liste

coll. M. CaireConstance PASCAL
Pitesti (Valachie) 24 août 1877 / Neuilly-sur-Marne (Seine-Saint-Denis) 21 décembre 1937

Originaire de Roumanie, Constantza Pascal vient à vingt ans à Paris poursuivre ses études commencées à Bucarest, francise son prénom et obtient sa naturalisation.

Externe des Hôpitaux de Paris, elle est en 1903 candidate au concours de l'internat des asiles de la Seine, qui avait jusque-là été strictement réservé aux hommes. Mlle Pascal est reçue, comme sa condisciple Madeleine Pelletier.

Elle est interne à Villejuif, Perray-Vaucluse puis Ville-Evrard dans le service de Paul Sérieux qui inspire et dirige sa thèse de doctorat sur Les formes atypiques de la paralysie générale (Prix de thèse, médaille de bronze, 1905).

En 1908, Constance Pascal est la première femme à être reçue au médicat des Asiles d'aliénés. Elle prend ses fonctions de médecin-adjoint à Clermont (Oise) en 1909, puis à la Maison Nationale de Charenton de 1917 à 1920. Cette année-là elle devient médecin en chef, et à ce titre est affectée à Prémontré (Aisne), puis à Châlons (Marne).

En 1925, elle est -là encore- la première femme à être reçue au prestigieux concours du médicat des asiles de la Seine : de Moisselles, elle passe à Maison-Blanche où, de 1927 à 1937, elle dirige successivement quatre sections.

Lors de la visite quotidienne, elle est accompagnée de son fox à poil ras, très apprécié dit-on des agitées et délirantes. Elle y pratique ses originales séances de psychanalyse pharmacodynamique, l'une des premières approches de la narco-analyse (avec notamment la narcose prolongée de Klaesi, 1922), utilisant la cocaïne, le peyotl, l'éther, le protoxyde d'azote et le haschich comme agent d'exploration.

Elle y donne aussi des cours aux infirmières, des cours très appréciés nous confiait il y a peu une de ses anciennes auditrices, entrée à Maison-Blanche en 1934.

Pascal s'est beaucoup préoccupée des questions d'assistance, en particulier de celle des enfants dits alors anormaux : elle a créé à Châlons-sur-Marne l'un des premiers instituts médico-pédagogiques (dénommée Ecole d'anormaux), dont elle est directeur-médecin de 1923 à 1927. À cette époque, elle fonde avec le docteur Langlet le Journal du Nord-Est (Reims). Parmi bien d'autres exemples de son activité originale et novatrice, citons l'ouverture à Charenton en 1917 d'une pouponnière pour les infirmières, et à Maison-Blanche en août 1922 du premier service de transfusion sanguine (don du sang.

Initialement intéressée par les relations entre l'aliénation mentale et la neurologie, et toujours inspirée par Paul Sérieux, Constance Pascal consacre de nombreux travaux à la démence précoce (ou schizophrénie), objet de deux communications au Congrès de Lille en 1906 : Formes dépressives prodromiques de la démence précoce et Ictus dans la démence précoce.

Elle écrit encore un ouvrage sur les Traitements des maladies mentales par les chocs (avec J. Davesne, 1926, couronné par l'Académie de médecine) et plusieurs articles sur l'application thérapeutique chez les déments précoces de ses recherches pharmacodynamiques.
Ses études sur les psychoses de sensibilisation aboutissent à l'ouvrage longtemps médité: Chagrins d'amour et psychoses (1935, rééd. 2000, L'Harmattan, avant-propos de J. Chazaud) sur les atteintes qu'infligent au coeur féminin les luttes de la vie sur le terrain morbide. Contre Freud, elle conclut à la nécessité du refoulement (J. Vié).

Constance Pascal fut incontestablement l'une des plus dynamiques et des plus modernes des aliénistes de son temps.

Sa vie et son oeuvre ont fait l'objet d'un regain d'intérêt ces dernières années, avec la thèse de doctorat en médecine de Jean-Michel Barbier, La vie et l'œuvre de Constance Pascal (1877-1937). Amiens, 1997 (Dir. G. Serra), un article cosigné Jean-Michel Barbier, Gérard Serra et Gwenolé Loas paru dans Le Journal de Nervure (n°6 et 7, Septembre et Octobre 2000), la rééditon de Chagrins d'amour et psychoses, et un article de Jacques Chazaud: «Constance Pascal, première femme aliéniste en France», dans Histoire des Sciences médicales, T. XXXV, n°1, 2001; pp.85-90 (portr.).

On lira aussi avec profit l'article que sa fille Jeanne Rees lui a consacré dans l'Information Psychiatrique, février 2001, pp. 173-184 (présenté par J. Chazaud). Madame Rees, agrégée de lettres et dont la fille Margaret est docteur en médecine, universitaire et chercheur, est décédée en 2006 près de Londres, à l'âge de 90 ans.

Deux des dernières publications en date :

Felicia Gordon (Anglia Ruskin University, Cambridge), « French psychiatry and the new woman: the case of Dr Constance Pascal, 1877–1937 », History of Psychiatry, Vol. 17, No. 2, 159-182 (2006)

Abstract : This article traces the connections between the public career and private life of Constance Pascal (1877–1937), the first woman psychiatrist in France, in the social context of the Belle Époque. Pascal, of Romanian origin, attained professional success at the cost of suppressing her personal life. Best known for her work on dementia praecox, she researched the social as well as the biological causes of mental illness. She founded one of the first ‘medical-pedagogic’ institutes in France. Her monograph, Chagrins d'amour et psychoses (1935) reflects her wide cultural interests. Until recently, Pascal has been neglected by historians of psychiatry and of French women's history. Her life exemplified many of the conflicts experienced by women entering hitherto all-male professions. (http://hpy.sagepub.com/)

Felicia Gordon, Constance Pascal (1877–1937) : Authority, Femininity and Feminism in French Psychiatry. Igrs books Vol. 8., University of London, 2013


Constance Pascal repose au cimetière de Neuilly-sur-Marne. Sa pierre tombale, très simple, porte l'inscription: Doctoresse Pascal 1877-1937

Michel Caire, 2007-2013
© Les textes & images publiés sur ce site sont librement téléchargeables pour une consultation à usage privé. Toute autre utilisation nécessite l'autorisation de l'auteur.