurs, au service de la lingerie, etc.; 3° Aux travaux de menuiserie, tournage, charpentage, au débit du bois de chauffage, etc.; 4° Au jardinage et à la culture ; 5° Aux ateliers de terrassement.

X.
Les oisifs sont classés et distraits dans les lieux de réu nion. — Quand le temps est beau, il sortent en rang avec un tambour, et avant les repas, font matin et soir une promenade de trois-quarts d'heure environ au milieu des jardins et dans le parc.

REPAS.

XI.
La cloche d'appel ayant averti, les tambours battent le rappel un quart-d'heure avant les repas, ramènent en rang les travailleurs, les oisifs en promenade et reconduisent la colonne aux réfectoires.
Chaque table a dix couverts avec nappes, cuillers, fourchettes, couteaux, salières, pots d'abondance, sous la surveillance d'un infirmier.
On y sert deux soupières ayant chacune trois litres de bouillon pour 500 grammes de pain, et un plat de viande de 1,250 grammes, produit par 2,500 à l'état cru.

XII.
Après le Benedicite, un coup de sonnette annonce le service de chaque plat.
Deux chefs de file servent, la soupe. — Le premier sert la viande ou les autres plats composant le régime du jour; les infirmiers distribuent le pain à la main, font observer le silence, la propreté, une égale répartition.
Les personnes régimées aux 3/4, 1/2, 1/4, composent des tables particulières.
Après l'action de grâces, le tambour annonce le dîner des infirmiers et ouvriers.

RÉCRÉATIONS.

On se repose une demi-heure après déjeûner, une heure après dîner, une heure et demie après souper.
On ne fume que dans les cours et pendant les récréations.
Les malades et infirmiers ont à leur disposition des jeux de boules, quilles, tonneau, cartes, dominos, damiers, etc.
Quand le temps est mauvais et qu'il faut se maintenir à l'intérieur, un orgue portatif distrait le personnel.
Dans la belle saison on fait des promenades ans environs dans la campagne. —La colonne marche militairement.
II est souvent donné des soirées de jeux, dans les salons du pensionnat.

PENSIONNAT.

XIV.
Les habitudes du pensionnat présentent quelques variantes. Les lever et coucher ont lieu un peu plus tard, les repas sont servis à neuf heures et cinq heures.
On alterne dans la journée les moments consacrés aux grandes et petites promenades, à des travaux de jardin, à la salle d'études, munie de livres et de journaux.
La soirée est occupée par des jeux, des conversations, ou lectures à haute voix. — Deux fois par semaine on fait la poule. Les familles s'abonnent pour des leçons de dessin ou de musique, pour des promenades en voiture, et entrer tenir un surveillant spécial près de leurs malades.
[...]

PRIÈRE ET COUCHER.

XVIII.
Un son de cloche annonce la prière générale du soir, suivie d'une lecture dans la Vie des Saints, texte breton.
Le coucher suit la prière.
Les malades, classés par sections de dortoirs, se retirent en rang sous la conduite de leur infirmier, en suivant les lignes qui leur sont affectées.
On ne monte aux dortoirs que sur les chaussons de cuir, les sabots restent déposés au rez-de-chaussée.
De même au pensionnat, toutes les fois que l'on y rentre, on échange la chaussure qui sert au dehors contre celle de l'intérieur.
Chaque malade plie ses effets, et ne les dépose jamais sur les lits.
Chaque infirmier veille au change du linge; à son transfert au dépôt, il en rend compte.
Les corridors et dortoirs sont éclairés la nuit.
Pendant le mouvement du coucher, les infirmiers chefs font une ronde. — Les tambours battent la retraite dans les cours. — Dès lors silence partout, on ne parle plus qu'à voix basse, le service des veilleurs commence, ils marchent sans bruit sur des chaussons.

[...]

XXII.
La cloche de la salle de garde, annonce l'arrivée de l'Aumônier.
Immédiatement les tambours battent le rappel et au deuxième son donné par la cloche de la chapelle, la division se met en marche, tambours battant, les infirmiers en serre-file.
L'Aumônier confesse tous les samedis à la chapelle, visite les malades alités et administre les secours spirituels.
Les infirmiers en permission sortent à tour de rôle à l'issue de la messe jusqu'à l'heure de l'appel.

XXIII.
Les cérémonies funèbres ont lieu à la chapelle Saint-Athanase ; aucun indigent n'est inhumé sans cercueil et ensevelissement; son convoi se compose de 12 hommes en tenue de deuil et de deux infirmiers.
Tout le personnel des employés et convalescents assiste au convoi des infirmiers. — L'Asile élève une croix sur leur tombe et leurs noms sont inscrits à la chapelle sur des tables mémoratives. [...]



Athanase [Romain Auguste] Follet
1800-1857

Athanase Follet naît le 28 thermidor an VIII [16 août 1800] à l'hôpital militaire de Quimper où son père, prénommé Louis-Athanase, est économe. Ce qui explique peut-être l'orientation martiale que traduit l'extrait cité précédemment.

« Né au commencement de ce XIXe siècle qu'une crise sociale lançait à une grande distance du siècle précédent, élevé pendant cette brillante époque épisodique où la discipline militaire abattait l'anarchie et combattait les nombreux ennemis du dehors, initié à l'étude des sciences médicales dans cette école de Brest où le savoir s'allie avec la discipline du bord, le docteur Follet avait fidèlement gardé les impressions traditionnelles ressenties pendant sa jeunesse. » [Renaudin]

Il est reçu docteur à la Faculté de médecine de Paris en 1830 avec une thèse intitulée Opérations pratiques sur quelques points de l'hygiène.

Follet a dit avoir été l'adjoint de Gouffiès dès 1830, mais il n'a été nommé officiellement médecin adjoint de l'asile qu'en 1833, précisément le 29 novembre.
Il en devient le médecin chef le 12 juin 1837 après la mort de son beau-père, et prend les fonctions de directeur médecin le 11 mai 1840, qui ajoute à celles de médecin des aliénés la charge de direction administrative de l'asile.

On doit à notre pieux directeur-médecin la construction d'une chapelle au sein de son asile, et qu'elle soit consacrée en 1848 au saint patron de son père, dont il a aussi hérité du prénom. D'où vient naturellement le nom de l'asile lui-même, Saint-Athanase. En 1858, sa veuve fera édifier un monument funéraire dans l'asile à sa mémoire, surmonté d'un buste sculpté par Amédée Ménard.

Inauguration du monument élevé par sa famille à la mémoire du docteur Follet,
premier directeur, médecin de l'asile Saint-Athanase

« Le lundi 7 juin dernier, une touchante solennité réunissait dans un même sentiment tout le personnel de l'asile Saint-Athanase auquel s'étaient joints M. le préfet du Finistère, les membres de la Commission de surveillance, et ceux de la famille du docteur Follet. Ce jour avait été choisi pour l'inauguration du monument élevé par sa veuve à la mémoire de l'homme qui lui laissera d'inconsolables regrets.
Après une messe dite par monseigneur Sauveur, protonotaire apostolique et président de la Commission, l'assistance s'est rendue sur le lieu concédé par le département pour l'érection du buste, dû à l'habile ciseau de M. Ménard (de Nantes), qui a su reproduire avec un rare talent la vivante physiolomie du modèle. Du milieu de ce cortège de parents, d'amis et de collaborateurs dévoués, M. le préfet s'est avancé et a improvisé une courte et chaleureuse allocution : se faisant l'interprète des regrets universels inspirés par la perte prématurée du fondateur de l'asile, il a signalé les hautes qualités qui distinguaient M. Follet comme homme et comme administrateur. Il a rappelé la sûreté de son commerce, la douceur et la facilité de ses relations dont témoignent aujourd'hui tant et de si solides amitiés. M. le baron Richard a montré ensuite l'administrateur, tout plein de sa pensée, luttant avec courage contre les obstacles et les retards, sans l'abandonner jamais; il a rendu surtout un hommage éclatant au dévouement énergique et à l'inaltérable probité qui, après avoir été la règle de sa vie, demeurent l'honneur de sa mémoire. Ces paroles ont vivement impressionné l'assemblée, et M. de Carré a demandé, au nom de la Commission de surveillance, à M. le préfet, l'autorisation d'en consigner la substance au registre de ses délibérations.
M. Billou, économe de l'asile, a voulu au nom des employés de l'établissement, payer un dernier hommage à l'homme qui avait été si longtemps leur guide et leur ami.
Le docteur Baume, digne successeur et gendre du docteur Follet, a remercié l'assistance de cet hommage rendu à la mémoire du fondateur de l'asile Saint-Athanase.
Après ces allocutions écoutées avec un profond recueillement, parce qu'elles étaient l'expression des sentiments éprouvés par tous, les malades et les employés de l'asile, sous l'habile direction de M. Lack, organiste, ont chanté des couplets composés par M. l'abbé Tabourdet, aumônier de l'asile, dans lesquels sont exprimés d'une manière touchante les regrets si profonds qu'a laissés après lui le docteur Follet. »
N.B. Le préfet du Finistère est alors Charles Victor, baron Richard, diplômé de l'École des Chartes, archéologue et bibliophile.


Son fils Athanase Follet, économe de l'asile de Saint-Dizier puis de l'asile de Breuty La Couronne en Charente, donnera à son tour le prénom d'Athanase à son fils : Athanase Follet 1867-1931, membre de l'Académie de médecine dirigera l'École de médecine de Rennes, dont la fille Edith épousera en 1919 un certain Louis-Ferdinand Destouches, plus connu sous le nom de Céline.

Emile Renaudin, dans une notice nécrologique consacrée à son collègue aliéniste parue dans les Annales médico-psychologiques en 1857, loue en lui « le savant médecin », l'« habile administrateur », « l'ami de l'humanité dont la persévérante et intelligente énergie avait doté le département du Finstère d'une excellente institution » où « la discipline militaire associée au sentiment religieux était l'âme de son service », avant d'évoquer ses derniers instants : « Le 22 mars dernier, à six heures du soir, pendant que le docteur Follet, entouré de sa famille, animait la conversation par ces projets d'avenir qu'il ne cessait de former pour son asile, il pousse un cri, penche la tête à droite et expire sans que les soins empressés des siens puissent ranimer cette existence abrégée par le travail et une incessante activité ».


Michel Caire, 2021-2022
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