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Henri (Marc) BARUK
Saint-Avé (Morbihan) 15 août 1897 / Saint-Maurice (Val-de-Marne) 14 juin 1999

Neuropsychiatre français ayant marqué son époque par son œuvre scientifique, son érudition et l'acuité de son esprit, l'originalité de ses positions à l'égard de la législation psychiatrique et de la thérapeutique, remarquable enfin par sa longévité.

Henri Baruk est né à Saint-Avé - où son père psychiatre, Jacques Baruk (1872-1975), était médecin de l'asile dit de Lesvellec -, et passe son enfance à l'asile de Sainte-Gemmes (Maine-et-Loire), près d'Angers.

Médecin auxiliaire au 12ème régiment d'Infanterie pendant la Guerre de 1914-1918, il est décoré de la Croix de Guerre pour ses actes de bravoure.

Interne des hôpitaux en 1921, puis chef de clinique d'Henri Claude à Sainte-Anne (Faculté de Paris), il est reçu major au concours 1930 de médecin du cadre des asiles publics, et devient en 1932 médecin-directeur de l'Établissement national de Saint-Maurice, c'est-à-dire de la Maison de Charenton. Il en restera médecin en chef jusqu'à sa retraite en 1968.

Baruk fut aussi professeur agrégé de la Faculté de médecine de Paris (on lui doit un Précis de Psychiatrie, paru en 1950, dont le succès dépassa les frontières) et membre de nombreuses sociétés savantes, dont l'Académie de médecine et la Société Française d'Histoire de la Médecine, la Société de médecine hébraïque, &c.

Apôtre de la "psychiatrie morale" (qui se réfère directement aux valeurs morales et philosophico-religieuses), mais aussi très intéressé par la physiopathologie et la psychiatrie biologique (il fonde la "Société Moreau de Tours", du nom de celui qu'il considérait comme le fondateur de la psychopharmacologie, et mène de longs travaux sur la catatonie expérimentale), Baruk affirma son opposition à la psychanalyse freudienne, pour des raisons doctrinales et religieuses (montrant en particulier l'opposition entre la théorie freudienne et les principes moraux du judaïsme), et plus encore aux méthodes psychochirurgicales (lobotomie), "mutilations irréversibles du cerveau" sans aucune preuve d'efficacité thérapeutique, aux méthodes de choc (cure de Sakel, convulsivothérapies), et aux abus chimiothérapiques (neuroleptiques, antidépresseurs).

Il fut également nettement opposé à la réforme de la protection des incapables majeurs, estimant les mesures de tutelles suraliénantes et déresponsabilisantes.

Baruk est l'auteur d'innombrables publications, parmi lesquelles plusieurs articles et ouvrages biographiques ayant aujourd'hui valeur de document historique, et d'ouvrages historiques sur la psychiatrie française et la médecine hébraïque, dont il fut un grand spécialiste : La psychiatrie française de Pinel à nos jours (1967), Des hommes comme nous (1975), ouvrage analysé dans l'un des chapitres de la thèse de doctorat en psychologie de Adeline Fride (1983), en ligne sur ce site.

Voir l'éloge prononcé par Pierre Pichot dans la séance du 24 octobre 2000 de l'Académie nationale de médecine (Bulletin, 187, 7; p.1353-1358), et l'article nécrologique signé Javier Mariategui paru en 2002 dans la Revista de Neuro-Psiquiatria.

Baruk a légué ses papiers à l'Académie Nationale de Médecine, dont il était membre titulaire, élu le 16 février 1965 dans la VIIe section (Médecine et Sciences sociales et Membres libres) : l'inventaire du Fonds Henri Baruk a été établi par Jérôme van Wiljand et publié en novembre 2009 sur le site de l'Académie, précédé d'une biographie et illustré d'une reproduction du portrait d'H. Baruk par Benn (1958).

Le Professeur Baruk repose dans le cimetière parisien de Bagneux, dans les Hauts-de-Seine, auprès de son épouse.

Michel Caire, 2008-2011
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