La famine sous l'Occupation dans les hôpitaux psychiatriques français.
Grandes dates et notes biographiques

Quelques dates importantes
1940


. 10 juillet 1940 Loi constitutionnelle fondatrice de l'État français (instauration du régime dit «de Vichy»)


. 17 juillet 1940 Loi concernant l'accès aux emplois dans les administrations publiques
«Nous, Maréchal de France, Chef de l'État, le Conseil des ministres entendu, Décrétons:
Art.1er: Nul ne peut être employé dans les administrations de l'Etat, des départements, communes et établissements publics s'il ne possède la nationalité française, à titre originaire, comme étant né de père français.
Cette condition n'est pas exigée: 1° De qui sert dans l'armée française à titre étranger; 2° de qui a servi dans une unité combattante de l'armée française au cours des guerres de 1914 ou 1939; 3° de leurs descendants en ligne directe. Tout agent du service public ne remplissant pas cette condition doit être relevé de ses fonctions. De plus, les naturalisations décidées depuis 1927 sont déclarées annulées
Art.2: Les magistrats et les fonctionnaires et agents civils et militaires en activité ne remplissant pas cette condition sont immédiatement réputés démissionnaires de leurs fonctions sous réserve des droits qui leur sont ouverts (...)»

. 17 juillet 1940 Loi sur les retraits d'emploi (J.O. du 18 juillet)
«Loi concernant les magistrats et les fonctionnaires et agents civils et militaires de l'Etat relevés de leurs fonctions
Art.1er: Pendant une période qui prendra fin le 31 octobre 1940, les magistrats et les fonctionnaires et agents civils et militaires de l'Etat pourront être relevés de leurs fonctions nonobstant toute disposition législative ou réglementaire contraire.»

En vertu de cette loi, chaque établissement dresse la liste des agents "dont la manière de servir laisse à désirer", et celle des agents "âgés de plus de 60 ans".


. 7 août 1940: circulaire ministérielle "Délivrance de denrées alimentaires et de produits de première nécessité"


. 14 août 1940 Loi concernant l'accès aux emplois dans les administrations publiques
Dans son article 1er, la loi prévoit que la condition de nationalité n'est pas exigée «des enfants naturels nés en France de parents non dénommés ou de mère française et de père inconnu, à condition toutefois qu'ils n'aient pas été postérieurement reconnus ou légitimés par un père étranger»


. 3 octobre 1940 Loi portant statut des Juifs


. 15 octobre 1940 Décret créant le Comité de l'Assistance de France


. 30 août 1940 Loi étendant aux employés et agents des départements et des communes (les) dispositions de la loi concernant l'accès aux emplois dans les administrations publiques (J.O. du 1er septembre)


Quelques dates importantes
1941



. 2 juin 1941 Loi portant statut des Juifs
Article 1er- Est regardé comme juif:
Celui ou celle, appartenant ou non à une confession quelconque, qui est issu d'au moins trois grands-parents de race juive, ou de deux si son conjoint est lui-même issu de deux grands-parents de race juive. Est regardé comme étant de race juive le grand-parent ayant appartenu à la religion juive;
Celui ou celle qui appartient à la religion juive, ou y appartenait le 25 juin 1940, et qui est issu de deux grands-parents de race juive.
La non-appartenance à la race juive est établie par la preuve de l'adhésion à l'une des autres religions reconnues par l'Etat avant la loi du 9 décembre 1905. Le désaveu ou l'annulation de la reconnaissance d'un enfant considéré comme juif sont sans effet au regard des dispositions qui précèdent
.”
L'article 9 investit le préfet d'un droit d'internement dans un camp spécial, même si l'intéressé est français.

Cette loi, qui remplace et aggrave celle du 3 octobre 1940, est complétée par une loi en date du même jour, prescrivant le recensement des Juifs. Toute personne vivant en France et à laquelle s'appliqueraient les nouvelles dispositions doit en faire déclaration écrite.


. 6 juin 1941 Circulaire du Secrétaire d'Etat de la Famille et de la Santé (Jacques Chevalier) intitulée Prophylaxie mentale et enfants déficients, envisageant la création de Dispensaires départementaux d'Hygiène Mentale, de services libres d'observation et de traitement, prônant le développement des sorties d'essai et la création de consultations neuro-psychiatriques infantiles


. 17 juin 1941 Arrêté préfectoral signé T. Girod, Directeur des Affaires Départementales, organisant un groupement d'achat pour l'ensemble des établissements départementaux d'assistance de la Seine: il autorise la création d'un centre d'achat ayant pour but d'assurer l'approvisionnement supplémentaire en légumes frais et fruits pour les hôpitaux psychiatriques, les hôpitaux, Maisons de Retraites, Ecoles et Instituts de la Préfecture de la Seine. Les voitures et camions transportant les marchandises pour le compte du Groupement d'achats de la Préfecture de la Seine sont parfois arrêtés par la police économique de Seine-et-Oise en 1942. En bénéficient les hôpitaux psychiatriques situés en Seine-et-Oise, Maison-Blanche, Ville-Evrard, Vaucluse et Moisselles.

. 11 août 1941 Décret réglementant, en ce qui concerne les Juifs, la profession de médecin

. 21 septembre 1941 Nomination de Eugène-Jean-Yves AUJALEU au poste d'inspecteur général de la Santé et de l'Assistance


. 14 octobre 1941 Circulaire du Secrétaire d'Etat à la Famille et à la santé "Approvisionnement des établissements hospitaliers"


. 15 octobre 1941 Séance inaugurale du Comité d'Assistance de France


. 27 octobre 1941 Séance de la Société médico-psychologique
Communication de J. Dublineau et L. Bonnafé, respectivement chef de service et interne en médecine à l'hôpital psychiatrique de Ville-Evrard, intitulée «Recherches sur les conditions d'apparition des œdèmes observés à l'asile en période de restrictions alimentaires» (qui paraîtra dans les Annales médico-psychologiques la même année), suivie d'un riche débat, auquel André Ceillier, médecin chef du service des femmes à Clermont-de-l'Oise depuis juin 1941 prend une part active et une position très nette. Un vœu est voté en Comité Secret, et transmis aux pouvoirs publics.


. décembre 1941: création de consultations de prophylaxie mentale sous l'égide de l'Office Publique d'Hygiène sociale de la Seine : dépistage, post-cure avec réadaptation sociale dans 27 dispensaires à Paris et en Banlieue, où exerceront 24 médecins, et des assistantes sociales formées dans les services des professeurs Delay et Heuyer.


à

Quelques dates importantes
1942


. 27 janvier 1942 Circulaire préfectorale prescrivant des mesures contre les vols et les fraudes au sein des hôpitaux psychiatriques du département de la Seine


. 3 mars 1942 Circulaire du Secrétaire d'Etat à la Famille et à la santé à MM. les Directeurs régionaux. Mortalité dans les hôpitaux psychiatriques (en réponse probable à la démarche de la Société médico-psychologique du 27 octobre):

«L'augmentation anormale de la mortalité dans la plupart des hôpitaux psychiatriques semble tenir, outre l'insuffisance globale de la ration alimentaire des aliénés, au déséquilibre même de cette ration.
Dans les conditions actuelles, il est difficile de faire obtenir à ces malades un supplément à la ration qui leur est octroyée, supplément qui ne pourrait être prélevé que sur les denrées déjà trop parcimonieusement attribuées aux éléments actifs de la population, en particulier aux enfants et aux travailleurs.
Certaines mesures peuvent cependant permettre de remédier à cette situation. C'est ainsi que, dans certains départements, les tickets de ces malades ne sont pas toujours honorés: il appartiendra à vos Inspecteurs de la Santé de se mettre en rapport avec les directeurs départementaux du Ravitaillement afin que les aliénés reçoivent la quantité de denrées prévue par leurs cartes d'alimentation.
Tout doit également être mis en œuvre pour que les produits délivrés à ces établissements soient effectivement réservés et attribués aux malades. Des inspections ex abrupto devront être faites au moment des repas afin d'en surveiller la distribution.
Il importe d'autre part que les hôpitaux psychiatriques profitent de tous les moyens dont ils disposent pour exploiter au maximum leurs jardins et leurs terres et pour intensifier l'élevage des animaux qu'ils possèdent.
A cet effet, les médecins-chefs devront réviser la liste des malades qui peuvent être considérés comme travailleurs et les directeurs de ces établissements devront s'efforcer de leur faire obtenir la carte T.
Enfin il serait souhaitable, ainsi que cela se fait dans certains hôpitaux psychiatriques, que tous les médecins chefs s'ingéniassent à modifier la composition des repas, avec les ressources alimentaires dont peuvent disposer ces établissements, afin d'en assurer un meilleur équilibre. Vous voudrez bien continuer à me tenir au courant de l'évolution de la mortalité par sous-alimentation dans les hôpitaux psychiatriques et me rendre compte des mesures qui auront été prises conformément à la présente circulaire
.
Pour le Secrétaire d'Etat: Le Secrétaire général de la Santé: L. Aublant».


. 18 avril 1942
Nomination du docteur Raymond Grasset comme Secrétaire d'Etat à la famille et à la santé
Nomination de Max Bonnafous comme Secrétaire d'Etat à l'Agriculture et au Ravitaillement


. 29 mai 1942 Ordonnnance allemande imposant le port de l'étoile de David (dite aussi «étoile juive» ou «étoile jaune»)
Les malades hospitalisés dans les hôpitaux psychiatriques de la Seine en ont été préservés, et la mesure semble n'avoir été appliquée dans aucun autre hôpital psychiatrique, en zone libre comme en zone occupée.


. juin 1942 Démarches du sous-directeur des affaires départementales de la Seine auprès de la Direction Départementale du ravitaillement général pour obtenir l'autorisation pour les établissements d'assistance (dont les hôpitaux psychiatriques) d'achats en culture (directement auprès du producteur)


. 22 juin 1942 Séance de la Société médico-psychologique
Communication de Jacques Vié, Pierre Bourgeois, Alice Messin et Louis Armand intitulée «La tuberculose pulmonaire dans les hôpitaux psychiatriques en période de sous-alimentation» (qui paraîtra dans les Annales médico-psychologiques en cette même année 1942), suivie d'un débat que le docteur Henri Beaudouin (médecin chef de l' hôpital psychiatrique de Maison-Blanche comme Vié) conclut en suggérant de remettre en main propre le texte du vœu voté en octobre 1941. Une démarche est faite auprès du Secrétaire général du ministère de la famille et de la santé.


. 22 juin 1942 Concours de médecin des hôpitaux psychiatriques
Sortent de l'urne les sujets suivants : en Pathologie mentale, Les psychoses puerpérales ; en Administration, Divers modes de sortie d'un aliéné placé sous le régime de la loi du 30 juin 1838 ; en Anatomie et pathologie du système nerveux, Anatomie et physiologie de la région tubérienne ; en Pathologie interne et hygiène, Le typhus exanthématique et se prophylaxie dans les établissements d'aliénés.


. 21 juillet 1942 Loi instituant le Conseil supérieur de l'Assistance de France (qui remplace le Comité de l'Assistance de France)


. 3 novembre 1942 Nomination du docteur Xavier-Louis LECLAINCHE secrétaire général de la Santé et de l'Assistance à Paris


. 8 novembre 1942 Débarquement allié en Afrique-du-Nord


. 11 novembre 1942 Invasion de la zone libre par l'armée allemande


. 17 novembre 1942 Arrêté de nomination comme médecins-chefs de service des docteurs Lucien Bonnafé à l'hôpital psychiatrique de Saint-Alban (Lozère), Hubert Mignot à Prémontré (Aisne), Paul Bernard à l'asile privé de Lommelet (Nord), Feuillet à Maréville (Meurthe-et-Moselle), Lafon à Vauclaire (Dordogne).


. 17 novembre 1942 Séance du Conseil Supérieur de l'Assistance de France, présidée par le secrétaire général de la Santé, représentant le Secrétaire d'Etat à la Santé. La section "Aliénés" est présidée par Demay, membre de la section permanente du Conseil. Jean Lauzier, médecin directeur de la Chartreuse (hôpital psychiatrique de Dijon) en est secrétaire, Gouriou, médecin-chef de l'hôpital psychiatrique de Villejuif, et Charles Perrens, médecin-chef de l'hôpital psychiatrique de Château-Picon membres. Au programme des travaux est inscrit l'examen du projet concernant l'assistance extra-hospitalière aux malades mentaux sur laquelle Lauzier avait fait un rapport. Gouriou demande l'inscription de l'étude du problème de la lutte anti-alcoolique.


. 4 décembre 1942 Circulaire n°186 dite "Circulaire Bonnafous"
Signée Léon AUBLANT, secrétaire général, au nom du Secrétaire d'Etat à la santé Raymond GRASSET, elle est adressée aux Directeurs régionaux de la santé et de l'Assistance.
Elle fait très vraisemblablement suite à la démarche de la Société médico-psychologique en juin.
Attribution supplémentaire de denrées contingentées aux malades internés dans les hôpitaux psychiatriques. Service de l'assistance, 3e bureau.
Le Secrétaire d'Etat à la Santé à MM. les Directeurs régionaux de la Santé et de l'Assistance. J'ai l'honneur de vous faire connaître que les démarches effectuées depuis plusieurs mois auprès du Secrétaire d'Etat à l'Agriculture et au Ravitaillement en vue de l'attribution supplémentaire de denrées contingentées aux malades internés dans les hôpitaux psychiatriques viennent d'aboutir. M. le Ministre, Secrétaire d'Etat à l'Agriculture, m'informe, en effet, qu'il se propose d'allouer aux internés les suppléments prévus pour les cantines d'usines et restaurants à prix réduit et le régime de suralimentation à 25% de leurs effectifs. Les allocations supplémentaires leur seront délivrées par l'Inspection départementale de la Santé sous forme de tickets ou de bons d'approvisionnement dont le montant devra être évalué pour chaque aliéné hospitalisé sur les bases suivantes: Rations supplémentaires:
Pâtes: 250 grammes par semaine.
Légumes secs: 50 grammes par semaine (lorsque les distributions sont faites aux consommateurs ordinaires dans la localité où se situe l'établissement).
Pommes de terre: 1 kilo par semaine.
Vin: 0,2 l par jour.
Viande: 90 grammes tous les huit jours.
Matières grasses: 15 grammes tous les quatre jours.
J'ajoute que ces dispositions devront entrer en application à dater du 1er décembre 1942.
Vous voudrez bien porter à la connaissance des directeurs administratifs et des médecins directeurs des hôpitaux psychiatriques les nouvelles mesures envisagées. Pour le Secrétaire d'Etat: Le Conseiller d'Etat, Secrétaire général, Dr AUBLANT
»


. 7 décembre 1942 Loi relative à la création et au fonctionnement des restaurants communautaires


. 9 décembre 1942 Note du Directeur des Affaires Départementales prescrivant de généraliser la création de cantines pour le personnel
(des essais sont alors en cours, notamment dans les hôpitaux psychiatriques de Maison-Blanche et Ville-Evrard)


Quelques dates importantes
1943


. 1er janvier 1943 Prise de fonction de la 1ère assistante sociale à l'hôpital psychiatrique de Maison-Blanche


. Janvier 1943 Création à Maison-Blanche d'un poste de surveillant-contrôleur des services intérieurs chargé de réprimer les détournements et les vols


. 22 janvier 1943 Arrêté du secrétariat d'Etat à la Santé publique, créant un service social spécial pour les Hôpitaux Psychiatriques et les établissements départementaux d'assistance, composé de 22 assistantes sociales dirigées par une assistante sociale administrative.


. 12 avril 1943 Décret concernant le recrutement et le statut des médecins du cadre des hôpitaux psychiatriques de la Seine


. 15 avril 1943 Note préfectorale prescrivant des mesures contre les vols et les fraudes dans les hôpitaux psychiatriques de la Seine


. 23 novembre 1943, séance de la Société médico-psychologique
Communication de Jacques Vié et Pierre Marty, chef de service et interne en médecine à l'Hôpital psychiatrique de Maison-Blanche, intitulée «Résurgence des instincts alimentaires à la faveur de la disette chez des psychopathes» (paru dans les Annales médico-psychologiques, 1943)


Quelques dates importantes
1944



6 juin 1944. Débarquement allié en Normandie

9 août 1944. Ordonnance relative au rétablissement de la légalité républicaine (complétée par l'ordonnance additionnelle du 11 octobre 1944), déclarant nuls et de nul effet tous les actes constitutionnels, législatifs ou réglementaires, ainsi que tous arrêtés promulgués sur le territoire continental postérieurement au 16 juin 1940 jusqu'au 10 août 1944 (cette nullité devant être expressément constatée).

19 août 1944. Début de l'insurrection à Paris



Eléments biographiques


Léon AUBLANT

Le docteur Aublant débute comme médecin militaire en 1914. Pendant la Grande Guerre, il sert comme médecin de bataillon au 146e régiment d'infanterie et obtient la croix de guerre. Ayant quitté l'armée en 1920, il est reçu major au concours d'inspecteur d'hygiène de l'Hérault. En 1935, il est nommé directeur de la Santé publique de Seine-et-Oise. Mobilisé en 1939 à l'hôpital Dominique Larrey (Versailles), il est en 1940 directeur général de la Santé publique de Seine-et-Oise puis Inspecteur général des services techniques du Secrétariat d'Etat ou Inspecteur général de la Santé en septembre (Aujaleu lui succédera à ce poste en septembre 1941).
Par décret du 7 septembre 1941, il est nommé secrétaire général à la famille et à la santé ou Secrétaire général de la Santé.

Aublant signe à ce titre la circulaire du 3 mars 1942 intitulée Mortalité dans les hôpitaux psychiatriques (voir plus haut), ainsi que la circulaire n°186 du 4 décembre 1942, au nom du Secrétaire d'Etat à la santé, intitulée Attribution supplémentaire de denrées contingentées aux malades internés dans les hôpitaux psychiatriques.
C'est cette dernière circulaire qui est aujourd'hui couramment appelée "circulaire Bonnafous".


Eugène AUJALEU

Eugène Jean Yves Aujaleu est avant-guerre professeur agrégé du Val-de-Grâce, où il dirige un service de physiologie et enseigne l'épidémiologie. Par décret du 21 septembre 1941 (signé Philippe Pétain et Serge Huard, Secrétaire d'Etat à la Famille et à la Santé), Aujaleu est nommé inspecteur général de la Santé et de l'Assistance à la place du docteur Aublant.
Il occupera ces fonctions jusqu'à son départ à Alger début 1943, où il devient directeur de la santé et de l'assistance du Comité Français de Libération Nationale, puis du Gouvernement Provisoire de la République Française.
Aujaleu rentre d'Alger avec les commissaires du gouvernement, et occupe après la Libération le poste de directeur de cabinet de Billoux, ministre de la santé, membre du parti communiste.
Directeur général de la Santé (Directeur de l'Hygiène sociale) dès 1945, consultant de l'Organisation Mondiale de la Santé, il sera le premier directeur de l'INSERM de février 1964 à 1969 (l'INSERM succède à l'Institut National d'Hygiène fondé le 30 novembre 1941).
Dans l'après-guerre, Aujaleu joue avec Marie-Rose Mamelet et Pierre Jean un rôle important dans la réforme des institutions psychiatriques (humanisation des hôpitaux, règlementation sur es services libres, le travail thérapeutique, le placement familial, etc.), qui prépare et conduit à la circulaire du 15 mars 1960 sur la sectorisation. En novembre 1969, Aujaleu préside les XVe Journées de la Santé mentale organisées par la Ligue Française d'Hygiène Mentale.
Lorsque le 6 mai 1971 l'OMS lui remet la médaille et le prix de la Fondation Léon Bernard, hommage lui est rendu "pour son inlassable dévouement et son éminente contribution à la cause de la santé publique et de la médecine sociale".


Max BONNAFOUS

Secrétaire d'Etat à l'Agriculture et au Ravitaillement du 18 avril 1942 au 11 septembre 1942 puis ministre Secrétaire d'Etat à l'Agriculture et au Ravitaillement du 11 septembre 1942 au 6 janvier 1944 (démission)

Max Bonnafous naît à Bordeaux le 21 janvier 1900. Reçu à l'École Normale Supérieure en 1920, il adhère peu après aux Etudiants socialistes révolutionnaires et à la 5ème section socialiste de Paris animée par Marcel Déat. Agrégé de philosophie en 1924, il s'intéresse à la sociologie politique et enseigne au lycée de Constantinople de 1926 à 1929. Il y recueille des statistiques et des renseignements communiqués par les psychiatres turcs sur la question du suicide, à laquelle il consacrera une étude: Le suicide: thèse psychiatrique et thèse sociologique. A propos d'un livre récent (Revue philosophique, mai-juin 1933).
Sous l'égide du Comité français pour l'édition des œuvres de Jaurès, il en publie en 1931 le premier volume.
En 1930, Bonnafous est nommé maître de conférence de sociologie politique à la Faculté de Bordeaux, où il devient l'ami d'Adrien Marquet, qu'il suit en 1933 au parti socialiste de France, et en devient, de février à novembre 1934, chef de cabinet au ministère du Travail dans le cabinet Doumergue. En 1940, il est de nouveau chef de cabinet d'Adrien Marquet devenu ministre de l'Intérieur de Pétain. Après révocation de Marquet en septembre 1940, Bonnafous est nommé préfet de Constantine puis des Bouches-du-Rhône.

En septembre 1942, il succède à Jacques Leroy Ladurie, démissionnaire, au ministère de l'Agriculture et du Ravitaillement. En décembre de la même année est promulguée la circulaire dont on lui attribue aujourd'hui à juste titre la paternité, qui sera salvatrice pour de nombreux malades mentaux hospitalisés.

La femme de Max, Hélène Bonnafous-Sérieux, fille du grand psychiatre Paul Sérieux et elle-même psychiatre, a sans nul doute et très naturellement joué un rôle déterminant dans cette affaire.

L'oncle de Max, Ernest Bonnafous (1866-1923), ancien sous-préfet, fut directeur administratif de l'asile de Maison-Blanche de 1918 à sa mort, Paul Sérieux y étant médecin en chef jusqu'en 1921. Ne serait-ce pas dans cet asile que le neveu du premier aurait fait connaissance de la fille du second ?

Bonnafous semble avoir été tôt convaincu de la victoire des Alliés. Il démissionne de son ministère lorsque les Allemands imposent Darnand et Henriot au Gouvernement (sa lettre de démission adressée à Laval le 3 janvier 1944 a été publiée par Gérard Chauvy, Les acquittés de Vichy, Perrin éd., pp.228-230).
Frappé d'indignité nationale à la Libération, il en est aussitôt relevé pour services rendus à la Résistance, et pour son attitude vis-à-vis de l'occupant, en particulier lors des nombreux entretiens avec les Allemands à l'hôtel Majestic, où il s'efforce «d'atténuer le plus possible leurs impositions et de résister à leurs exigences» (Rapport de M. Melox, 18 mars 1946, dossier Bonnafous, Haute Cour de Justice, A.N., 3W75-76). Le 2 décembre 1948, Bonnafous obtient un non-lieu pour charges insuffisantes, et renonce définitivement à toute activité politique. Il se retire à Nice où il épouse en 1961 l'actrice Gaby Morlay dont il avait fait connaissance pendant la Guerre, et où il meurt le 16 octobre 1975.
(voir l'article «BONNAFOUS Max», d'Anne-Martine FABRE, in: Dictionnaire des ministres de 1789 à 1989. Paris, Perrin, 1990).


René BOUFFET

René Bouffet (1896-1945), Préfet de la Seine en fonction de septembre 1942 à la Libération. Il est arrêté par la Résistance le 19 août 1944 et immédiatement révoqué. Il meurt en avril 1945 des suites d'une intervention chirurgicale.


Alexis CARREL

Né à Sainte-Foy-lès-Lyon en 1873, Alexis Carrel est reçu docteur en médecine en 1900. Il s'établit aux Etats-Unis, où il est nommé professeur, à l'Université de Chicago puis en 1906 à l'Institut Rockfeller (New-York). Ses recherches et expériences sur la suture des vaisseaux sanguins, sur la greffe d'organe et la culture in vitro des tissus lui valent le prix Nobel 1913.
Sous l'Occupation, Carrel crée et préside la Fondation française pour l'étude des problèmes humains (instituée par la loi du 17 novembre 1941, cette Fondation sera très généreusement subventionnée: en 1943 par exemple, elle est dotée de 35.000.000 francs).
On a dit que ses théories eugénistes -développées dans son célèbre ouvrage L'Homme cet inconnu- avaient influencé certains responsables de l'administration de l'Etat Français, voire même inspiré la politique de Vichy, notamment à l'égard des malades mentaux. Il meurt à Paris en novembre 1944.


Georges DEMAY

Médecin chef de l'hôpital psychiatrique de Maison Blanche (Neuilly-sur-Marne) de 1929 à 1953.
Membre du Conseil supérieur de l'Assistance publique (de 1935 à 1939), puis du Comité d'assistance de France (créé par le décret du 15 octobre 1940 et qui remplace le précédent).

A ce Comité d'assistance de France - par arrêté du 21 janvier 1941 du ministre de l'intérieur- siègent aux côtés de Demay : Régis Barbary, inspecteur général à la Famille et à l'Enfance, Gouriou, médecin chef de l'hôpital psychiatrique de Villejuif, le Professeur Charles Perrens, médecin chef de l'hôpital psychiatrique de Château-Picon, Tournaire, directeur de l'hôpital psychiatrique de Clermont (Oise), tous membres de la 4ème section ("Aliénés et autres services d'Hygiène mentale et Assistance") dont le président est Alfred Porché, vice-président du Conseil d'Etat. La séance inaugurale du Comité se tient le 15 octobre 1941, avec allocution du nouveau Secrétaire d'Etat Serge Huard. Demay est nommé vice-président de la 4ème section, Tournaire secrétaire. "La section ayant à s'occuper de la situation des aliénés sera maintenant chargée de l'étude des questions concernant l'hygiène mentale". Dans le programme des travaux est inscrite de la réforme de la loi de 1838.
Le Conseil Supérieur de l'Assistance de France est institué par la loi du 21 juillet 1942, et succède au précédent. Les membres sont nommés par arrêté du 6 novembre 1942.
La 4ème section ("Aliénés et autres services d'hygiène mentale d'assistance") est présidée par Demay. Tournaire en est vice-président, le Dr Jean Lauzier, médecin directeur de la Chartreuse (hôpital psychiatrique de Dijon) -et qui sera le premier rédacteur en chef de l'Information Psychiatrique en 1945- est secrétaire. Parmi les membres, Gouriou, Charles Perrens, ainsi que Bianquis, Bigot, Cherrier, Lavagne, Thuillier. Barbary, alors directeur de l'asile national des convalescents de Saint-Maurice, est nommé membre de la 2ème section (indigents ou nécessiteux)
Le 17 novembre a lieu la séance inaugurale, avec lecture d'une allocution de Grasset, secrétaire d'État à la Santé, et parmi d'autres, une intervention du Dr Gouriou au sujet de la lutte anti-alcoolique. Le Conseil est chargé de l'examen de toutes les questions "qui intéressent l'organisation, le fonctionnement et le développement de l'assistance et de l'administration hospitalière".


Raymond GRASSET

Le docteur Raymond Grasset (1892-1968), gynécologue accoucheur, succède au docteur Serge Huard comme secrétaire d'Etat à la Santé et à la Famille, du 18 avril 1942 au 17 août 1944. Le 18 décembre 1947, il bénéficie d'un non-lieu pour charges insuffisantes.
Dans ses mémoires intitulées Chronique de la Santé publique durant les saisons amères (1942-1944), Au service de la médecine (Clermont-Ferrand, G. de Bussac, 1956), il ne dit mot de l'hécatombe dans les hôpitaux psychiatriques, mais se vante d'avoir évité la réquisition par les Allemands de l'hôpital du Vinatier (Lyon) fin février 1944 en menaçant "d'ouvrir les portes des asiles et de libérer les aliénés si les Allemands continuaient leurs réquisitions” (p.61).
A Auxerre, le 22 décembre 1943, il semble qu'il ait eu moins de réussite, comme au Bon Sauveur d'Albi (février 1944). Il s'agit, écrit-il à "Monsieur le Chef du Gouvernement" le 3 mars 1944 “d'éviter à tout prix la solution désespérée qui désormais demeure la seule à envisager: l'ouverture des portes et la libération pure et simple des aliénés valides, ainsi que l'hospitalisation des aliénés alités dans les services de médecine, de chirurgie ou de vieillards d'un quelconque hôpital qui aurait encore des lits vacants.”
“Notons que notre acharnement à défendre nos hôpitaux psychiatriques s'inspirait uniquement d'un souci patriotique et visait à contrarier les entreprises de l'ennemi car, à cette époque, les asiles avaient beaucoup de places disponibles du fait que par le jeu de la lutte anti-alcoolique, les internements pour troubles mentaux relevant de l'alcoolisme pur, avaient diminué de 70%!” Pas un mot non plus sur la mortalité en psychiatrie dans son "Etat sanitaire de la France" (p.80-81).
Grasset aurait repris les idées d'Alexis Carrel dans un discours en date du 21 janvier 1944 :
Le concept de sacrifice, de sa nécessité sociale absolue, doit être introduit dans l'esprit de l'homme moderne (...) en Allemagne, le régime a pris des mesures énergiques contre l'augmentation des minorités, des aliénés, des criminels. La société idéale serait que chaque individu de cette sorte soit éliminé quand il s'est montré dangereux” (N.B. nous ne sommes pas en mesure de garantir l'authenticité de ce document , dont nous n'avons pas les références).


Xavier LECLAINCHE

Xavier(-Louis) Leclainche (1899-1984), médecin, fils "du grand Leclainche" (c'est-à-dire Emmanuel Leclainche, médecin toulousain, professeur de l'Ecole vétérinaire de Toulouse, auteur d'importants travaux d'artériotomie en expérimentation animale), débute sa carrière sous la IIIe république: nommé le 30 mars 1938 inspecteur général des services techniques au ministère de la Santé publique avec le docteur Cavaillon, et en 1939 nommé conseiller technique du Conseil supérieur de protection de l'enfance et secrétaire général du Conseil national de la Croix-Rouge française.
En octobre 1940, il devient inspecteur général de la Santé et de l'Assistance au ministère de l'Intérieur (Décret du 22 octobre 1940 signé Marcel Peyrouton). Quelques jours plus tard (le 27), Xavier Leclainche est nommé directeur administratif de l'hôpital psychiatrique de Braqueville (Haute-Garonne) en remplacement de Gouzy, lui-même placé le 27 octobre 1940, "dans la position prévue par l'article 1 de la loi du 17 juillet 1940". Puis, par arrêté du 22 juillet 1941, Leclainche prend la direction administrative de l'hôpital psychiatrique de Ville-Evrard. Deux mois plus tard (arrêté du 30 septembre 1941), Leclainche est "réintégré" dans ses fonctions d'inspecteur général de la Santé.
Le 3 novembre 1942, "le Dr Xavier-Louis Leclainche" est nommé secrétaire général de la Santé et de l'Assistance à Paris.
Mon regretté confrère de l'Académie de médecine, Xavier Leclainche, à l'époque muté en disgrâce par Vichy à la direction d'un hôpital psychiatrique toulousain, m'a confié que ses confrères psychiatres l'appelaient souvent au chevet de leurs patients frappés d'un mal mystérieux. Il était alors obligé de leur expliquer que leurs malades mourraient tout simplement de faim.” (Pierre Deniker, Le Monde, Juillet 1987, cité par P. Durand, p.130).
Le même Leclainche, en 1946, alors Inspecteur général, Directeur Départemental de la Santé à Paris, lors d'une séance de la Commission de Surveillance des Hôpitaux Psychiatriques de la Seine tenue à Maison Blanche le 9 juin 1946, “se dit favorablement impressionné par l'abaissement de la mortalité” et “sollicite l'avis du corps médical sur les causes de cette régression des décès”...
Leclainche occupera ensuite le poste de Directeur de l'Assistance Publique, de 1951 à 1961.
(voir la notice nécrologique d'André Dufour, adjointe au témoignage d'Alphonse Gardie, ancien secrétaire général de l'AP-HP, recueilli par J.-F. Picard le 22 mars 1991: «En 1939 à Perpignan, il organise les hôpitaux destinés à accueillir les réfugiés espagnols après la chute de Barcelone. En juillet 1940, relevé de ses fonctions par Vichy, il prend la direction d'un hôpital psychiatrique à Toulouse et il entre dans la Résistance. A la Libération,...»).


Georges PETIT

Le docteur Georges Petit, lauréat 1899 (médaille d'or) de la Société nationale d'Encouragement au Bien (pour son ouvragee Nos enfants), lauréat 1940 (médaille d'argent) de l'Académie de Médecine, est vice-président de section au Conseil supérieur de l'Assistance publique, et vice-président de la Commission administrative des Hospices civils d'Orléans depuis 1938 au moins.
Il est également depuis 1937 président de la Société Internationale pour l'Etude des Questions d'Assistance, fondée en 1889, et dont la devise est tirée du Livre des Psaumes (Psaume XL): Beatus qui intelligit super egenum & pauperem (Heureux celui qui prend intérêt au pauvre et à l'indigent!).
A ce dernier titre, le docteur Georges Petit publie en 1943 dans la Revue des établissements et des œuvres de bienfaisance (septembre 1943, pp.193-203) un texte intitulé “Le problème social de la famille”, qui illustre bien l'idéologie eugéniste alors très partagée (dans la plupart des pays occidentaux) :
L'eugénique, cette science nouvelle, passionne tout le monde et M. Lucien Cuénot, l'éminent zoologue nancéen a exprimé sa pensée sur la nécessité d'améliorer la race humaine, ainsi : il faut combattre l'alcoolisme, interdire l'union et la reproduction des consanguins, éliminer les individus tarés, malades et dégénérés, les femmes incapables d'allaiter, les idiots, les aliénés, etc... qui constituent les familles cacogéniques à descendance anormale ou malade, et favoriser le développement des familles aristogéniques, qui engendrent des lignées de choix. Douze Etats des U.S. sont entrés résolument dans l'action, et ont institué le certificat prénuptial et prescrit la stérilisation de certains sujets. Il faut, en un mot, entraver la reproduction dangereuse, mais il faut oser le faire de façon absolue. Ces méthodes sont appliquées en Indiana et en Californie.
Éliminer ne signifie évidemment pour Georges Petit pas mettre à mort, qu'il est inimaginable -de la part même des eugénistes les plus radicaux- d'envisager pour les femmes incapables d'allaiter...
Lucien Cuénot, cité par l'auteur, est un généticien français de renommée internationale, fondateur de l'actuel musée-aquarium de Nancy, auteur notamment de L'adaptation (Doin, 1925), La genèse des espèces animales (Félix Alcan, 1932), Invention et finalité en biologie (Flammarion, 1941).



à suivre...


Michel Caire, 2006-2012
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