L'Hôpital Psychiatrique de Maison-Blanche sous l'Occupation

Maison-Blanche

L'hôpital de Maison-Blanche est l'un des sept hôpitaux psychiatriques départementaux de la Seine, avec Sainte-Anne (ouvert en 1867), Ville-Evrard (1868), Perray-Vaucluse (1869), Villejuif (1884), Moisselles (1905) et Chezal-Benoît (dans le département du Cher, 1910). Le département possède en outre deux "Colonies familiales" (Dun-sur-Auron 1892, Ainay-le-Château 1897).

L'asile de Maison-Blanche, disait-on jusqu'au décret du 5 avril 1937, et continue-t-on encore couramment à dire, a ouvert ses portes en 1900. Il est situé face à un autre grand hôpital psychiatrique, Ville-Evrard, à Neuilly-sur-Marne, en Banlieue Est de Paris. La commune fait alors partie du département de Seine-et-Oise, dont la préfecture est Versailles, et la sous-préfecture Pontoise. Elle fait aujourd'hui partie de la Seine-Saint-Denis (93).

En 1940, l'hôpital compte près de 2600 malades réparties dans cinq "sections" (ou services), chacune dirigée par un médecin-chef assisté d'un interne. Un médecin et un interne pour plus de 500 malades n'avait rien de choquant à l'époque.

Maison-Blanche présente alors plusieurs particularités, dont nous verrons les conséquences plus loin:

- Ne recevant que des malades femmes, son personnel est presque exclusivement féminin et sera donc peu touché par la mobilisation.

- il dispose d'un service spécial de traitement des aliénées tuberculeuses du département de la Seine. Le service homologue réservé aux hommes étant à Chézal-Benoit, qui se trouvera bientôt en zone non occupée, donc au-delà de la ligne de démarcation, ce qui posera bien des problèmes.

- contrairement à nombre d'autres "asiles" psychiatriques, Maison-Blanche n'a ni pensionnat -qui procure un revenu supplémentaire grâce au prix de journée plus élevé payé par les pensionnaires- ni ferme (élevage et culture).

D'autre part, comme les autres hôpitaux psychiatriques de la Seine, les malades reçus à Maison-Blanche viennent de Sainte-Anne, établissement central chargé de recevoir, observer et répartir tous les aliénés en placement d'office (PO) ou placement volontaire (PV). Maison-Blanche ne sélectionne donc pas ses malades, mais une certaine sélection peut se faire en amont.

Enfin, signalons une spécificité parisienne : les mesures de placement d'office -et leur levée- relèvent du préfet de police (de Paris), tandis que les hôpitaux sont sous la tutelle du préfet de la Seine.


La Drôle de Guerre

Lors d'une réunion relative à la défense passive tenue le 17 septembre 1938 à la Direction des Affaires départementales, et en présence de représentants de tous les établissements départementaux, et en particulier des hôpitaux psychiatriques, il est annoncé que la préfecture remettra «des masques (à gaz) à tous ses agents non mobilisables, mais non aux pensionnaires et malades qui font partie de la population civile et en seront munis par les soins de l'Etat”. Le directeur de Maison-Blanche demande que soient également munis de masques «quelques malades tranquilles capables de rendre des services en cas de panique, donc assimilables au personnel» et que soit à cet effet constituée une petite réserve de masques”. Cette proposition obtient un avis favorable.

En septembre 1939, la durée hebdomadaire de travail est fixée à 60 heures dans les services médicaux et à 54 heures dans les services généraux et techniques.

La mobilisation ne touche que le personnel des services généraux et techniques (78 appelés sur 130 agents). Seul des cinq médecins-chefs, Emmanuel Martimor, est rappelé en septembre 1939 (il sera démobilisé le 12 juillet 1940).

L'hôpital doit se préparer au pire, et diverses mesures sont prises, comme la constitution de stocks, le camouflage de bâtiments en tôle d'acier, l'aménagement de tranchées, l'installation d'un poste de secours dans un sous-sol, la formation d'équipes de secours, ainsi que l'essai des masques à gaz par chaque agent et certaines malades tranquilles.

Cependant, le directeur persiste à considérer que “tout ce qui a pu être entrepris n'apporte aucune sécurité pour nos malades”, et que le seul moyen de protection effective est leur évacuation en province, : “Arguments d'humanité, d'une part, il est impossible de protéger effectivement les malades; d'autre part la différence de traitement avec le personnel ne peut que provoquer des réactions, surtout chez les malades lucides” (rapport daté du 10 mai 1940).


à

La Guerre

En dépit des demandes du directeur, l'établissement n'a pas été évacué (il n'accueillera pas non plus de réfugiées jusqu'à la Libération). Quelques dizaines de malades seulement sont transférées à Rodez le 15 juin 1940.
Entre temps, en juin 1940 a eu lieu l'offensive allemande, suivie de la débâcle de la population civile. Cependant, des agents restent dans leur très grande majorité à leur poste.
Lors de l'invasion, l'hôpital ne subit aucun dommage, et les réquisitions allemandes se limitent à du matériel de literie (fin juin 1940, matériel de literie, matelas et couvertures).

En juillet 1940, Maison-Blanche se retrouve donc en zone occupée, où les conventions d'armistice prévoient que l'administration continuera à relever du Gouvernement français. La Délégation Générale du Gouvernement Français dans les Territoires occupés confie le ravitaillement, la répartition des denrées et le rationnement de la région parisienne à un Comité consultatif économique.
Ce Comité est contrôlé par des services d'administration allemands installés au Palais-Bourbon, la Région Parisienne étant placée sous l'autorité du gouverneur militaire de Paris.
Cependant, les lois, décrets et circulaires promulgués en la matière par le gouvernement de Vichy s'appliquent dans les deux zones.

Les Lois de Vichy

Le 17 juillet 1940, une semaine seulement après avoir obtenu les pleins pouvoirs, le maréchal Pétain promulgue deux lois:

- l'une concerne l'accès aux emplois dans les administrations publiques (voir ci-joint Dates et biographies). A Maison-Blanche, tout le personnel est requis de signer un formulaire imprimé, où il déclare: «Ne pas tomber sous le coup de l'interdiction portée par la loi précitée du 17 juillet 1940», et chacun vient personnellement déposer sa déclaration à la direction. Quinze agents sont concernés, mais ils sollicitent une dérogation et conservent leurs fonctions. Aucun d'entre eux ne sera suspendu ou révoqué.

Curieusement, le 16 novembre 1944 encore, soit quatre mois après la Libération et le rétablissement de la légalité républicaine, Une interne de Maison-Blanche remplit à son entrée en fonctions le questionnaire demandant notamment:
«Votre père est-il français d'origine? Votre mari est-il français d'origine?».
Le formulaire imprimé porte: «HOP. PSYCH. MAISON BLANCHE, Paris, Impr. adm. centrale (11-40)».


- L'autre loi du 17 juillet, la Loi sur les retraits d'emploi, décide simplement que tout fonctionnaire pourra être relevé de ses fonctions: la révocation est prononcée «par décret, sur le seul rapport du ministre compétent et sans autres formalités.» (Conseil d'Etat 25 avril 1941). La procédure n'impose ni la communication du dossier, ni la comparution de l'intéressé.
Cette loi a pour objet, selon le ministre de l'Intérieur, l'élimination «des cadres administratifs et des fonctionnaires que leur faiblesse physique, intellectuelle ou morale rendrait inaptes à collaborer à l'ordre nouveau.»
La mesure est dans la Seine du ressort du préfet, conformément à la loi du 29 juillet 1940 qui les habilitent en zone occupée «à exercer (...) les pouvoirs disciplinaires sur l'ensemble des personnels des services ou établissements publics de l'Eat, des départements et des communes».

Sur plus de 600 agents de Maison-Blanche, onze sont relevés de leurs fonctions (en exécution de la note du 4 décembre 1940) en raison de leur âge, de leur «Incapacité physique», « Insuffisance physique», de leur «inaptitude physique et morale», ou pour «faiblesse intellectuelle. Habitude d'intempérance», «Services insuffisants», «Inactivité & inertie habituelle», «nonchalance et défaut d'entrain au travail» .
Mais aucun agent ne semble avoir été licencié pour «activités extra-administratives incompatibles avec l'exercice normal de la fonction», c'est-à-dire pour activités politiques anti-gouvernementales.


Le 13 août 1940, une loi interdit les sociétés secrètes.
Le 2 juin 1941, la loi portant statut des Juifs aggrave les dispositions de la loi du 3 octobre 1940, et à la même date, une autre loi prescrit leur recensement.


Baisse du nombre des malades mentaux hospitalisés

En peu d'années, le nombre des aliénés à la charge du département de la Seine passe de 22.000 à 16.000 environ, soit une diminution de l'ordre de 27%, qui s'explique par trois facteurs :

- La population de Paris baisse de près de 20% entre 1936 et 1943 (2.829.746 habitants en 1936, 2.268.157 en janvier 1943, soit une diminution de 561.589 habitants)

- Le fléchissement de l'alcoolisme entraîne une réduction des troubles mentaux liés à l'alcool.

Ces deux éléments se traduisent par une baisse continue du nombre des admissions dans les hôpitaux psychiatriques de la Seine, de plus de moitié entre 1939 et 1944: 452 entrées mensuelles en moyenne entre le 1er août 1939 et fin 1940; puis de semestre en semestre, de 1941 au 1er semestre 1944 : 380, 326, 297, 253, 231, 204, 212 entrées mensuelles, -auxquelles il conviendrait d'ajouter les admissions à la Maison nationale de Saint-Maurice- (Archives de Paris, archives de la Direction des Affaires sanitaires et sociales, sous-série 1243 W, art. 25 à 30). Ces chiffres sont proches de ceux que publie Lucien Bonnafé en 1996 (“Du bon usage du témoignage”, p.747): “Pour Paris, le nombre des internements passe de 5845 en 1938 à 2325 en 1944”, c'est-à-dire de 487 par mois en 1938 à 194 par mois en 1944.
Mais il est tout de même difficile de dire qu'il y a eu pendant cette période 1939-1945 "très peu d'entrées et de sorties" (P. Noël, 1996, p.755).

Ce fait n'est pas propre au département de la Seine: en 1938, le nombre global d'internements en France est de 29.442, et celui des psychoses alcooliques de 3.016; en 1942, les chiffres correspondants sont de 18.277 et de 796.

- Surtout, on constate une augmentation majeure de la mortalité (environ 10% en 1936, 22% en 1941).
Le sort de Maison Blanche sous l'Occupation, malgré ses particularités, est analogue à celui des autres hôpitaux psychiatriques français, et la courbe des décès est superposable à celle de l'ensemble des personnes "placées en psychiatrie".
Personnes "placées en psychiatrie" est un terme proposé par L. Bonnafé, et préférable à ceux de "fous" ou "aliénés", qui -si tant est que l'on puisse les définir ainsi- ne représentent qu'une part des hospitalisés, avec les épileptiques, malades atteints de démence sénile ou présénile (maladie d'Alzheimer), malades cérébro-organiques, etc., dont certains médecins de ce temps déjà doutaient que leur place fût à l'hôpital psychiatrique.


Dossiers des malades et thérapeutiques à Maison-Blanche

Avant d'aborder cette question de la mortalité des malades hospitalisés en psychiatrie et de ses causes, quelques mots sur ce que nous apporte la lecture des dossiers de malades de Maison-Blanche.
Ces dossiers sont bien conservés, classés par section, par année, et selon trois catégories: sorties, décès, transferts.
Ils nous renseignent sur les conditions de vie des malades, notamment grâce aux notes des infirmières, joliment intitulées "la vie à l'asile", et grâce à la correspondance échangée avec la famille (lettres conservées ou copiées dans le dossier). Ils nous donnent également quelques indications sur les relations avec l'extérieur, les traitements et les sorties.

Les dossiers médicaux constituent donc une source de premier ordre pour notre étude. Nous en avons consulté un grand nombre, dont nous citerons quelques uns, sans toutefois donner de référence nominative: les règles de communication et de publication d'informations à caractère médical imposent un délai de 150 ans à partir de la naissance de la personne (un délai qui n'a pas été toujours respecté, que ce soit pour Antonin Artaud que pour Camille Claudel, Fusco, etc.).

Certaines malades sont visitées par la Société de patronage des Asiles de la Seine (ainsi Mme M. Peter, Présidente de la Société, demande un permis de visite par lettre en date du 27 novembre 1943), et le fait est assez rare et méconnu pour qu'il soit signalé (“Sous l'Occupation, les associations caritatives officielles visitent les prisons, pas les asiles”, écrit à ce sujet Régis Guyotat, dans Le Monde du 17 octobre 2003).

Thérapeutiques en usage

Il existe au début de la Guerre peu de térapeutiques efficaces contre les troubles mentaux, et les prescriptions se limitent généralement au traitement des pathologies organiques.
Plusieurs tuberculeuses bénéficient de pneumothorax thérapeutiques, effectués dans le pavillon sanatorial.
Parmi bien d'autres traitements biologiques sont utilisés les traitements pyrétochimiques (association Stovarsol*-Dmelcos* N.B. le Stovarsol est de l'arsenic pentavalent, utilisé dans le traitement de la Paralysie Générale), l'auto-hémo-hyposulfite (autre médication de choc associant autohémothérapie et hyposulfite de magnésium), les anticomitiaux (Gardénal* et Dihydan*).

Chez une malade de 42 ans, qui est passée de 63 kgs en octobre 1940 à 37 kgs en mars 1942, un traitement par valérianate d'atropine, Bivatol*, Strychnine et huile camphrée est entrepris. En mai 1942, elle est "marquée ce mois au régime de la viande et matières grasses". En juin 1942, elle présente une diarrhée et des jambes enflées, et lui sont prescrits Elixir parégorique, Pancrénol*, Stovarsol*, huile camphrée, Nicobion*, Dagénan*, Sérum isotonique, Extraits surrénaux, Potion Todd*, Hémostyl*...
(notons que la Stovarsothérapie est prescrite dans la Paralysie Générale -comme antisyphilitique- mais aussi dans le traitement des parasitoses et entérites infectieuses ou tuberculeuses).

Certains dossiers attestent d'un remarquable activisme thérapeutique, comme pour cette malade opérée en urgence en janvier 1944 d'un hématome intracérébral post-traumatique: cette femme de 56 ans présentant une Psychose Hallucinatoire Chronique, était entrée à Maison-Blanche en 1934; en janvier 1944, elle fait une chute dans l'escalier du pavillon: perte de connaissance, monoplégie droite, aphasie; elle est transférée d'urgence en neurochirurgie à l'hôpital Sainte-Anne, où sont pratiquées des ventriculographies et porté le diagnostic d'hématome intracérébral. Une intervention est aussitôt effectuée: volet, ponction, remise en place du volet, fermeture).

Les seuls traitements antipsychotiques utilisés avant-guerre et quelque peu efficaces sont l'insulinothérapie (cure de Sakel) et le Cardiazol* (convulsivothérapie chimique).
Mais, dès le début de la Guerre, la prescription d'insuline est limitée au traitement du diabète, et le sucre est un des premiers produits rationnés (l'insulinothérapie est interdite par une circulaire à laquelle Ferdière fait allusion dans son Rapport, p.8).
Et l'usage du Cardiazol* est assez peu répandu, notamment du fait de la grande réticence des malades à endurer une méthode réputée extrêmement angoissante.

Mais un nouveau traitement fait son apparition en cette même période: dès 1941 commence à être utilisé le sismothère, appareil d'électrisation de l'encéphale mis au point l'année précédente par Lapipe et Rondepierre à Ville-Evrard (L'appareil de Lapipe et Rondepierre sera ensuite concurrencé par le système du professeur Delmas-Marsalet. Les Allemands utilisaient eux-mêmes un autre appareil, de marque Siemens). Les premiers électro-chocs sont restés dans la mémoire des infirmières ayant connu cette époque, pour leur simplicité d'application et comme ayant eu des résutats inespérés sur des malades considérées comme incurables.
Grâce à cette méthode, qui supplante vite le Cardiazol*, plusieurs malades sortent donc améliorées ou guéries. L'une d'elles, dont le médecin note le 15 janvier 1943 la “disparition totale de l'agitation” confuso-maniaque après quatre électro-chocs, bénéficie après sa sortie de séances d'entretien, auxquelles son mari l'accompagne.

Des sorties

Quelques malades sortent -notamment grâce à cette nouvelle thérapeutique- après plusieurs années d'internement. Certaines ne restent que quelques jours, d'autres un mois ou deux. Parmi celles-ci, l'une au moins connaît un sort tragique: entrée le 3 juin 1942, elle sort améliorée le 10 août 1942. Puis, fin septembre de cette même année 1942, elle est déportée à Auschwitz, où elle disparaît...

Les médecins ont-ils demandé aux familles qu'ils "récupèrent" leur malade, les familles ont-elles fait des démarches pour obtenir la sortie? Les renseignements manquent à cet égard mais il est certain que beaucoup de sorties de Placement Volontaire se font sur requête de la famille.

Il y a aussi de nombreuses levées de Placement d'Office accordées par le préfet de police, pour des malades dont le médecin certifie que leur état ne justifie plus l'hospitalisation sous contrainte. La sortie suite à la levée du PO est évidemment moins aisée à effectuer (le Placement d'Office concernant a priori des personnes dont les troubles induisent une dangerosité, et la décision de sortie appartenant à l'autorité administrative: préfet de police à Paris, péfets dans les autres départements) que pour les malades en Placement Volontaire (la décision étant ici du ressort du médecin et/ou de l'entourage de l'intéressé) mais il est difficile d'établir si les malades en PO ont moins facilement obtenu leur exeat que les autres.

Le problème de la sortie est, au-delà de l'état clinique des malades, celui des conditions socio-familiales qui les attendent à l'extérieur.

C'est de cette préoccupation que viennent, en 1943, deux initiatives intéressantes visant à aider les malades sortantes de Maison-Blanche:

- la création d'une Amicale Artistique, qui réunit des volontaires parmi le personnel de toutes catégories. Des séances récréatives sont offertes aux malades : le 10 juin, une kermesse a lieu dans le parc, avec jeux divers, concours de coiffures, de pêche, etc. Le 15 décembre, une représentation théâtrale et un Arbre de Noël sont organisés dans la salle des fêtes en présence de 5 à 600 personnes, dont un certain nombre de malades travailleuses. Une partie de la recette des représentations est attribuée à titre d'aide à des malades à leur sortie.

- un service “de rééducation des aliénées sortantes” est institué “pour rendre plus efficace l'action du Service Social” et préparer la sortie par des mesures éducatives, et des sorties d'essai:
Pour Mondor, “il est évident que les aliénées femmes, internées depuis plusieurs années, ne connaissent pas les conditions actuelles de l'existence. Un enseignement peut leur être donné pendant les quelques semaines qui précèdent leur mise en liberté, renforcée par des sorties d'essai et une prise de contact personnelle avec l'extérieur” (Conférence, Bibliothèque Administrative de la Ville de Paris, ms n°200).


Restrictions et rationnement

Dès le deuxième semestre de 1940, la pénurie est générale et ira en s'accentuant. Le rationnement touche les produits courants, linge, chaussures, vaisselle, essence, tabac, combustibles -les difficultés de chauffage obligent en 1942 à regrouper les malades et à fermer plusieurs pavillons- ainsi que l'alimentation. Un système de approvisionnement est mis en place, qui ne permettra pas de survivre à ceux qui n'ont strictement que leur ration, ce qui est le cas de la majorité des malades internées.

Dossier de Mme Dub., préparatrice en pharmacie, hospitalisée à la 1ère section, transférée en 1942 :


« Mercredi 8-10-1941
Oh non, je ne suis pas contente Docteur : je sens que je vais même devenir grincheuse, insupportable à ce régime de Maison Blanche. Dame ! Hier qu'ai-je eu pour me nourrir, provenant d'ici :
Petit déjeuner : 1 goblet (3/4) Café (sans pain) et ... sucré ?
Midi : macédoine de carottes, poireaux, navets, 1/4 de patates... égaré sans doute.
Dîner : Soupe sans la trace de matière grasse, ni sel. Et de plus on y ajoute du pâté de tortue, qui (au dire de toutes) en prend le goût des légumes. IIe Pâté de tortue (non recommandé pour l'entérite cependant je l'avais toujours mangé sans sourciller : Mme Alter le sait) [Marguerite Altheer, surveillante à la 1ère section]

Si donc, je n'avais pas reçu 1 pot d'oranges, trouvé par Denise dans ma chambre, avec du sucre en poudre et des gâteaux secs, vous en jugerez, Docteur, j'aurais vraiment faim certainement ce matin en vous écrivant.

Oh, il y a des jours où c'est mieux, même appétissant, mais il faut reconnaître que nous n'avons presque jamais la quantité suffisante - pas même un rabbio de légumes, du moins, pas pour les ......... malades, mais seulement pour les travailleuses. Cependant je ne puis devenir ici laveuse, plongeuse ou femme de journée; je n'ai donc que la charité ou la bienveillance du moins des infirmières pour pouvoir maintenir mon état de santé.

Voila pourquoi ce matin, Docteur, mes nerfs n'étant déjà plus aussi équilibrés qu'à mon entrée ici, je me suis permis de protester, de vous dire que c'est bien assez dur déjà d'être incarcéré ici par la police française, sans encore souffrir physiquement par une sous-alimentation notoire
. (...)


L'hécatombe

Dès 1940, Maison-Blanche vit un terrible drame : le taux de mortalité annuel, qui était de l'ordre de 10% avant l'Occupation, passe à plus de 14% en 1940, plus de 28% en 1941, et à 29,35% en 1942.
On compte, pour la seule année 1941, 694 décès.
Parmi les 69 malades entrées à Maison-Blanche en mai-juin 1941, 29, soit 42% meurent dans les dix huit mois. Ce taux de mortalité des entrants, qui est de 29% pour l'ensemble des hôpitaux psychiatriques de la Seine, monte à près de 65% chez les malades âgés de plus de 65 ans.

Dans toutes les sections, la mort fauche par centaines des malades amaigries et mal vêtues, regroupées dans des pavillons peu éclairés, mal entretenus et peu chauffés.
Les premières à mourir sont naturellement les malades isolées, tandis que la courbe de poids de celles qui reçoivent des visites et des colis reste souvent plate.

Une communication intitulée “Résurgence des instincts alimentaires à la faveur de la disette chez des psychopathes” est présentée en novembre 1943 par Jacques Vié, médecin chef de la 5ème section et son interne Pierre Marty devant la Société médico-psychologique. Elle évoque des malades dont “toute l'activité s'est orientée vers l'acquisition de substances alimentaires”. “Les malades employées aux épluchures dévorent les légumes crus (...). Celles qui jouissent de quelque liberté récoltaient, surtout en 1942, les champignons par kilogrammes dans les pelouses de l'asile et les consommaient crus, sur place. Beaucoup ont mangé de l'herbe dans les cours, choisissant parfois le pissenlit, le trèfle ou le plantain”.

Certains termes reviennent souvent dans les observations des infirmières : malade réclamant souvent de la nourriture, croit toujours être plus mal servie que les autres, toujours pénible, se jette sur toute la nourriture... toujours se plaint de ne pas assez manger... difficile à maintenir, vole aux autres malades... vole le manger de sa voisine... doit être isolée au moment des repas sinon vole ses compagnes... La faim, colore certaines idées délirantes d'auto-accusation: je suis une voleuse, depuis que je suis à l'hôpital, je mange sans ticket... Une femme de 47 ans qui récrimine souvent au sujet de la nourriture et réclame beaucoup , s'imagine toujours avoir une portion moins grosse que ses compagnes. Son poids a décru de 64 kgs 500 en avril 1940 à 39 kgs en mai 1942. Bien que passée au régime de la viande le 6 mars 1942, et malgré les traitements -Stovarsol*, sérum antidysentérique, extraits surrénaux-, elle meurt peu après de cachexie progressive avec entérite.

Les nouvelles adressées à la famille par le médecin sont généralement fort claires : pour une malade dont le poids passe de 70 kgs en janvier 1941 à 37 kgs en avril 1942, le médecin écrit au mari : “quant à l'état général, il y a un très gros amaigrissement (...) elle a maigri de façon notable. Cela ne s'explique que par l'alimentation”.
Il semble évident que la mortalité de celles qui reçoivent des visites et des colis est moindre, leurs courbes de poids sont plates, tandis que les courbes de poids les plus "descendantes" concernent des malades isolées.


Hors de l'hôpital aussi, la mortalité est élevée, notamment chez les personnes âgées. Mais si l'on compare le nombre des décès dans la population de Neuilly-sur-Marne non hospitalisée à celui des deux hôpitaux psychiatriques situés dans la commune, Maison-Blanche et de Ville-Evrard, le rapport qui était de un à six de 1930 à 1939 passe en 1940 à un pour neuf (71 décès contre 616). En 1941, il est de 1 pour 17 (64 décès contre 1108) et 1 pour 19 dans les premiers mois de 1942.

La cause principale de cette hécatombe est évidente, et le directeur de Maison-Blanche ne la dissimule pas dans son Rapport au Préfet de la Seine pour 1941, “Aucune épidémie n'a sévi et il faut rechercher les causes anormales de mortalité dans le régime alimentaire auquel sont soumises nos malades”:

En 1941, “le nombre de décès s'est accru, jusqu'à atteindre le double de celui enregistré l'année précédente bien que le chiffre moyen de la population soit en régression” (...) “Aucune épidémie n'a sévi et il faut rechercher les causes anormales de mortalité dans le régime alimentaire auquel sont soumises nos malades. Quelques hausses dans le graphique se sont également manifestées aux époques où normalement on commençait ou arrêtait le chauffage et dont l'une a été retardée et l'autre avancée.”
L'approvisionnement manque, et “l'aggravation s'est surtout accusée en ce qui concerne l'alimentation, et nos malades n'ont vu apporter aucune amélioration au régime de l'année précédente. Le rationnement qui, en 1940, n'affectait que quelques denrées, s'est peu à peu étendu à d'autres produits et à l'heure actuelle, on peut dire que les aliments dont le marché reste libre ne sont que l'exception.
D'autre part, nous n'avions plus à notre disposition les quelques réserves avec lesquelles nous abordions l'année 1940 et nous avons dû trouver, sur place, les ressources qui nous étaient nécessaires. C'est surtout dans la consommation des légumes frais que cet effort a dû être fourni, l'Assistance Publique nous ayant assez fortement réduit cette fourniture. Les ressources nouvelles ont été développées de trois façons différentes:
I°- Par la création, sous les auspices de Mr le Directeur des Affaires départementales, d'un groupement d'achats, commun aux hôpitaux psychiatriques et autres établissements départementaux.
2°- Par l'exploitation, sur le domaine de notre établissement de cultures maraichères dont le rendement a constitué un appoint appréciable.
3°- Par les achats effectués dans la région par le Chef des Services Economiques.

(...) Les parties cultivables ont été encore augmentées et il est permis d'espérer un résultat plus important encore pour 1942.
Le total de ces réceptions nous a permis de rétablir dans le second semestre de 1941 un service de légumes au repas du soir des malades, pratique que nous avons continuée jusqu'à ce jour. Il en résulte que, pendant les jours sans viande, nous donnons deux services de légumes au déjeuner et un service de légumes au dîner, soit une consommation journalière d'environ 3.000 Kilogs.
Il est, malheureusement, improbable que cette pratique puisse être continuée car l'état du marché s'est considérablement aggravé et nous éprouvons, actuellement, les plus grosses difficultés pour notre ravitaillement en légumes frais.
Inutile de signaler qu'il nous a été impossible de constituer un stock de base et que les silos que nous avions ouverts ont dû être entamés bien avant l'époque prévue.
Pour les denrées contingentées nous avons reçu assez régulièrement, dans la limite des prestations réglementaires, les quantités nécessaires à la subsistance des hospitalisées, toutes classées dans la catégorie "Adultes" et, sous ce rapport, la situation n'appelle aucune remarque particulière, étant entendu que ce rationnement s'est exercé dans un sens plus limitatif que l'année précédente.
” (Archives de Maison-Blanche, Compte moral, Année 1941).

Ainsi donc, plusieurs dispositions régionales et locales ont été prises, dont la mise en culture maraichère des terrains de l'hôpital, et la création d'un groupement d'achats commun aux établissements départementaux (Arrêté signé T. Girod, Directeur des Affaires départementales, 17 juin 1941. A.N., F23 IGR 122, dossier Seine-et-Oise 1942).
Ce centre d'achat dont bénéficient les quatre hôpitaux psychiatriques installés en Seine-et-Oise, a pour but d'assurer l'approvisionnement supplémentaire en légumes frais et fruits pour les hôpitaux psychiatriques, les hôpitaux, maisons de retraites, écoles et instituts de la Préfecture de la Seine. Les camions transportant les marchandises pour le compte du Groupement d'achats sont pourtant parfois arrêtés par la police économique de Seine-et-Oise (A.N., F23 IGR 122, dossier Seine-et-Oise 1942).
Mondor, sous-directeur des Affaires départementales de la Préfecture de la Seine, obtient en juin 1942 de la Direction départementale du ravitaillement général le droit pour les hôpitaux d'acheter "en culture", c'est-à-dire directement aux producteurs (A.N., F23 IGR 122, dossier Seine-et-Oise 1942). Les hôpitaux ne pouvaient auparavant acheter qu'aux Halles.

On lutte aussi contre les vols, les fraudes et le "coulage".
Les détournements de nourriture au détriment des malades hospitalisés en psychiatrie ont-ils été "importants", comme l'écrit Régis Guyotat dans Le Monde du 17 octobre 2003?

Nous n'en avons retrouvé qu'un seul cas dans les nombreux dossiers du personnel consultés (voir notre document: Le coulage): il s'agit d'une surveillante, dans le vestiaire de laquelle sont retrouvés le 4 Juillet 1942 divers objets volés, et du pain, enveloppé dans un torchon. Pour le directeur de l'hôpital, “ce qui est le plus grave, ce sont les 500 grammes de Pain, qui, incontestablement, provenaient d'un prélèvement opéré sur la ration des malades”. Et les collègues de la surveillante n'hésitent pas à l'accuser “d'une façon formelle, de s'approprier les provisions et même le menu journalier des malades...” “En raison de la gravité des faits reprochés”, elle est relevée de ses fonctions pour inaptitude morale, et réformée par arrêté préfectoral.

Un poste de surveillant-contrôleur des services intérieurs de Maison-Blanche est créé en janvier 1943, chargé de réprimer les détournements et les larcins : volailles enlevées dans les poulaillers des agents logés, vols de bicyclettes, de pommes de terre, de linge, etc. Vu l'hostilité dont son titulaire est victime, le poste sera supprimé en 1945.

Par ailleurs, plusieurs dispositions visant à améliorer la situation des infirmières sont prises, et en premier lieu le bénéfice de la carte "T", par assimilation aux travailleurs dits "lourds" ou "de force".

Les agents logés du personnel secondaires se voient en outre attribuer en 1943 des parcelles de terrain d'environ 400 m2 pour la culture de légumes de consommation personnelle, et la possibilité d'y édifier des poulaillers. Remarquons toutefois que cette allocation ne résoud pas tous les problèmes, puisque les semences sont, elles aussi, rationnées (O.F.I., 23 décembre 1942: “La carte de jardinage et l'acquisition de graines de semence potagères. Vichy, 23 Décembre. La carte de jardinage établie par le Ministère de l'Agriculture a été délivrée dans toutes les communes par les soins des mairies au cours des mois d'Octobre et de Novembre. Tout exploitant d'un jardin doit être actuellement en possession de cette carte et des feuilles de tickets permettant l'obtention des semences. (...) Les collectivités n'ont pas reçu de carte de jardinage, mais les bons de semence délivrés par les préfectures départementales. (...) Ces collectivités devront remettre les bons à un marchand grainier de leur choix. (...)” (A.N., 72 AJ 1853, dr Rationnement alimentaire)

Mieux encore: une cantine pour le personnel ouvre en décembre 1942, sur le modèle prévu par la loi du 9 septembre 1942.

Dans une note du 9 décembre 1942 ayant pour objet la Création d'une cantine et adressée aux Directeurs des Etablissements départementaux d'assistance, le Directeur des Affaires Départementales se réfère précisément à “un essai qui s'est poursuivi au cours du mois de Novembre dans les hôpitaux psychiatriques de VILLE-EVRARD et de MAISON-BLANCHE”. Il y souligne que l'un des principes parmi les plus formel est la séparation absolue entre l'administration de la cantine et l'administration de l'établissement. En aucun cas, il ne devra y avoir mélange des denrées destinées à vos administrés avec celles destinées à votre personnel. A la cuisine, les menus devront être différents et exécutés dans des récipients différents.

Des attributions spéciales de vin, pommes de terre, pâtes, légumes secs, sans contrepartie de tickets, sont allouées à ces cantines et consenties mensuellement au établissements sur présentation d'un état d'effectif. A Maison-Blanche, 13.850 repas sont servis en 1943.


Taux de décès annuel de 1938 à 1952 à Maison-Blanche

Ce taux est calculé par rapport à la population moyenne (et non par rapport à la population totale). La courbe est la même à Maison-Blanche que dans l'ensemble des hôpitaux psychiatriques français (voir: L'hécatombe par carence: 40.000 victimes)

1938 : 9,00 %
1939 : 9,19%
1940: 14,54%
1941: 28,31%
1942: 29,35%
1943: 17,86%
1944: 15,61%
1945: 13,21%
1946 : 7,90 %
1947 : 7,90 %
1948 : 7,60 %
1949 : 7,90 %
1950 : 8,80 %
1951 : 9,90 %
1952 : 7,90 %

Le nombre de décès est de l'ordre de 2500 de 1938 à 1941 compris. Il descend à moins de 1700 en 1943, et remonte ensuite: 1900 environ en 1944, 2300 en 1945.

Il est intéressant de remarquer qu'en 1963, le taux des décès à Maison-Blanche dépasse à nouveau les 14% et qu'à cette époque, les personnes âgées de plus de 65 ans représentent plus de la moitié des malades (en 1962 : 13,82%. En 1963 : 14,08%. En 1964 : 13,46%).
Ces dernières années, cette catégorie des plus de 65 ans ne représente qu'entre 5 et 9% des malades hospitalisés.
Quant aux décès à l'hôpital, ils sont devenus rares: les séjours se sont considérablement raccourcis, et les malades, âgés ou non, présentant un état somatique alarmant sont très généralement transférés dans un hôpital général.


Le régime de suralimentation

Un système de supplémentation existait, pour les malades atteints de pathologies somatiques, et en particulier pour les malades atteints de tuberculose, tant en ville qu'à l'hôpital, et aussi bien à l'hôpital général qu'à hôpital psychiatrique dès 1940 (voir: L'hécatombe par carence: 40.000 victimes).

Ainsi, à Maison-Blanche, les aliénées tuberculeuses, comme tous les tuberculeux français, bénéficient des suppléments prévus : un quart de litre de lait et 15 g. de margarine par jour, quatre rations hebdomadaires de viande de 70 g. au lieu de deux.

Certes, malgré ces suppléments, le pourcentage des décès dans le pavillon sanatorial, déjà très élevé, augmente (passant de 18,7% en 1940 à 27,1% en 1941), mais dans le même temps, celui des autres malades mentaux augmente bien plus encore (de 8,4% à 20%). Rappelons que les moyens de traitement de ce fléau n'était que très limités, jusqu'à l'arrivée des antibiotiques, et que l'issue était à terme couramment fatale.

“Cette augmentation de mortalité moindre dans le pavillon sanatorial est le fait de suppléments alimentaires”, explique très clairement le médecin-chef du sanatorium, Jacques Vié, devant la Société médico-psychologique le 22 juin 1942 (séance où il sera décidé de transmettre au ministre un "vœu" qui semble avoir concourru à faire promulguer la célèbre "circulaire Bonnafous").

La "Circulaire Bonnafous"

En 1943, le taux de mortalité à Maison-Blanche est donc passé de 29,35% à un peu moins de 18%, puis à 15% en 1944.
Les nouvelles entrantes de mai-juin 1942 n'y seront "plus" que 19,4% (12 sur 62) à mourir dans les dix-huit mois (contre 42% pour l'année précédente), puis 3,4% (2 sur 59) pour mai-juin 1943.

Cette amélioration, constatée dans tous les autres établissements psychiatriques français à notre connaissance, est due aux mesures prises dans le cadre d'une circulaire de secrétariat d'état à la santé en date du 4 décembre 1942.
Elle se réfère aux “démarches effectuées depuis plusieurs mois auprès du Secrétaire d'Etat à l'Agriculture et au Ravitaillement”, et notamment, dit-on, de son épouse Hélène, fille de l'aliéniste Paul Sérieux et psychiatre elle-même, qui connait bien Maison-Blanche pour y avoir été interne avant-guerre.

Dans son Rapport pour 1943, le directeur de Maison-Blanche se félicite du fait que l'alimentation des malades a été “l'objet d'améliorations sensibles”, bien que “trop faibles encore”: “Au début de l'année le bénéfice des attributions consenties aux cantines d'entreprises a pu être étendu à nos administrées, ce qui nous a donné un apport de 200 grammes de Pâtes et de 4 kgs de pommes de terre par mois et par tête. Au cours du 4ème trimestre la ration de pain a été relevée à 300 grammes pour l'ensemble des consommateurs et cette décision a permis d'améliorer la composition des menus par un surcroit d'aliments nourrissants. Par contre la viande et les matières grasses sont restées, comme pour l'ensemble de la population, très au-dessous des besoins.”

Mais seule la fin de la Guerre, donc la victoire des alliés, permettra le retour progressif à une situation convenable.


Michel Caire, 2006-2013
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