Uniformes

Le port de l'uniforme dans les asiles d'aliénés, puis hôpitaux psychiatriques a longtemps été imposé au personnel, aussi bien dans les services hospitaliers pour les gardiens, infirmiers et infirmières, que dans les services généraux (concierge, chauffeurs, etc.).
On lira à ce sujet -sur ce même site- les articles du Règlement intérieur de l'Asile de Bron (1897) sur l'Uniforme des infirmiers et les Vêtements des préposés, des préposées et infirmières.

Très longtemps étaient entièrement à la charge des infirmiers et des infirmières non seulement les tâches hospitalières (soins), mais aussi les tâches "hôtelières", c'est-à-dire l'entretien des salles et des chambres où séjournent les malades : confection des lits, service des repas -y compris la vaisselle- mais aussi les travaux de ménage, du balayage au cirage des meubles et à l'encausticage des parquets... Une tenue adéquate était donc indispensable.

Rappelons aussi que le mot tenue signifie à la fois le vêtement que l'on doit porter et le comportement auquel on est astreint : à l'asile, comme à l'armée, comme à l'école, ordre et bonne tenue vont de pair.

Dans les services de soins s'est généralisé le port de la blouse dès le début du siècle dernier, marquant l'évolution de la fonction -qui passe du gardiennage aux soins- et la médicalisation des asiles. La coiffe des infirmières -un voile qui n'est pas sans faire penser à celui des religieuses- n'a été abandonnée qu'après 1968.

Le principe d'un vêtement uniforme dans un établissement public n'était d'ailleurs jusque dans les années 1960 pas propre aux "H.P.".
Dans les établissements scolaires notamment, maîtres et élèves étaient en blouse. Quant au couvre-chef (chapeaux, casquette, béret...), il faisait partie de la tenue quotidienne ordinaire dans toutes les classes de la société.



* * *

En mai 1903, les infirmiers et infirmières des hôpitaux de l'Assistance Publique, à Paris obtenaient d'être nourris, logés et blanchis, ainsi que d'être habillés : dorénavant, le petit personnel porterait un bonnet orné d'une cocarde bleue et rouge, couleur de la ville, tandis que les sous-surveillantes la remplaceraient par une étoile d'argent et les surveillantes par une étoile d'or.

L'année suivante, les infirmiers des asiles de la Seine se voyaient attribuer une nouvelle tenue pour les mois d'été :



Asiles de la Seine
«Hygiène hospitalière : la tenue d’été des infirmiers»

Docteur D.-M. Bourneville, La France Médicale, 1904

Depuis 1893, chaque année, à l’une ou à l’autre des distributions des prix des écoles d’infirmières et d’infirmiers, avec une persistance digne d’un meilleur sort, nous avons demandé à l’Administration de l’Assistance publique de Paris de remplacer, en été, les vêtements de drap lourds, épais, incommodes et malsains que portent constamment, du 1er janvier au 31 décembre, les infirmiers, et qui constituent pour eux, pendant la saison chaude, un véritable supplice, par des vêtements légers, commodes et sains, en toile ou en coutil.

Dans ces dernières années, nous avons appuyé notre réclamation sur des exemples, empruntés à diverses administrations, celles des postes et télégraphes, des services pénitentiaires, des promenades et plantations, entre autres, de la police en province (sergents de ville de Reims, des Sables-d’Olonne, etc.).

L’an dernier, nous avons cité l’expérience en cours à l’asile de Villejuif. L’Administration de l’Assistance publique, qui devrait être la première à réaliser les réformes qu’exige l’hygiène, est restée sourde à nos vœux, fidèle expression des réclamations de nos personnels.

En revanche, l’Administration préfectorale s’est préoccupée de la question. Elle a fait étudier et expérimenter un costume d’été. Comme il s’agit là d’une petite réforme d’hygiène qui peut intéresser les médecins des hôpitaux et des asiles, nous croyons utile d'en donner la description d’après le rapport que nous avons présenté à la Commission de surveillance des asiles de la Seine.

« Deux devants avec pinces sous les bras, manches en deux parties, sans parement ni piqûres, dos en deux parties également, col « chevalière » avec agrafes, quatre poches appliquées, dont une intérieure à droite et trois extérieures : une à gauche de poitrine, recouverte par une patte et deux de côté sur les hanches. La vareuse est droite, ferme à sept boutonnières et à sept boutons d’uniforme (boutons mobiles pour faciliter le blanchissage du vêtement. Aux agrafes du col sont appliqués, à droite et à gauche, deux écussons en accolades avec les initiales A S, entrelacées et brodées or sur drap bleu foncé pour les sous-employés et laine rouge pour les infirmiers. Les galons or afférents à chaque grade de sous-employés sont mobiles et fixés à la manche à l’aide de coulants et d’agrafes anglaises, comme dans l’armée coloniale. La soutache de laine rouge pour les infirmiers est cousue à demeure sur les manches et l’ouverture des poches extérieures est passepoilée.

La dépense de la vareuse de sous-employé sera de 10 fr. 70, celle d’infirmier de 9 fr. 17. La dépense sera atténuée par la non-usure des vêtements d’hiver, en portant de 15 à 18 mois, dit M. le Directeur de l’asile Clinique, la durée obligatoire des vareuses de drap. Signalons encore l’un des avantages de la vareuse de coutil : la possibilité de la laver sans inconvénient. »

La Commission s’est empressée d’accepter cette réforme qui, dès maintenant, est réalisée à Villejuif, à la grande satisfaction des infirmiers.

Nous avons communiqué notre rapport à M. Mesureur, dont l’esprit est ouvert à toutes les réformes, et tout nous fait espérer que l’an prochain les infirmiers des hôpitaux auront une tenue d’été conforme aux exigences de l’hygiène. »
(signé) B.


En mai 1910, il est question de remplacer les blouses en toile du personnel des asiles de la Seine par un veston de même étoffe.

Des essais sont faits en présence de la Commission de Surveillance, dont les membres semblent séduits :

« Le modèle nouveau du veston boutonné à partir de l'encolure s'adapte entièrement au buste. Il n'est pas flottant comme la blouse, et laisse aux mouvements toute leur agilité. Il est aussi plus élégants. »

Il est cependant plus coûteux que la blouse (2 francs au lieu de 1 fr.75), mais, en raison de ses avantages, la Commission de Surveillance estime qu'elle « ne peut qu'émettre un avis favorable à son adoption ».


« Le port de l'uniforme »

Docteur Théodore Simon, L'Infirmier Psychiatrique, 1955, n°1, pp.37-38

«Une indication trop imprécise m'avait fait penser que le seul point sur lequel mon correspondant voulait des renseignements était de savoir dans quelles conditions l'uniforme devait être porté, si quelque ordonnance le réglementait.

Mes premiers renseignements avaient été pauvres et je me proposais de poser à mon tour la question qui reste donc ouverte. Par le règlement de 1857, rajeuni par arrêté du 5 février 1938, l'uniforme serait obligatoire dans l'établissement et pendant les heures de service, sans autres précisions, le détail semblant laissé au choix du directeur de chaque établissement.

Si je me reporte à la dernière édition du livre de Mignot et Marchand, la tenue comprendrait blouse et tablier de type médical pendant le travail, le port du voile étant obligatoire pour les infirmières, avec galons et étoile d'or selon le grade (une cocarde tricolore au-dessus de l'oreille droite distinguant en outre les agents diplômés). Toutefois le voile a tendance actuellement à se muer en un bonnet d'un modèle utilisé en chirurgie. De même, depuis quelques années, dans les hôpitaux psychiatriques de la Seine, la coiffure des infirmiers est devenue, pendant le travail, un calot de toile blanc. Les pièces sont "touchées" par le personnel à son entrés dans l'établissement (généralement, m'a-t-on dit, 4 blouses et 3 tabliers) et ne sont renouvelées qu'au fur et à mesure de leur usure.

Par ailleurs, et surtout pour les hommes, l'uniforme s'est très simplifié. Sauf pour quelques agents, dont les concierges et les chauffeurs (qui portent une casquette avec galon et jugulaire, un veston et un pardessus), la tunique avec initiales or H.P. n'est plus en service, la cape des infirmières non plus, et la capote n'est plus personnelle. Une circulaire ministérielle de 1952 a aboli ces tenues, afin que rien ne subsiste qui rappelle le rôle de "gardien", et elle ne les a pas remplacées.

Ce ne serait qu'au cours des gros ouvrages que les infirmiers pourraient se mettre en bras de chemise et que les infirmières pourraient rester en cheveux.

Il arrive aussi que des gants en caoutchouc sont mis à la disposition des infirmiers pour le nettoyage des malades gâteux.

L'uniforme est donc avant tout une tenue hygiénique. Il est aussi un signe distinctif. Il marque, aux yeux des malades et des visites, la fonction de l'agent qui le porte. Il avait également autrefois un rôle symbolique. On ne peut que souhaiter que revêtir blouse et tablier, et se coiffer d'un voile ou d'un calot continue d'impliquer pour un infirmier comme pour un acteur, qu'il laisse, ce faisant, entièrement de côté ses soucis personnels, et qu'il ne pense plus qu'à sa tâche, car ce rôle de l'uniforme lui confère alors une certaine grandeur.»



«L'uniforme d'infirmière»

Docteur Théodore Simon, L'Infirmier Psychiatrique, 1957, n°1, p.1

(Note) «Nous pensions pouvoir mettre au début de cet article le portrait d'une élève de l'Ecole Supérieure d'Infirmiers et d'Infirmières de l'Hôpital Psychiatrique de Maison-Blanche et 1957: avec bonnet, blouse blanche, tablier médical et cape bleue aussi classique aujourd'hui que le voile. Nous n'avons pu nous procurer à temps le cliché nécessaire; nous en remettons donc la publication à une autre occasion et nous ne faisons précéder cet article que de l'insigne spécial de l'Ecole.»

«On nomme uniforme le costume par quoi se distinguent les hommes appartenant à un même corps de métier. Ils le revêtent au travail ou dans les cérémonies. L'uniforme indique, aux yeux de tous, la fonction remplie par la personne qui le porte. Comme un acteur habillé en un personnage n'est plus que ce dernier, dès qu'elle a revêtu la blouse et le voile l'infirmière n'est plus qu'infirmière.

Elle laisse de côté ses soucis personnels pour n'être plus que bonne humeur et se mettre toute entière, corps et âme, à la disposition des malades qui ont besoin d'elle. Elève, elle ne songe qu'à s'instruire. Est-elle en service, dès qu'ils l'aperçoivent les malades reconnaissent parmi d'autres la personne à qui ils peuvent s'adresser avec confiance, auprès de qui ils vont trouver le soulagement et l'aide auxquels ils aspirent.

Dans les cérémonies, mariage, raison de décoration ou enterrement, l'uniforme est un hommage à la personne qui la fait (ou l'a fait) valoir. Voilà ce que signifie le port de l'uniforme. L'uniforme idéalise.»



Michel Caire, 2006-2014
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