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Armand (François) JOBERT
Armand Jobard jusqu'en 1843
Dole (Jura) 26 août 1812 / Saint-Eugène (Algérie) 9 août 1888

Armand Jobert mérite de figurer sur ce site pour avoir été non seulement le médecin-directeur de l'établissement privé spécialisé, faubourg de la Bedugue à Dole [Jura] connu sous le nom de Maison de santé des Capucins, mais aussi le premier à s'être proposé d'adhérer à la Société Médico-Psychologique, dès mai 1843, et enfin comme auteur en 1868 d'un important projet de réforme de l'assistance aux aliénés en Algérie.

Armand, fils de Jacques et de dame Marie Josèphe Amoudru, naît Jobard. Une trentaine d'années plus tard, « par jugement du tribunal civil de Dole du 28 janvier 1843, intervenu sur ordonnance royale du 8 mai 1841, le Sr Armand François Jobard, dont l'acte de naissance est ci-contre, a été autorisé à substituer à son nom patronymique Jobard, celui de Jobert, et à s'appeler désormais Armand François Jobert. Dole, le 18 mars 1843. » [A.N., BB/11/441, Dossier n°3402 X3]

Nous n'avons guére d'informations sur son cursus secondaire et médical. Armand F. Jobard soutient sa thèse de doctorat à la faculté de médecine de Paris en 1838 : « Questions sur diverses branches des sciences médicales. 1° Quels sont les caractères des éruptions squammeuses (sic) ? Enumérer ces éruptions, faire connaître en général quels sont leur marche, leurs symptômes. 2° Quels sont les causes, les complications, les signes de la fracture des deux os de l'avant-bras ? 3° Des faits qui prouvent l'existence de relations sympathiques entre l'utérus et l'estomac. 4° De l'action chimique du chlorure de chaux sur les cadavres qu'il désinfecte. Pourquoi doit-on le préférer au chlore pour désinfecter les cadavres » [Paris, Impr. Rignoux, 1838; 27 p.]

En 1842, il semble hésiter encore sur son orientation, puisqu'il publie cette année-là son invention d'une tige conductrice du speculum [« Mémoire sur un nouvel instrument destiné à faciliter l'application des speculum uteri, ou tige spéculo-ductrice ». Gazette des Hôpitaux, 28 mai 1842, pp.293-295], qu'il est abonné aux Annales médico-psychologiques, première revue psychiatrique française et surtout qu'il est en passe de prendre ou a déjà pris la direction de la maison de santé dite des Capucins, à Dole.

Et c'est en cette dernière qualité qu'il adresse une lettre au docteur Jules Baillarger, rédacteur en chef des Annales médico-psychologiques :

Adhésion à un projet d'association des médecins d'aliénés

Dole (maison de santé), le 23 mai 1843.

Messieurs les Rédacteurs,
Je lis dans le premier volume de votre journal, auquel je suis abonné, le projet que vous avez formé d'associer les médecins qui sont à la tête de maisons d'aliénés.
En qualité de directeur de l'Asile privé, dit des Capucins, à Dole (Jura), je sens combien cette association serait utile, combien elle serait profitable, non seulement à la science, mais à l'honneur même du corps médical que notre spécialité représente.
Aussi, messieurs, si votre projet se réalise, j'ose vous prier, par la voie de votre journal, de m'agréer comme membre de votre société; et je suis convaincu que la plupart des médecins directeurs d'établissements d'aliénés, à Paris comme en province, applaudiront à votre résolution, et, dans ce but, s'uniront pour former l'association projetée.
Agréez, messieurs, l'expression, etc.

Armand Jobert, D.-M.-P.


Cette maison, installée dans l'ancien Couvent des Capucins, « En arrivant à Dole par la route de Lons-le-Saunier, on laisse à sa droite la maison de santé dite des Capucins », a été formée par le docteur Pierre-Antoine Gindre 1758-1842 et a été dirigée ensuite par les docteurs Claude-Hyacinthe Machard 1783-1848 et Jean-Nicolas François Bolut 1797-1881 avant de l'être par Armand Jobert.

Quant à l'association projetée, elle ne pourra naître qu'en 1852 -comme nous l'évoquons dans le petit historique de la Société médico-psychologique sur ce même site- à une date où Jobert s'est éloigné de Dole et, au moins provisoirement, des questions d'aliénation mentale.

Entretemps, il continue à pratiquer la médecine à la maison de santé de Dole, et adresse le 13 février 1847 une lettre au rédacteur de la Gazette des hôpitaux, où il se prononce en faveur de l'emploi de l'éther dans l'aliénation mentale, rejoignant en cela l'opinion d'Henri Chambert [Des effets physiologiques et thérapeutiques des éthers. Paris, 1848] : grâce aux « inspirations éthérées » associées à la saignée et aux ventouses sèches ou scarifiées, « la raison leur revient, la lucidité est meilleure, et pour longtemps rétablie. » [Gazette des hôpitaux civils et militaires, 16 février 1847, p.80]

En cette même année 1847, il adresse aux Annales médico-psychologiques un mémoire -jamais publié et qui semble aujourd'hui disparu- intitulé Études médico-psychologiques sur l'aliénation mentale [AMP 1847, I; 149 et 1848, I; 151], et début 1848, un article publié dans le numéro de mai : « Observation d’éclampsie chez un enfant idiot, guérie accidentellement par le Datura Stramonium à haute dose », signé docteur Armand Jobert, ancien directeur de la maison de santé, dite des Capucins, asile privé des aliénés du Jura.

Jobert, ancien directeur, a en effet récemment trouvé un successeur à la tête de l'asile privé en la personne du docteur Jules Breune 1810-1870.

En juin 1848, on le retrouve à Paris, dans l'ambulance installée rue Lobau, où, avec les docteurs d'Heurle et Timbarre, il seconde Menessier, chirurgien de la garde républicaine de l'Hôtel de Ville qui dirige le service médical où furent soignés aussi bien des insurgés que des soldats de ligne ou des gardes mobiles.

On peut suivre ensuite une carrière quelque peu irrégulière : après avoir été « commissionné par son excellence monsieur le ministre de l'Agriculture, du Commerce et des Travaux publics » pendant l'épidémie de choléra de 1849 [il est lauréat de la Médaille d'Honneur du Cholera de 1849] et s'être essayé au commerce des couleurs [« Le certificat d'addition dont la demande a été déposée, le 16 juin 1849, au secrétariat de la préfecture du département de la Seine, par le sieur Jobert (Armand François), à Paris, rue du Faubourg-Saint-Martin, n°51, et se rattachant au brevet d'invention de quinze ans pris, le 12 février 1848, pour un bleu dit bleu royal, et dans les procédés pour fabriquer ce bleu à l'état liquide et en carmin. » Bulletin des lois de la République française n°313 ... p.507, n°428], il est de nouveau appelé lors de l'épidémie de 1854, et publie en 1855 une Dissertation sur le choléra asiatique en Europe, à propos de l'épidémie de l'Ariège (1854).

Dans cet ouvrage, il se présente non seulement comme « ancien chirurgien militaire, ancien directeur de l'asile privé des aliénés du Jura », mais aussi comme « ex-médecin de la colonisation en Algérie ».

En 1861, c'est à Marseille que Jobert médecin sanitaire des Messageries Impériales fait éditer son Entretien sur le mal de mer, où l'on expose, avec toutes les inductions possibles, une nouvelle théorie de ce mal comparée à celle des auteurs et suivie de l'appréciation des divers moyens de traitement proposés contre cette affection [Marseille, Arnaud impr., 1861; 22 p.]. Le compte-rendu qu'on peut en lire dans le Bulletin de la Société d'agriculture, sciences et arts de Poligny (Jura) [1861; 248] dont il est membre correspondant est élogieux : « Le docteur Jobert, ancien directeur de l'asile des aliénés de Dole, a laissé dans le Jura d'excellents souvenirs de praticien intelligent; sa position de médecin sanitaire des messageries impériales à Marseille lui a permis d'exercer utilement son talent d'observation au grand profit de la science et des nombreuses personnes qui voyagent sur mer. »

C'est encore à Marseille et dans le bassin méditérannéen que le cholera frappe à nouveau quelques années plus tard, et Jobert est naturellement appelé à participer à la mise en œuvre des mesures sanitaire [Notice sur l'épidémie cholérique de 1865 contenant 1° la pathogénie du cholera, 2° le tableau météorologique du déclin de l'épidémie à Marseille, par le docteur Armand Jobert, médecin sanitaire [embarqué]; avec la carte de la marche générale de l'épidémie, concentrée dans le bassin de la Méditerranée, par M. Frédéric Rigodit [lieutenant de vaisseau]. Paris, Baillière, 1866; X-48 p., 2 cartes].

Puis, notre médecin sanitaire embarqué à bord de l'Aréthuse (Messageries Impériales) manifeste de nouveau un grand intérêt pour l'aliénation mentale et l'assistance aux habitants de notre colonie d'outre Méditérannée, particulièrement démunie en la matière, publiant en 1868 deux importants articles dans la Gazette médicale de l'Algérie : « Du projet de créer un établissement spécial d'aliénés en Algérie » [pp. 13-16] et « Plan de l'établissement d'aliénés proposé à l'Administration de l'assistance publique de l'Algérie » [pp. 61-63].

On trouve de ce projet un lointain écho dans l'ouvrage de Louis Livet, Les aliénés algériens et leur hospitalisation. Alger, 1911; 97 p.: p.17 « Le docteur Collardot, en 1865, le docteur Jobert, en 1868, remirent en discussion l'intérêt des malheureux; la tentative du docteur Jobert, ayant reçu l'appui du Préfet et du Conseil général, avait beaucoup de chance d'aboutir; malheureusement, les choses traînèrent en longueur, les évènements de 1870 survinrent, et tout projet fut abandonné. »

Dans les années 1870, le docteur Jobert est médecin de colonisation à l'Arbah ou L'Arba -aujourd'hui Larbaâ- près de Blida, Algérie.

En 1879, il propose le Moyen d'améliorer la position des médecins navigant au commerce ... pour faire suite à la brochure du même auteur sur la réforme du service sanitaire en Algérie. L'année suivante, il publie une brochure sur Les lazarets à notre époque, ce qu'ils sont, ce qu'ils devraient être [Alger, Cheniaux-Franville, 1880; 7 p.]

Armand François Jobert décède le 9 août 1888 à l'âge de 78 ans, à Saint-Eugène, aujourd'hui Bologhine, près d'Alger. Dans cette même commune sera fondée cinq ans plus tard une maison de santé spécialisée bientôt renommée, et son fondateur n'est autre que le docteur Pierre Rouby 1841-1920, gendre et successeur de Jules Breune qui avait remplacé Jobert comme directeur de la Maison dite des Capucins à Dole.

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Michel Caire, 2022
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