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2017



Le texte à l’épreuve de la folie et de la littérature

Marc Décimo & Tanka G. Tremblay

Les presses du réel – domaine Avant-gardes – collection Les Hétéroclites, 2017 ; 608 p., ill.


Une somme consacrée aux liens étroits entre littérature et folie, du XVIIIe siècle jusqu'à nos jours.

Où commence et finit la Littérature ?

Où commence et finit la folie ?

De l'histoire de ces limites traitent depuis le XVIIIe siècle jusqu'à nos jours Disraeli, Philarète Chasles, Gabriel Peignot, Nodier – autour de la question des « fous littéraires » –, Delepierre, les Agathopèdes, les deux Brunet, de nombreux érudits, Alfred Jarry, et des aliénistes, Calmeil, Sentoux, Lombroso, Nordau, Réja, puis Chambernac, Queneau, Breton, Perec, Blavier, des universitaires et tant d'autres…

Ainsi que faire du Journal de Madopolis, du prêtre adamite Fulmen Cotton, des pré-oulipiens, de Gleïzès (l'inventeur du végétarisme), des farfadets de Berbiguier de Terre-Neuve du Thym, de Jules Allix (atteint d'escargotomanie), de la philanthropophagie de Paulin Gagne, de Jean-Pierre Brisset (atteint de grenouillomanie), du marquis de Camarasa et de ses brouettes, de Perreaux (l'inventeur de la moto), de Normand Lamour et de tant d'autres ?
. (Note de l'éditeur)

Professeur d'histoire de l'art contemporain à Paris-X Nanterre, Régent du Collège de 'Pataphysique (chaire d'Amôriographie littéraire, ethnographique et architecturale), Marc Décimo est linguiste, sémioticien et historien d'art. Il a publié un vingtaine de livres et de nombreux articles sur la sémiolologie du fantastique, sur les fous littéraires (Jean-Pierre Brisset – dont il a édité l'œuvre complète aux Presses du réel –, Paul Tisseyre Ananké) et sur l'art brut, sur Marcel Duchamp (La bibliothèque de Marcel Duchamp, peut-être, Marcel Duchamp mis à nu, Le Duchamp facile, les mémoires de Lydie Fischer Sarazin-Levassor, Marcel Duchamp et l'érotisme) et sur l'histoire et l'épistémologie de la linguistique.

Tanka G. Tremblay est professeur de littérature au collège Jean-de-Brébeuf de Montréal, associé à l'O. Québécois de 'Pataphysique.



Jorge Semprun
Entre résistance et résilience

Corinne Benestroff

Préface de Boris Cyrulnik

Paris, CNRS Editions, 2017 ; 440 p.


L’œuvre de Jorge Semprun, exilé, résistant, déporté, écrivain, homme politique, explore les territoires de la mort.

Traversant le XXe siècle et ses désastres, arpentant une Europe ravagée, elle interroge la solitude, la fraternité, la littérature et la beauté du monde.

Cette enquête entrelace histoire, psychanalyse, critique littéraire, documents d’archives et paroles vives des témoins. Comment survit-on à l’expérience concentrationnaire ?

Quel rôle joue alors la littérature ? Qui sont ces personnages récurrents qui traversent son œuvre ?

En choisissant la fiction comme voie royale du témoignage, Semprun transgresse les canons du genre et suscite de nombreux débats alimentés par son statut particulier d’employé à Buchenwald et son parcours dogmatique au Parti communiste espagnol. Chez lui, la séparation fiction/réel est totalement artificielle.

On suivra donc Semprun et ses doubles narrateurs de l’enfance au grand âge, Semprun dont l’œuvre inclassable, hommage aux résistants et aux disparus, est devenue une arme de guerre contre l’effraction traumatique, formant un journal clinique inédit riche d’enseignements
. (Note de l'éditeur)

Corinne Benestroff est psychologue clinicienne et docteur en littérature française



2016



Toucher le cerveau, changer l'esprit

Carlos Parada

Paris, PUF, Collection 'Science, histoire et société', 2016 ; 208 p.


« Toucher le cerveau, changer l’esprit : voilà un projet moderne, enraciné dans notre histoire et promis à un bel avenir, lancé par la psychochirurgie qui, en 1949, valut à son inventeur un prix Nobel.

Dans cette tentative de transformation de l’esprit malade par l’action chirurgicale sur la chair du cerveau, la frontière entre corps et esprit est quasi abolie et la métaphore quasi absente. Quelles furent alors les motivations des psychochirugiens ? Quel cheminement a mené la lobotomie de la gloire à la condamnation générale ?

Une décennie plus tard, les propriétés de multiples substances supposées agir sur l’esprit furent explorées, analysées et instrumentalisées. Barbituriques, amphétamines, mescaline, LSD et neuroleptiques forgèrent de nouvelles pratiques et de nouveaux discours sur le pouvoir des drogues, la maladie mentale et le sujet, qui perdurent sous deux formes : l’une disciplinaire, la psychopharmacologie, et l’autre transgressive, la toxicomanie moderne.

Devant l’essoufflement des promesses de la psychopharmacologie et le développement de nouvelles techniques cérébrales, cet ouvrage est un apport précieux à l’analyse et à la critique de ce que l’avenir nous prépare. »

Carlos Parada est un psychiatre engagé dans les carrefours entre le social et le subjectif : toxicomanie, victimes de violences politiques, exil, échec scolaire et, enfin, folie ordinaire. Cet ouvrage est le fruit d’une recherche réalisée à l’EHESS, sous la direction de l’historien Georges Vigarello. Il a coécrit, avec Claude Olievenstein, Comme un ange cannibale (Odile Jacob, 2002)

Psychochirurgie et psychotropes dans l’histoire des transformations technologiques du sujet




2015


Promenade dans le Paris de la folie.
Les êtres et les lieux

Jean Garrabé et Freddy Seidel

Paris, John Libbey Eurotext, coll. L'Offre de soins en psychiatrie; XVI-206 p.


« Une balade peu commune dans l’univers des évènements, personnages et lieux qui ont marqué l’histoire de la folie dans la capitale.

La promenade proposée à travers le Paris de la "cosa mentale" va des génies aux aliénistes plus ou moins mondains en passant par les originaux, les politiques interlopes, les utopies architecturales et l’histoire ; notre histoire.

Leurs pas les amènent de la Conciergerie à l’hôpital Sainte-Anne, de Saint-Germain-des-Prés à la Bastille, et dans bien d’autres lieux encore.

Battant le pavé, ils croisent la route de Landru, Sade, Baudelaire, mais aussi de Valentin Magnan ou de Balzac et retracent la folle histoire de la capitale.

Ce livre est une formidable balade, avec une accumulation d’anecdotes savoureuses, mais aussi un mélange discret d’humour et d’érudition solide, d’histoire et d’histoires ! » [note de l’éditeur]

SOMMAIRE

Première partie
De la folie à l’aliénisme
(des Rois de France au Second Empire)

La folie à Paris au Moyen Âge
La Conciergerie
La cathédrale Notre-Dame, l’Hôtel-Dieu et les fêtes des fous
L’enceinte de Charles
Les reines Catherine et Marie de Médicis et Anne d’Autriche
La « folie à l’âge classique » et l’Hôpital général
Fin des procès pour « sorcellerie »
Louis XIV et l’aménagement des premiers boulevards parisiens
Les « convulsionnaires » de Saint-Médard
Le donjon du Temple, de la légende à l’actualité
Le souvenir des séjours à Paris de Wolfgang Amadeus Mozart
La fin de la monarchie française
Philippe Pinel
Le marquis de Sade
L’invention de la guillotine et ses emplacements successifs à Paris
Jean-Paul Marat
Augustin-Jacob Landré-Beauvais et la naissance de la séméiotique
L’« enfant sauvage » de l’Aveyron
La « science des crânes » à Paris du Consulat à la Monarchie de Juillet
L’article 64 du Code Pénal et son application
Le « sacrifice de madame de Lavalette » pendant les Cent-jours
Les maisons de santé parisiennes de la fin de l’Ancien Régime jusqu’au XXe siècle
La maison de santé d’Ivry sous le Second Empire
Les folies héréditaires vues par les aliénistes parisiens du XIXe siècle
Jacques Moreau (de Tours) et Jules Luys
Charles Baudelaire
Vie de Gérard Labrunie et folie de Gérard de Nerval
Le haschisch
Auguste Comte
La maison de santé de la « folie Saint-James » : une dynastie d’aliénistes
Pierre Briquet et l’hystérie
L’aphasie de Broca
La maison de santé du Dr Blanche à Passy
Honoré de Balzac, sa maison, son musée et ses statues
Le comte de Lautréamont

Deuxième partie
De l’aliénisme à la psychiatrie
(de la Monarchie de Juillet à la IIIe République)

La Bastille forteresse, puis place et enfin salle d’opéra
La « folie à l’opéra », les compositeurs et leurs folies
Le faubourg et l’hôpital Saint-Antoine
Aux alentours de Saint-Germain-des-Prés
L’Université Paris-V – René-Descartes et l’hôpital Necker – Enfants- malades
Vincent van Gogh, enfant de remplacement et fou génial
Swedenborg, Hölderlin, Strindberg
Charcot et le théâtre de l’hystérie à la Salpêtrière
La montagne Sainte-Geneviève
Le Val-de Grâce, couvent puis hôpital militaire
De la ferme Sainte-Anne à l’asile Sainte-Anne
Valentin Magnan
Le Dr Encausse
Pierre Janet
Les premières femmes médecins à Paris
Maurice Utrillo et la Butte Montmartre
L’internement de Camille Claudel de 1913 à 1943
À la recherche du temps perdu
Du sanatorium du Dr Sollier à l’hôpital Ambroise-Paré à Boulogne
Georges Heuyer
Introduction à Paris dans l’entre-deux-guerres de nouveautés concernant les sciences de l’esprit
La princesse Marie Bonaparte
La naissance du surréalisme à la suite de la Grande Guerre
Psychiatrie, psychanalyse et surréalisme à Paris dans l’entre-deux-guerres
Benjamin Logre, commentateur de Lucrèce
La formation de jeunes médecins à la psychiatrie à Paris dans l’entre-deux-guerres
L’activité artistique et scientifique à Paris pendant l’Occupation
La colline des Musées à Chaillot
Deux Irlandais à Paris : James Joyce et Samuel Beckett
La reconstruction de la psychiatrie après la Seconde Guerre mondiale
La mort d’Antonin Artaud à la maison d’Ivry
Paul Léautaud
Un ancien combattant de la Grande Guerre guillotiné en 1963 rue de la Santé
La « révolution psychiatrique »

Troisième partie
La psychiatrie
De 1950 à nos jours

Roman Kacew/Romain Gary
Les dernières années à Paris de La Callas
L’« antipsychiatrie » à Paris
Un écrivain américain polytoxicomane à Paris Un mathématicien américain « fou-génial » à Paris
Condamnation de l’utilisation de la psychiatrie à des fins de répression politique
Publication de 1973 à 1998 de plusieurs textes théoriques importants
L’« Affaire Althusser »
Le congrès du jubilé de l’Association mondiale de psychiatrie en l’an 2000
Le VIe congrès de l’European Association for the History of Psychiatry
La psychiatrie à Paris au début du XXe siècle
De la Maison royale de Charenton au groupe des hôpitaux de Saint-Maurice
De la Salpêtrière au groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière-Charles-Foix
Le centre hospitalier Sainte-Anne


Jean Garrabé
Psychiatre honoraire des hôpitaux, ancien interne des hôpitaux psychiatriques de la Seine (1958), médecin des hôpitaux psychiatriques (1964), président d’honneur de L’Évolution psychiatrique, ancien président de la Société médico-psychologique, membre à titre personnel de l’Association mondiale de psychiatrie (2002).

Freddy Seidel
Psychiatre en exercice libéral, professeur titulaire du département de Santé mentale de l’Université de Carabobo (Venezuela 1972-1995), médecin assistant étranger à la Clinique des Maladies mentales et de l’encéphale (1976-1977), doctorat en philosophie et épistémologie à l’Université Paris XII Val-de-Marne (2000), premier prix « Confrontations psychiatriques » (2000).


L'invention du discernement.

Ermine de Reims, sainte ou hérétique ?
Simulatrice ou hallucinée ?


Denis Morin

Paris, L’Harmattan, 2015 ; 70 p.


« Quand aucune connaissance particulière ne permettait de séparer visions et hallucinations, le nombre des visionnaires allait croissant et l’Église ne voyait plus comment contenir le déferlement des apparitions miraculeuses.

Jean Gerson, chancelier de l’Université de Paris, s’est attelé à résoudre la difficulté au XIVème siècle dans ses Traités de Discernement appuyés sur des récits de visionnaires dont celui d’Ermine de Reims.

Deux siècles avant l’entreprise de Gerson, le travail théorique d’un philosophe dominicain, Thomas d’Aquin, avait préparé le terrain.

Mais, en l’absence d’imprimerie, c’est un support visuel qui diffusera la réflexion du philosophe, celle des images de l’Annonciation que nombre de peintres se sont plu à illustrer de la Toscane aux Flandres. »

[note de l’éditeur]


SOMMAIRE

Statut de la femme en Occident aux temps médiévaux

Jean Gerson (1363-1429)

Le cas d'une visionnaire et le besoin de discernement

La position de l’Eglise et l’introduction de l’Annonciation

Représentations de l'Annonciation

[Les œuvres picturales mentionnées sont toutes accessibles sur le site internet des musées où elles sont conservées]


Denis Morin est pédopsychiatre, docteur en psychologie, et l'un des plus fidèles contributeurs de notre séminaire, à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes puis à la B.I.U.M. (Paris).

Intéressé par l’histoire des sciences médicales, il a cherché à savoir comment étaient reçues les apparitions miraculeuses avant que la clinique psychiatrique n’ait identifié les délires mystiques. Il propose ici une présentation et une analyse du cas d'Ermine de Reims, en référence aux travaux de Jean Charlier dit de Gerson, et en particulier à son De distinctione verarum revelationum a falsis.

L'ouvrage est en vente ou peut être commandé à : L'Harmattan - Sciences Humaines 21, rue des Ecoles 75005 - Paris tél. 01 46 34 13 71

L’impossible conciliation ou la vie héroïque du Dr Claude-François Michéa

Jean-Claude Féray

Paris, Quintes-Feuilles, 2015; 284 p.


« Le médecin aliéniste Claude-François Michéa est souvent cité par les érudits comme l’auteur d’un fameux article sur Les déviations maladives de l’appétit vénérien (1849).

Il y a quelques années, son nom a été trouvé dans un registre de « pédérastes » conservé dans les archives de la Préfecture de police de Paris.

Dès lors, il importait d’effectuer une enquête afin de répondre aux questions soulevées par cette surprenante découverte.

Le résultat des recherches poursuivies en différentes directions va bien au-delà des réponses à ces questions.

Nous découvrons en effet que Michéa fut un défenseur de la cause homosexuelle, précédant d’une décennie les pionniers des « mouvements de libération » que furent K. H. Ulrichs (1825-1895) et K. M. Kertbeny (1824-1882).

Mais ce livre n’a pas pour objet l’examen du seul volet « sexologique » de l’œuvre de Michéa. Il fait revivre les préoccupations scientifiques et philosophiques qui furent les siennes comme celles de quelques-uns de ses plus éminents collègues.

Membre fondateur de la Société médico-psychologique, une société savante qui existe toujours et qui fut le pivot d’un âge d’or de la psychiatrie française, Claude-François Michéa méritait amplement une étude consacrée à sa vie et à son œuvre. » [note de l’éditeur]

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2014



Actes du GTPSI, vol. 1
L'établissement psychiatrique comme ensemble signifiant
Paris, Éditions d'une, 2014 ; 120 p.

Actes du GTPSI, vol. 2
L'argent à l'hôpital psychiatrique
Paris, Éditions d'une, 2014 ; 144 p.


Quatorze rencontres du Groupe de travail de psychothérapie et de sociothérapie institutionnelles (GTPSI) ont eu lieu de 1960 à 1966.

Parmi ses membres, Jean Ayme, Michel Baudry, Brivette Buchanan, Hélène Chaigneau, Jean Colmin, Roger Gentis, Félix Guattari, Nicole Guillet, Philippe Koechlin, Josée Manenti, Ginette Michaud, Robert Millon, Jean Oury, Gisela Pankow, Maurice Paillot, Jean Perrin, Jean-Claude Polack, Claude Poncin, Yves Racine, Philippe Rappard, Denise Rothberg, Jacques Schotte, Horace Torrubia, François Tosquelles, Henri Vermorel…

Les Actes du GTPSI restituent l'intégralité de leurs échanges, qui sont autant de récits - mais au présent de l'indicatif, et à la première personne - de l'histoire de la psychothérapie institutionnelle en train de se faire. Ils sont des outils, des ressources pour « des rencontres et des dialogues efficaces » quels que soient leurs champs d'intervention.

Fondés sur les archives de La Borde, les Actes du GTPSI en restituent les discussions, en 11 volumes thématiques, selon la chronologie.

Les deux premiers volumes sont parus : il s'agit de L'établissement psychiatrique comme ensemble signifiant et de L'argent à l'hôpital psychiatrique, qui correspondent aux deux premières séances.

L'établissement psychiatrique comme ensemble signifiant : Ayme, Colmin, Gentis, Oury, Paillot, Racine, Torrubia et Tosquelles se réunissent les 4 et 5 juin 1960 à Saint-Alban pour travailler à la constitution d'un groupe sur une base commune à définir : les premiers membres du GTPSI ont pour but de forger des outils pour faire de l'hôpital un milieu soignant.

L'argent à l'hôpital psychiatrique : Ayme, Baudry, Chaigneau, Colmin, Gentis, Koechlin, Millon, Oury, Racine et Tosquelles se retrouvent les 3 et 4 décembre 1960 à Villers-Cotterêts. Cette rencontre est l'occasion d'un véritable état des lieux d'analyse institutionnelle sur le thème de l'argent à l'hôpital psychiatrique : sa circulation, ses usages thérapeutiques, sa signification dans un établissement voué au soin.

Voir le site du Groupe de travail de psychothérapie et de sociothérapie institutionnelles et en particulier un film de la première rencontre du GTPSI (01:08) :
« Ce petit film en 8mm retrouvé dans les archives de Jean Ayme a été tourné lors de la première rencontre du GTPSI en juin 1960 à Saint-Alban. Il est diffusé sur ce site avec l'aimable autorisation de Jean-Jacques Ayme. »


La folie à Rome

Roland Brunner


Paris, L'Harmattan, Coll. « Médecine à travers les siècles », 2014 ; 209 p.


« C'est en s'inspirant des Grecs que les Romains vont inventer une "psychiatrie" moderne, où, pour la première fois dans l'Antiquité, l'origine des maladies de l'âme ne viendrait pas des dieux.

Deux courants cliniques vont s'opposer : une "psychiatrie" organique où on prend en compte uniquement une somatisation ; et une "psychiatrie" psychologique où les maladies de l'âme proviennent de l'entourage, de l'environnement du patient.

C'est à partir de cette perspective que Freud, grand connaisseur de l'Antiquité, inventera la psychanalyse... .» [note de l’éditeur]



Un livre atypique d’un psychanalyste qui ne l’est pas moins


Ainsi qu'il se présente sur son blog, R. Brunner est psychanalyste et membre fondateur du Groupe de Recherche Appliquée sur l'Accompagnement des Managers (G.R.A.A.M.) et de la SFCoach, Vice président de l'Institut Psychanalyse et management (IPM). Intervenant à HEC, à Telecom Management, à Université Provence et à Paris VIII. Accompagnement de dirigeants et supervision de coachs. Il forme également à la psychopathologie des coachs, DRH, Consultants, Médecins et psychologues du travail. Auteur de : "Le psychanalyste et l'entreprise", Syros, 1995, de "La psychanalyse expliquée aux managers", 2004 (2è ed. Eyrolles, 2011) et de "Psychanalyse des passions dans l'entreprise", Eyrolles, 2009.

Une analyse pertinente et érudite de l'ouvrage, signée par Pierre-Henri Ortiz, et résumée : "Un diaporama orientaliste des idées romaines sur la « folie » doublé d’un jugement peu informé de leurs auteurs", est à lire sur le site nonfiction.fr, le quotidien des livres et des idées.

Parmi les ouvrages de référence sur la question :

Jackie Pigeaud, Folie et cures de la folie chez les médecins de l'Antiquité gréco-romaine. La manie. Paris, Belles Lettres, 1987, et surtout : La Maladie de l'âme : étude sur la relation de l'âme et du corps dans la tradition médico-philosophique antique. Paris, Belles Lettres, 1981-1989 (rééd. Belles Lettres-Nino Aragno, 2001).

Danielle Gourévitch, entre autres : Le triangle hippocratique dans le monde gréco-romain : le malade, sa maladie et son médecin, Paris-Rome, École française de Rome, 1984 (B.É.F.A.R., 251), 550 p. , « La psychiatrie de l'antiquité gréco-romaine », in : Nouvelle histoire de la psychiatrie. Sous la direction de J. Postel et Cl. Quétel, Toulouse, Privat, 1983 (plusieurs rééditions ou réimpressions chez Dunod : 1994, 2004, 2009), « Le malade dangereux à Rome », in : Th. Albernhe ed. Criminologie et psychiatrie, Paris, Ellipses, 1997, 478-483, « Les mots pour dire la folie en latin. À propos de passages de Celse et de Célius Aurélien », L'Évolution psychiatrique, 56, 1991, 561-568.


Lommelet
L'histoire continue
1825-2013

Jean-Yves Alexandre

et Patrice Deconstanza, Josiane Deroubaix, Brigitte Dutillie, Christian Janssens, Xavier Lepoutre

Préface de Joël Noël, directeur et du docteur Christian Müller, président de la CME

EPSM de l'Agglomération Lilloise, mars 2013 (sic, pour 2014)


« Créé en 1825 par les Frères Saint-Jean de Dieu, l’hôpital de Lommelet a fusionné, en 1998, avec celui d’Ulysse Trélat situé à proximité, spécialisé, comme lui, dans les soins aux personnes souffrant de troubles mentaux.

L’Etablissement Public de Santé Mentale de l’agglomération lilloise était né.

Il a semblé nécessaire de mettre en perspective cette histoire du site historique de l’EPSM au moment où de nombreux chantiers se sont achevés : Hôpital Bonnafé et Clinique du Nouveau monde à Roubaix, Clinique de l’adolescent à Wasquehal, Centre Psychiatrique d’Accueil et d’Admission à Lille… et à l’heure où la restructuration du site fondateur commence, avec la mise en service en 2013 des Cliniques de psychiatrie et d'addictologie de Lille.

Cette publication a été réalisée à l’occasion de l'inauguration officielle des nouveaux bâtiments le vendredi 22 novembre 2013. Elle témoigne de l’éclectisme du site de Lommelet comme de l’évolution de la conception de la santé mentale sur presque deux siècles, de la maison de santé isolée accueillant des patients masculins originaires du Pas-de-Calais au site Lommelet aujourd’hui situé en pleine ville et siège social d’un établissement rayonnant avec plus d’une soixantaine de structures sur l’agglomération lilloise.»

Cette jolie plaquette présentant un ensemble de textes érudits et d’illustrations originales est téléchargeable sur le site de l’établissement
EPSM de l'Agglomération Lilloise


CHARCOT, UNE VIE AVEC L'IMAGE

Exposition du 14 mai au 8 juillet 2014

Eglise Saint-Louis, Hôpital Univesitaire de la Pitié-Salpêtrière
83, bd de l’hôpital 75013 Paris

Tous les jours de 9h30 à 18h, sauf le samedi de 11h à 18h
Entrée libre






Commissaire de l’exposition : Docteur Catherine Bouchara, auteur de Charcot, une vie avec l’image. Editions Philippe Rey




Production : Professeur David Cohen, chef de service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à la Pitié-Salpêtrière.




Scénographie : Philippe Pumain, architecte








Présentation de l'exposition sur le site de la revue
Art Absolument



LES "FOLLES DE BAILLEUL"

Sophie Richelle

Bruxelles, Université des Femmes, Cahiers de l’UF, 2014

« Paroles de femmes, paroles de folles… Cet ouvrage, qui reprend le texte d’un mémoire présenté en vue de l’obtention du titre de Master en histoire primé par l’Université des Femmes en 2013, explore le destin de certaines femmes enfermées à l’asile de Bailleul entre 1880 et 1914.

Aux contours de l’essentiel absent, Sophie Richelle, part à la rencontre de leur vécu au fil d’un récit captivant, qui décrit leur expérience d’aliénée de manière à la fois humaine et scientifique à travers l’étude approfondie de leur environnement et de leurs conditions d’internement, et cite de larges extraits de leurs écrits.

Des pistes sont également lancées pour une histoire de la folie, et en particulier celle de la folie au féminin : quelles représentations s’en faisaient alors les médecins ? Perçues comme irresponsables, irrationnelles, et émotives par nature, les femmes sont indéniablement plus enclines aux dysfonctionnements de l’esprit à leurs yeux. Une exploration passionnante dans les archives asilaires et le monde de la psychiatrie qui réveille, le temps d’un mémoire, les voix de ces «folles de Bailleul. » [Présentation de l’éditeur]

Cet ouvrage est issu d'un mémoire soutenu en 2012 à l'Université libre de Bruxelles, qui a remporté le Premier prix de l’Université des Femmes 2013 (prix Suzanne Tassier) : ce prix « est décerné à des étudiants ayant réalisé un travail de fin d’études supérieures abordant une problématique «femmes» dans un esprit féministe ».

Les "folles" de Bailleul.
Expériences et conditions d'internement dans un asile français (1880-1914)

Master 2 Histoire à finalité archives et documents, Université libre de Bruxelles. Faculté de philosophie et Lettres, 2012 ; 147 p.

Résumé de l'auteur :
« Ce travail de mémoire retrace l'histoire des femmes internées à l'asile de Bailleul, dans le Nord de la France, entre 1880 et 1914. L'idée est de reconstituer leur vécu, décrire leur expérience d'aliénée grâce à l'étude de leur environnement et des conditions de leur internement. Le travail s'organise en trois parties.

La première est une comparaison entre l'asile des hommes et l'asile des femmes de la région du Nord, situés respectivement à Armentières et à Bailleul. Cette partie pose la question de la folie féminine et de la folie masculine.

La deuxième partie tente de reconstituer les conditions d'internement des femmes aliénées de Bailleul à travers les différentes composantes qui influencent leur environnement. La famille et l'entourage, l'asile, les traitements, les médecins, ainsi que les soeurs hospitalières font ainsi chacun(e) l'objet d'un chapitre.

Le dernier chapitre de cette partie tente cependant de dépasser la description des conditions d'internement en proposant d'étudier les aliénées par elles-mêmes. Quel vécu peut se lire dans les lettres transmises par les dossiers ? Quelles perceptions, de soi et des autres aliénées, se dessinent dans leurs écrits ?

La troisième partie aborde la fin de l'histoire d'internement qu'ont connue toutes les femmes dont il est question dans ce travail à travers un cas particulier. Cette partie laisse entrevoir au lecteur le parcours habituel des femmes décédées entre les murs de l'asile.

Dans la conclusion, le travail questionne, en regard de ce qui a été développé dans les différentes parties, l'idée d'une folie au féminin et insiste sur l'importance première de l'anormalité comme signe distinctif de la folie. »


Un documentaire-fiction radiophonique a été réalisé sur la base de ce travail.

Ce mémoire étudie la vie de certaines femmes aliénées à l’asile de Bailleul (Nord de la France) au tournant des XIXe et XXe siècles. Le vécu, l’expérience, le ressenti,… sont des histoires compliquées à raconter. C’est donc à travers des éléments plus facilement traçables qu’ils ont été étudiés: l’asile comme construction, les familles, les médecins, les traitements, les soeurs hospitalières… Les aliénées se laissent alors raconter dans leurs rapports à ces différentes composantes de leur vie asilaire.

Par ce récit audio qui s’en va chercher très librement du côté de la fiction – malgré l’authenticité des archives récitées-, une histoire se raconte autrement, se laisse entendre…


L'INVENTION DE L'HYSTÉRIE AU TEMPS DES LUMIÈRES (1670-1820)

Sabine Arnaud

Paris, Editions de l’EHESS, 2014, 352 p.

«L’invention de l’hystérie nous porte au 18e siècle, lors de l’élaboration des maladies nerveuses frappant les gens du monde, hommes et femmes, et les lettrés en particulier. Qu’est ce qui se joue dans l’écriture de ce diagnostic ? À travers des textes de médecins, de patients, d’écrivains, Sabine Arnaud déchiffre toute une société.

L’hystérie au 18e siècle nous mène loin des mises en scène de Charcot et des cures de Freud. C’est le moment même de l’invention d’une catégorie pour identifier une maladie nerveuse frappant les gens du monde, hommes et femmes, et les lettrés en particulier. Mais comment établir une pathologie dont la caractérisation commence par le nombre infini de symptômes ? Des textes médicaux aux ouvrages littéraires, métaphores, citations, et anecdotes sont mises à contribution. De l’animal indocile emprunté au Timée, à un « je ne sais quoi », d’un protée à un caméléon, ou à une hydre, médecins et hommes de lettres rivalisent dans son écriture. Un jour courtisans, ils s’inventent le lendemain citoyens fervents d’une nation nouvelle ; leurs écrits déclinent l’hystérie au fur et à mesure des modes et des passions et cristallisent les craintes et les rêves d’un temps.

Découvrir ces conceptions nous porte à apprécier la médecine telle qu’elle s’écrivait au dix-huitième siècle. S’éloignant à grand pas des traités à systèmes, les médecins s’adressent alors à leurs patients au nom d’une sensibilité partagée, et publient dialogues, autobiographies et correspondances pour faciliter cet échange.

Ils présentent ainsi une image de l’acte médical fondée dans la prévenance et le récit de soi. A nous de déceler les enjeux d’un diagnostic pour une médecine en pleine transformation. » [présentation de l'éditeur]

SOMMAIRE

Avant-Propos
Nommer (Introduction)

Première partie. De l’usage des diagnostics, des divisions du savoir
Pathologie et différence sexuelle
Affection vaporeuse et classe sociale
Rencontres entre la sphère médicale et la sphère religieuse

Partie II. Les métaphores, ou comment donner figure à l’indéfinissable
D’un répertoire d’images : Protée, caméléon, hydre
De la répétition d’une citation, des divergences de lecture

Partie III. Mises en écrit d’une pathologie et pratiques de diffusion : L’emprunt de genres rhétoriques
Le dialogue
L’autobiographie
La correspondance fictionnelle
Les consultations par correspondance
L’anecdote

Partie IV. Code, vérité ou ruse ? Descriptions littéraires de troubles en quêtes de lecteurs
Troubles de circonstance et persiflage
Corps-vérité en attente d’exégèse
Tours de vapeurs et paroles obliques

Partie V. Mise en récit de cas pathologiques et création d’énigmes, les fonctions du narratif
À l’ombre du conte fantastique
Pièges et contre-pièges
La construction d’un secret
De l’authenticité du corps au savoir du patient

Partie VI. Jeux de rôles et redéfinitions de la médecine
Démystifier ou mystifier ? Fonder le rôle du médecin thérapeute
Stratégies de légitimation et définition du patient à venir

À rebours (Conclusion)

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2013



CHARCOT, UNE VIE AVEC L'IMAGE

Catherine Bouchara

Paris, Ed. Philippe Rey, 2013 ; 240 p.


« L’art et la médecine, c’est entre ces deux pôles que la rencontre se fait avec Jean-Martin Charcot (1825-1893).

Grand médecin de la Salpêtrière où Freud fut son élève, inscrit dans le monde des idées et des sciences, il occupe la première chaire de neurologie en 1882 et nous entraine vers l’inconnu de l’hystérie et de l’hypnose jusqu’aux portes de l’inconscient.

L’observation du corps et de ses pathologies appartient à son travail clinique. Qu’il soit à l’hôpital, dans son cabinet, ou en voyage à travers le monde, il examine et pense crayon à la main ; ses dessins révèlent une connaissance profonde de l’humain, un diagnostic averti des anomalies anatomiques ainsi qu’un talent indéniable sous l’inspiration d’artistes romantiques tels que Delacroix ou Ingres.

Dans une époque située juste avant l’arrivée du cinématographe, l’image dans toutes ses dimensions – dessins, tableaux graphiques, croquis, planches d’instantanés – soutient ses diagnostics et appuie son regard clinique face à ses élèves et confrères venus du monde entier écouter le maître.

En outre Charcot décelait dans la culture des peuples et par l’étude de tableaux de grands peintres, en partie reproduits ici, les caractéristiques de certains troubles psychiques.

Tout l’objet de ce livre, richement illustré, est de montrer – à travers le dessin, la peinture ou la photographie – le lien étroit qui unit l’image du corps et la psychiatrie. » (présentation de l'éditeur).

Une approche originale, un livre passionnant et magnifiquement illustré, avec de très nombreux inédits


« Cerveaux fous et sexes faibles (Grande-Bretagne, 1860-1900) »

Aude Fauvel

Clio. Femmes, Genre, Histoire, n° 37, 2013/1 [Quand la médecine fait le genre]; 41-64

[Résumé : La psychiatrie est souvent présentée comme la science sexiste par excellence, les experts du psychisme ayant non seulement nourri les discours sur l’infériorité du "sexe faible", mais aussi très concrètement contribué à l’exclusion des femmes en acceptant "d’hospitaliser" celles qui refusaient de se conformer aux désirs masculins.

Sans pour autant mettre en cause ce constat du rôle détestable joué par les psychiatres dans la répression des femmes, cet article propose de voir cette histoire sous un autre angle en réfléchissant aux répercussions de cette prise de position sexiste sur l’agencement du savoir médical et, inversement, sur celui des représentations des patientes.

L’exemple britannique montre en effet que les théories sur l’infériorité mentale des femmes n’ont pas été partagées par l’ensemble du corps médical et ont, en outre, parfois été fortement combattues par les malades – poussant ainsi à nuancer l’image d’un "pouvoir psychiatrique" univoque et tout-puissant.

En retraçant les débats qui ont entouré l’émergence de la thèse du "cerveau faible" dans la Grande-Bretagne du XIXe siècle, il s’agit donc de jeter un autre regard sur la construction (et la déconstruction) des catégories du savoir psychiatrique et de comprendre comment les sujets de ce savoir – les patientes – ont pu, par "en bas", influencer leur évolution.]

Publications d'Aude Fauvel (extrait)

“ Le crime de Clermont et la remise en cause des asiles en 1880 ”, Revue d’histoire moderne et contemporaine, n°49-1, janvier-mars 2002; 195-216.

Punition, dégénérescence ou malheur ? La folie d’André Gill (1840-1885) ”, Revue d’histoire du XIXème siècle, n° 26-27, 2003; 277-304.

“ Aliénistes contre psychiatres. La médecine mentale en crise (1890-1914) ”, Psychologie clinique, n°17, été 2004;. 61-76.

Témoins aliénés et «Bastilles modernes». Une histoire politique, sociale et culturelle des asiles en France. (1800-1914). Thèse de doctorat d'histoire, sous la direction de Jacqueline Carroy, soutenue en novembre 2005 à l'EHESS, Paris (félicitations à l’unanimité du jury); 3 vol.; 687-268 f., ill.
Prix de la Société française d’histoire de médecine (2007)

“ Violence aliéniste, l’asile de Clermont (Oise). Mythe et réalité ”, in Ambroise-Rendu Anne-Claude, d’Almeida Fabrice, Edelman Nicole (éd.). Des gestes en histoire. Formes et significations des gestualités médicale, guerrière et politique. Paris, Seli Arslan, 2006; 53-67.

“ Les mots des sciences de l’homme. Psychiatrie ”, Pour l’Histoire des Sciences de l’Homme. Bulletin de la SFHSH, printemps-été 2006; 43-51.

“ De l’aliénisme à la psychiatrie. Triomphes et déboires de la médecine de la folie au XIXe siècle ”, in Barillé Claire, Tristram Frédéric (éd.). Les hôpitaux parisiens au XIXe siècle. La naissance de la santé publique. Paris, Action artistique de la Ville de Paris, 2007; 213-224.

« Du danger d’être normal. Écrits de fous, littérature et discours médical », in Cabanès Jean-Louis, Carroy Jacqueline, Edelman, Nicole (éd.) Littérature, histoire, psychologie : la psychologie fin de siècle (2007)

« Les fous morts brûlés. Cauchemar, fantasme et réalité de la médecine aliéniste (XIXe-XXe siècles) ». Psychiatrie, sciences humaines, neurosciences, vol. 5, n°4, Décembre 2007; 212-219 (résumé).

« De l'aliénisme à la psychiatrie : triomphes et déboires de la médecine de la folie au XIXe siècle ». In : Les maux & les soins. Médecins et malades dans les hôpitaux parisiens au XIXe siècle. Sous la direction de Francis Démier et Claire Barillé, assistés de Sandie Servais. Paris, Action artistique de la Ville de Paris, 2007; 397 p.

« ‘Par rapport à moi tous les autres hommes sont des singes’. L’internement du baron Seillière (1845-1911) et les témoignages d’aliénés », in Daled Pierre-Frédéric (éd.). L'envers de la raison. Broussais, Canguilhem, Foucault. Paris, Vrin, Annales de l'Institut de philosophie de l'Université de Bruxelles (2008)

Direction du numéro thématique « Asiles et fous », Romantisme. Revue du XIXe siècle, n°241, 2008-3 [+ deux contributions : « Avant-propos », p. 3 et « La voix des fous. Hector Malot et les ‘romans d’asile’ », pp.51-64]

« Pinel et les aliénistes ». Sciences humaines. La grande histoire de la psychologie, numéro spécial n°7, septembre-octobre 2008; 6-7

« Les fous en liberté. La naissance des « colonies familiales » de la Seine ». Revue de la Société française d’histoire des hôpitaux, n°136, 4e trimestre, 2009; 16-22

« Madness: a ‘female malady’? Women and Psychiatric Institutionalisation in France », in : Bourdelais Patrice, Chircop John (éd.). Vulnerabilities, social inequalities and health in perspective. Évora: Ediçoes Colibri, 2010; 61-75

avec Bertrand Tillier, André Gill caricaturiste : Derniers dessins d'un fou à lier. Tusson (Charente), Edition du Lérot, 2011 ; 122 p. [Après un rappel sur la vie et la carrière d'André Gill (1840-1885), l'ouvrage présente la série Les hommes retrouvés, constituée dans les années 1880-1881 et dédicacée par les modèles à son attention]

« Les femmes violeuses existent-elles ? Entre médecine, droit et littérature : la naissance d’un tabou dans la France du XIXe siècle », in Jean-Jacques Lefrère et Michel Pierssens éd., Crimes et délits. Tusson, Le Lérot, 2012; 91-116



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L'ASILE DES PHOTOGRAPHIES

Mathieu Pernot, Philippe Artières

Le Point du Jour - Centre d'art Éditeur, 2013, 288 p.

« Le photographe Mathieu Pernot et l'historien Philippe Artières ont travaillé trois ans à l'hôpital psychiatrique de Picauville / Fondation Bon-Sauveur (Manche).

Ce lieu de mémoire résume toute l'évolution de la psychiatrie depuis le XIXe siècle, mais il recèle surtout des archives visuelles exceptionnelles. Frappés par la force de ces images, Mathieu Pernot et Philipppe Artières décident d'en faire la matière même de leur travail.

En écho, le premier réalise quelques photographies tandis que le second raconte cette expérience à travers le montage d'archives écrites. L'ensemble compose moins une histoire de la psychiatrie en images qu'une histoire de la photographie depuis l'hôpital. L'asile des photographies est à la fois ce recueil d'images oubliées et une mémoire rendue aux anonymes qui furent les auteurs et les sujets. » (Présentation de l'éditeur)

« Mathieu Pernot a, entre autres, exposé à la Cité nationale de l'histoire de l'immigration (2009) et aux Rencontres d'Arles (2007). Le Jeu de Paume lui consacre début 2014 une rétrospective. »

« Directeur de recherches du CNRS à l'EHESS, Philippe Artières a récemment publié Vie et mort de Paul Gény (Le Seuil, coll. Fiction & Cie, 2013). Au Point du Jour, Mathieu Pernot est l'auteur de Le Grand ensemble (2007) et Philippe Artières a dirigé La Révolte de la prison de Nancy (2013). »

L'Asile des photographies a reçu le Prix Nadar 2013

Ce travail fait l'objet d'une exposition du 20 octobre 2013 au 26 janvier 2014 à Cherbourg-Octeville, 109, avenue de Paris, et du 14 février au 11 mai 2014, à la Maison Rouge (Paris)

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De la psychiatrie à la psychanalyse.
Cinquante ans de pratique et de recherches

Madeleine Vermorel, Henri Vermorel

Paris, L’Harmattan, Collection « Colloques et rencontres », octobre 2013, 372 p.

« Madeleine Vermorel et Henri Vermorel ont commencé dans les années 50 leur carrière d'internes puis de médecins dans les hôpitaux psychiatriques qui gardaient bien souvent les stigmates de l'asile d'antan.

Ils ont participé au grand mouvement de la seconde révolution psychiatrique qui prend son essor lors de la Libération de la France.

Cet ouvrage relate notamment leur participation au mouvement de psychothérapie institutionnelle qui a contribué à transformer les asiles en lieux de soins articulés avec une politique de secteur extrahospitalière... » (Présentation de l'éditeur)


Parmi d'autres publications des deux auteurs, citons, dans le domaine qui nous intéresse ici, Sigmund Freud et Romain Rolland, correspondance 1923-1936 [PUF, 1993, 704 p.], et, codirigé avec Anne Clancier, le recueil des textes issus d’un colloque tenu en 1990 au Centre international culturel de Cerisy-la-Salle : Freud : judéité, lumières et romantisme [Delachaux et Niestlé, 1995 ; 396 p.].

Henri Vermorel a pour sa part publié notamment :
- (avec André Meylan) Cent ans de psychiatrie. Essai sur l'histoire des institutions psychiatriques en France de 1870 à nos jours. Éditions du Scarabée, 1969 ; 83 p.

- une contribution à l’ouvrage Philippe Pinel [Les Journées de Castres, septembre 1988] Lavaur : Ed. médicales Pierre Fabre, 1988 ; 174 p. : « La pulsion de Goethe à Freud » (pp.97-102)

- « De l'asile à la politique de secteur : l'évolution des institutions et des soins psychiatriques à Bassens ». L'Information psychiatrique, 88, 9, 2012 ; 759-770

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24 textes fondateurs de la psychiatrie introduits et commentés par la Société médico-psychologique

Marc Masson, dir., Jean-François Allilaire, préf.

Paris, Armand Colin, 2013 ; 381 p.

« Cet ouvrage d’une conception originale rassemble des textes fondateurs de la psychiatrie, introduits et commentés par les meilleurs spécialistes à la lumière des connaissances actuelles.

Ces textes – extraits des Annales Médico-Psychologiques (bulletin officiel de la Société Médico-Psychologique), la plus ancienne revue de psychiatrie au monde, fondée en 1843 par Jules Baillarger et toujours publiée aujourd’hui –, constituent pour la plupart des premières mondiales de descriptions cliniques des troubles de l’humeur (bipolaires, mélancolie), des troubles psychotiques (schizophrénies), de l’anorexie mentale, des troubles mentaux liés à la grossesse, des troubles de la personnalité ou encore de la confusion mentale.

Les auteurs de ces descriptions sont reconnus internationalement comme des pionniers de la psychiatrie (Jules Baillarger, Jules Falret, Gaëtan Gatien de Clérambault, Joseph Capgras, Paul Sérieux, Henri Ey, Jean Delay, Pierre Denicker…).

La découverte des neuroleptiques, celle de l’efficacité des sels de lithium et de certains anti-épileptiques dans les troubles bipolaires sont également retracées et commentées.

Ce véritable patrimoine psychopathologique français, ainsi remis en lumière dans cet ouvrage, deviendra une référence pour les professionnels de la santé mentale (psychiatres, psychologues) mais aussi pour les étudiants et les chercheurs.

Marc Masson, coordinateur de l’ouvrage, est psychiatre à la clinique du Château de Garches et secrétaire général de la Société Médico-Psychologique (Paris). » (Présentation de l'éditeur)

Les auteurs

Jean-François ALLILAIRE, Professeur de psychiatrie, membre de l'Académie nationale de médecine, Groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière, Paris. Rédacteur en chef des Annales Médico-Psychologiques.
Jean-Michel AZORIN, Professeur de psychiatrie, Centre Solaris, Centre hospitalo-universitaire Sainte-Marguerite, Marseille.
German E. BERRIOS, Titulaire de la chaire d'épistémologie et psychiatrie, Université de Cambridge (Royaume-Uni).
Jean-Pierre BOUCHARD, Psychologue, docteur en droit, UMD, Centre hospitalier de Cadillac.
Marc-Louis BOURGEOIS, Professeur de psychiatrie, IPSO, Centre hospitalier Charles Perrens, Bordeaux.
Michaël BRUN, Psychiatre, Bordeaux.
Pierrette ESTINGOY, Psychiatre, Centre Hospitalier Le Vinatier, Lyon.
Philippe FOSSATI, Professeur de psychiatrie, Groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière, Paris.
Raphaël GAILLARD, Professeur de psychiatrie, Centre hospitalier Sainte-Anne, Paris.
Jean GARRABÉ, Psychiatre, Paris.
Christian GAY, Psychiatre, Clinique du Château de Garches.
David GOURION, Psychiatre, Paris.
Thierry HAUSTGEN, Psychiatre, CMP, Montreuil, Paris.
Chantal HENRY, Professeur de psychiatrie, Centres Experts, Groupe hospitalier Chenevier-Mondor, Créteil.
Patrick LE BIHAN, Psychiatre, UMD, Centre hospitalier de Cadillac.
Thérèse LEMPÉRIÈRE, Professeur de psychiatrie, Paris.
Henri LÔO, Professeur de psychiatrie, membre de l'Académie nationale de médecine, Centre hospitalier Sainte-Anne, Paris.
Jean-Pierre LUAUTÉ, Psychiatre, Romans.
Marc MASSON, Psychiatre, Clinique du Château de Garches, secrétaire général de la Société Médico-Psychologique.
Thomas MAURAS, Psychiatre, Groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière, Paris.
Jean-Arthur MICOULAUD-FRANCHI, Psychiatre, Centre Solaris, Centre hospitalo-universitaire Sainte-Marguerite, Marseille.
Jean-Pierre OLlÉ, Professeur de psychiatrie, membre de l'Académie nationale de médecine, Centre Hospitalier Sainte-Anne, Paris.
Évelyne PEWZNER-APELOIG, psychiatre, professeur de psychopathologie, Paris.
Alexandre SALVADOR, Psychiatre, SHU, Centre hospitalier Sainte-Anne, Paris.
Franck SCHURHOFF, Professeur de psychiatrie, Groupe hospitalier Chenevier-Mondor, Créteil.
Anne-Laure SUTTER-DALLAY, Psychiatre, Centre hospitalier Charles Perrens, Bordeaux.
Hélène VERDOUX, Professeur de psychiatrie, Centre hospitalier Charles Perrens, Bordeaux.
Fabien VINCKIER, Psychiatre, SHU Centre hospitalier Sainte-Anne, Paris.


Références des 24 textes

Texte 1 : Baillarger J. Pathologie. Maladies mentales de l'état désigné chez les aliénés sous le nom de stupidité. Ann Méd Psychol 1843; 1 : 76-103.
Texte 2 : Baillarger J. De la mélancolie avec stupeur. Ann Méd Psychol 1853; 11 (5) : 251-276.
Texte 3 : Baillarger J. De la folie à double forme. Ann Méd Psychol 1854; 12 (1) : 368-391.
Texte 4: Baillarger J. Pathologie de la folie à double forme. Ann Méd Psychol 1880: 5-36.
Texte 5 : Cotard J. Du délire hypochondriaque dans une forme grave de la mélancolie anxieuse. Ann Méd Psychol 1880, 38 (1) : 168-174.
Texte 6: Baillarger J. Des hallucinations psycho-sensorielles. Ann Méd Psychol 1846; 4 (1) : 1-12.
Texte 7 : Maury A. Les analogies des phénomènes du rêve et de l'aliénation mentale. Ann Méd Psychol 1853; 5 : 404-421.
Texte 8 : Christian J. De la démence précoce des jeunes gens. Contribution à l'étude de l'hébéphrénie. Ann Méd Psychol 1899; 57 (1) : 43-65.
Texte 9 : Séglas J. La démence paranoide. Ann Méd Psychol 1900; 58 (2) : 232-246.
Texte 10 : Sérieux P., Capgras J. M. Les psychoses à base d'interprétations délirantes. Ann Méd Psychol 1902; 60 (1) : 441-480.
Texte 11 : Halberstadt G. La forme héboidophrénique de la démence précoce. Ann Méd Psychol 1927; 85 : 23-32.
Texte 12: Clérambault (de) G. Psychoses à base d'automatisme et syndrome d'automatisme. Ann Méd Psychol 1927; 85 : 193-236.
Texte 13 : Falret J. La folie raisonnante ou folie morale. Ann Méd Psychol 1866; 24 (1) : 382-431.
Texte 14 : Marcé L.V Étude sur les causes de la folie puerpérale, Ann Méd Psychol 1857; 15: 562-584.
Texte 15 : Marcé L.V. Influence de la grossesse et de l'accouchement sur la guérison de l'aliénation mentale. Ann Méd Psychol 1857; 15 : 317-360.
Texte 16 : Marcé L.V. Note sur une forme de délire hypochondriaque consécutive aux dyspepsies et caractérisée principalement par le refus d'aliments. Ann Méd Psychol 1860; 6 : 15-28.
Texte 17 : Chaslin P. La confusion mentale. Ann Méd Psychol 1914; 72 (1) : 276-289.
Texte 18 : Chaslin P. La confusion mentale suite et fin. Ann Méd Psychol 1914,72 (1) : 413-443.
Texte 19: Ey H. et Burguet J. Action des électrochocs dans la psychose maniaco-dépressive et dans la mélancolie d'involution. Étude statistique. Ann Méd Psychol 1952; tome 1 (2) : 214-219.
Texte 20 : Carrère J. et Melle Pochard. Le citrate de lithium dans le traitement des syndromes d'excitation maniaque. Ann Méd Psychol 1954; tome 1 (4) : 566-572.
Texte 21 : Sivadon P., Chanoit P. L'emploi du lithium dans l'agitation psychomotrice à propos d'une expérience clinique. Ann Méd Psychol 1955; tome 1 (5) : 590-596.
Texte 22: J. Hamon, J. Paraire et J. Velluz. L'action du 4560 RP sur l'agitation maniaque. Ann Méd Psychol 1952; 110, tome 1 (3) : 331-335.
Texte 23 : Delay J., Deniker P., HarI J. M., Grasset A. Utilisation en thérapeutique psychiatrique d'une phénothiazine d'action centrale élective (4560 RP). Ann Méd Psychol 1952, tome 2 (3) : 398-403.
Texte 24 : Lambert P. A., Carraz G., Borselli S. et Carrel S. Action neuropsychotrope d'un nouvel anti-épileptique, le dépamide. Ann Méd Psychol 1966; tome 1 : 707-710.

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Du front à l’asile 1914-1918

Stéphane Tison et Hervé Guillemain

Alma éditeur, collection Essai & Histoire, 2013; 416 p.

« Depuis que je suis parti de la maison de santé mon état ne s’est pas amélioré. J’ai essayé toutes choses : travail, exercices divers, repos, ce travail du cerveau est toujours là, élancement, persécutions, craquements, coups, ronflements, insomnies m’enlevant l’aptitude au travail...

Or je n’ai pas de situation personnelle et il m’est impossible en cet état de gagner ma vie. Comme vous m’avez conseillé monsieur le docteur de m’adresser à mon député pour un secours, je viens d’être forcé de le faire. Il trouve ma demande parfaitement justifiée et me demande de produire un certificat médical attestant mon état nerveux d’origine de guerre. »

Le caporal Daniel D. écrit ces mots en août 1917 au médecin-chef de l’asile d’Alençon.

De l’homme de troupe jusqu’à l’officier, ils sont des milliers à souffrir de troubles du comportement ou à revenir délirants du front.

Comment interpréter et prendre en charge cette vague inédite de symptômes variés ?

Ces hommes dont certains passent en conseil de guerre et d’autres échouent à l’asile sont-ils des déserteurs, des victimes de l’artillerie moderne ou bien des malades mentaux ? La guerre peut elle vraiment rendre fou ?

Se fondant sur des documents inédits, puisés dans les archives des établissements psychiatriques, Hervé Guillemain et Stéphane Tison font entendre la voix de ceux qui furent brisés par la guerre, les difficultés des familles et la difficile reconnaissance de ce que l’on nomme aujourd’hui le traumatisme de guerre.

Des récits vrais, bouleversants dans leur simplicité et leur sobriété, rythment l’enquête. Ils montrent l’ampleur du défi auquel furent confrontés psychiatres et militaires. » (Présentation de l'éditeur)

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Constance Pascal (1877–1937) : Authority, Femininity and Feminism in French Psychiatry

Felicia Gordon

Igrs books Vol. 8., University of London, 2013

« Constance Pascal’s career in French psychiatry from 1908 to 1937 exemplifies the opportunities open to women in the French Third Republic as well as the prejudices they encountered.

As the first woman psychiatrist in France, Pascal, of Romanian origin, attained professional success at the cost of suppressing her personal life.

Best known for her work on dementia praecox, she founded one of the first schools in France for children with severe learning difficulties, and made remarkable contributions in the reform of asylum practices and, influenced by Freudian psychoanalysis, in psychotherapeutic intervention.

Her feminism is demonstrated by her distinguished, often contentious, career in a hitherto all male profession and by her support for other women in their professional roles.

Her unjustly neglected life story illuminates many of the conflicts experienced by women entering the professions during the belle époque and the inter-war years.

The study’s scholarly authority and ambitious theoretical range do not detract from its lively sense of the person and life struggles of the subject making this a fine demonstration of life history research enthralling for the general reader and expert alike. » (Présentation de l'éditeur)

Felicia Gordon is a Senior Member of Wolfson College, Cambridge, and the author of several works on French women’s history, among them on Madeleine Pelletier.

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Une avant garde psychiatrique.
Le moment Gtpsi (1960-1966)

Olivier Apprill. Préface de Franck Chaumon. Postface de Jean Oury

Paris, EPEL, Collection ‘des sources’, 2013 ; 206 p.

« Le Groupe de Travail de Psychothérapie et de Sociothérapie Institutionnelles (GTPSI) rassemble quelques acteurs majeurs de la psychiatrie, liés à l’hôpital de Saint-Alban et à la clinique de La Borde, hauts lieux de la psychothérapie institutionnelle.

S’y retrouvent deux à trois fois par an, de 1960 à 1966, Jean Ayme, Hélène Chaigneau, Roger Gentis, Félix Guattari, Nicole Guillet, Jo Manenti, Ginette Michaud, Jean Oury, Gisela Pankow, Jean-Claude Polack, Claude Poncin, Yves Racine, Philippe Rappard, Jacques Schotte, Horace Torrubia, François Tosquelles et quelques autres – tous engagés dans la transformation du système asilaire.

Lieu d’une pensée collective aux prises avec l’inconscient et la psychose, le GTPSI se distingue d’une simple société savante par une remise en cause permanente de chacun de ses membres, par la volonté affichée “de ne pas s’en laisser passer une”.

À la recherche d’une cohérence théorique et clinique, ces praticiens ont choisi de récuser toute position du psychiatre qui tendrait à l’évitement de la folie.

En retraçant l’histoire de cette avant-garde et en donnant à lire l’essentiel des analyses et discussions qui l’ont constitué, ce livre met au jour un moment et des travaux inédits qui restent d’une importance majeure pour nourrir la réflexion psychiatrique contemporaine.

Olivier Apprill est rédacteur en chef d’Arte-Magazine et auteur de documentaires radiophoniques. Ancien stagiaire à la clinique de La Borde, il exerce aujourd’hui la psychanalyse dans le cadre d’une association qui reçoit de jeunes adultes en situation précaire. » (Présentation de l'éditeur)

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Expériences de la folie.
Criminels, soldats, patients en psychiatrie (XIXe-XXe siècles)

Laurence Guignard, Hervé Guillemain, Stéphane Tison (dir.)

Presses universitaires de Rennes, 2013 ; 328 p.

À partir de trois situations institutionnelles différentes (judiciaire, militaire, hospitalière) exposées dans leur contexte historique des XIXe et XXe siècles, ce volume saisit les trajectoires singulières des patients dans leurs interactions avec les configurations institutionnelles de la psychiatrie et les catégories médicales qui définissent la maladie mentale. Il s’y dessine une autre histoire de la folie dans laquelle les médecins sont acteurs au même titre que les juges, les militaires ou les patients.


De la fureur à la dangerosité : folie violente/folie dangereuse au XIXe siècle
• « Furieux », « dangereux », « dangerosité » : figures et concepts
• Hôpital ou prison ? Les institutions de la régulation

Du front à l’asile : l’expérience de la folie de la Grande Guerre aux années vingt
• L’impact de la guerre sur l’institution psychiatrique et les dispositifs de soin
• Pratiques médicales et regards scientifiques sur les pathologies liées à la guerre
• Expériences individuelles et familiales de la folie

Les malades dans l’institution hospitalière au XXe siècle
• Expériences psychiatriques
• L’institution en question

La résurgence de la parole des patients et de leurs familles




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2012




L’abandon à la mort... de 76 000 fous par le régime de Vichy
par Armand AJZENBERG

Suivi de Un hôpital psychiatrique sous Vichy (1940-1945)
par André CASTELLI

Préface de Michaël Guyader

L'Harmattan, Collection Historiques, 2012; 264 p.


[Présentation de l'éditeur] « Sous le régime de Vichy (1940-1945), 76 000 malades mentaux sont morts dans les hôpitaux psychiatriques français.

Morts de faim.

Pétain, Darlan, Laval connaissaient-ils les dangers auxquels les fous étaient exposés ? OUI, dès le printemps 1941.

Étaient-ils en mesure de leur accorder quelques suppléments alimentaires représentant pour chaque Français une ou deux miettes de pain par jour ? OUI, puisque cela a été fait en décembre 1942.
Trop tard cependant et en quantité insuffisante pour inverser le cours des événements.

La population française aurait-elle été mise en danger par une telle action ? NON, bien sûr.

Ces trois questions, et les réponses apportées, définissent précisément la notion de non-assistance à personne en danger, notion inventée par Vichy et maintenue depuis dans le code pénal français.

Non-assistance que certains historiens nient. Ce qui autorise un journal d’extrême-droite (Rivarol) à s’écrier : « Le régime de Vichy est enfin innocenté… ».

Après la reconnaissance par le président Chirac de la complicité active de l’État français de Vichy dans la déportation des Juifs de France, la responsabilité directe de ce même régime dans la famine mortelle sévissant dans les hôpitaux psychiatriques doit, elle aussi, donner lieu à une reconnaissance officielle.

L’histoire de l’hôpital de Montdevergues-les-Roses est un exemple, au jour le jour, de l’abandon à la mort des fous sous Vichy.
»

Les auteurs :
Armand Ajzenberg, autodidacte, a rencontré Lucien Bonnafé chez le philosophe et sociologue Henri Lefebvre en 1985. Il s’est ainsi engagé dans cette « drôle » d’histoire.
André Castelli, ancien infirmier psychiatrique, est aujourd’hui vice-président du Conseil général du Vaucluse et Conseiller municipal d’Avignon.
Michaël Guyader, psychiatre et psychanalyste engagé, ancien chef de service du 8e secteur de psychiatrie générale de l’Essonne
. [Présentation de l'éditeur]


Une contribution polémique au débat sur l'hécatombe dont les hôpitaux psychiatriques furent le théâtre sous l'Occupation, dont le régime de Vichy porterait la responsabilité directe.

Bien que très axée sur la dénonciation des thèses opposées et de leurs auteurs, l'étude d'A. Ajzenberg, acteur engagé de longue date dans le combat initié par Lucien Bonnafé et Pierre Durand, et poursuivi par Max Lafont, Patrick Lemoine, Antoine Spire et autres, est intéressante et documentée, comme le texte d'A. Castelli consacré à Montfavet (publié en 1996 dans la revue Chimères).

Cet essai, qui, de l'aveu-même de son auteur, "se veut aussi un pamphlet" (p.102), pourra aussi sans doute être considéré comme partisan et manichéen par ceux qu'il cite à de multiples reprises, pour certains accusés d'erreurs méthodologiques, d'aveuglement, de contradictions, d'ignorance, de "mauvaises manières" (p.102, p.105 et suiv.), de manipulation (p.103, p.113, p.116, p.117, p.148, p.190), de mensonge (p.79, p.102, p.113, p.117, p.119, p.125, p.126, p.137, p.140, p.143, p.190), etc. : Henry Rousso, -« exécuteur sans jugement » (p.30) des livres de Lafont et Durand et suspect d'incompétence en la matière- et Eric Conan, et surtout Isabelle von Bueltzingsloewen, dont le nom revient à de si nombreuses reprises que l'historienne apparaît comme la principale cible de l'auteur, particulièrement pour avoir "innocenté" Vichy sur la question étudiée : « L'abandon à la mort... peut apparaître comme un réquisitoire contre le livre de Mme Von Bueltzingsloewen. Ça l'est effectivement » (p.27) : « Cet essai-pamphlet" se veut « une lecture critique » de ce livre (p.102).

Olivier Bonnet et Claude Quétel, Denis Peschansky, Elisabeth Roudinesco (notamment p.108-109, p.119 à propos de son papier sur Bonnafé en 2003, et p.174), Pierre Assouline sont également cités pour s'être opposés aux conclusions des tenants de la thèse de l'"extermination douce" tolérée sinon organisée par l'État Français, pour avoir partagé, entièrement ou partiellement, les thèses d'Isabelle von B. (p.103).

La circulaire du 4 décembre 1942 du Secrétaire d'État à la Famille et à la Santé, dite « Circulaire Bonnafous » qui a incontestablement permis une amélioration de la situation en accordant "l'attribution supplémentaire de denrées contingentées aux malades internés dans les hôpitaux psychiatriques" est considérée par l'auteur comme "probablement politicienne et non humanitaire" (p.47), si tant est que l'on ne puisse imaginer "un brusque accès d'humanisme" d'un "ministre collaborationniste, par ailleurs solidaire de toutes les déportations de juifs vers les camps de la mort" (p.53).

Cette circulaire "tardive, décalée, insuffisante et en partie inefficace" (p.73) et au mieux "un accident, une péripétie, un miracle" (p.80) aurait été destinée, propose A. Ajzenberg, moins à satisfaire les psychiatres qui avaient réclamé cette mesure, que "la bonne conscience de quelques personnalités" (p.72) comme Heuyer.

L'auteur discute aussi le rôle possible d'Hélène Bonnafous, fille du grand aliéniste Paul Sérieux et elle-même médecin du cadre des hôpitaux psychiatriques, dont l'intervention auprès de son époux Max, Secrétaire d'État à l'Agriculture et au Ravitaillement aurait pu être à l'origine de cette circulaire. Mais cette hypothèse n'a jamais été prouvée, écrit à juste titre Ajzenberg (p.76), et d'autant plus douteuse, précise-t-il, que la psychiatre et le ministre étaient alors déjà séparés.

Préférée à la « fable Bonnafous », « l'hypothèse Heuyer » fait l'objet d'un développement intéressant (pp.81-99). A. Ajzenberg nous rappelle que le président Laval avait commandité auprès de son ministre de la santé Raymond Grasset la création d'un Conseil technique de l'enfance déficiente et en danger moral, où siègeront Louis Le Guillant, médecin directeur de l'hôpital de La Charité, Jean Dublineau et Georges Heuyer, qui tous trois réclamèrent par ailleurs des mesures pour sauver les malades des hôpitaux psychiatriques. L'auteur postule que ces trois importantes personnalités purent, avant-même la mise en place de ce Conseil (25 juillet 1943) faire des démarches auprès de l'autorité centrale : Heuyer lui-même "fréquenta Vichy dès 1941" (p.83). Laval, tenant à ce projet, aurait ainsi par intérêt, "nécessité politique" oblige, accordé ces suppléments alimentaires.

Nous avions nous-même suggéré le rôle possible des psychiatres membres du Conseil Supérieur de l'Assistance de France, avec les docteurs Georges Demay, Paul Gouriou, Charles Perrens et Jean Lauzier notamment (voir sur ce site : Pages d'histoires : Sous l'Occupation : Hécatombe par carence). Il pourrait être intéressant par ailleurs d'étudier celui de la Société de médecine légale, qui tint sans discontinuer ses séances sous l'Occupation, comme le fit la Société médico-psychologique.

Cette circulaire dite Bonnafous est une "preuve" de l'"innocence" de Vichy pour les uns ["la preuve absolue, la seule, de ce que Vichy n'avait aucune volonté génocidaire s'agissant des fous internés" pour Mme von Bueltzingsloewen, écrit l'auteur p.78], qui serait "contrebalancée" par une autre "preuve" qui est ce courrier de mai 1942 - découvert par S. Odier - d'un Directeur régional de la Santé et de l'Assistance (XXe région) [du Secrétariat à la Santé, écrit Robert Redeker dans Le Web de l'Humanité du 20 novembre 2000 après M. Laffont, L'extermination douce, 2000, p.254 : Secrétariat d'État à la Santé (XXIIe région) cabinet du Directeur Général] adressé au directeur de l'hôpital psychiatrique de Saint-Egrève, recommandant aux médecins de désigner les bénéficiaires d'un régime de réalimentation en fonction de leur curabilité (p.56), ce qui, implicitement, revient à "laisser mourir" les autres.

Au-delà de la question de savoir s'il y a là « une volonté de "laisser mourir" les fous sous le régime de Vichy » ou de ne sauver que certains d'entre eux, est posée celle du caractère de la recommandation : initiative personnelle ou ordre ministériel ? L'auteur met cette consigne en parallèle avec certaines positions d'Alexis Carrel, bien connues de ses contemporains et incontestablement eugéniques (p.57).

L'une des questions reposée à l'occasion de cette publication est terminologique : "abandon à la mort" était déjà employé dans la pétition lancée en 2001 par Ajzenberg, Patrick Tort et autres : Pour que douleur s'achève. Ce terme se substituait à celui d'extermination douce retenu par l'éditeur de la thèse de Max Lafont, qui connurent -le terme comme la thèse- un grand succès, et s'oppose aux morts par inanition et autres hécatombe des fous [hécatombe par carence, avait proposé Bonnafé, carence alimentaire, relationnelle, des autorités, etc., formule qui a notre préférence].

Dans son ouvrage, A. Ajzenberg retient deux formules : l'abandon à la mort (le "laissez-les mourir"), et la non-assistance à personnes en danger de mort, précisant p.62 que cette non-assistance, « non seulement en connaissance de causes mais parfois encore souhaitée, semble avérée », idée reprise p.72.

Au fil des pages, on retrouve divers termes qui renvoient à la question de l'intentionnalité, de la préméditation, de la planification : famine intentionnelle (déniée par Isabelle von B.), processus organisationnel, processus d’intentionnalité, programme systématique de mise à mort (id.), génocide, terme dont Isabelle von B. aurait usé, explique Ajzenberg, pour caricaturer la thèse adverse, bien qu'il ne l'ait lui-même jamais prononcé ni écrit, pas plus que ses partisans, sinon dans la première édition du Train des fous :

Pour Isabelle von B., à propos des mesures adoptées en décembre 1942 qui ont permis de sauver de nombreuses vies, « le simple fait qu’elles aient été prises suffit à prouver l’absence d’intentions génocidaire de la part du régime en place », et A. Ajzenberg ajoute : « Même si l’historienne ne peut prouver que quelqu’un, à part elle et quelques-uns de ses émules, ait utilisé cette formule, elle l’attribue cependant généreusement à ceux qu’elle entend déconsidérer espérant démontrer, contre eux, son postulat de 2001 : Vichy, aucune responsabilité. » (p.73)

« Nous verrons en détail ce qu’il en était pour elle de l’expression génocide des fous qu’elle utilise abondamment –elle n’est pas la première- pour nous l’attribuer : ils ne l’ont pas dit, mais à peu près… » (p.116-117)

« Personne n’a jamais dit rien d’autre que ceci, répétons-le encore une fois : Vichy, par non-assistance à personnes en danger a laissé mourir des dizaines de milliers de patients dans les hôpitaux psychiatriques » (p.119)

« Mme von B. attribue abondamment –à Lucien Bonnafé, à Max Lafont, à André castelli, à Patrick Lemoine, à Patrick Tort, à moi-même et quelques autres- l’utilisation de l’expression « génocide des fous ». Il s’agit d’un mensonge pur et simple. Aucune de ces personnes n’a utilisé cette expression, et encore moins celle de « volonté génocidaire de Vichy » s’agissant des malades mentaux, ou de plan concerté à leur égard. (…) Cette attribution est une véritable cabale, et imposture (…) » (p.137)

« Seule, dans la première édition du Train des fous, aux éditions Messidor, l’expression « génocide » est utilisée dans le sous-titre du livre, dans la quatrième de couverture et une ou deux fois dans le roman de Pierre Durand » (p.138)

Notons qu'Henry Rousso avait également, en 1989, dénoncé l'usage du mot : « Non contents d’inventer un génocide, certains prétendent avoir trouvé son responsable en la personne du docteur Alexis Carrel ».

Ajzenberg précise en outre que « Lucien Bonnafé, Max Lafont, Patrick Lemoine et bien d’autres n’ont jamais écrit » que le régime de Vichy « menait une politique eugéniste éliminatoire » (p.87)

Voici, sans aucune prétention d'exhaustivité, quelques-uns des termes que nous avons nous-même relevés dans divers ouvrages consacrés au sujet, et qui montrent que les affirmations citées ci-dessus méritent d'être nuancées :

- Hécatombe
Hécatombe par carence (Bonnafé)
Hécatombe (Patriote Résistant (FNDIRP), septembre 1998)
Hécatombe (pétition « Pour que douleur s’achève », 2001)
Hécatombe des fous (titre de l’ouvrage d’Isabelle von B.)

- Indifférence criminelle collective
Max Lafont

- Mauvais traitements et négligences coupables
Santé mentale n°38, mai 1999, p.5

- Non assistance à personne en danger de mort
Dans le titre du Chapitre 1 et à diverses reprises dans le livre d’Ajzenberg

- Abandon à la mort
Max Lafont
Pétition « Pour que douleur s’achève »
Armand Ajzenberg
Abandon délibéré pour Maxime Gremetz, député communiste, dans une question écrite à M. le Premier Ministre, citée dans le Courrier de la pétition « Pour que douleur s’achève »)

- Extermination douce (Max Lafont et nombreux autres)

- Extermination
- « 40.000 malades mentaux exterminés en France entre 1940 et 1945 » (P. Durand, Le train des fous, 1988, 4e de couverture)

« il m’a été impossible de savoir si cette extermination par la famine et par le froid était dictée par Vichy, (…) des directives pourraient avoir été donnée en provenance d’Allemagne (… ) » (Patrick Lemoine, Préface, Droit d’asile, 1998).

« Le meilleur exemple de cette agressivité extrême de la société vis-à-vis des malades mentaux est donné par la politique allemande et française au cours de la Deuxième Guerre mondiale, qui a conduit à l’extermination de plusieurs centaines de milliers d’entre eux, soit dans les chambres à gaz, soit par la faim » (Patrick Lemoine, Je déprime, c’est grave docteur ? Comprendre et soigner la dépression, 2001)

« (…) Clermont-de-l’Oise, où l’occupant boucla l’asile. Qui peut dire combien de malades périrent dans ce trou noir de mort lente, dans ce qui n’était autre qu’un camp de concentration et d’extermination qui ne voulait pas dire son nom » (Alain Vernet et Michel Henin, « Des morts oubliés de l’Histoire », Libération, 16 décembre 1994)

« Curieusement, l'extermination systématique de ces misérables victimes (...) » (André Vanomme, maire de Clermont (Oise), allocution du 7 avril 1999, citant le Courrier Picard de septembre 1998 : voir M. Lafont, 2000, p.209)

- Génocide
« Le génocide des malades mentaux » = sous-titre du roman Le train des fous, 1988, de Pierre Durand (non repris dans la réédition de mars 2001 aux éditions Syllepse), dont sont responsables les plus hautes autorités (Le train des fous, 1988, p.112).

Le « génocide des fous » (entre guillemets) : Le train des fous, 1988, p.173 et 4e de couverture

Max Lafont témoigne de l’ « extermination douce ». En cinq ans de guerre, quarante mille malades mentaux sont morts de faim. Un génocide ignoré tant par l’Histoire que par les psychiatres [Libération, 23 juin 1987, p.22-23]
(...) « LIBÉRATION. - Quand et comment avez-vous appris l’existence de ce génocide ? MAX LAFONT.- Comme tout étudiant, j’avais suivi les cours en sixième année du professeur Colin. Il en avait parlé, il disait qu’au lendemain de la guerre, il y avait eu une révolution psychiatrique qui avait été précédée d’un véritable génocide de malades mentaux (…) » (article où Max Lafont affirme que seul St-Alban et... Ville-Evrard (!) ont réussi à sauver leurs malades, et que « dans toute la France, à aucun moment, il ne fut attribué un supplément d’alimentation pour les asiles, comme ce fut le cas pour tous les autres hôpitaux. », malgré l'existence de la circulaire de décembre 1942)

« (…) en règle, dans tout génocide, il n’y a pas de trace officielle… Rappelez-vous le génocide arménien ! » (P. Lemoine, Synapse, octobre 1999, n°159, p.10)

« C’est un génocide, le mot n’est pas exagéré » (Pierre Durand, Patriote Résistant, avril 1988

« L’occupation du territoire et le rationnement alimentaire qui suivirent entraînèrent un véritable petit « génocide » dont on n’a pas beaucoup parlé » (Pr Pierre Deniker, Le Monde, 8 juillet 1987, p.18, note)

« (…) Ainsi du sort qui fut celui des malades mentaux en France, durant l’occupation, dont 40.000 moururent de froid et de faim (…) Comme si le nazisme, finalement, pouvait triompher insidieusement et abolir jusqu’au souvenir de ce génocide là (…) (Alain Vernet et Michel Henin, « Des morts oubliés de l’Histoire », Libération, 16 décembre 1994)

- Crime contre l’humanité
P. Durand, Le train des fous, 4e de couverture

- Eradication des malades mentaux
A propos d’« Alexis carrel et ses idées eugéniques d’éradication des malades mentaux » (Patrick Lemoine, Droits d’asiles, Préface p.17, note)

- Elimination
« élimination par la faim du plus grand nombre d’aliénés possible » (à propos de la politique de Vichy. P. Durand, Le train des fous, 1988, p.112)

« élimination» (Patriote Résistant (FNDIRP), septembre 1998)

« élimination par inanition » (Philippe Fontanaud, 2002, « D’une évacuation… l’autre. Quelques récurrences de l’histoire ». Site serpsy)

« élimination par l’application d’un mot d’ordre discret qui aurait pu être « laissez-les mourir » (pétition « Pour que douleur s’achève », mars 2001)

- Epuration
(pétition « Pour que douleur s’achève »)

- Mise à mort
« La bouleversante étude du docteur Max Lafont sur ce qui ne fut pas autre chose qu’une mise à mort lente de quarante mille malades mentaux » (Jean-Yves Nau, « L’eugénisme n’est pas mort », Le Monde, 10 juin 1987, p.21)

- Assassinat
« véritable assassinat d’êtres désarmés, souffrants, et entre tous dignes de solidarité et de compassion » (Dr Escoffier-Lambiotte, Le Monde, 10 juin 1987, p.22) : suite à la publication du livre de Lafont, Mme Escoffier–Lambiotte dénonçait à la « une » du Monde « la lâcheté et l’inconscience » des psychiatres sous le régime de Vichy, et s’indignait devant « la conspiration du silence qui a, jusqu’à présent, régné sur cet énorme scandale ».

- Holocauste
« Un holocauste au Vinatier », titre d’un bref compte-rendu de la thèse de Lafont paru dans Le Monde, 4 mai 1979

- Traitement final
Lucien Sève, philosophe, Courrier de la pétition « Pour que douleur s’achève »

- Solution finale
Santé mentale n°38, mai 1999

Une autre question est celle du nombre des morts, dont tout le monde s'accorde pour le chiffrer à plusieurs dizines de milliers entre 1940 et 1945.
Mais est-ce de l'ordre de 40.000, de 45.000 (I. von Bueltzingsloewen), de 48.000, près de 50.000, 76.000... plus encore...?

Ce dernier chiffre est celui de la totalité des décès dans les établissements psychiatriques pour la période considérée. Mais si la presque totalité a souffert de la faim (comme d'ailleurs les survivants), d'autres causes de mortalité ne doivent-elles pas être retenues que celle de l'inanition ?

« Si le système asilaire n'avait pas entassé, dans ses concentrations bureaucratiques, 120.000 citoyens avant la grande expansion des passions ségrégatives et discriminatoires, il n'y aurait pas eu, dans ce grand renfermement, 76.000 morts, parmi lesquels un excédent de 40.000 sur la mortalité "ordinaire", imputable à une sur-mortalité tragique, effet plein de sens des inhumanités anti-"aliénés" ». [ Lucien Bonnafé, 1er juin 1991, in : Nervure, IV, n°5, p.81]


Ce chiffre de 40.000 a été très longtemps retenu : par Daumézon et Bonnafé dès l’après-guerre, Louis Pauwels dans son article de novembre 1947, Max Lafont en 1981. Il fut repris notamment dans Le Monde du 10 juin 1987, Libération du 16 décembre 1994, Santé Mentale septembre 1999, Le Quotidien du Médecin du 12 octobre 2000 et dans la Pétition « Pour que douleur s’achève », 2001.
Il est difficile de savoir comment le chiffre a été obtenu. Ce qui est certain, c'est qu'il ne vient pas d'une simple soustraction de 64.641 [nombre des présents en 1945] à 105.000 environ [nombre des hospitalisés en 1940]. En effet, il y eut entre 1940 et 1945, comme auparavant bien qu'en moins grand nombre, des entrées et des sorties dans les hôpitaux psychiatriques (rappelons qu'à l'époque, les établissements psychiatriques -hors maisons de santé ou cliniques privées- se répartissent en : 57 hôpitaux psychiatriques départementaux, 7 hôpitaux psychiatriques autonomes, 17 hôpitaux privés faisant fonctions d'hôpitaux publics, 14 "quartiers d'hospice" et un "établissement national", la Maison de Charenton).

Il existe toutefois bien d'autres évaluations, certaines manifestement erronées :

- 30.000 selon F. Tosquelles, dans un extrait de « Une politique de la folie », Chimère, 1991 n°19, cité in : La Bord’Eclair, juin 2002

- Entre 44.162 et 45.161 (arrondi à 45.000) pour Isabelle von B., 2007 : le taux de surmortalité calculé par soustraction du taux observé pendant les années 1940 à 1944 au taux moyen des années 1935 à 1939, rapporté à la population exposée au risque : d’une part la population totale soignée dans l’année (malades présents au 1er janvier + malades admis dans l’année), d’autre part la moyenne du nombre de malades présents au 1er janvier et à la fin de l’année.

- 45.486 par rapport à l’évolution concomitante dans la population générale civile, compte-tenu des caractéristiques des malades par sexe et par âge, ou 48.520 « dans l’absolu » (en incluant 1939, et en prenant en compte la baisse intervenue en 1947 par rapport à 1938) : F. Chapireau, L’Encéphale 2008

- 48.588, chiffres dits « officiels » (Revue de la SFHH n°94, 1999, 2, p.45), repris en les arrondissant à 48.000, entre autres dans un article du Patriote Résistant (FNDIRP), septembre 1998. Ce qui correspond aux « près de 50.000 » d'entre autres R. Guyotat, Le Monde, 16 octobre 2003, C. Faesch, Le Quotidien du médecin, 31 octobre 2003, suite à la communication des conclusions de la recherche de Mme von B.

- 76.000 avaient proposé sans doute par erreur Bonnet et Quétel (« de tous nos chiffres, seul celui de 76.000 morts de faim sera retenu ») dans leurs conclusions de 1991, confondant le nombre total de décès et celui des personnes concernées par la surmortalité. C'est le chiffre retenu par M. Ajzenberg.

- « Plus de 100.000 », a-t-on pu lire dans un texte du syndicat CGT de Maison-Blanche, 1999

- 115.000 pour Horst Dilling, L’Information Psychiatrique 2007, « selon Kringlen (2001) » (sans autre référence), chiffre fantaisiste qui pourrait n'être qu'une erreur typographique ou un lapsus.

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L’hôpital en France - Histoire et architecture

Pierre-Louis Laget, Claude Laroche, avec la collaboration de Georges Beisson, Jean-Bernard Cremnitzer, Isabelle Duhau, Olivier Faure, Marie Vives; cartogr. Jean-Marc Ramette, Eddy Stein

Lyon, Edition Lieux dits, Collection « Cahiers du patrimoine » (n°99) [Inventaire général du patrimoine culturel], 2012, 592 p., 660 illustrations


« Comment est-on passé de la salle commune à la chambre individuelle ?

Comment l’hôpital, d’abord hospice, est devenu établissement de soins ?

Pourquoi l’hôpital « aériste » et le sanatorium (deux cas où l’on a cru pouvoir guérir par l’architecture) ont continué de se construire après la péremption de leur théorie fondatrice ?

Quelle est l’histoire des maternités, des lazarets, des asiles d’aliénés ?

Autant de réponses à découvrir dans le voyage architectural auquel invite cet ouvrage.

Jusqu’au siècle des Lumières, l’hôpital, lieu de charité chrétienne et d’exclusion sociale, est aussi le premier outil d’une politique sanitaire balbutiante.

L’incendie de l’hôtel-Dieu de Paris, en 1772, est le catalyseur d’une double réflexion sur la prise en charge des démunis et sur les réponses architecturales accordées à une première médicalisation de l’hôpital. Ainsi architectes et médecins poursuivent tout au long du XIXe siècle la même chimère : une architecture en mesure de soigner le corps et l’esprit.

L’hygiénisme impose alors durablement le plan en « double peigne » puis le système du pavillon isolé tandis que les découvertes de Pasteur tardent à faire valoir leur logique.

Inversement, dans l’Entre-deux-guerres, ce sont les données économiques, sociales et architecturales qui précèdent la révolution de l’antibiothérapie pour donner naissance à l’hôpital-bloc.

Les Trente Glorieuses appliquent à l’institution leur politique centralisatrice, prescriptrice de modèles fonctionnels. Aujourd’hui, les maîtres mots sont désormais humanisation et insertion urbaine.

Explorer l’histoire des hôpitaux en France revient à cheminer auprès du pèlerin, de l’indigent, du marginal, du déviant, du fou, de l’enfant abandonné, du vieillard, de l’infirme, du malade, aujourd’hui du patient.

C’est surtout découvrir, présents dans toutes nos villes, des bâtiments d’exception. » (présentation de l'éditeur)

La part consacrée à la psychiatrie est importante, avec de nombreuses notices bien documentées et richement illustrées :
- La fondation des premiers hôpitaux spécialisés. Vers une architecture asilaire (145-149)
- Le Mans, asile l’aliénés (154-155)
- Lyon, hôpital de l’Antiquaille (156-157)
- [de 1830 à 1880] L’architecture asilaire : essor ou immobilisme. L’ambitieux programme du préfet Haussmann. Les innovations en province (225-242)
- [De 1880 à 1930] Saint-Maurice, asile d’aliénés de Charenton (270-271)
- Les asiles d’aliénés (322-332)
- Neuilly-sur-Marne, asile d’aliénés de Ville-Evrard et hôpital psychiatrique de Maison-Blanche (358-361)
- [De 1930 à nos jours] Les asiles d’aliénés (459-471)
- Rouffach, asile d’aliénés (484-485).

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Pulsions(s)
Images de la folie
du Moyen Âge
au siècle des Lumières

Sous la direction de Jacques Toussaint, Conservateur en chef-Directeur du Musée provincial des Arts anciens du Namurois - Trésor d'Oignies (TreM.a)

Société archéologique de Namur (Belgique), Coll. Monographies du Musée n° 57, 2012; 288 p.


« Fol, insensé, forsené, dervé… Les mots sont nombreux pour nommer la «folie» mais quelle réalité recouvrent-t-ils ?

L’exposition veut illustrer cet éventail. Pour ce faire, elle explore les textes médiévaux mais aussi les images. Les uns et les autres témoignent de la lente création du modèle, depuis les premières représentations – à partir de 1200 – où le fou se présente debout face au roi David, la massue dressée, jusqu’aux XVe et XVIe siècles où il apparaît affublé d’une marotte, d’un uniforme bicolore rehaussé de grelots et d’un bonnet à oreilles d’âne, prototype qui se déclinera en de multiples versions.

Pour la médecine du Moyen Âge, la folie est affaire d’humeurs.

L’Extraction de la pierre de folie raille la science qui prétend extirper la folie des malades. Les possédés du démon sont exorcisés, les sorcières sont criminalisées, les juristes s’interrogent sur les responsabilités.

La folie peut devenir moralisatrice comme dans L’Éloge de la folie d’Érasme. La folie est pourtant aussi synonyme de sagesse et de clairvoyance.

Elle peut également être « courtoise » et emprunter les traits du chevalier ou de l’anti-chevalier.

Le fou peut enfin rire de lui-même lors de la fête des fous ou au carnaval. Pendant toute la période concernée par l’exposition, la folie occupe une position ambivalente entre malédiction et bénédiction, aveuglement et sagesse.

À tout moment elle peut basculer de l’une à l’autre. » (Présentation de l'éditeur)

L'exposition Pulsions. Arts et déraison, du Musée Félicien Rops, Namur (Belgique), est l'occasion de la publication de ce magnifique ouvrage, très richement illustré d'oeuvres de Jérôme Bosch (d’après), Sebastien Brant, Pierre Bruegel (d’après), Jacob II de Gheyn, Maître de Wavrin, Albrecht Dürer, Philip Galle, Hendrick Goltzius, Hendrik Hondius, Jan Mandijn, Raphaël Sadeler l’Ancien, Jan Saenredam, Hans Sebald Beham, Pieter van der Heyden, Israhel van Meckenem et autres artistes anonymes.

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Nouvelle histoire de la psychiatrie

Jacques Postel et Claude Quétel

Dunod, 2012, collection IDEM; 647 p.


« A une époque où la psychiatrie est en pleine mutation, où ses cadres nosographiques s'effondrent, où ses institutions thérapeutiques les plus diverses (de l'asile au " secteur ") sont toutes remises en question, il devenait particulièrement utile de se pencher sur son passé.

II fallait donc réétudier dans une perspective nouvelle, à la fois critique et extensive, cette histoire de la psychiatrie, en s'efforçant de la dégager de ses narrations officielles et de ses mythes, trop complaisamment répétés jusque-là dans de nombreux ouvrages.

C'est ce que s'efforce de réaliser ce livre.

Cette tâche, si difficile qu'un seul historien n'aurait pu la mener à bien, a nécessité la collaboration d'une quarantaine de spécialistes intéressés par ce projet, chacun particulièrement concerné par une époque déterminée ou par un domaine bien précis de cette histoire. » (Présentation de l'éditeur)

Sommaire :

1 - L'Antiquité : La psychiatrie de l'Antiquité gréco-romaine. La psychiatrie dans la civilisation hébraïque antique.

2 - Le Moyen Age : La réflexion médiévale et l'apport arabe. La folie dans l'oeuvre de Thomas d'Aquin. Le malade mental dans la société médiévale.

3 - De la Renaissance aux Lumières : Entre le naturel et le démoniaque. La folie sacrée à la Renaissance. La question du renfermement des insensés. Bilan des thérapeutiques à la fin du XVille siècle.

4 - La naissance de la psychiatrie au début du XIXe siècle L'Antiquité et les débuts de la psychiatrie française. De l'événement théorique à la naissance de l'asile. Esquirol et la nosographie. La législation sur les aliénés en France de la Révolution à la Monarchie de Juillet. Le vote de la loi de 1838.

5 - Le XIXe siècle : La construction des asiles. La paralysie générale. La paranoïa. La démence précoce et la psychose maniaco-dépressive. La théorie de la dégénérescence. Les névroses. La psychasthénie et Pierre Janet. L'épilepsie. La marche croissante de l'aliénation alcoolique. Les stupéfiants. La question de l'hystérie. L'évolution des idées sur le système nerveux central. Les thérapies de l'aliénation mentale. La vie quotidienne d'un asile d'aliénés à la fin du XIXe siècle.

6 - Le XXe siècle : Une histoire de la psychiatrie au XXe siècle. Naissance de la psychiatrie infantile. L'ère moderne des thérapies biologiques. Le métier de psychiatre et l'enseignement de la psychiatrie. La question médico-légale à travers l'expertise médicale. La nouvelle loi française sur l'internement (27 juin 1990).

7 - Aspects de la psychiatrie dans le monde
.

L'une des principales références en la matière.
La première édition a été publiée chez Privat en 1983, suivie de deux rééditions chez Dunod, en 1994 et 2009. La prochaine aura sans doute à intégrer certains travaux récents et autres nouveautés, comme par exemple, dans un nouveau chapitre « Le XXIe siècle », la loi du 5 juillet 2011.

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Invention de l'hystérie

Georges Didi-Huberman

Editions Macula, 2012 ; 452 p.
116 illustrations noir et blanc


« Publié la première fois en 1982, l'Invention de l'hystérie était épuisé depuis plusieurs années. Les Éditions Macula sont heureuses de vous annoncer la parution de cette nouvelle édition, revue, corrigée et enrichie d’une postface de Georges Didi-Huberman, « Des images et des maux », de 40 pages.

Ce livre raconte et interroge les pratiques qui se firent jour à la Salpêtrière, du temps de Charcot, autour de l'hystérie. À travers les procédures cliniques et expérimentales, à travers l'hypnose et les «présentations» de malades en crise (les célèbres «leçons du mardi»), on découvre l'espèce de théâtralité stupéfiante, excessive, du corps hystérique.

On la découvre ici à travers les images photographiques qui nous en sont restées, celles des publications, aujourd'hui rarissimes, de l'Iconographie photographique de la Salpêtrière.

Freud fut le témoin de tout cela, et son témoignage devint la confrontation d'une écoute toute nouvelle de l'hystérie avec ce spectacle de l'hystérie que Charcot mettait en œuvre. Témoignage qui nous raconte les débuts de la psychanalyse sous l'angle du problème de l'image. » (Présentation de l'éditeur)

A lire, à l'occasion de la sortie du film Augustine, l'observation originale d'Augustine recueillie par le docteur Désiré-Magloire Bourneville, assistant de Charcot, mise en ligne sur le site internet d’Olivier Walusinski, et accompagnée de la biographie d'Augustine Gleizes.

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La vie et l’œuvre pionnière de Louis-Victor Marcé

Jean-Pierre Luauté
Thérèse Lempérière

Préface de Nine M-C Glangeaud-Freudenthal, présidente de la Société Marcé internationale

Editions Glyphe, coll. Société, histoire et médecine, 2012 ; 246 p.


« Louis-Victor Marcé (1828-1864) a été l’un des aliénistes les plus productifs de sa génération.

En l’espace de huit ans seulement, il a abordé les sujets les plus divers de la pathologie mentale, faisant preuve de remarquables qualités d’observation et de synthèse.

Marcé doit sa célébrité à son Traité de la folie des femmes enceintes, qui lui a valu de donner son nom à la Marcé Society.

Mais Marcé, curieux et amoureux de la science, s’est montré novateur dans bien d’autres domaines.

Ce premier ouvrage sur sa vie et son œuvre apporte de nombreuses révélations qui éclairent les raisons de sa fin tragique à l’apogée d une carrière brillante. » (Présentation de l’éditeur)

« Après une formation dans les Hôpitaux de Paris, Jean-Pierre Luauté a mené dans la Drôme une carrière de psychiatre public. Il s’est particulièrement intéressé à l’histoire de la psychiatrie et à la pathologie des confins neuropsychiatriques.

Le professeur Thérèse Lempérière a formé des générations de psychiatres, à l’hôpital Sainte-Anne de Paris, dans le service de Jean Delay, puis à Colombes. Parmi ses nombreuses publications, elle est l’auteur principal et le coordinateur de Psychiatrie de l’adulte, ouvrage français de référence. » (Biographie des auteurs)

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Le Bon Sauveur
De Saint-Lô à Caen
Regards croisés sur 300 ans d'histoire

Sous la direction de Sœur Colette Bence, Georges-Robert Bottin, le docteur Michel Guibert et Jean-louis Monneron. Préface de Bernard Lagoutte.

OREP Editions, 2012 ; 176 p.
(pp.161-176 : Histoire du Bon Sauveur en images)


« Regards croisés sur trois cents ans d’histoire, c’est l’histoire d’une femme – Élisabeth de Surville – l’histoire d’une fondation enracinée dans le contexte social et religieux du XVIIe siècle, l’histoire enfin d’une communauté religieuse qui fait face aux aléas de l’Histoire.

Lire ce livre, c’est faire mémoire du chemin parcouru par une communauté religieuse durant trois siècles.

Lorsqu’ après quelques années de tâtonnements, Élisabeth de Surville et ses premières compagnes s’engagent par vœux le 29 septembre 1712, le Bon Sauveur est né. Élisabeth meurt en mars 1718 à 36 ans, laissant à d’autres le soin de développer les œuvres de charité, spécialement celle de l’enseignement – ne se sont elles pas appelées au début « sœurs associées pour les petites écoles » !

Il leur faudra ensuite traverser la Révolution française, durant laquelle vingt-quatre sœurs furent incarcérées, puis tout recommencer. Pendant le XIXe siècle, l’œuvre d’éducation se développe en même temps que les religieuses répondent à de nouveaux besoins, en particulier le soin des malades mentaux.

En 1944, l’Exode mène les religieuses et quelques six cents malades jusqu’au sud de la Mayenne. À nouveau, il faut courage et détermination pour s’atteler à la reconstruction de l’ensemble du Bon Sauveur, entièrement parti en fumée lors des bombardements de Saint-Lô.

En 1961, la communauté s’unit avec l’institut du Bon Sauveur de Caen. C’est à l’intérieur d’un corps congréganiste plus grand qu’elle est partie prenante de l’évolution de la vie religieuse apostolique à la suite du concile Vatican II et aborde le XXIe siècle.

Autant d’événements qui sont retracés dans ce livre. L’histoire de la psychiatrie y tient une bonne place car elle se laisse appréhender à travers l’histoire du Bon Sauveur. » (Présentation de l’éditeur)

Les auteurs :
- Sœur Colette Bence est religieuse au Bon Sauveur;
- Georges-Robert Bottin, docteur en histoire moderne, président de la Société d'archéologie et d'histoire du département de la Manche;
- Michel Guibert, psychiatre hospitalier honoraire, ancien médecin du Centre hospitalier spécialisé Bon Sauveur à Saint-Lô, membre honoraire de la Société d'archéologie et d'histoire du département de la Manche;
- Jean-louis Monneron, agrégé d'histoire, ancien maître de conférence à l'Institut d'études politiques de Paris;
- Bernard Lagoutte, recteur de la basilique et directeur du pèlerinage de Lisieux

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Préalables à toute clinique des psychoses

Jean Oury
et Patrick Faugeras

Editions érès, coll. Des travaux et des Jours, 2012 ; 252 p.


« Créateur de la clinique de La Borde, Jean Oury a consacré sa vie à prendre soin de personnes psychotiques.

Il livre ici avec humilité et pertinence son cheminement, à la fois professionnel et personnel, et les fondements de sa pratique.

Cet ouvrage historique, épistémologique et clinique n'échappe jamais, par la forme choisie du dialogue, à une intention didactique. Jean Oury fournit au lecteur les outils nécessaires pour échafauder et développer par lui-même une conception du soin en institution, en lui donnant accès à des théorisations psychanalytiques et philosophiques d'une grande complexité.

«La question fondamentale, à toujours se poser, dit Jean Oury - "Qu'est-ce que je fous là ?" - n'attend pas une réponse qui serait uniquement circonstancielle, conjoncturelle, mais touche à des dimensions existentielle et ontologique.

En s'exposant ainsi à ce travail permanent de reconstruction, de création, Jean Oury nous indique une voie à suivre afin, cliniquement, de pouvoir se tenir, au sens fort du terme, à côté de ces existences que la psychose a défaites.

Des concepts ou des notions reviennent avec insistance dans ses propos et constituent ce qu'il appelle sa boîte à outils. Ceux-ci et les problématiques qui les enserrent, dans leur précision et quelquefois leur tranchant, ont pour fonction de protéger, de maintenir, de défendre la condition de possibilité de la pensée contre toute tentative d'arraisonnement.

En leur découvrant une profondeur inattendue ou une parenté encore inavouée, parfois même insoupçonnable, Jean Oury les rend à leur fraîcheur initiale, avant même que ne s'use leur fil sur le banc des écoles ou qu'ils ne soient soumis au seul règne de l'utile. » Patrick Faugeras



« Jean Oury, psychiatre à la clinique de La Borde, est l'un des fondateurs du mouvement de psychothérapie institutionnelle. Ses conceptions cliniques concernant le soin apporté aux personnes en grande difficulté psychique ont révolutionné le champ de la psychiatrie et demeurent aujourd'hui le contre-point le plus pertinent par rapport aux dérives scientistes et techniques.

Patrick Faugeras est psychanalyste, traducteur, auteur de plusieurs ouvrages traitant du soin en institution et de la clinique des psychoses, directeur de collections aux Éditions érès. »


Dans le Répertoire des auteurs cités (pp. 185-232, par Patrick Faugeras et Dominique Fabre), on peut lire de courtes notices biographiques sur des personnes qui pour certaines furent les compagnons de Jean Oury, et dont le nombre, la variété et la qualité donnent une mesure de la richesse de l'ouvrage : Jean Ajuriaguerra (1911-1993), Victor Alba (1916-2003), Pierre Alféri (1963), Lou Andreas-Salomé (1861-1937), Antonin Artaud (1896-1948), Jean Ayme (1924-2011), Michel Balat, Franco Basaglia (1924-1980), Georges Bataille (1897-1962), Jean Bauffret (1927-1982), José Begler (1923-1972), Gaetano Benedetti (1920), Henri Bergson (1859-1941), Georges Bernanos (1888-1948), Josef Berze (1966-1958), Ludwig Binswanger (1881-1966), Wilfred Bion (1897-1979), Karl Birnbaum (1878-1950), Maurice Blanchot (1907-2003), Eugen Bleuler (1857-1939), Lucien Bonnafé (1912-2003), Louis Ferdinand Céline (1894-1961), Hélène Chaigneau (1919-2010), Pierre Clastres (1934-1977), Jean Clavreul (1923-2006), David Cooper (1931-1986), Françoise Dastur (1942), Georges Daumézon (1912-1979), Gilles Deleuze (1925-1995), Fernand Deligny (1913-1996), Pierre Delion (1950), Eugène Dupréel (1879-1967), Paolo Emilio (Emilio de Sales Gomez, 1917), Henri Ey (1900-1977), Frantz Fanon (1925-1961), François Fédier (1965), François Fetjö (1909-2008), Eugen Fink (1905-1976), Yvan Fonagy (1920-2005), Michel Foucault (1926-1984), Célestin Freinet (1896-1966), Sigmund Freud (1856-1939), Roger Gentis (1928), André Gide (1869-1951), Gérard Granel (1930-2000), Pierre-Félix Guattari (1930-1992), Gustave Guillaume (1883-1960), Martin Heidegger (1889-1976), Edmund Husserl (1859-1939), Karl Jaspers (1883-1969), Marcel Jouhandeau (1888-1979), Carl Gustav Jung (1875-1961), Karl Ludwig Kalhbaum (1828-1889), Denis Kambouchner (1953), Evelyne Kestemberg-Hassin (1918-1989), Sören Kierkegaard (1813-1855), Bin Kimura (1931), Ludwig Klages (1872-1956), Mélanie Klein (1882-1960), Heinrich von Kleist (1777-1811), Emil Kraepelin (1856-1926), Arthur Kronfeld (1886-1941), Jacques Lacan (1901-1981), Paul-Louis Landsberg (1901-1944), Claude Lefort (1924-2010), Pierre Legendre (1930), Louis Le Guillant (1900-1968), Emmanuel Levinas (1906-1995), Claude Levy-Strauss (1908-2009), Juan José Lopez Ibor (1906-2010), Josée Manenti (1903-2010), Maud Mannoni (1923-1998), Henri Maldiney (1912), Karl Marx (1818-1893), Maurice Merleau-Ponty (1908-1961), Eugen Minkowski (1885-1972), Andreu Nin (1892-1937), Guillaume d'Ockham (1285-1347), Fernand Oury (1920-1998), Gisela Pankow (1914-1998), Charles Sanders Peirce (1839-1914), Georges Politzer (1903-1942), Francis Ponge (1899-1988), Ilya Prigogine (1917-2003), Paul-Claude Racamier (1924-1996), Philippe Rappard, Salomon Resnik (1920), Marc Richir (1943), Hermann Rorschach (1884-1922), Danielle Roulot (1943), Kurt Schneider (1897-1967), Max Scheler (1874-1928), Jacques Schotte (1926-2007), Lucien Sebag (1934-1965), Victor Serge (1890-1947), Daniel Sibony (1942), Alonso Wilebado Solano (1916-2010), Stanton et Schwartz, Erwin Strauss (1891-1975), Léopold Szondi (1893-1986), Gabriel Tarde (1843-1904), Viktor Tausk (1879-1919), Horace Torrubia (1917-1999), François Tosquelles (1912-1994), Jean Vigo (1905-1934), Viktor von Weizsäcker (1886-1957), Jakob Wyrsch (1892-1980), Jürg Zutt (1893-1980).
Et pour être complet, une petite note sur le POUM.

L'ouvrage se clôt sur une autobiographie impressionniste joliement intitulée L'arrière-pays et une liste des publications d'Oury.

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Grandeur de la folie : Itinéraire d'un psychiatre iconoclaste

Henri Grivois

Robert Laffont, 2012 ; 256 p.


« La folie est un mystère planté au cœur de l'être humain. Universelle, elle touche 1% de la population aux quatre coins de la planète. L'île, le pays lointain, le régime politique qui ne connaît pas de fous n'a pas été découvert à ce jour et ne le sera jamais.

Henri Grivois est l'un des plus grands psychiatres français. Intuition géniale au temps des camisoles chimiques : il a fait parler les fous. En créant les premières urgences psychiatriques de France, il a pu dialoguer avec les psychotiques naissants pour qu'ils formulent leur propre folie, avant que leur délire interprétatif ne commence, avant qu'on ne les sédate à haute dose.

En revenant sur son itinéraire médical et intellectuel, Henri Grivois dresse une passionnante histoire de la folie à l'âge moderne qui fourmille de récits de patients, cas cliniques joyeux ou tragiques, poétiques ou philosophiques.

La folie en dit long sur notre humanité. Et c'est là sa grandeur.

Après deux siècles de psychiatrie, un siècle de psychanalyse et cinquante ans de neurobiologie, la folie – la psychose, en termes médicaux – reste un mystère planté au cœur de l’être humain. Nous n’avons guère avancé depuis les Grecs.

La psychose est universelle. Quels que soient la société, la culture ou le sexe, le premier épisode psychotique se déclare entre 15 ans et 25 ans et touche autour de 1% de la population aux quatre coins de la planète. C’est là un point fondamental. L’île, le pays lointain, le régime politique ou alimentaire qui ne connaît pas de psychotique n’a pas été découvert à ce jour et ne le sera jamais.

” Je suis tout le monde, je suis vous, je suis Dieu “, dit le psychotique. À ces mots, la médecine a répondu par la saignée au XIXe siècle, et par les médicaments au XXe. Chaque fois, le psychotique a été laissé à son délire, dans une profonde solitude. On ne parle pas aux fous.

L’intuition géniale du docteur Grivois a été de faire parler les patients aux toutes premières heures de la psychose pour les faire accoucher du savoir qu’ils ont de leur folie.

En créant les premières urgences psychiatriques à l’Hôtel-Dieu à Paris, il a pu parler aux psychotiques avant que leur délire interprétatif, commence, avant qu’ils n’essaient de trouver une explication forcément délirante à ce qui leur arrive.

Par la parole, il est parvenu à enrayer la machine, à faire reculer le délire, à garder le fou dans notre monde. Le patient va pouvoir – non pas guérir, car la psychose n’est pas une maladie mais un accident anthropologique – vivre avec sa psychose, ne pas devenir un schizophrène dangereux pour lui-même et la société.» (Présentation de l’éditeur)

« Issu d'une longue lignée de psychiatres, Henri Grivois, psychiatre et psychanalyste né à Paris en 1933, créa les urgences psychiatriques de l'Hôtel-Dieu dont il dirigea le service durant près de dix ans. Il y reçut toutes sortes de patients, des doux dingues aux schizophrènes les plus sévères, sans compter tout ce que la France a compté de serial killers. Enseignant et expert auprès des tribunaux, il a publié deux cents articles dans les revues médicales et psychiatriques. » (Biographie de l’auteur)


Henri Grivois a fait toute sa carrière à l’Hôtel-Dieu de Paris, où il a conçu sa théorie de la psychose naissante.

Ce vénérable établissement hospitalier tient une place éminente dans l’histoire de la psychiatrie française à plusieurs titres. En son sein, mais dans des bâtiments disparus sous Napoléon III, avaient été fondées au tout début du XVIIIème siècle des salles de traitement des fous et des folles, dont la réputation s’étendait dans toutes les provinces du royaume.

La fermeture de ces salles marquera une étape essentielle : la naissance de l’Asile, institution spécifique où un médecin spécial, l’aliéniste, assurera la prise en charge de tous les aliénés dès l’éclosion des troubles et aussi longtemps que nécessaire, mettant en œuvre un Traitement moral se substituant aux thérapeutiques humorales.

Reconstruit sous le Second Empire et le début de la Troisième République, l’Hôtel-Dieu de Paris est en novembre 1904 le lieu de création par Gilbert Ballet du premier service de "psychiatrie hospitalo-universitaire" -selon le terme d'aujourd'hui- dans un hôpital parisien de l'Assistance Publique, un « service d'isolement pour les malades délirants et agités temporaires » connu sous le nom de "service des délirants de l'Hôtel-Dieu".

Quant à Grivois, il est le petit-fils de François Arnaud, aliéniste de renom qui fut à partir de 1889 assistant du docteur Jules Falret et son successeur en 1903 comme directeur de la célèbre maison de santé de Vanves, et le neveu de Frantz Adam, autre éminent psychiatre dont la collection de photographies de la Grande Guerre a été exposée il y a peu : l'ouvrage nous apprend en effet que le docteur Arnaud et son épouse Geneviève Dargent eurent six filles, dont Marie-Edmée qui épousa Adam, et Catherine qui épousa Paul Grivois, dont Henri est l'un des quatre enfants.

La psychanalyse tient une place importante dans cet ouvrage, dont l’auteur, non sans un certain courage (n’est pas psychiatre iconoclaste qui veut), explique avoir été un fervent adepte : « Dans les années 1970 à l’Hôtel-Dieu, je n’engageai dans mon service que des psychiatres en cours d’analyse » [p.58], en tant que « rite initiatique obligatoire » [p.58], immunisation « contre l’angoisse et la dépression », contre la phobie des chiens [p.59], avant de s’en éloigner.

C’est là une des rares occasions où Grivois semble avoir sacrifié à la mode alors naissante (lire le chapitre intitulé « Péripéties freudiennes », [pp.58-63] de la passion au début des années 60 à l’apostasie, en passant par une douloureuse dépendance (« J’étais "accro" » [p.59], un « esclavage » de plusieurs années). La fin de la cure est entrevue quand Grivois découvre avoir appris qu’« un père, même silencieux, peut être bon » : « c’est à ça que se résume ma psychanalyse ».

La, ou les psychanalyses reviennent donc à de multiples reprises sous la plume de l’auteur, qui semble toutefois surestimer l’influence que les théories freudiennes conservent aujourd'hui dans les services psychiatriques.

Ce qu’écrit Henri Grivois à propos de cette psychose naissante nous a fait repenser à ce qu’écrivait Moreau de Tours, sur « ce bruissement, ou mieux ce bouillonnement qui coïncide avec les désordres de l’esprit », cette « modification intellectuelle primitive, toujours identique à elle-même, qui est évidemment la condition essentielle » de l’existence et l’origine « de toute forme, de tout accident du délire ou de la folie proprement-dite, idées fixes, hallucinations »…

Il n'est pas douteux que beaucoup des patients rencontrés par Grivois ont bénéficié de son abord et de son expertise en la matière. Qu’il nous soit toutefois permis de penser que, parmi ces personnes que l'éclosion des troubles ont conduit à l'Hôtel-Dieu, tous n’ont pas accepté l’hospitalisation, même à l'Hôtel-Dieu, que tous ceux qui y ont séjourné n'ont pas guéri, et qu’il a bien fallu que d’obscurs psychiatres de secteurs prennent la suite.


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FREUD EN FRANÇAIS

Bibliographie complète des écrits de Freud
avec concordances allemande et anglaise

établie par C. Marcoux, préface de B. Chervet

Société psychanalytique de Paris / Bibliothèque Sigmund Freud, 2012, 176 p.


« Cette bibliographie des écrits de Sigmund Freud traduits et publiés en français a été réalisée sur le modèle de la classification établie par Ingeborg Meyer-Palmedo et Gerhard Fichtner en 1989 et rééditée en 1999. Il s’agit d’une classification chronologique de tous les textes de Sigmund Freud en allemand, précisant la date de première publication et la date d’écriture.
Par exemple, (1901c [1899]) signifie que le texte a été écrit en 1899 et publié pour la première fois en 1901, la lettre "c" indique l’ordre de parution dans l’année concernée (de a à z pour une année). Notre bibliographie reprend dans l’ordre chronologique toutes les traductions françaises des textes et correspondances disponibles à ce jour. Pour chaque texte référencé, un tableau récapitulatif indique, quand ils existent, les titres en français, allemand et anglais avec leurs références bibliographiques précises : année de parution, volume, pagination :
- en français dans les Œuvres complètes publiées par les Presses universitaires de France.
- en allemand dans les Gesammelte Werke publiées par Imago et Fischer Verlag.
- en anglais dans la Standard Edition, traduction par J. Strachey, publiées par Hogarth Press. Par ailleurs, lorsque des correspondances ont été regroupées sous forme de corpus (Ferenczi, Jones, Eitingon, etc.), nous n’avons pas tenu compte des publications éparses antérieures. »

Préface de Bernard Chervet, Président de la Société psychanalytique de Paris
« Un étonnement : pourquoi une bibliographie des oeuvres complètes de Freud en français en 2012 ? La réponse relève du contexte de la publication de Freud en France.

Depuis longtemps de nombreux lecteurs francophones aspirent à ce que l’oeuvre de Freud soit accessible en français dans son intégralité. Une résistance assez déroutante s’est opposée à cette traduction et à sa publication ; d’autant plus étonnante que la France fait partie des pays au monde où la psychanalyse suit un des plus importants développements tant du point de vue de sa pratique que de ses avancées théoriques.

La dispersion des traductions et la disparité de leurs variantes ne sont pas sans avoir données un zeste de mystère à certains textes de Freud, réservés à quelques exégètes et circulant sous le manteau. Mais ce chaos a aussi engendré des lenteurs de diffusion. Il est en grande partie dû à une particularité historique, portant sur les voies d’entrée de la psychanalyse en France. Plusieurs milieux, artistique, intellectuel, médical, se sont intéressés à cette nouvelle discipline selon des points de vue forts différents, correspondant chacun à une facette de l’oeuvre freudienne. Ils se sont complétés certes, mais aussi disputés l’antériorité et le sens même de la psychanalyse. Cette conflictualité d’intégration de la psychanalyse a participé à l’engendrement d’une psychanalyse fertile, novatrice, parfois inspirée, mais aussi à un paysage psychanalytique français morcelé, marqué de scissions, d’alliances et d’incompatibilités.

Ce temps conséquent de résistance, Freud l’a lui-même observé et commenté. Il l’a attribué à « l’esprit français », au sens déjà souligné par Goethe dans sa façon d’aborder les trois méthodes de traduction d’une langue à l’autre. Pour intégrer une nouveauté venant de l’étranger, le français tente de la refondre selon ses propres termes, mais surtout ses propres conceptions.

Ainsi les premières traductions de Freud furent-elles marquées d’importantes libertés et infléchissements envers le texte originel. Il a fallu les réviser à diverses reprises. Malheureusement des contre-sens se sont transmis et maintenus de façon tenace, même pour la traduction des titres de certains articles et ouvrages. Nous avons tous en souvenir que l’ouvrage princeps L’interprétation du rêve a longtemps été diffusé sous l’intitulé La science des rêves.

Ce souhait de disposer d’une oeuvre intégrale s’est accompagné de son corollaire, le voeu de pouvoir consulter une bibliographie tout aussi complète et fiable. Ce désir est mû par le besoin pragmatique de disposer d’un outil d’utilisation facile et de confiance, dans lequel il est aisé de vérifier les dates, les titres, les concordances avec les publications d’origine, voire avec celles de la traduction anglaise réalisée sous la supervision d’Anna Freud, de piocher des références vérifiées, respectant les libellés imposés par les éditeurs, par les normes internationales.

Au-delà de cette réponse à la curiosité et à l’utilité pragmatique, se laisse deviner encore un autre intérêt rempli par la classification chronologique. Il s’agit de la dimension historique permettant de resituer un écrit dans le contexte de l’oeuvre toute entière, mais aussi dans celui de la culture globale, de l’histoire du monde.

Une bibliographie complète et fiable offre encore à son lecteur un autre champ possible, en corrélation avec la méthode psychanalytique. Elle permet de suivre la série associative constituée par les divers écrits d’un auteur, comparée de plus à celle de ses publications, d’en suivre la logique de la surdétermination telle qu’elle est soutenue dans la cure par la règle fondamentale. Freud envisage lui-même le rôle de cette détermination et de cet impératif à faire advenir à la conscience par la théorie, sur l’ordonnancement de l’élaboration de la métapsychologie.

Une bibliographie complète des écrits de Freud est donc utile pour penser sa démarche et son processus de théorisation. Nous vient ici le regret que la langue française ne nous offre qu’un seul mot pour processus. Nous aimerions en avoir deux à notre disposition, à l’instar de Freud à qui la langue allemande en propose deux, Prozeβ et Vorgang. Se trouve ainsi mieux souligné qu’il s’agit d’avoir accès au travail de théorisation de Freud (Vorgang) en suivant et s’étayant sur son déroulement temporel (Prozeβ). Une bibliographie complète donne donc à penser.
La mise en chantier de la publication des Œuvres complètes de Freud a réanimé ce souhait et lui a donné un horizon de faisabilité. Ce défaut comblé, le manque d’une bibliographie réunissant les divers écrits qui la composent s’est fait ressentir avec acuité. Le souhait de combler ce manque s’est manifesté à diverses reprises, tant à l’intérieur de la Société psychanalytique de Paris qu’à l’extérieur. Mais la disparité des traductions ne rendait pas la tâche aisée à leurs promoteurs. Des tentatives ont vu le jour, mais sont devenues rapidement obsolètes.

A l’intérieur de la SPP, cette attente de nombreux auteurs et lecteurs a été soutenue par les Comités de lecture des Monographies et Débats de Psychanalyse, et de la Revue Française de Psychanalyse.

Qui était mieux placé pour mener à bien ce projet, qu’une bibliothèque ? En toute logique, cette réalisation s’est cristallisée au sein de la Bibliothèque Sigmund Freud de la Société psychanalytique de Paris. Celle-ci était certainement déjà prédestinée par son nom pour remplir cette mission. Mais c’est son audience internationale, sa continuelle présence auprès des lecteurs, des rédacteurs, des comités de lecture, et des auteurs qui l’a rendue particulièrement sensible à ce manque et à cette attente. Le dynamisme, la réactivité et la compétence de sa conservatrice et des bibliothécaires qui en forment l’équipe ont fait le reste. Le livre qui vous est proposé ici en est l’accomplissement. »

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2011



L’Hôpital Pasteur de Poitiers. 300 ans au service des malades

Gérard SIMMAT

Édition Centre hospitalier universitaire de Poitiers, mai 2011 ; 157 p., ill.


« Les hôpitaux de Poitiers tournent une page importante de leur histoire en 2011, avec le déménagement des derniers patients de l'hôpital Louis-Pasteur vers la Milétrie.

Devant ce site historique, comment ne pas oublier : Grignion-de-Montfort, les petites maisons hospitalières de la rue Cornet, le grand prieur d’Aquitaine L’Emery d’Echoisy, l’ouverture de l’hospice des pauvres incurables en 1748, la congrégation des filles de la Sagesse, dirigeantes et soignantes des corps et des âmes de 1758 à 1979, le docteur Léon Fouks et le 4560 R.P. le premier neuroleptique, le docteur Tony Lainé et la psychothérapie institutionnelle, mais aussi, le suburbium de la ville romaine de Limonum, l’abbaye bénédictine Saint-Cyprien, la Magnanerie, le couvent des dominicains…

Plus proche de nous, comment ne pas garder en mémoire l’évolution de la prise en charge des personnes âgées, les progrès de la médecine gériatrique et les grandes opérations d’humanisation des lieux d’accueil et d’hébergement des années 1970-1980 !

L’histoire de ce site devait être gravée dans le marbre du temps et c’est l’objectif du Centre hospitalier universitaire de Poitiers et de l’Association « Jours de Fête, de Pasteur à la Milétrie » de célébrer toutes celles et tous ceux qui ont vécu et travaillé en ces lieux, dont la vocation aura toujours été, depuis trois siècles, d’héberger et de prendre soin des plus vulnérables. Un cycle de huit conférences, organisé dans cette optique entre septembre 2010 et mai 2011, aura permis de mieux connaître les multiples facettes de cet ensemble prestigieux et de donner un corps et une âme à cet ouvrage.

Un nouveau quartier est en train de naître, à partir de mai 2011, sur les sept hectares entre le pont Neuf et le pont Saint-Cyprien, dans ces lieux extraordinaires, témoins de deux mille ans d’histoire poitevine. De nouvelles structures poursuivront la vocation d’origine, en hébergeant de nombreux résidents âgés, dans deux établissements public et privé. Ceux-là, côtoieront des étudiants du CROUS d’un côté, des familles avec enfants de l’autre, au sein d’un petit village avec des véritables rues et un vaste jardin public, idéalement placé au bord du Clain, notre belle rivière.

C’est une page poitevine qui se tourne irrémédiablement, en laissant derrière elle des périodes parfois difficiles pour les malades et pour les soignants, mais aussi un parfum de nostalgie à tous ceux qui, dans cet espace de vie, ont donné tant d’années de leur activité professionnelle. Il n’y a plus d’incurables ! » (présentation de l’ouvrage en 4e de couverture)

L'ouvrage a obtenu la Médaille d'or de la Société Française d'Histoire des Hôpitaux 2012

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Aktion T4 - Le secret d'Etat des nazis : l'extermination des handicapés physiques et mentaux

Michaël TREGENZA
Traduit de l’anglais par Claire Darmon

Calmann-Lévy – Mémorial de la Shoah, 2011; 516 p.


« Considérés par Hitler et ses proches comme des poids morts dans l’économie de guerre, les handicapés physiques et mentaux furent décrits auprès de l’opinion publique comme des êtres dont « la vie ne vaut pas d’être vécue ». De 1939 à 1943, le IIIe Reich mena à leur encontre une vaste entreprise de mise à mort.

Le programme dit d’« euthanasie », ou T4 – en référence à l’adresse de l’administration : Tiergartenstraße 4, à Berlin –, fut élaboré par l’entourage du Führer dans une semi-clandestinité. Médecins, infirmiers, membres de la SS participèrent à cette opération, sous le contrôle du Kriminalinspektor Christian Wirth, et sous l’égide de proches d’Adolf Hitler (Philipp Bouhler, Viktor Brack, Martin Bormann…).

Arrachés à leurs asiles, les malades furent conduits dans des centres spécialement aménagés en Allemagne et en Autriche (Grafeneck, Hartheim, Brandeburg, Hadamar…), où ils furent gazés puis incinérés. Plus de 100 000 personnes furent ainsi assassinées.

L’« euthanasie » des malades mentaux et des handicapés allemands préfigure ainsi l’extermination systématique des Juifs mise en œuvre à partir de 1942.

Michael Tregenza apporte ici une remarquable contribution à la connaissance du programme T4, basée sur l’étude approfondie de sources allemandes, autrichiennes et polonaises, et notamment les témoignages et les interrogatoires menés lors des procès des années 1940 à 1960. Il décrit l’élaboration de l’entreprise d’euthanasie, son fonctionnement et surtout ses responsables et ses exécutants. » (Note de l'éditeur)

Né en Grande-Bretagne et installé à Lublin depuis 1994, Michael Tregenza est l’un des meilleurs historiens du camp de Belzec et de l’assassinat de masse des Juifs d’Europe. Conseiller historique de plusieurs documentaires et du programme de recherche initié à Belzec par le Mémorial de la Shoah américain et l’American Jewish Society de Washington, il est l’auteur de nombreux articles sur l’Aktion Reinhard, l’Aktion T4 et Belzec.

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« Les dépôts de mendicité sous l'Ancien Régime et les débuts de l'assistance aux malades mentaux (1764-1790) »

Christine PENY

Revue d’Histoire de la Protection Sociale, décembre 2011, n°4 ; 9-23


Christine Peny, Maître de Conférences de l'Université Paul Cézanne d'Aix- Marseille, appartient au Laboratoire Interdisciplinaire de Droit des Médias et des Mutations Sociales (LID2MS). Elle est également avocate et dirige le Diplôme d'Université "Coopération juridique et commerciale avec le monde arabe.

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L'homme qui se prenait pour Napoléon
Pour une histoire politique de la folie

Laure MURAT

Gallimard, 2011 ; 382 p.


« Au lendemain du retour des cendres de Napoléon Ier, en 1840, le directeur de Bicêtre voit arriver dans son asile quatorze nouveaux « empereurs ». Tous les fous, dit-on, se prennent pour Napoléon. Que disent les archives ? Et pourquoi Napoléon, mieux que Louis XIV ?

Le docteur Esquirol prétendait pouvoir raconter l'histoire de France à partir des registres des asiles. Laure Murat a voulu relever le défi, à travers une passionnante enquête sur les rapports entre histoire et folie. On y découvre le destin de l'horloger décapité, persuadé d'avoir « perdu la tête » sous la guillotine et de vivre avec une tête de remplacement. On y retrouve aussi des personnages célèbres, comme Théroigne de Méricourt, dont la folie a été a posteriori attribuée à son engagement révolutionnaire.

Idéologie ou pathologie ? Comment délire-t-on l'histoire ? Que signifie la « raison » d'État face à la « folie » révolutionnaire ? Ces interrogations courent tout au long du XIXe siècle, qui invente aussi bien la « monomanie orgueilleuse » des ambitieux de la Restauration que la « maladie démocratique » des communards, et brouille les frontières entre passion politique et débordement maniaque.

Personne n'avait encore entrepris ce travail, fondé sur des archives inédites et des centaines d'observations médicales, qui pose les jalons d'une nouvelle réflexion sur l'histoire et son imaginaire.. » (présentation de l'éditeur)


Laure Murat a publié plusieurs livres qui ont obtenu un succès public et critique exceptionnel : La Maison du docteur Blanche : histoire d'un asile et de ses pensionnaires, de Nerval à Maupassant (Lattes, 2001, Goncourt de la biographie et Prix de la critique de l'Académie française), Passage de l'Odéon : Sylvia Beach, Adrienne Monnier et la vie littéraire à Paris dans l'entre-deux-guerres (Fayard, 2003) et La Loi du genre : une histoire du «troisième sexe» (Fayard, 2006). Elle est professeure au département d'études françaises et francophones de l'Université de Californie-Los Angeles (UCLA).

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Genèses
n° 82, 2011/1

DOSSIER : MÉDICALISATION

Belin éditeur, 176 pages


Lisa Roscioni, « Soin et/ou enfermement ? Hôpitaux et folie sous l'ancien régime » (pp.31-51)

RÉSUMÉ : On ne pourrait véritablement parler de « médicalisation de la folie » avant la naissance de la psychiatrie et des asiles, c’est-à-dire pas avant le tournant des XVIIIe-XIXe siècles. Pourtant, certaines recherches récentes soulignent le caractère précoce d’un discours et d’une pratique médicale développée dans des institutions réservées aux fous, qui apparaissent à partir du XVIe siècle. Psychiatre et asile ne sont donc pas apparus à l’improviste, mais constituent au contraire le produit d’un processus de longue durée dont l’origine n’est nullement à rechercher dans un « enfermement », mais bien dans l’ambiguïté constitutive des plus anciennes expériences d’internement et de prise en charge des fous.

« Care and/or Confinement ? Hospitals and Insanity under the Old Regime »
We cannot really speak of the «medicalisation of insanity» prior to the birth of psychiatry and asylums, that is, before the turn of the 18th century. Yet recent research emphasises the pre-cocious nature of a discourse and medical practice, developed in institutions reserved for the insane, which arose in the 16th century. Thus, psychiatry and asylums did not appear out of the blue, but were instead the product of a long-term process in no way derived from «institutional confinement», but rather from the ambiguity of older experiences of internment and care of the insane.

Lisa Roscioni, historienne, enseigne l’histoire moderne à l’Université de Parme. Les recherches qu’elle mène depuis de nombreuses années sur l’histoire de la folie portent aussi bien la sur la période d’Ancien Régime (voir en particulier Il governo della follia. Ospedali, medici e pazzi nell’Età moderna, Milan, Bruno Mondadori, 2003), que sur l’époque contemporaine (Lo smemorato di Collegno. Storia italiana di un’ identità contesa, Turin, Einaudi, 2007)
lisa.roscioni@fastwebnet.it


Isabelle von Bueltzingsloewen, « Réalité et perspectives de la médicalisation de la folie dans la France de l'entre-deux-guerres » (pp.52-74)

RÉSUMÉ : Depuis le vote de la loi de juin 1838 organisant l’assistance aux aliénés, la médicalisation de la folie se confond avec l’internement. Dans l’entre-deux-guerres, les aliénistes imaginent de nouveaux dispositifs de prise en charge. Ceux-ci devront permettre de faire face à la croissance du nombre des internements, interprétée comme une recrudescence des maladies mentales, mais aussi de traiter des malades atteints de troubles légers. Autrement dit de déplacer les frontières de la folie. Freiné par les départements, ce projet médicalisateur ne voit le jour qu’après la Seconde Guerre mondiale.

« Reality and Viewpoints on the Medicalisation of Insanity in France during the Interwar Period »
Since the law of June 1938 organising assistance to the insane, the medicalisation of insanity has coincided with internment. During the interwar period, psychiatrists conceived of new systems for the care of the insane. They were intended to cope with the growing number of people confined to institutions, interpreted as a recrudescence of mental illness, but also to treat patients suffering from mild disorders. In other words, to shift the boundary lines of insanity. This medicalisation project, which was impeded in the provinces, did not come into being until after the Second World War.

Isabelle von Bueltzingsloewen, historienne, enseigne l’histoire et la sociologie de la santé à l’Université de Lyon (Lumière-Lyon II). Ses recherches, conduites dans le cadre du Laboratoire de recherche historique Rhône-Alpes, portent sur l’histoire de la santé publique et plus particulièrement sur l’histoire de la psychiatrie contemporaine. Elle a publié en 2009 L’Hécatombe des fous. La famine dans les hôpitaux psychiatriques français sous l’Occupation, Paris, Flammarion
isabelle.vonb@univ-lyon2.fr


HORS-DOSSIER

Benoît Majerus, « La baignoire, le lit et la porte. La vie sociale des objets de la psychiatrie » (pp. 95-119)

RÉSUMÉ : À travers la baignoire, un objet évident du traitement, le lit, un objet hospitalier ordinaire, et la porte, artefact passant le plus souvent inaperçu, l’article essaie de porter un nouveau regard sur l’histoire de la psychiatrie au XXe siècle. Prenant en compte la « biographie » des objets, de leur conception à leur pratique, l’article souligne l’interdépendance entre des objets qui déterminent la pratique psychiatrique quotidienne, et la psychiatrie qui transforme ces mêmes objets.

« The Bathtub, the Bed and the Door. The Social Life of the Objects of Psychiatry »
This articles attempts to take a different look at 20th century psychiatry by focusing on the bathtub, an obvious object of treatment, an ordinary hospital bed and the door, an artefact that usually goes unnoticed. Taking into account the «biography» of the objects from their design to their use, the articles emphasises the interdependence between objects that determine every- day psychiatric practice and psychiatry, which transforms these same objects.

Benoît Majerus, historien, enseigne à l’Université du Luxembourg. Il travaille actuellement sur une histoire européenne de la psychiatrie au xxe siècle. Il vient de publier Inventing Luxembourg. Representations of the Past, Space and Language from the Nineteenth to the Twenty-first Century, Amsterdam, Brill, 2010, et « Mapping antipsychiatry. Elemente für die Geschichte einer transnationalen Bewegung », Themenportal Europäische Geschichte, 2010 : http://www.europa.clio-online.de/2010/Article=440
benoit.majerus@gmail.com
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Les frontières du délire : écrivains et fous au temps des avants-gardes

Anouck CAPE

Honoré Champion, 2011 ; 280 p.


« La folie, comprise comme un fantasme culturel modelé par la psychiatrie comme par la littérature, a été fondatrice dans les discours et les pratiques textuelles des écrivains d'avant-garde.

Elle constitue un fil directeur permettant d'observer de près l'une des mutations culturelles majeures de la première moitié du XXe siècle, qui voit le fou devenir la figure privilégiée de l'artiste moderne.

Ce livre retrace l'histoire d'un bouleversement des valeurs, d'un déplacement de frontière entre littéraire et pathologique à l'issue duquel jugements de goût et normes de littérarité se sont trouvés profondément modifiés. » (présentation de l'éditeur)

Anouck Cape est docteur en littérature. Elle travaille sur les représentations culturelles de la folie et la notion d'auctorialité.




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2010



LA PSYCHIATRIE MÉDIÉVALE PERSANE
La maladie mentale dans la tradition médicale persane

Bertrand THIERRY de CRUSSOL des EPESSE

Préface de Guy Mazars
Springer-Verlag France, coll. « Médecines d'Asie - Savoirs & Pratiques », 2010, 208 p.


« La maladie mentale, au sens large, se manifestant à bas bruit ou par une symptomatologie lourde, a été analysée de manière spécifique par la Scolastique de l'Iran médiéval.

Cette singularité repose sur le fait que le sujet s'inscrit dans un monde où la Nature et la matière sont tout mais aussi que ces dernières sont le lieu d'action du Divin.

Ainsi une double lecture du trouble psychique en découle, une hyper-rationnelle, issue de la matière, fondée par la notion de causalité, une autre en amont de la matière, autrement plus complexe qu'est l'Intellect agent, hors psyché, avatar du Stoïcisme musulman.

Cet édifice théorique voit ses limites non dans l'appréhension de la folie, affaire de raison, mais dans l'abord du monde plus vaste des «passions» (le domaine des émotions) ; les difficultés rencontrées là par le dispositif scolastique, ses tentatives d'en discerner les rouages, sont, par elles-mêmes, riches d'enseignement.

L'auteur, iranologue, docteur en médecine et en philosophie, s'appuie sur des textes inédits en France pour définir les maladies de la sphère mentale au Moyen-âge scolastique oriental et apporter des nouvelles données sur cette sémiologie. » (Présentation de l'éditeur)




« La folie selon Esquirol. Observations médicales et conceptions de l’aliénisme à Charenton entre 1825 et 1840 »

Jeanne MESMIN D’ESTIENNE


Revue d’histoire du XIXe siècle 2010/1, n° 40 ; 95-112


Résumé

Étienne Esquirol apparaît comme le père fondateur de la loi de 1838 portant sur la prise en charge des aliénés, et ses théories médicales ont influencées durablement les aliénistes français qui se sont progressivement constitué en corps de savoir et de pouvoir à la fin du XIXe siècle. Cependant la pratique professionnelle d’Étienne Esquirol au sein de l’établissement de Charenton, institution célèbre dont il occupa le poste de médecin en chef pendant plus de vingt cinq ans, reste relativement méconnue. Les observations médicales réalisées sous la direction d’Esquirol révèlent pourtant que la méthode « scientifique » dont il se fait le promoteur et que nombre de ses théories médicales ne sont pas mises en oeuvre dans les pratiques médicales quotidiennes de l’établissement. Les archives de la maison de Charenton nous éclairent ainsi sur les divergences et les convergences existant entre le discours de l’aliéniste et l’exercice concret de la médecine mentale à Charenton.

Étienne Esquirol appears as the founding father of the law of 1838 concerning the coverage of the insane persons, and his medical theories have durably influenced the French psychiatrists who have gradually turned into a group of knowledge and power at the end of the nineteenth century. However, Etienne Esquirol’s professional practice within the establishment of Charenton, famous institution in which he was the head doctor for more than twenty-five years, remains relatively underestimated. The medical observations made by Esquirol reveal that the ‘scientific’ method which he promoted, and that number of his medical theories were not implemented in the daily medical practices of the establishment. The archives of the house of Charenton inform us on the differences and the convergences between the discourse of the psychiatrist and the concrete exercise of mental medicine in Charenton.

Etienne Esquirol tritt als Gründungsvater des Gesetzes von 1838 über die Betreuung von Geisteskranken in Erscheinung. Seine medizinischen Theorien haben die französischen Irrenärzte, die sich am Ende des 19. Jahrhunderts nach und nach als Wissens- und Machtgruppe etablierten, dauerhaft beeinflusst. Dennoch bleibt die berufliche Tätigkeit von Etienne Esquirol in Charenton, einer berühmten Einrichtung, deren Chefarzt er 20 Jahre lang war, relativ unbekannt. Die medizinischen Beobachtungen, die während der Zeit Esquirols gemacht wurden, zeigen jedoch, dass die « wissenschaftliche » Methode, deren Verfechter er war, wie auch zahlreiche seiner medizinischen Theorien nicht in der täglichen medizinischen Praxis des Hauses umgesetzt worden sind. Das Archivmaterial von Charenton macht Differenzen und Übereinstimmungen zwischen dem Diskurs des Psychiaters einerseits und der konkreten medizinischen Praxis in Charenton andererseits deutlich.


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DANS LE QUARTIER DES AGITÉS

Jacques CÔTÉ

Les Cahiers noirs de l'aliéniste Vol. 1

Ed. ALIRE, 2010, 437 pages

« Paris, juillet 1889…

À vingt-sept ans, Georges Villeneuve a terminé ses études en médecine. Désireux de se spécialiser en médecine légale des aliénés, il quitte le Québec pour se rendre à Paris où il aura la chance d’étudier avec les plus grands aliénistes de l’époque, Valentin Magnan à l’asile Sainte-Anne et Jean-Martin Charcot à la Salpêtrière.

Le jeune Montréalais en profitera aussi pour assister aux cours réputés de Brouardel, à la morgue de Paris, et pour suivre une formation avec Mégnin, le pionnier de l’entomologie judiciaire.

Mais dès la première journée du Congrès international de médecine mentale de Paris, qui se tient à l’asile Sainte-Anne, Villeneuve est témoin de l’admission dramatique d’un patient atteint d’une sévère intoxication à l’absinthe. Quand Magnan apprend que la police croit ce malade dangereux et veut s’en emparer pour l’accuser de meurtre – ce serait le fameux « coupeur de nattes » dont la presse parle tant depuis des mois –, il demande à son jeune élève de veiller sur lui, mais aussi de mener sa propre enquête.

Or, les recherches de Villeneuve l’amènent très vite sur une tout autre piste, celle d’un étrange dandy au passé trouble et qui entretenait de bien curieuses accointances avec son patient… . »
(note de l'éditeur)

Georges Villeneuve fut surintendant de l’asile Saint-Jean-de-Dieu / Longue Pointe Lunatic Asylum, médecin expert à la morgue de Montréal, professeur de la chaire de médecine légale de l’Université de Montréal, membre de la Société des aliénistes de Paris, de l’Association médico-psychologique américaine et de la Société de médecine légale de New York, contemporain de Magnan et Charcot dont ce roman historique fort bien documenté met en scène la rencontre.

Feuilletez l'ouvrage

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IMAGES DE LA FOLIE

Claude Quétel


Paris, Gallimard, 2010; 188 p.

« Aucune maladie n'a été plus porteuse d'iconographie que la folie. Le mot lui-même a toujours été ambivalent, signifiant à la fois absence de sagesse et perte de la raison au sens médical du mot. Les artistes se sont engouffrés dans la brèche en jouant sur les deux tableaux. Des pures allégories de la folie comme La Nef des fous, on a cependant tôt fait d'arriver à des représentations où la pathologie a déjà sa place. C'est néanmoins avec la naissance de la psychiatrie, à l'orée du XIXe siècle, que les images de la folie se multiplient : peintures édifiantes, types d'aliénés, scènes de la vie asilaire... L'asile, voulu comme un instrument de guérison, se transforme en vision d'épouvante à travers les images-reportages de ses cours et de ses dortoirs, de ses médications et de ses appareils de contention.

L'iconographie de la folie s'exprime aussi dans les représentations de maladies «vedettes» comme l'hystérie, dans le regard des artistes à diverses époques, dans les figurations d'une antipsychiatrie aussi ancienne que la psychiatrie elle-même. Enfin, les fous eux-mêmes font œuvre dans l'expression de l'art brut.

Au total, ces images constituent une véritable histoire de la folie, d'une folie qui, rapidement débarrassée de ses oripeaux allégoriques, apparaît en dépit de la diversité de ses représentations comme ce qu'elle a été de tous temps : une maladie toujours aussi mystérieuse et encombrante pour la société.

L'historien Claude Quétel a publié une Histoire de la folie, de l'Antiquité à nos jours (Tallandier, 2009), qui constitue la synthèse de nombreux travaux publiés sur l'histoire de la folie, le plus souvent en collaboration avec des psychiatres (notamment la Nouvelle histoire de la psychiatrie, dirigée avec le Dr Jacques Postel). »
(note de l'éditeur)

Un livre magnifique, présentant des documents iconographiques rares, et pour certains à notre connaissance inédits.


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Il cimitero dei pazzi

Francesco Zarzana


introduzione di Michel Bénézech; conclusioni di Angelo Lallo

Editions Infinito, coll. iSaggi, 2010

« Aquitania. Cadillac sur Garonne. Un paese di poco più di duemila anime ospita dagli inizi del Novecento un cimitero in cui riposano quattromila “alienati”, malati di mente, quasi tutti senza identità.


La storia del cimitero si intreccia con quelle dell’adiacente ospedale psichiatrico e del castello-prigione e con il triste destino della giovane Marguerite B. e di Osvaldo, fuggito con la famiglia dall’Italia che diventava fascista.
Poi, durante la seconda guerra mondiale, quasi 45.000 internati morirono in tutta la Francia sotto il governo filo-nazista di Vichy…


Per la prima volta un libro racconta i misteri del “cimitero dei pazzi”, diventato oggi monumento nazionale francese. Attraverso le sue croci è possibile ricostruire la storia dell’Europa e dei movimenti delle popolazioni del XX secolo. »
(note de l'éditeur)

Un sujet qui nous tient à cœur...


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Chronique de la psychiatrie ordinaire en Sarthe
Patients, soignants et institutions en Sarthe du XIXe au XXIe siècle

Hervé Guillemain

Le Mans, Editions de la Reinette, 2010, 143 p., ill.

Œuvre de Hervé Guillemain et d'une équipe d'étudiants en master recherche d'histoire de l'Université du Maine (Marie Lesage, Florimond Givaudan-Bourlès et Pauline Vallienne) travaillant sous sa direction, cet ouvrage est un modèle du genre : textes bien écrits, denses et précis, argumentés et parfaitement référencés, d'une lecture agréable, une iconographie variée et rare.

Intitulés des 15 chapitres :

1- « "Derrière la gare". La folie dans la ville »

2- « Qui sont les premiers internés ? Des insensés de l'hospice des prisons aux aliénés de l'asile de la Sarthe »

3- « Gustave Étoc-Demazy (1806-1893). L'avènement du pouvoir psychiatrique »

4- « La Fête-Dieu. Du religieux dans l'institution psychiatrique »

5- « "À maintenir..." Vivre et mourir à l'asile »

6- « Une guerre peut en cacher une autre. L'hôpital psychiatrique dans les deux Conflits mondiaux »

7- « La "Fosse aux fous". La psychiatrie face à la critique sociale »

8- « L'expérimentation thérapeutique en psychiatrie »

9- « Le patron et le patronage. La réforme de l'hôpital psychiatrique (1945-1958) »

10- « Et la chlorpromazine fut ? Mémoires et histoire autour de l'introduction du neuroleptique en psychiatrie (1953-1965) »

11- « Allonnes, le dispensaire et le secteur. Questions sur la nouvelle géographie psychiatrique (1960-1974) »

12- « De l'asile esquirolien à l'hôpital-village. Architectures psychiatriques en Sarthe, XIXe-XXe siècles »

13- « Qu'est-ce qu'un infirmier en psychiatrie ? »

14- « L'enfant en psychiatrie : du non-dit à la reconnaissance »

15- « Les mutations des années 1980 »


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L'AFFAIRE ROUY
Une femme contre l'asile au XIXe siècle.


Yannick RIPA

Paris, Tallandier éd., 2010; 297 p.



Bibliographie de Yannick Ripa (extrait)

Contribution à une histoire des femmes, des médecins et de la Folie à l'âge d'or de l'aliénisme français. 1838-1860. Thèse de doctorat IIIème cycle Histoire et civilisation, Paris VII, 1983; 2 tomes (518 et CLXXVIII p.)

La ronde des folles. Femmes, folie et enfermement au XIXe siècle (1838-1870). Paris, Aubier, 1986, 217 p.

“L'affaire Rouy”. L'Histoire, n°87, 1986; 74-81

“Le travail à l'asile au XIXe siècle : thérapie ou esclavage caché ?” Milieux (Le Creusot), n°27, 1987; 50-55



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Scènes de la psychiatrie ordinaire en Sarthe
XIXe - XXIe siècle

Exposition réalisée par l’Université du Maine, le Centre hospitalier spécialisé de la Sarthe, les Archives départementales de la Sarthe et les Médiathèques du Mans

Du 1er avril au 5 juin 2010 à la Médiathèque L. Aragon - Le Mans

Une version virtuelle de l’exposition est présentée sur le site Folie & psychiatrie en Sarthe, XIXe - XXIe siècle.

Commissariat scientifique de l'exposition : Hervé Guillemain (Université du Maine / CERHIO-CNRS).

Réalisation : Gwenaëlle Lelardeux (M'damcréation)

Elle bénéficie du concours de Danielle Monat, Aïcha Ammi, Soizic Derouet (Centre Hospitalier Spécialisé de la Sarthe), Fanny Coirard, Roger Bailly, René Despert (AD72), Didier Travier, Aurélien Moreau, Damien Foulard, Francis Vigneron (Médiathèques du Mans), Stéphane Tison, Pauline Vallienne, Florimond Givaudan-Bourlès, Florian Laze, Marie Lesage (Université du Maine), Jean-Charles Frémont (Have a nice day), Life images.


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Augustin Jacob Landré-Beauvais (1772-1840)

Jean GARRABÉ


Annales médico-psychologiques, 168 (2010); 84-90


Le Dictionnaire biographique par des membres de la Société médicopsychologique s'enrichit d'un article sur un disciple très peu connu de Philippe Pinel (on se reportera à la page Histoire de la psychiatrie. Revues françaises. Annales médico-psychologiques de notre site pour les références des biographies déjà parues).

Deux remarques :

- à propos de L'éclipse de l'œuvre de Landré-Beauvais (pp.88-89), l'auteur écrit que Jan Goldstein, par choix, «ne dit rien de Landré-Beauvais», dans son ouvrage Consoler et classifier (1997), centré sur le «cercle d'Esquirol», c'est-à-dire les élèves d'Esquirol. Ce qui n'est pas tout à fait exact, puisque Goldstein évoque deux fois au moins Landré-Beauvais, comme ayant repris en 1810 le cours de Pinel à la Salpêtrière (p.174), et dont Pinel écrit avoir «vu avec plaisir» que son médecin adjoint a fait de la sémiologie «un objet particulier de ses recherches» (p.177).


- Quant à l'article cité en référence [6] à propos des expériences sur le traitement de l'épilepsie à La Salpêtrière (p.85), intitulé «La Boulepsithérie ou traitement de l'épilepsie par un séjour prolongé dans une étable à vaches» et paru dans Le Journal de Nervure, 2002, 7; 1-2, son auteur n'est pas Denis P. comme l'écrit Garrabé, mais l'auteur de ce site.




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2009


Pratique & pensée médicales à la Renaissance.

Sous la direction de Jacqueline Vons.


51e Colloque international d'études humanistes, Tours, 2-6 juillet 2007

Collection Medic@ Bibliothèque interuniversitaire de Médecine et d'Odontologie.
Paris, De Boccard éd., 2009; 342 p., ill.

Ce Colloque s'est tenu au Centre d’Études Supérieures de la Renaissance (CNRS Université François Rabelais de Tours). L'auteur de ce site y a présenté « Quelques documents sur la prise en charge des aliénés d’esprit à l’Hôtel-Dieu de Paris à la Renaissance » (pp.99-110) conservés aux Archives de l'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris et aux Archives Nationales : extraits d'Inventaires et Distributions et surtout de Comptes du Maître de l'Hôtel-Dieu, de la Prieuse et du Temporel.
Ces pièces concernent quatre personnes considérées de leur vivant comme aliénées d'esprit et ayant été prises en charge à la Domus Dei Parisiensis : deux membres du convent de l'Hôtel-Dieu, sœur Houdée en 1378-1379 et sœur Robine Lamberge en 1497-1498 et 1508-1509, Katherine de Neufville en 1517 et Nicolas Fougart en 1566.

L'enregistrement des conférences est disponible sur la chaîne des Colloques et des Conférences Canalc2.tv (Production de l'Université Louis Pasteur, Strasbourg)


Fabuleux hasards. Histoire de la découverte de médicaments

Claude Bohuon et Claude Monneret
Préface de Maurice Tubiana

EDP Sciences, Les Ulis, 2009 ; 139 p.


« Les chemins qui mènent à la découverte de médicaments ne sont pas tous gravés dans le marbre de la science ou de l'orthodoxie des procédures, loin s'en faut : un fabuleux hasard est souvent intervenu, servi par l'intuition ou l'attention de chercheurs ; l'étude et l'exploitation de ce hasard a donné naissance à la «sérendipité», science initiée par les anglo-saxons.

Cet ouvrage retrace les chemins parcourus pour mener à la découverte d'une trentaine de médicaments qui ont tous en commun ce parcours original.

Il en est ainsi d'histoires illustres comme celles de la découverte de la pénicilline par Fleming ou de l'insuline par Banting et Best mais aussi d'autres moins connues, révélées par l'enquête des auteurs, comme le modafinil (lutte contre le sommeil) ou la cyclosporine (greffe d'organes).

La sérendipité a contribué également au renouveau de larges secteurs thérapeutiques, comme la psychiatrie dans les années 50, lorsque des médicaments comme le Largactil®, le Valium® ou les benzodiazépines ont fait leur apparition, ou la cancérologie, avec le cis-platine, la navelbine ou le taxotère.

Hasard toujours présent dans ce qui a constitué l'un des éléments de la libération de la femme, la découverte de la pilule.

Au-delà de la simple histoire de la découverte de nouveaux médicaments, cet ouvrage met également en exergue la persévérance de certains chercheurs comme Henri Laborit dont le nom est lié à celui du Largactil®, Frank Berger à celui de l'Equanil®, Roland Kuhn à celui de l'imipramine (Tofranil®) et Ernest Fourneau et Auguste-Louis Loubatières à celui des sulfamides antibactériens et hypoglycémiants.

Ces nombreux exemples valorisent le travail des chercheurs qui, parfois au péril de leur vie comme pour Roger Althounyan (antihistaminique) ou John Cade (lithium), ont su faire triompher leurs recherches ; car comme l'affirmait Pasteur, le hasard ne favorise que des esprits préparés...

Claude Bohuon est Professeur émérite des Universités et Président (h) de l'Académie nationale de pharmacie. Claude Monneret est pharmacien et directeur de recherche émérite au CNRS ; il fut président de la Société de chimie thérapeutique et est également membre de l'Académie nationale de pharmacie. » (Présentation de l'éditeur)

Pour ce qui concerne la neuropsychopharmacologie : l'acide valproïque, les benzodiazépines, la chlorpromazine, le gardénal, l'imipramine, l'iproniazide, le lithium, le LSD ou acide lysergique, le méprobamate ou Équanil®.

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DE LA GILQUINIERE A PERRAY-VAUCLUSE

Patrick Hottot

Les Amis de l'Histoire de Sainte-Geneviève-de-Bois et ses environs, novembre 2009; 156 p., ill.

L'histoire de Perray-Vaucluse, de ses origines à nos jours, bien documentée et très richement illustrée.

Le domaine appartenait à l'origine aux bénédictins de Saint Germain des Prés. Après avoir été cédé au XIIIème siècle à Guillaume du Terme, bailli de Rouen, il prend le nom de fief de la Gilquinière.
Sous Louis XV est édifié le château que l'on peut voir aujourd'hui. Son propriétaire, François Marchant de Beaumont, cède la Gilquinière au bailli de Crussol. C'est alors qu'il fut appelé Vaucluse, le comte de Provence, futur Louis XVIII en ayant, dit-on, comparé les effets d'eau de la source à ceux de Fontaine de Vaucluse, en Provence.

Le domaine change de mains à plusieurs reprises avant qu'en 1863, le préfet de la Seine en fasse l'acquisition pour y ériger un asile d'aliénés : Vaucluse sera avec Ville-Evrard l'un des deux premiers asiles "satellites" du département, l'asile central devant être installé sur l'emplacement de l'ancienne maison de santé fondée par Anne d'Autriche : l'Asile Clinique (Sainte-Anne).

A son ouverture le 23 janvier 1869, l'Asile de Vaucluse s'étend de plus de 125 hectares. Les principaux bâtiments ont été construits sous la direction de D. Lebouteux, architecte et selon un plan classique : sur l'axe principal, les services généraux, la chapelle et la salle des morts, de part et d'autre, symétriquement, des pavillons de classement reliés par des galeries couvertes, d'un côté pour les hommes, de l'autre pour les femmes avec pour chaque sexe un pavillon de cellules pour agités avec service de bains attenant.

Ces bâtiments sont implantés sur le territoire de la commune d'Epinay, tandis que la ferme verra le jour sur le territoire de Sainte-Geneviève-des-Bois. Un cimetière est installé sur une parcelle le long de la route d'Epinay (la dernière inhumation a lieu en décembre 1965).

Cent quarante ans de l'histoire de l'hôpital, de la vie de ses services de soins et de ses services généraux sont évoqués à travers diverses anecdotes et d'un "calendrier évènementiel", jusqu'à la sectorisation sur Paris et l'implantation de structures extra-hospitalières dans les arrondissements desservis, puis l'installation en 2004 des services d'hospitalisation à l'Hôpital Henri Ey porte de Choisy et le début de reconversion du site historique.


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Interné d'office... Du camp de Beaune-la-Rolande à l'hôpital psychiatrique de Fleury-les-Aubrais. Les cahiers d'Abraham Zoltobroda

Traduction du yiddish par Batia Baum
Etudes historiques : Isabelle von Bueltzingsloewen et Benoît Verny

Editions CERCIL, 2009, 152 pages

« Paradoxe de l'histoire, les hôpitaux psychiatriques français, devenus des mouroirs sous le régime de Vichy, ont aussi abrité des victimes des persécutions nazies. Abraham Zoltobroda est de ceux-là.
Arrêté et interné au camp d'internement de Beaune-la-Rolande (Loiret), cet homme, juif polonais réfugié en France, relate sur des cahiers d'écolier son combat acharné pour rester « dans la maison des fous », à Fleury-les-Aubrais.
Grâce à cette stratégie de survie, il échappera au sort des milliers de Juifs (plus de 16.000) qui après avoir été internés dans les camps du Loiret, furent dans leur très grande majorité déportés et exterminés à Auschwitz Birkenau.
Son récit, ceux de sa femme et de son fils Camille, les documents d'archives publiques et privées, tous inédits, sont publiés dans ce livre. Des analyses historiques, sur l'internement des Juifs dans le camp de Beaune-la-Rolande, les conditions d'internement dans les hôpitaux psychiatriques pendant la seconde guerre mondiale, accompagnent ces précieux documents. » (présentation de l'éditeur)


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Je t'aime ma fille, je t'abandonne

Ariéla PALACZ

2009, Éditions Elkana (Jérusalem Paris) - Préface de Boris Cyrulnik

«Ça alors ! s'exclame Boris Cyrulnik, je pensais lire l'autobiographie d’Ariela Palacz et je découvre avec stupéfaction que c’est la mienne qu'elle a écrite !

Tels sont les premiers mots de la préface du livre d’Ariela. Car comme Cyrulnik, Ariela a été abandonnée à l'Assistance Publique à l'âge de huit ans, afin de la sauver de ceux, nazis ou complices, qui appliquaient la « solution finale » en France.
La famille d’Ariela, juive polonaise typique, chaleureuse et pleine d'amour pour ses enfants, s'est installée dans le pays des droits de l'homme pour fuir la misère et les pogroms. Ariela naît à Paris, et c'est là qu'en 1942 elle et ses petits frères sont abandonnés par leur père, qui pense avoir trouvé le seul moyen de les sauver.
Ariela passe les années décisives de son enfance à la campagne dans une famille adoptive, à dissimuler sa véritable identité. En 1945, en retrouvant un père devenu presque un étranger, elle découvre la mort de sa mère, « protégée » elle aussi par une institution, et de la plus grande partie de sa famille.

Elle nous expose avec une franchise et une conscience étonnantes ce qu'il lui a fallu de souffrance et de désespoir pour partir à la recherche et recoller les morceaux épars de son identité brisée.

Comme le spécialiste de la résilience le souligne, c’est là un autre point qu'ils ont en commun dans ce témoignage à la fois lucide et émouvant. Et il conclut par ces mots : « J'ai admiré l’authenticité d’Ariela Palacz, son style élégant, la clarté de ses idées : jamais je n'oserais être aussi honnête qu'elle. Voilà enfin, une petite différence ! »
Le récit d’Ariela n'a pas été écrit d'une traite, bien au contraire, on sent comme elle se l'arrache à elle-même, lettre par lettre, mot par mot, ligne par ligne. Entrecoupé d'intermèdes du temps de l'écriture elle-même, elle nous plonge dans ses hésitations, ses résistances à retourner en arrière, son refus à tout raconter qu'elle a décidé d'ignorer, sa douleur à revivre l'abandon, sa solitude d'enfant, son terrible et insoutenable manque d'amour. Ariela vit aujourd’hui à Jérusalem, où elle témoigne de son histoire et de son identité retrouvée.

En postface, le Dr Michel Caire nous livre le rapport oublié des 40 000 malades mentaux morts par carence pendant la guerre en France. Parmi eux, la mère d'Ariela Palacz.»
(présentation de l'éditeur)


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Histoire de la folie
De l'Antiquité à nos jours

Claude Quétel

Paris, Tallandier éd., 2009; 624 p.

« Aussitôt qu'est évoquée la folie dans une perspective historique, le nom de Michel Foucault revient, tel un repère inamovible, un horizon indépassable.

L'ouvrage Folie et déraison semble avoir définitivement clos ce chapitre des sciences sociales et inhibé toute tentative d'écriture sur l'histoire de la folie.
Pourtant, il est possible de considérer la folie autrement qu'à travers le prisme foucaldien. Voilà clairement ce que propose Claude Quétel avec cette Histoire de la Folie, qui tente de rétablir quelques perspectives absentes des travaux foucaldiens.

De l'Antiquité à nos jours, d'Hippocrate, Platon et Aristote à Foucault, Deleuze et Guattari, Claude Quétel propose une histoire de la folie.»
(présentation de l'éditeur)

 

Voir aussi l'entretien de Claude Quétel intitulé :

« On a toujours peur du grand méchant fou ! »

publié sur le site de scienceshumaines.com (propos recueillis par Jean-François Marmion), où l'auteur prend le contrepied de Michel Foucault, «doctrinaire et de mauvaise foi», et tire un bilan extrêmement critique de la psychiatrie : «Quand on compte, comme moi, les coûts et les coups de la psychiatrie, le bilan est d'ailleurs extrêmement négatif. Toutes les sciences avancent, sauf celle-ci. Mon livre en est une condamnation sans appel».

Si l'on savait que «Claude Quetel a clairement une dent contre son prédécesseur» (voir l'article de Jean-François Marmion sur le même site), ainsi que contre les psychanalystes, l'on découvre qu'il en a également une contre la psychiatrie...

Pour comprendre la genèse de l'ouvrage de Quétel, on pourra lire l'entretien publié sur le site de idée@jour, et intitulé : Est-il permis de critiquer (en France) Michel Foucault ?
L'ouvrage était donc en gestation depuis un certain colloque de 1991, tandis que Quétel consacrait ses recherches à la Seconde Guerre Mondiale.

Il semble que ce soit une des raisons des lacunes bibliographiques : parmi d'autres travaux publiés depuis une vingtaine d'années sur l'histoire de la psychiatrie en langue française, n'apparaissent pas ceux de Jean-Marie Fritz 1992, Evelyne Pewzner 1995, Dora B. Weiner 1999, l'ouvrage de Pierre Morel, Jean-Pierre Bourgeron et Elisabeth Roudinesco 2000, ceux de Jackie Pigeaud 2001 et Jean-Noël Missa 2006, les actes du 6e Congrès de l'AEHP 2009...
Quant au livre de Jan Goldstein 1987, traduit en 1997, il n'est cité qu'une fois, ou, pourrait-on dire, est exécuté, en 8 lignes, page 520.

Cependant, l'ouvrage de Quétel est riche et fort bien écrit, et son auteur fait montre d'une grande érudition, et du même esprit, volontiers anticonformiste, que dans ses publications précédentes.

Extrait du dialogue de l'auteur avec Patrice Gélinet sur France Inter le 3 septembre 2009, dans l'émission "2000 ans d’histoire" intitulée « Histoire de la folie », où le journaliste montre une grande insistance à faire valoir la thèse foucaldienne de l'indifférenciation, du mélange des différentes populations reçues à l'Hôpital Général de 1656, insistance qui semble trahir une certaine déception devant la réponse de l'historien, qui met à mal ce qui lui paraissait une certitude :

(9:35) Patrice Gélinet « Le fou inspire aussi au moyen âge la compassion, la charité chrétienne puisque on le retrouve dans des hôpitaux, à l’Hôtel-Dieu par exemple, saint Vincent de Paul par exemple soignait, enfin soignait, ou en tout cas recueillait les fous. On les mélangeait d’ailleurs à l’époque avec toutes sortes de gens, les indigents, les pauvres…

Claude Quétel « Alors : on les mélangeait, oui et non, alors effectivement là on retrouve pour le coup les fous, les malades, et, le moyen âge, là, c’était tout à fait important de le rappeler, n’est pas aussi obscurantiste qu’on a pu le dire ou le croire, et le moyen âge, dans la mesure où il a un devoir dans une société très chrétienne de charité, se penche sur les malheureux et parmi ces malheureux et parmi ces malheureux, effectivement les fous, mais les fous, qui ne sont pas très nombreux, par contre on ne les mélange pas, pour plusieurs raisons : d’abord parce que ce sont des malades, et il n’y a pas de raison de les mélanger avec par exemple des mendiants plus ou moins délinquants, et puis ensuite parce que les fous sont souvent assez remuants, ils crient, ils gesticulent, ils renversent tout et donc, il faut les isoler, donc très très rapidement, même dans les hospices de Vincent, eh bien il y a tout de même une ségrégation pour les fous.

Patrice Gélinet « Alors des hôpitaux qui deviennent, des hospices qui deviennent de véritables prisons lorsque sous Louis XIV en 1656 est créé ce qu’on a appelé l’Hôpital Général où d’ailleurs on ne faisait pas la différence entre le fou, le mendiant, le voleur et le pauvre

« J’vous ai fait venir pour vous annoncer une bonne nouvelle, soyez heureux vous qui leur avez consacré votre vie, dans deux jours il n’y aura plus un pauvre à Paris, Monsieur Vincent !
- Comment cela, Monsieur ?
- C’est tout simple, mon cher, j’les arrête, j’ai des locaux : la Pitié, le Refuge, la Savonnerie, Bicêtre, la Salpêtrière, j’les y entasse. Voulez-vous vous charger de la direction de l’Hôpital Général que je fonde ?
- Monsieur, les pauvres sont des hommes, que faites-vous de leur liberté ?
- La liberté de quoi, Monsieur ? d’importuner tout le monde dans la rue ? de crever de faim ? j’les nourris, j’les abrite, qu’est-ce qu’ils veulent de plus ?
- Les bâtiments sont délabrés, tout est à refaire, l’hôpital des malades, la pharmacie, la salle d’accueil des pauvres où on nourrit et les chauffe le jour, et les pauvres déments…

(Monsieur Vincent, film de Maurice Cloche, 1947, avec Pierre Fresnay dans le rôle de Vincent)

Patrice Gélinet « Eh oui, les pauvres déments, on l’oublie un petit peu mais là encore, y compris dans ces Hôpitaux Généraux, eh bien on fait pas très bien la distinction, même si dans le cas de ces grands hôpitaux, la Salpêtrière ou Bicêtre, eh bien, on, on, on trouve des pauvres, on trouve des voleurs, on trouve des fous également, tout ça est mêlé comme si on ne distinguait pas le fou du mendiant ou de voleur.

Claude Quétel « Oui… l’Hôpital Général, n’est pas du tout l’hôpital au sens moderne du mot

Patrice Gélinet « une prison

Claude Quétel « C’est un lieu d’enfermement, on parle souvent de l’Edit de 1656, mais… mais la tentative sans cesse avortée d’enfermer, non pas des fous, mais des mendiants valides qui encombrent les rues de la capitale et des villes en général, remonte à François 1er, il y a peut-être je dirai, 20, 25 édits d’enfermement successifs de François 1er jusqu’à Louis XVI.

Patrice Gélinet « Oui, mais que viennent faire les fous là-dedans ?

Claude Quétel « Alors un petit peu c’est quand on secoue un panier, il finissent par rester au fond, alors que, au bout d’un certain temps les mendiants valides, qu’est ce qu’ils font, ils s’échappent, parce que le lieu d’enfermement, ça n’est pas, ça n’est pas Fleury-Mérogis, hein, l’Hôpital Général…

Patrice Gélinet « C’est pourtant ce que dit Foucault, une petite parenthèse, quand il écrit son Histoire de la folie à l’âge classique, c’est de cette époque qu’il parle et de l’enfermement des fous…

Claude Quétel « Alors là je ne sais pas si on va commencer à parler de Michel Foucault, mais ça ne fonctionne pas son

Patrice Gélinet « mais vous n’en dites pas que du bien

Claude Quétel « Non parce que ce schéma là ne fonctionne pas, l’Edit de 1656 est un édit parmi d’autres et on ne vise pas les fous, on vise les mendiants valides mais, au bout d’un certain temps, quand je dis au bout d’un certain temps, c’est au bout de deux siècles, pas au bout de trois semaines, qui est-ce qui va rester dans l’Hôpital Général ? Pas du tout ceux qui étaient visés par l’Edit, il va rester : les aveugles, les estropiés, les vieillards et, des fous, les épileptiques parce que les épileptiques dès l’Antiquité ne sont pas du tout considérés comme des fous, c’est encore une catégorie médicale à part, et donc ces malheureux-là, eux, ils ne peuvent pas soit ressortir, parce qu’il n’y a plus d’argent pour continuer à les enfermer, soit parce qu’ils n’ont pas envie de rester plus longtemps et puis qu’ils s’en vont pratiquement, je dirai, même pas en s’évadant, en sortant par, par peut-être la porte de derrière, et donc les fous finissent par rester et ces fous qui restent vont finir par effectivement poser un problème, mais un problème médical.

Patrice Gélinet « Mmm… mais quand ils restent, il faut qu’ils soient rentrés, qui est-ce qui décide de l’internement d’un fou dans un Hôpital Général, Claude Quétel ?

Claude Quétel « Alors… c’est compliqué l’Ancien Régime… en fait il y a plusieurs systèmes, c’est-à-dire que, ou, en fait on ne décide pas de l’internement d’un fou à l’Hôpital Général, l’Hôpital Général enferme, enferme, encore une fois parfois plus au sens de l’Assistance que de la Répression, hein, quand on a à faire à une petite orpheline qui est dans les rues qui a besoin d’être nourrie, à mon avis, elle est au moins autant assistée qu’enfermée, donc là on n’enferme pas, on finit
Mais par contre, on interne à la demande des familles par lettre de cachet, mais dans d’autres établissements qui sont les maisons de force et les maisons de force, ça n’a rien à voir avec l’Hôpital Général, il faut payer une pension

Patrice Gélinet « Hmmm… c’est la justice en fait qui décide si quelqu’un est fou ou non ?

Claude Quétel « Est-ce que la lettre de cachet est la justice… ?

Patrice Gélinet « C’est ce que vous dites, en tout cas, mais enfin pas la lettre de cachet, mais c’est une décision de justice qui décide de faire rentrer quelqu’un dans une maison de force ?

Claude Quétel « C’est une décision administrative

Patrice Gélinet « Oui

Claude Quétel « c’est-à-dire que, on est dans une logique qui n’est pas du tout la logique actuelle, c’est le Roi, et le Roi, du Roi vient toute justice, tout pouvoir, et donc l’Administration royale examine les demandes des familles, fait des enquêtes souvent très très soignées, et celui qui a demandé l’internement pour quelqu’un et puis qui a menti, il est, il est puni très très sévèrement, parce qu’il n’a pas donné les bonnes informations, et ensuite effectivement une lettre de cachet est décernée, ce n’est pas de la Justice

Patrice Gélinet « En tout cas on ne se préoccupe pas trop du fou, l’important c’est de le mettre à l’écart de la société, on ne s’interroge même plus d’ailleurs sur les raisons de sa folie, sur son diagnostic, qu’on n’établit pas, jusqu’à ce qu’au XVIIème siècle, on commence à nouveau à se poser des questions sur la folie, et là c’est la philosophie qui intervient, ou la littérature, vous citez Descartes, vous citez Voltaire qui écrivait dans son Dictionnaire Philosophique : « Un fou est un malade dont le cerveau pâtit, comme le gouteux est un malade qui souffre aux pieds et aux mains », et là, l’interprétation démoniaque de la folie disparaît, on commence à prendre sérieusement la chose en main, et c’est la science qui est chargée de répondre à la question que l’on se pose, justement, sur la folie.

Claude Quétel « Oui tout à fait, mais cette médicalisation de la folie n’est pas nouvelle, elle a toujours existé, par contre il va y avoir tout un travail théorique sur la folie, le mot "la folie"… sur les folies, sur les types de folie

Patrice Gélinet « Mais est-ce qu’on les distingue déjà, à ce moment-là ?

Claude Quétel « Ah oui, complètement. Vous savez, selon que vous êtes

Patrice Gélinet « Est-ce qu’on parle de, de névroses, de psychoses, de,...?

Claude Quétel
« Ah non, pas de névroses ni de psychoses, mais on a tout de même les grandes catégories qui sont en place dès l’Antiquité, et je ne cesse d’y insister parce que c’est tellement vrai, c’est tellement peu admis que je crois que j’ai raison d’y insister, mais, selon que vous êtes, mais peut-être que cette appropriation ne va pas vous convenir, mais enfin, que vous êtes maniaque ou que vous êtes mélancolique, que vous êtes phrénétique, ça n’est pas le même type de folie, alors on dirait aujourd’hui selon que vous êtes déprimé ou agité par exemple, bon, ce sont les types de folie très très différents et qui ont été perçus 1000, 2000 ans avant Jésus-Christ.

Patrice Gélinet « En tout cas, le fou est cette fois-ci considéré comme un malade et un malade auquel il s’agit désormais de porter des soins, comme ceux qu’apportait un médecin anglais au roi d’Angleterre Georges II qui était fou

(17:35…18:45 : sur le docteur Willis)

Patrice Gélinet « Et nous sommes à la fin du XVIIIème siècle, le fou est enfin, avec tout ce que cela suppose, hein, bien sûr, est entrain, devient un malade, devient quelqu’un que l’on soigne, mais alors avec des moyens que vous citez, que vous appelez le baroque thérapeutique, c’est-à-dire on emploie encore les méthodes qu’employaient déjà, qu’on employait sous les Grecs ou au moyen âge qu’on appelle les évacuants, hein je crois, pour chasser les humeurs, mais alors il y a toute une panoplie d’instruments de torture qui commencent à apparaître au XIXe siècle, et qui font peur

Claude Quétel « Oui, le problème c’est que, on a toujours essayé de soigner les fous, mais on n’a jamais réussi à les guérir, donc les, les médications s’ajoutent les unes aux autres, et on finit par en avoir un catalogue extraordinaire, on a tout essayé, on a tout essayé, la médecine physique, les évacuants, les purgatifs, les vésicatoires, mais aussi on évoquait tout à l’heure la folie du roi Georges qui va faire avancer beaucoup la future histoire de la psychiatrie, et les Anglais ont été très troublés

Patrice Gélinet « ont été très en avance, il y a eu un docteur Willis, pas le même mais au XVIIe siècle, qui a été le premier

Claude Quétel « oui, Thomas, et là, il y a une réflexion sur ce qu’on va appeler le traitement moral, les inventeurs du traitement moral qui va amener Pinel

Patrice Gélinet « la psychiatrie

Claude Quétel
« et qui va amener la psychiatrie, ce sont les Anglais, c’est un courant philanthropique qui se penche sur la folie alors d’abord qui se penche avec commisération, mais qui ensuite interroge la folie d’un point de vue scientifique, c’est-à-dire comment est-ce qu’on peut accéder au fou et à sa maladie, pour tenter de la guérir, et donc là on n’est plus dans le baroque thérapeutique, mais dans le baroque thérapeutique il y a un tas de choses extraordinaires, y compris le fameux piano à chats, où il y avait des aiguilles qui appuyaient sur les queues des chats et on faisait une musique en les faisant miauler avec des registres différents, bon, il y a des choses absolument, bon, vous savez, pourquoi pas des médecines folles pour soigner la folie...
(20:40)

- On croit comprendre à la lecture de cette transcription que, pour Quétel, l'admission des fous à l'Hôpital Général a lieu sans formalité légale, tandis que l'internement en maison de force ne peut s'effectuer que par lettre de cachet. Deux propositions erronées.

- Par ailleurs, Quétel rejoint, voire reprend l'idée de Michel Foucault sur la "sédimentation" des fous à l'Hôpital Général :"c’est un peu comme « quand on secoue un panier, (les fous) finissent par rester au fond », tandis que les autres reclus (mendiants) finissent par ressortir. Une idée intéressante, qui aurait toutefois à être documentée.


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Arthaud de Lyon, aliéniste missionnaire

Frédéric Scheider


Préface de Jacques Hochmann.
Paris, Glyphe éd., coll. «Société, histoire et médecine», 2009; 338 p.

« Joseph Arthaud (1813-1883), issu d’une famille catholique lyonnaise, consacre sa thèse de médecine à l’anatomopathologie de l’aliénation mentale, à une époque où l’aliénisme est une discipline naissante.

Médecin-chef du quartier des aliénés à l’hospice de l’Antiquaille à Lyon, il ouvre l’asile du Vinatier en 1877. La même année, il est nommé professeur de psychiatrie à la Faculté de médecine de Lyon. Élève de l’abbé Noirot et compagnon du catholique social Frédéric Ozanam, soucieux de concilier science et foi, il milite pendant trente ans à la société Saint-Vincent-de-Paul et à la Propagation de la Foi.

Dualiste comme Descartes, Joseph Arthaud est un homme du premier seuil de laïcité. Il sera le bouc émissaire des Républicains lors du mouvement anticlérical des années 1870 qui accompagne l’institution de l’école de Jules Ferry et la laïcisation des hôpitaux. »
(présentation de l'éditeur)

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La mortalité des malades mentaux hospitalisés en France pendant la deuxième guerre mondiale : étude démographique

Mortality of psychiatric inpatients in France during World War II: A demographic study


François Chapireau
Institut national d’études démographiques, Paris, France

L'Encéphale, Volume 35, n° 2; 121-128 (avril 2009)

Résumé
Pendant la deuxième guerre mondiale, les malades mentaux hospitalisés ont souffert plus durement que la population générale de la surmortalité liée aux restrictions alimentaires et à la recrudescence de la tuberculose. Cette question fait l’objet de polémiques vives et anciennes. En 2007, la question trouve un regain d’actualité avec la parution de l’ouvrage de Mme von Bueltzingsloewen.
L’étude démographique conduite pour la première fois à partir des données publiées donne les résultats par sexe, âge, diagnostic et catégorie d’établissement. Les taux de mortalité et les ratios standardisés de mortalité sont calculés.
Débutant dès 1939, la hausse de la mortalité est massive en 1940 et 1941. En 1941, près d’un homme sur trois et près d’une femme sur cinq sont décédés. À la suite de la circulaire ministérielle du 4 décembre 1942, la mortalité baisse notablement en 1943 et reste stable en 1944, sans revenir au niveau constaté avant la guerre, qui n’est atteint à nouveau qu’en 1946, après une nouvelle baisse en 1945. Enfin, la comparaison avec les personnes hébergées dans les hospices suggère l’existence d’une surmortalité plus grave dans les établissements psychiatriques, même si d’autres populations vulnérables ont elles aussi subi les effets redoutables de la famine.
Au total, le nombre de personnes frappées par la surmortalité dans les établissements psychiatriques peut être estimé à environ 45 500.
L’ampleur de ce drame résulte des restrictions liées à la guerre, mais aussi de la précarité préexistante de l’hygiène, de l’alimentation et de l’encadrement par le personnel dans les établissements psychiatriques.

Summary
Introduction -
In France, World War II lasted from 1939 to 1945. Under-nourishment was a national problem, and was more severe in mental hospitals. The mortality of psychiatric inpatients in France during World War II has long been a controversial issue in the country.

Literature findings
-
Some authors wrote of the “soft extermination” of 40 000 mental patients, although this has been proven false. The historical study published in 2007 by Isabelle von Bueltzingsloewen provides in-depth description and analysis of starvation due to food restrictions in French mental hospitals. Although the French official statistic services published detailed data, no demographic study has been published so far. Such studies have been conducted in Norway and in Finland. “The influence of a period of under-nourishment upon mortality in mental hospitals can rarely be seen with a clarity equal to that in this work. The strict rationing was the same for everybody, but, extra muros, there was private initiative and ingenuity to help in alleviating the distress. Naturally, patients in institution had no ability to act on their own. The immense increase during the period of war from 1941 to 1945 appeared both as an increase in the exact death-risk and as an increase in the disproportion with normal mortality. The men reacted more strongly than women; which is readily comprehensible on physiological grounds, as the rations were virtually the same for all.” Excess mortality continued after the war. Even though under-nourishment had ceased, death rates from tuberculosis remained high the following year. Both papers state that the poor hygiene and bad living conditions existing in mental hospitals before the war worsened the effects of food restrictions.

Demographic data
-
French data were published by the General Statistics of France (SGF) that became the National Institute of Statistics and Economic Studies (Insee) in 1946. A series of datasets were published each year according to sex, diagnosis and type of psychiatric institution. In 1943, the outdated diagnostic classification was replaced by a more modern one, with reference to ICD. The same year, the age groups also changed (instead of 35–44, it became 30–39). Publication of data by type of institution was discontinued in 1943; from 1945 to 1948, the only available data concerned patients in hospital on 31st December, by age, sex and diagnosis. General population data were published by the National Institute of Demographic Studies (INED). The data referring to civilian population during the war are provided by the Human Mortality Database. This study covers number of people in hospital, mortality rates by sex, age, diagnosis and type of institution, and standardised mortality ratios. These refer to the civilian population which is more relevant since mental patients would not have been allowed to join the armed forces, even if they had not been in hospital. Finally, mortality trends in mental hospitals are compared with those in “hospices for old, disabled or incurable people”, in order to ascertain whether all vulnerable populations in institutions suffered to the same extent. The results show that the number of inpatients in 1945 was about half the total recorded in 1940, due to fewer admissions and to a large increase in the number of deaths. However, the number of discharges increased in 1940, even though the number of admissions had begun to slow down: many patients were sent to places offering better food and hygiene. The number of deaths began to rise as from 1939. Mortality rates were high in 1940 and especially in 1941, when almost one man in three and more than one woman in five died. Global rates did not change in 1942. In December that year, a government order stated that mental patients should receive more food. Mortality rates went down in 1943 and 1944, but rates did not return to the prewar values until 1946. In 1939, mortality rates are high but only among patients of 70 years of age or more. In 1940, they were highest above 55; in 1941, rates between ages 15 and 54 were double those of the preceding year. Thus, even though excess mortality affected all ages, its strongest effects were felt from the older patients to the younger ones from 1939 to 1941. Trends according to diagnosis are difficult to interpret because of the change of classification in 1943. The patients suffered greatest hardship in public hospitals, which had no budget of their own and were run by the departements and lowest in private hospitals contributing to the public service, most of which were congregational and received religious funding. In 1941, standardised mortality ratios were more than three times higher than they were before the war.

Conclusion -
Comparison with people living in hospices shows that during the war mortality rates were 50% higher in these institutions, while they almost tripled in mental hospitals. The number of people who died of starvation and infectious diseases in mental hospitals from 1939 to 1945 can be estimated at about 45,500. However, mental patients were made specially vulnerable by circumstances that existed before the war in mental hospitals, in terms of food, hygiene and staffing, as suggested by an official document quoted in the paper.

Mots clés : Mortalité, Malades mentaux, Deuxième guerre mondiale, Établissements psychiatriques, Famine

Keywords : Mortality, Mental patients, World War II, Mental hospitals, Starvation

Voir sur le présent site nos pages sur L'hécatombe par carence, et notamment :

- L'Hôpital Psychiatrique de Maison-Blanche sous l'Occupation
- Le coulage et sa répression
- Grandes dates et notes biographiques
- Eléments bibliographiques

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* * *




2008


De l'asile de la Demi-Lune

aux Hôpitaux de Lannemezan (1938-2008)




Un, Deux... Quatre Éditions; 203-5 p., ill.


« Créé en 1938 en tant qu'hôpital départemental pour malades mentaux, l'Hôpital Psychiatrique de Lannemezan ou, comme il est dit de manière locale « la Demi-Lune », a évolué au cours de ces 70 années. Il est devenu depuis 1991 « Les Hôpitaux de Lannemezan ».

Pour répondre aux besoins de santé généraliste et spécifique d'une population de proximité, l'offre de soins s'est diversifiée.

Comment s'est opérée cette évolution ? C'est ce que nous vous proposons de découvrir à travers ces textes, images, photos... qui, au fil des ans, vous conduiront de l'offre de soins centrée à l'origine sur la psychiatrie pour s'ouvrir ensuite aux soins plus somatiques avec le Centre Médico-Chirurgical, puis aux soins spécialisés pour les personnes âgées (ex : Unité de Soins de Longue Durée) et pour les handicapés avec la création récente de structures médico-sociales (ex : Maison d'Accueil Spécialisée, Foyer d'Accueil Médicalisé).

Demain, parions-le, on ne parlera plus de la « Demi-Lune » comme le lieu où l'on prend en charge le malade mental mais comme un lieu de soins pluridisciplinaires et diversifiés tout simplement
. » (présentation de l'ouvrage)

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Les hôpitaux dans la guerre


Ed. Le Cherche Midi, 2008 ; 256 p., ill.


«De la Première Guerre mondiale à la guerre d'Indochine, les hôpitaux et leurs personnels soignants se sont retrouvés au cœur des conflits.

Sur le front comme à l'arrière, les médecins et les infirmiers ont prodigué des soins d'urgence et porté secours aux réfugiés, tout en faisant face à la pénurie, au manque de personnel et aux bombardements qui n'épargnaient pas les hôpitaux.

Des historiens, des écrivains et des médecins nous racontent ce formidable engagement des professionnels de santé et des bénévoles, qu'illustrent de nombreuses photographies et documents d'époque.

Au fil des récits, des témoignages et des portraits, c'est toute l'histoire du dévouement et de l'héroïsme du corps médical qui nous est révélée. Une histoire faite de tragédies mais aussi d'espérance.
» (présentation de l'ouvrage)

Sommaire :

I- Les hôpitaux dans la tourmente
- Les hôpitaux en guerre, un quotidien bouleversé
- Les hôpitaux, lieux de tragédie

II- L’engagement du personnel hospitalier en temps de guerre
- le personnel au cœur de la solidarité hospitalière
- Héroïsme et Résistance à l’hôpital

III- L’évolution des services, des techniques et des soins sous l’influence de la guerre
- Guérir les ravages de la guerre
- Soigner dans l’urgence : l’hôpital, formation militaire de campagne

Parmi d’autres contributions :

- « L’hôpital psychiatrique d’Armentières sous les feux des deux guerres mondiales », par Alain Fernagut (pp.26-31)

- « La vulnérabilité des malades mentaux en temps de guerre : l’exemple de l’hôpital psychiatrique de Bassens en Savoie », par Patricia S. Legg (pp.54-58)

- « Les visages martyrs de l’hôpital Sainte-Anne : portraits d’hommes et de femmes, résistants et déportés », par le docteur François Caroli (pp.132-136)

- « Les hôpitaux des armées face à la psychonévrose de guerre du combattant de 1914-1918 », par le médecin-général (CR) Louis Crocq (pp.174-177)

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Hôpitaux d'hier et d'aujourd'hui.
Les hôpitaux psychiatriques et centres hospitaliers universitaires que j'ai connus


Jacques-Paul BOREL


Frison-Roche, 2008 ; 186-4 p., ill.


« L'auteur, ancien professeur de Faculté de Médecine, a passé la plus grande partie de sa vie dans des hôpitaux très divers.
La qualité de médecin des hôpitaux psychiatriques de son père lui a valu de résider longtemps dans ce type d'établissements.

Il décrit l'atmosphère haute en couleurs d'un «asile» d'avant-guerre (1936-1939) situé en Charente. Il a vécu ensuite les années d'occupation successivement dans deux hôpitaux, l'un en Dordogne, l'autre dans les Hautes-Pyrénées (1941-1945) et décrit les scènes ordinaires de famine dont les malades étaient victimes et les opérations des maquis et des troupes étrangères pendant ces années douloureuses.

Devenu médecin à son tour, il a assisté à l'éclosion d'un Centre Hospitalier et Universitaire moderne, à Reims (1963-1996), témoin de toutes les difficultés et luttes qui ont suivi la révolution médicale introduite par les réformes Debré de 1958.

C'est par l'histoire que l'on comprend mieux le présent et en nous livrant ses souvenirs, l'auteur nous permet de mieux comprendre comment vit notre système hospitalo-universitaire et pourquoi il doit encore évoluer.
» (présentation de l'ouvrage)


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Psychiatries dans l'histoire

Actes du 6e congrès de l’Association Européenne pour l’Histoire de la Psychiatrie publiés sous la direction de Jacques Arveiller. Collection Symposia. Presses Universitaires de Caen, 2008, 478 p.

Ce volume, rassemblant des contributions au 6e congrès de l’Association européenne pour l’histoire de la psychiatrie (Paris, septembre 2005), aborde de façon très variée comment la psychopathologie et la psychiatrie se sont incarnées et déployées dans diverses périodes de l’histoire, de l’Antiquité à la période contemporaine, et dans des zones géographiques elles aussi variées (les pays d’Europe, mais aussi ceux d’Amérique du Nord et du Sud).


On y insiste sur les échanges et influences entre ces pays et ces zones, tant sur le plan des théories que sur celui des pratiques.


Ces contributions se regroupent autour de grandes thématiques concernant la psychiatrie (cliniques et psychopathologies, psychiatrie de l’enfant, psychanalyse et psychiatrie, institutions psychiatriques, thérapeutiques psychiatriques, psychiatrie légale et écritures de la psychiatrie).

 

Sommaire

Jacques Arveiller : Présentation

Dora B. Weiner : La psychiatrie arrive en Amérique : une perspective globale.

Jean Garrabé : Don Quijote et l'Éloge de la folie

Jean-Pierre Luauté : Christophe Colomb : l’homme qui prit des lamantins pour des sirènes

Juan Carlos Stagnaro : La réception des idées de la clinique psychiatrique française à Buenos Aires dans la seconde moitié du 19e siècle.

David D. Lee : On the translation and import of Wilhelm Wundt’s Memoirs, Erlebtes und Erkanntes (1920)

Emmanuel Delille : Un voyage d’observation des psychothérapies aux États-Unis : Henri Ellenberger entre psychiatrie transculturelle et héritage janetien (1952)

Eduardo Luis Mahieu : Maladie sacrée, maladie unique : Hippocrate neuropsychiatre

Eduardo Tomas Mahieu : Diego Alcorta : dissertation sur la manie… aiguë ?

Norberto Aldo Conti : La « Psychologie sociale » de Carlos Octavio Bunge et sa théorie de la subconsciencesubvolonté.

Sophie De Mijolla-Mellor : Extase et Délire

Huub Engels : Understanding the Glossolalia of Hélène Smith, the Famous Spiritist Medium.

Michel De Boucaud : Les courants psychopathologiques et psychiatriques et l’anthropologie spiritualiste au milieu du 20e siècle

Nicolas Gougoulis : Freud et la psychiatrie, essai de théorisation épistémologique

Catherine Fussinger : Psychiatres et psychanalystes dans les années 1950. Tentations, tentatives et compromis : le cas suisse.

Cristina L. Núñez Ronchi : La psychanalyse et ses textes cliniques.

Alain De Mijolla : Quelques remarques historico-critiques sur des écrits innommables

Michel Caire : Répression et traitements baroques des aliénés au 19e siècle : les aquarelles de Sainte-Anne

Frédéric Scheider : Le traitement du crétinisme, entre science et idéologie

Thérèse Lempérière et Roger Ropert : La Révolution neuroleptique, le congrès de 1955

Vassilis Kapsambelis : Neuroleptiques et parkinsonisme. Une conviction scientifique erronée et ses vraies implications psychopathologiques

Jerzy Aleksandrowicz et Jerzy Sobanski : Histoire de la psychothérapie en Pologne

François Pommier : Traitement moral, exclusion et temporalité : psychiatrie, psychanalyse et santé du bien-portant.

Sergio Javier Villaseñor Bayardo et Angelica Jazmín Albarrán Ledezma : Notes sur l’histoire de la psychiatrie dans l’État mexicain de Jalisco

Nicolas Henckes : Réformer et soigner. L’émergence de la psychothérapie institutionnelle en France, 1944-1955

Vincent Guérin : L’évolution des rapports hommes–femmes (Sainte-Gemmes-sur-Loire, 1950-1970)

Mario Colucci : Le « moment heureux » de la psychiatrie italienne

Pierangelo Di Vittorio : Oublier l’antipsychiatrie ?

Thierry Gineste : Naissance de la pédopsychiatrie, de la prétention de Pinel aux interrogations d’Itard

Andréa Máris Campos-Guerra : L’histoire de l’assistance psychiatrique infantile au Brésil

Marc G. Schweitzer et Nicole Puig-Vergès : De Georges Heuyer à Daniel Lagache : La délinquance des mineurs entre sociogénèse et psychogénèse

Vincent Benoist : La schizophrénie chez l’enfant en 1953 : les apports de Rosine Lefort et Jacques Lacan

Laurent Turcot : Arrestation et encadrement du fou au 18e siècle par la police parisienne

Rafaël Huertas : Sur les origines de la psychiatrie légale en Espagne

Marc Renneville : La psychiatrie légale dans le projet de réforme du Code pénal français (1930-1938)

Benoît Eyraud : Prise en charge thérapeutique et protection des intérêts civils : des institutions aux enjeux imbriqués

Angelos Caracalos et Dimitris Ploumpidis : Processus psychopathologique et écriture. L’écrivain grec Mikhaïl Mitsakis (1865-1916) et ses poèmes en français

Pierre Chenivesse : Grand Guignol et aliénisme

Jean-Gérald Veyrat : Deux pionniers de la sexologie : John Harvey Kellog et Magnus Hirschfeld

Parmi les contributions figure celle de l'auteur de ce site, pp.211-221 :

Les Aquarelles de Sainte-Anne
Docteur Michel Caire

La bibliothèque Henri Ey du Centre Hospitalier Sainte-Anne (Paris) présente dans sa salle de lecture dix peintures figurant de curieux moyens de contrainte et quelques méthodes de traitement baroques : bains de surprise, machines rotatoires, roue creuse, chaînes et fers, casaque, lit et horloge de force, boite en osier. L'auteur en propose la présentation, assortie de commentaires sur la réalité de leur usage, les dates et quelques établissements européens où ils ont été employés. Les photographies de ces aquarelles sont visibles sur le site personnel de l'auteur.

The Henri Ey library of Sainte-Anne (Paris) houses, in the reading room, ten paintings which illustrate various strange restraint devices and some weird methods of treatment : baths of surprise, rotatory machines, a hollow wheel, chains and fetters, restraint cangue, bed and clock, and a wicker „basket". The author describes them and comments on the true uses which were made of them, on the periods during which they were used and on a few institutions where they were promoted. The photographs of these watercolours are available on the author's personal website.

(voir le texte intégral -en pdf- sur le site de l'Université de Caen)


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Les querelles du cerveau.
Comment furent inventées les neurosciences.

Céline Cherici, Jean-Claude Dupont (sous la direction de)
Paris, Vuibert, 2008, 368 pages
(publié avec le concours du laboratoire REHSEIS - UMR7596)

Cet ouvrage comble une lacune historiographique dans le domaine des sciences du cerveau, qui correspond à la période antérieure aux travaux de Fritsch et Hitzig, de Broca, et à la formulation de la première théorie neuronale par Cajal, à la fin du XIXème siècle : au cours de cette longue période de gestation et de querelles, se signalent entre bien d'autres Thomas Willis, Monro, Baglivi, Soemmering, Vicq d'Azyr, Antonio Scarpa, Reil et Franz Gall, Magendie, Burdach, Bell, Flourens, &c. &c.
La couverture reproduit le détail d'un tableau de Thomas Eakins, The Agnew Clinic, représentant une opération de mastectomie dirigée en 1889 par le Docteur Haves Agnew dans l'amphithéâtre de la Faculté de médecine de Pennsylvanie...

Dix chercheurs français et italiens ont apporté leur contribution : Jean-Gaël Barbara, Claude Blanckaert, Céline Cherici, Laurent Clauzade, Jean-Claude Dupont, Rafael Mandressi, Monica Panetto, Paolo Quintili, David Romand et Giorgio Zanchin.

Table des matières

Introduction (Céline Cherici & Jean-Claude Dupont)
Diversité et évolutions des pratiques chirurgicales, anatomiques et physiologiques du cerveau au XVIIIème siècle (Jean-Gaël Barbara)
Dynamisme physiologique, contrôle cérébral et mémoire au xviiie siècle (Jean-Claude Dupont)
Les Éléments de physiologie et l’histoire du cerveau. Diderot face à la physiologie de son temps (Paolo Quintili)
L’encéphalite rabique dans un manuscrit inédit de Vincenzo Malacarne (Monica Panetto & Georgio Zanchin)
Opérations mentales, pathologies cérébrales et altérations de l’intellect : controverses autour de l’anatomie et de la physiologie du cervelet (Céline Cherici)
Les organes de la sensibilité : Félix Vicq d’Azyr et l’anatomie du cerveau (Rafael Mandressi)
Le cerveau chez Cabanis et Gall : La philosophie biologique du xviiie siècle en débat (Laurent Clauzade)
Johannes Müller et la théorie des énergies sensorielles spécifiques (David Romand)
La « météorologie du microcosme cérébral » : controverses raciologiques autour de Paul Broca et Pierre Gratiolet (Claude Blanckaert)
Repères chronologiques (1660-1860)
Eléments biographiques
Bibliographie générale

Présentation de l’éditeur

« Avant la formulation de la théorie du neurone par Cajal dans les années 1880, on ne trouve guère de traces d’une véritable histoire des sciences du cerveau. Pourtant la neurophysiologie existait bel et bien. Ce livre voudrait réparer cet oubli touchant les pionniers de l’âge classique, période riche de découvertes et d’avancées dans la compréhension du fonctionnement cérébral aussi bien que dans le traitement des maladies cérébrales comme la rage.
L’âge classique est d’abord une période de gestation, tant scientifique que philosophique, notamment à travers la traditionnelle question des rapports entre l’âme et le corps. Ce questionnement philosophique entraîne une recherche expérimentale en physiologie, souvent limitée par les moyens techniques de l’époque : elle s’appuie toutefois sur le perfectionnement de l’anatomie cérébrale engagé dès la Renaissance. On assiste alors à la constitution d’une pensée anatomophysiologique selon laquelle fonction et morphologie des structures cérébrales sont liées. Cette période de gestation - où se côtoient savoir traditionnel et avancées scientifiques - est marquée par des querelles entre les grands chercheurs de l’époque d’où émergent d’une part une culture du cerveau, et de l’autre, les concepts fondamentaux des neurosciences.
»


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Les murs de la folie : utopies asilaires et architectures psychiatriques

Dossier publié dans la Revue de la Société Française d'Histoire des Hôpitaux (Fédération Hospitalière de France - Fédération Internationale des Hôpitaux), n°130 - Septembre 2008; 27-66

Des articles de deux des meilleurs spécialistes de l'architecture asilaire -avec Jean-Michel Leniaud- :

- deux de Pierre-Louis Laget (docteur en médecine, chercheur dans le Service de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel) très bien documentés et illustrés de belles reproductions de gravures et photographies de divers établissements (Bicêtre, Sainte-Anne, Ville-Evrard, Vaucluse, Dun-sur-Auron, Maison-Blanche, Saint-Yon, Le Mans, Braqueville, Galkhausen, Montperrin, Fleury-lès-Aubrais, Ravenel, Lannemezan, La Verrière, Belair) présentent un panorama et une analyse de deux siècles d'histoire de l'architecture asilaire en France et dans quelques pays européens : «La politique de construction des asiles d'aliénés dans le département de la Seine (fin XVIIIe - début XXe siècle) : l'abîme du surencombrement», et «Utopie asilaire : une conception architecturale bercée par l'illusion d'un effet bénéfique sur des esprits dérangés».

- un de Lucile Grand, Direction des Archives de France, intitulé : «L'Inspection générale des asiles d'aliénés au XIXe siècle : rôle et influence dans l'architecture asilaire» (auteur de «L'architecture asilaire au XIXe siècle entre utopie de mensonge», Bibliothèque de l'Ecole des chartes, 163, 2005; 165-196).

Un article d'Odile Foucaud, Maître de conférences à l'Université Paul-Valéry, Montpellier III : «L'ancien Asile de Braqueville, à Toulouse (Centre Hospitalier Spécialisé Gérard-Marchant), enfin promu monument historique, célèbre son 150e anniversaire».


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La maison de Charenton du XVIIe au XXe siècle : construction du discours sur l'asile

Jeanne Mesmin d'Estienne

Revue d'histoire de la protection sociale [Comité d'histoire de la sécurité sociale ; directeur de la publication Jean-Louis Deroussen]. - N° 1 (décembre 2008); 18-35

L'auteur, doctorante à l'Université de Paris I - Sorbonne, a soutenu en 2007 un mémoire de master à l'Université Paris X - Nanterre intitulé La maison de Charenton sous la direction de Jean-Etienne Dominique Esquirol. Entre Mythe et Réalité.

Parmi les nombreuses références bibliographiques sur l'histoire de Charenton, on retrouve les désormais classiques, Pierre Pinon, Jean-Marie Gaussens, Adeline Fride, Albert Lehalle, Dominique Giraud, Hippolyte de Colins, Jean-Jacques Pauvert (sur Sade), Michel Ibert, Thierry Haustgen (sur Royer-Collard), Charles Strauss, Monique Dumas (sur Esquirol), Pierre Sevestre (ainsi que, sur un plan plus général : Robert Castel, Aude Fauvel, Marcel Gauchet et Gladys Swain, Michel Foucault, Hervé Guillemain, Jean Imbert, Jan Goldstein, Olivia Piton, Gabriel Bolotte, Henri Baruk).

Une note renvoie aux «Sources et Bibliographie» du mémoire de master de 2007 : peut-être y trouve-t-on quelques-unes des référentes manquantes dans cet article, parmi lesquelles Michel Gourévitch (sur Sade, sur de Coulmier, sur Royer-Collard, sur Hugo), Jacques Postel, Claude Quétel (voir la page «Les essentiels» de ce site)?

Il y aurait beaucoup à dire de cet article bien écrit et bien documenté (on regrettera cependant de lire «Esquiro» pour Esquirol (note 6), et surtout «Jacques René Ternon» -pour Tenon-, dans le texte page 23, ainsi que dans la note 16).

L'auteur de l'article évoque le témoignage de Schweigger au sujet des représentations théâtrales organisées par le directeur de la maison et le marquis de Sade, et très critiquées par Esquirol. Schweigger est un botaniste et médecin allemand qui, parmi d'autres hôpitaux parisiens, visita Charenton en 1808 et publia le récit de cette visite. Le passage de l'ouvrage consacré à Charenton est résumé, et quelques passages traduits de son ouvrage sont proposés page 33.

La référence de ces traductions (notes 58 et 59) est : «Schweigger Von (sic) August Friedrich, Kranken-und armen-anstalten zu Paris, Bayreuth, Johann Andreas Lübecks Erben, 1804 (sic), 206 p. Cité dans Huard Pierre, Sciences Médecine Pharmacie de la Révolution à l'Empire 1789-1815. Paris, R. Dacosta, 1970, 384 p.».

Or, dans cet ouvrage, Huard ne fait que citer l'existence du livre de Schweigger, et ne propose aucune traduction : les passages cités reproduisent à la lettre la traduction aisément reconnue par leurs auteurs.

Cette traduction, que l'on peut lire sur ce même site, a été publiée en son temps in extenso dans :

Michel Caire, Sabina Veit, Une visite des établissements parisiens d'aliénés en 1808. Traduction et commentaires de «Über Kranken- und Armen-Anstalten zu Paris, von Dr. August Friedrich Schweigger»; 57 p. Société Française d'Histoire des Hôpitaux, Prix Européen «Cofrahope» 1996

et par extraits dans :

- Michel Caire, Sabina Veit, «Une soirée au théâtre des fous de Charenton». L'Information psychiatrique, 71, 4, 1995; 383-389

- Michel Caire, «L'utilisation des récits de voyageurs hommes de l'art au XIXe siècle. Une visite du service des aliénées à la Salpêtrière en 1808», in : Histoire de la médecine, Leçons méthodologiques (sous la direction de Mme D. Gourévitch), Paris, Ellipses, 1995; 150-154

- Michel Caire, «Les institutions psychiatriques parisiennes sous l'Empire vues par un visiteur allemand». Histoire des sciences médicales, 1999, XXXIII, n°1; 61-68

Gageons que cette omission sera corrigée par Madame Mesmin d'Estienne dans sa thèse de doctorat.


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Romantisme n° 141, novembre 2008

Le XIXe siècle est partout vu comme le siècle de « l’apothéose » de la médecine, le moment fondateur où les aliénistes sont consacrés experts de la folie et imposent peu à peu leur vision de l’intériorité psychique à l’ensemble du corps social. Sans pour autant remettre en cause la richesse des travaux précédents, l’historiographie récente s’est interrogée sur les non-dits de l’histoire officielle, sur ce dont les psychiatres ne parlent pas ou peu : les résistances, les concurrences, la façon dont ils ont été marqués par des discours et des pratiques ne leur appartenant pas. D’autres que les médecins ont joué sur la construction du champ de la maladie mentale : les juges, les familles, le politique, l’Église, le personnel infirmier…, tous porteurs de cultures et d’expériences différentes. S’efforçant de reconsidérer l’histoire de la psychiatrie dans le sens d’une plus grande pluralité de témoins, c’est ainsi une image beaucoup plus complexe des relations entre patients, société et médecine qui se dessine aujourd’hui. Le présent recueil propose donc de donner un aperçu de ce renouvellement des perspectives sur l’histoire de la folie.

La religion de l’asile (1830-1870)

Hervé Guillemain

Romantisme n° 141 (3/2008) Novembre 2008; pages 11 à 21.

Si l’empreinte chrétienne de la proto-psychiatrie du premier XIX e siècle est bien connue (Foucault, Goldstein), elle est souvent considérée comme une dette progressivement effacée par la mise en place du pouvoir psychiatrique. Pourtant les décennies qui suivent marquent une forme d’apogée de l’influence cléricale. À partir de la critique certalienne de Foucault, on se propose ici de décrire l’asile des années 1830-1870 en rappelant cette donnée historique. Le salut des fous existe hors de l’asile. La parole des malades et le discours des médecins s’inscrivent dans une anthropologie chrétienne qui s’accorde fort bien avec le traitement moral. Loin de décliner, la religion se fait plus présente dans l’asile laïc et public du Second Empire.

Even though the Christian roots of the proto-psychiatry that developed at the beginning of the 19 th century are well known (Foucault, Goldstein), it is generally considered that this influence was then overshadowed by the rise of the psychiatric power. And yet, the following decades were marked by an acme of the clerical power. Using Certeau’s criticism of Foucault’s analysis, this article thus aims to describe the asylum institution of the years 1830-1870 in the light of this historical influence. There was redemption for the insane outside the asylum world. The patients’ voices and the medical discourse were both impregnated with a Christian anthropology, which, vice-versa, could very well do with the idea of a “moral treatment”. Far from declining, religion played in fact a growing role in the laic and public asylum of the French Second Empire.



Les lectures de l’intériorité devant la justice pénale au XIXe siècle

Laurence Guignard


Romantisme n° 141 (3/2008) Novembre 2008; pages 23 à 35

La question de l’état de démence des criminels devient au cours du XIX e siècle une question centrale et problématique pour les juristes et les magistrats. Il faut chercher l’origine de ce nouveau questionnement bien sûr dans l’essor de la psychiatrie et l’extension du champ de l’aliénation mentale dont elle est porteuse, mais aussi dans l’évolution spécifique du système judiciaire. À partir du début du XIX e siècle, de nouvelles notions s’imposent qui favorisent une individualisation des peines désormais indexée sur la personnalité des accusés. L’ intention du crime, l’intensité de la volonté qu’a montré le criminel dans son action, le degré de conscience dont il a fait preuve, acquièrent en justice une importance capitale. Cette « moralité de l’acte », fondamentale dans la définition de la culpabilité, produit une nouvelle lecture de l’âme des criminels, qui élargit le rôle de la psychiatrie en justice et favorise l’émergence d’une conception psychique du sujet.

The question of the state of sanity of criminals became a core issue for jurists and magistrates during the 19 th century. This new questioning originated in the development of psychiatry and in the extension of the field of insanity, but it is also linked to the specific evolution of the judicial system, which attributes a major importance to the intention behind the crime, the intensity of will exhibited by a criminal when he acted, and the degree of consciousness he displayed. This “morality” of the action, fundamental for the definition of fault, produced new readings of the criminals’ soul. This, in turn, broadened the role of psychiatry in justice and facilitated the emergence of a psychic conception of the subject.



Le placement familial des aliénés en France. Le baron Mundy et l’Exposition universelle de 1867

Thomas Mueller


Romantisme n° 141 (3/2008) Novembre 2008; pages 37 à 50

Dans les années 1860, la médecine aliéniste et le système asilaire furent violemment pris à partie. À l’asile fermé traditionnel, mouroir sinistre où l’état des patients empirait au lieu de s’améliorer, les réformateurs opposèrent un nouveau modèle : celui de la « colonisation familiale ». Le système belge de la petite ville de Gheel, où les aliénés étaient pris en charge dans des familles sous la supervision d’une équipe médicale et sous la surveillance des autorités administratives, devint alors un symbole « d’anti-asile ». Les patients y étaient libres, ils contribuaient au bien commun : il s’agissait, en somme, d’un système d’intégration et non d’exclusion de la folie. Dans ce combat entre tenants de la doctrine de l’asile et de « l’isolement thérapeutique » et partisans du placement familial, un individu joua un rôle prépondérant : le baron Jaromir von Mundy. Médecin militaire de formation, membre la haute société et polyglotte, Mundy se fit le propagandiste infatigable de la « colonisation familiale », modèle qu’il contribua à faire connaître dans toute l’Europe. Cet article cherchera à comprendre les raisons de cet engagement, et s’attachera ensuite à retracer plus particulièrement l’influence que Mundy eut sur la scène psychiatrique française, éclairant ainsi un épisode méconnu de l’histoire psychiatrique du XIX e siècle.

In the 1860’s, criticism of the traditional medical care of the insane and of the asylum institution grew stronger. Among the alternatives proposed to the closed institutions, “oubliettes” in which those in need of a cure were left to die, the family care system became strongly advocated by reformists. This solution benefited from the model provided by the city of Gheel, a small Flamish town, in which the insane were living among the population, hosted by foster families, under a medical and governmental supervision. There, patients were living among the citizens, showing the efficiency of a logic of integration of madness rather than its exclusion : soon the city of Gheel became a symbol of “anti-asylum”. In the conflict opposing traditionalists, defending the asylum institution and therapeutic constraint, and reformists, believing in “boarding out systems”, the Baron Jaromir von Mundy stands out. This physician of noble ascent became the strongest advocate of the private dwelling system, which he relentlessly and passionately defended across Europe. After trying to shed light on the possible reasons for such a strong commitment to this cause, this essay will show how Mundy particularly affected the debates among the French psychiatrists, thus giving new elements on the history of 19 th century psychiatry.



La voix des fous. Hector Malot et les « romans d’asile »

Aude Fauvel


Romantisme n° 141 (3/2008) Novembre 2008; pages 51 à 64


Hector Malot est aujourd’hui surtout connu pour ses livres destinés aux enfants. Pourtant ce n’est pas là ce qui l’avait rendu célèbre en son temps, mais plutôt Un beau-frère , une de ses premières oeuvres qui, défrayant la chronique en 1868, le fit alors apparaître comme le porte-parole de la cause des fous. Avec ce livre, véritable roman-charge contre l’institution asilaire, Malot se signala comme le premier auteur « anti-aliéniste » de sa génération, initiant une veine littéraire nouvelle, celle du « roman d’asile ». Il fut aussi le premier écrivain « aliéniste amateur » que de parfaits inconnus venaient consulter pour lui demander de juger de l’état mental d’un proche. Cet article offre donc de redécouvrir cet aspect méconnu de l’oeuvre de Malot et, en suivant le fil de son engagement en faveur des fous, d’aborder la culture « anti-aliéniste » de la fin du XIX e siècle, époque où l’on se demanda soudain qui du fou ou du psychiatre était le plus dangereux.

Nowadays, Hector Malot is mainly known for his books for children. However, that was not what made him famous in the 19 th century, a time when he was much more notorious for Un beau-frère (A stepbrother). In this novel, first published in 1868, Malot gave a dreadful depiction of the French asylum system. It was a great success and the controversy was such that from this time on Malot was considered as a defender of the insane. Malot was thus the first “anti-alienist” author of his time, and he created a new kind of literary “genre”, which I called “asylum novels”. He was also the first writer to be seen as an “amateur psychiatrist” : people would come to consult him, ask him to examine their mental state or request that he visited a confined relative. By studying this forgotten aspect of Malot’s work and life, this article aims to shed light on the “anti-alienist” culture of the fin de siècle, a time when people wonder who was the most dangerous, the mad or their psychiatrists.



De l’aliénisme à la littérature d’avant-garde ou les ambiguïtés d’une consécration : petite histoire des écrits de fous

Anouck Cape


Romantisme n° 141 (3/2008) Novembre 2008; pages 65 à 78

Durant l’entre-deux guerres, les mouvements d’avant-garde, et notamment les surréalistes, s’emparèrent des textes de fous du XIX e siècle, déclarant qu’il y avait une parenté étroite entre art et folie, les aliénés étant finalement les premiers à s’être « libérés » du carcan des normes de l’écriture et de la société. Puisant leur inspiration dans le corpus psychiatrique, ces écrivains prétendirent alors donner un statut d’oeuvres à des écrits que l’on considérait auparavant uniquement comme du matériau pathologique. En retraçant les chemins par lesquels les écrits de malades du XIX e siècle ont traversé les barrières disciplinaires, cet article entend nuancer la position de rupture que l’avant-garde s’est ainsi attribuée. Dès le XIX e siècle les aliénistes ont en effet été sensibles à la beauté de ces textes et ont interrogé les liens entre folie et création. Or en niant cette filiation avec le discours médical, dont ils perpétuent les pratiques, les surréalistes ont laissé de côté un problème sous-jacent : que signifie de dire des fous qu’ils sont artistes, sans pour autant leur reconnaître le statut d’auteurs.

During the interwar period, French avant-garde writers, especially surrealists, became obsessed with texts written by nineteenth-century lunatics and suggested that there was a close connexion between art and madness, as insanity consisted in being “free” from social and linguistic norms. As they sought inspiration in writings extracted from psychiatric literature, they claimed that they were the first ones to see the insane as artists, when physicians had only considered their work as clinical material. By exploring the ways through which nineteenthcentury patients’ writings crossed disciplinary boundaries, this article will demonstrate that the avant-garde was not really fair. Nineteenth-century physicians were already interested in the literary qualities of these texts and tried to understand which connexions there were between madness and creativity. As they denied this legacy, surrealists did not realize that the so-called “artistic” status they gave to the insane – writers who did not realize they were writing – was quite problematic.



Gogol, les moralistes et la psychiatrie du XIXe siècle

Irina Sirotkina


Romantisme n° 141 (3/2008) Novembre 2008; pages 79 à 101

En 1847, Nicolas Gogol (1809-1852) publia les Extraits choisis de ma correspondance avec des amis , un livre qui tranchait avec ce qu’il avait précédemment écrit. Le peintre satiriste des Âmes mortes , dénonciateur des travers de la société russe et des pesanteurs de l’appareil bureaucratique tsariste, semblait s’y être métamorphosé en conservateur dévot. Devenu adepte d’une forme d’ascétisme, Gogol brûla en outre le manuscrit de la seconde partie des Âmes mortes , avant de mourir d’épuisement en 1852. La fin de son existence donna lieu à de nombreux commentaires. Du côté des critiques littéraires russes, on considéra qu’un auteur qui changeait ainsi et refusait de tenir jusqu’au bout son engagement en faveur de la réforme sociale, était forcément malade. Les psychiatres, Bajenoff et Chizh notamment, apportèrent bientôt leur caution scientifique à cette interprétation morale et pathologique. Mais après 1905 et le changement de contexte politique, la situation changea. Rejetant les théories de leurs prédécesseurs, les médecins de la nouvelle génération s’en prirent à leur perception de Gogol, qui n’était pas pour eux un malade, mais bien plutôt un homme de génie, brillant exemple d’une nouvelle étape du développement humain. Étudiant les diverses interprétations auxquelles l’existence de Gogol a successivement donné lieu, cet article interroge les liens que le XIX e siècle, russe en particulier, a tissés entre génie et folie, et montre combien il est difficile de séparer l’étude des catégories psychiatriques de celles du politique et du jugement moral.

In 1847, Nikolai Gogol (1809-1852) published the Selected Passages of a Correspondence, a book that was radically different from what he had previously written. The author of Dead souls, who used to criticize the flaws of the Russian society and the ludicrous atmosphere of the bureaucratic tsarist regime, seemed to have morphed into a pious conservator. As he became a religious zealot, Gogol also burnt the second part of Dead souls and finally died in 1852, exhausted. The end of his life was profusely commented. For the most radical Russian literary critics, Gogol was a sick man, as they considered that a sane writer would never stop fighting for social reforms. Psychiatrists soon took their side, and Dr Bajenoff and Chizh wrote two pathographies which studied Gogol’s illness. But after 1905, as Russia went through a time of political turmoil, this situation changed. As they criticized the theories of their predecessors, psychiatrists of the new generation also rejected the way Gogol’s life had been analysed. For them, he was certainly not a sick man, but a real genius, a prophet of a new kind of humanity. By studying the successive interpretations of Gogol’s existence, this article aims to shed light on the connexions the 19 th century drew between madness and genius, and will show how psychiatric, political and moral judgment were at this time indissolubly linked in Russia.


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La folie des mères.
Théories et pratiques autour du diagnostic de la folie puerpérale, XVIIe - XXe siècles, France - Italie


Francesca Arena

Rives nord-méditerranéennes, 2008

Résumé
Le travail présenté ici, dans le cadre d’une thèse de doctorat en cours sur l’histoire de la folie puerpérale, se propose d’utiliser la catégorie de genre pour sortir de certaines impasses de l’histoire de la médecine. L’histoire du corps et de l’esprit de la mère, analysée dans la longue durée (XVIIe - XXe siècles), ainsi que dans une perspective comparatiste (France/Italie) nous permet de déceler les théories et les pratiques liés au diagnostic et d’en analyser les enjeux sociaux.

Abstract
This article is issued from a Phd in progress about history of puerperal insanity. In order to enlarge Medicine history point of view, we will use the gender category. The history of mother’s body and mind is analyzed in the long term (17th-20th centuries) and also in a comparative way (France/Italy). With this work, we hope to lighten theories and practices linked to the diagnosis and analyze their social stakes.

Riassunto
Il presente lavoro, sviluppato nell’ambito di una tesi di dottorato in corso sulla storia della follia puerperale, si propone di utilizzare la categoria di genere per superare alcune problematiche della storia della medicina. La storia del corpo e della psiche della madre analizzate nella lunga durata (XVII-XX secolo) e in una prospettiva comparativa (Francia/Italia) permette di mostrare le teorie e le pratiche intorno alla diagnosi e di analizzarne le cause e le implicazioni sociali.

Ce document est publié en ligne en texte intégral sur le site de Rives nord-méditerranéennes.

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L'hospitalisation des Juifs en psychiatrie sous Vichy dans le département de la Seine

Docteur Michel Caire

Histoire des Sciences médicales (Organe officiel de la Société Française d'Histoire de la Médecine), tome XLII, 2008 n°4, pp.349-358

L'auteur présente l'état actuel de ses recherches sur cette question jusqu'ici peu étudiée, dans un département dont les spécificités doivent être prises en compte. L'étude d'une cinquantaine de dossiers médicaux et divers documents inédits permet de préciser les conditions dans lesquelles les personnes persécutées en raison des lois raciales et hospitalisées en psychiatrie ont été protégées. Pour ce qui concerne leurs biens, il apparaît que le système destiné à protéger les malades mentaux au cours de leur placement en hôpital psychiatrique a été détourné, et utilisé pour spolier les malades «se disant Juifs ou supposés tels».

The author presents the state of his research about a question not very studied till now in a French department whose specificities have to be considered. The studying of some fifty medical records and some unpublished documents allows to point out how people persecuted by racial laws have been set in psychiatric hospitals and protected. As for their goods it seems that the system intending to protect psychiatric in-patients during their stay at the hospital has been turned away and used to despoil the patients «claimed or alleged Jews».


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Ville-Evrard. Murs, destins et histoire d’un hôpital psychiatrique

André Roumieux.

Edition L'Harmattan, 2008; 501 p., ill.

Présentation de l’éditeur
Au moment où la société s’interroge sur la place qu’elle doit accorder au malade mental, cet ouvrage retrace plus d’un siècle d’histoire de l’un des plus importants hôpitaux psychiatriques. De l’enfermement à la sectorisation, le lecteur est invité à suivre l’évolution de cette structure humaine et sociale ouverte en 1868 sur une exploitation agricole de plus de 300 hectares. Des milliers d’hospitalisés y ont vécu, souffert, attendu, parmi lesquels Camille Claudel, Antonin Artaud, Komitas, le président du Conseil Edouard Herriot. Au-delà des clichés et des idées reçues, l’auteur évoque la réalité de l’hôpital psychiatrique public et l’engagement de psychiatres et d’infirmiers, avec comme fil rouge le respect de la dignité humaine.
Biographie de l’auteur
André Roumieux, né en 1932 à Mayrinhac-Lentour (Lot), a été infirmier psychiatrique à Ville-Evrard pendant trente-six ans. Depuis sa retraite en 1988, il n’a jamais rompu avec son lieu de travail et a entrepris un long travail de mémoire autour de l’institution. Il ajoute à la force historique du récit la subjectivité de son témoignage. Un témoignage entrepris il y a plus de trente ans avec la publication de ses deux premiers livres, “Je travaille à l’asile d’aliénés” et “La Tisane et la camisole”.

Table des matières

Préhistoire de l’asile d’aliénés / Pussin, l’ami sincère de l’humanité / Le domaine du Général / L’asile d’aliénés / Un train de fous / Les aliénés riches et les aliénés pauvres / La première exposition de travaux d’aliénés / La laïcisation de l’asile / Mes aïeuls dans les murs / On braconne aussi à Ville-Evrard / Les aliénés au travail / La liberté recouvrée / Mais qui sont ces personnes accueillies en fanfare / Hervé, frère de Guy / Marandon de Montyel, un aliéniste de progrès / La vie asilaire à la veille du XXe siècle / Développement de l’assistance aux aliénés / Première incursion du cinématographe à Ville-Evrard /
Le camarade Théo / Manifestations du personnel / La séparation de l’Église et de l’État / Ce petit Auvergnat qui voulait tout changer / Des hommes debout / Où il est suggéré de construire une Arche de Noé / Camille Claudel ou la statuaire brisée /
La Guerre 14-18 / Chronique d’après-guerre / Au secours, les rats ont envahi Ville-Evrard / Un aller simple ou le transfert collectif d’aliénés / L’exploitation agricole / Le Front populaire / Revendications et inquiétudes /
La guerre / La nuit de l’Occupation / Une longue attente / Le malade du 7 / Ami entends-tu / Les hommes libres fêtent la victoire / Ils arrivent de Dachau, Buchenwald, Auschwitz /
Le CTRS, Centre de traitement et de réadaptation sociale / La création artistique à l’hôpital psychiatrique / Une visiteuse de marque / Le Tremplin / Dans les autres services médicaux / Enseignement et humanisme / Infirmier Psy / Les arbres, les petits oiseaux, les blés mûrs et le colon amoureux de la caissière / La renommée internationale du CTRS / À l’ombre des murs démolis / Blancheville / Le docteur Sivadon nous quitte / Les droits des malades mentaux / Vous dites : un cercle culturel à Ville-Evrard / La dure réalité quotidienne /
Mai 68 / En civil / La prise de parole des infirmiers psy / Une des dernières fêtes des moissons / Un monde nouveau / Nous sortons des murs : la ville nous accueille / Les blés ne mûriront plus à Ville-Evrard /
Aujourd’hui / Mémoire et histoire : entre oubli et transmission


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2007




Les maux & les soins. Médecins et malades dans les hôpitaux parisiens au XIXe siècle.

Sous la direction de Francis Démier et Claire Barillé ; assistés de Sandie Servais. Paris, Action artistique de la Ville de Paris, 2007; 397 p. (co-édité par la Maison des sciences de l'homme, Paris)

Ce très bel ouvrage -comme tous ceux de cette collection- a été publié à l'occasion de l'exposition réalisée par l'Action artistique de la Ville de Paris et présentée à la mairie du 4e arrondissement du 19 juillet au 26 août 2007.

On ne peut que regretter la très faible part accordée à la psychiatrie, dont le XIXème siècle est pourtant le Siècle d'Or, au moins pour ce qui concerne l'équipement hospitalier.

Sans entrer dans tous ses aspects, rappelons l'originalité de la situation parisienne, ne serait-ce que par le rôle joué par l'Administration Générale des Hospices -devenue en 1848 l'Assistance Publique- d'une part, la Préfecture de police d'autre part.
Deux moments-clé peuvent être identifiés, autour des années 1838 -avec sa Loi du 30 juin-, et 1867 avec l'ouverture du premier asile d'aliénés du département de la Seine.

En 1802, un premier évènement considérable avait eu lieu : la fermeture des salles de traitement de l'Hôtel-Dieu (qui, comme un hôpital général aujourd'hui, disposait de "services" de diverses spécialités : chirurgie, "psychiatrie", obstétrique, etc.), et la dévolution à La Salpêtrière (pour les femmes) et à Charenton, puis à Bicêtre (pour les hommes) de la responsabilité du traitement des aliénés, sous la direction d'un médecin spécial (c'est-à-dire spécialiste), dans des locaux réservés à cet effet. Cette date est celle pour Paris, pour la France elle-même peut-on dire, de la naissance de l'asile d'aliénés.

Jusqu'en 1838, les règles suivies par le Préfet de police et par le Conseil Général des Hospices sont essentiellement définies par l'usage. A partir de 1838, ce sont les vieux services de Bicêtre (pour les hommes) et de la Salpêtrière (pour les femmes) qui feront fonction d'asile, tel que prescrit par cette fameuse loi. Avec la création de l'Asile Sainte-Anne sous le Second Empire, l'assistance aux aliénés passe sous le contrôle préfectoral (Préfet de la Seine), et le restera, hormis une courte période en 1871-1873 où il reviendra dans le giron de l'A.P..
Le département met donc en place dans le courant des années 1860 un dispositif d'assistance hospitalière unique en son genre, en liaison avec l'Infirmerie Spéciale près la Préfecture de Police : authentification des troubles mentaux avant l'internement, création d'un service spécial d'admission, observation et répartition, d'un établissement central à vocation d'enseignement et de traitement : l'Asile Clinique (Sainte-Anne), et plusieurs établissements autour de la capitale, essentiellement pour la prise en charge des pathologies chroniques.

Même en laissant à part l'étude des nombreux établissements privés (Maisons de Santé parfois appelées Asiles privés, comme celui du docteur Blanche) et de la Maison de Charenton, cette histoire parisienne est donc riche.

Pourtant, dans cet ouvrage, tout cela n'est abordé que brièvement, par Jacqueline Lalouette, dans le chapitre intitulé Onomastique, symbolique et mémoire dans les hôpitaux parisiens, qui cite (note 1 page 125) les établissements ne relevant pas de l'Assistance publique, évoque - en référence à la thèse de médecine et au site internet de l'auteur de ces lignes- le Sanitat Sainte-Anne, fondé par Anne d'Autriche au XVIIe siècle, et signale page 130 à Sainte-Anne le bas-relief du pavillon Magnan et la statue de Victor Hugo, ainsi que par Pierre-Louis Laget, page 142, dans sa contribution : L'hôpital et la cité : une conciliation difficile entre les prescriptions de l'hygiène et l'imépratif de rester à la portée du public.

Et le chapitre intitulé «De l'aliénisme à la psychiatrie : triomphes et déboires de la médecine de la folie au XIXe siècle» ne traite curieusement ni des médecins aliénistes parisiens, ni des établissements parisiens d'aliénés. Sainte-Anne n'apparaît guère que sur quelques gravures, sans lien avec le texte.
Ce qui n'enlève d'ailleurs rien à l'intérêt de ce chapitre, en particulier sur le mouvement anti-aliéniste dont l'auteur, Aude Fauvel, est spécialiste (cf infra).

Une ligne est encore consacrée à Sainte-Anne dans le chapitre Recension des hôpitaux parisiens : parmi "Les hôpitaux" sont cités ceux de Forges-les-Bains, Hendaye, Berck, San Salvadour (on pourrait ici parler d'A.P.centrisme)... tandis que Sainte-Anne, Bicêtre et la Salpêtrière font partie des "Autres établissements médicalisés"...

Enfin, Rosine Lheureux, dans Les sources de l'histoire des hôpitaux parisiens au XIXe siècle, privilégie -à juste titre- les fonds conservés aux Archives de l'A.P.-H.P., et signale l'existence d'archives de Sainte-Anne versées aux Archives de Paris.


La lecture de l'article consacré aux "triomphes et déboires de la médecine de la folie" incite par ailleurs à quelques commentaires et précisions :

Si le déferrement des fous de Bicêtre par Pinel est bien légendaire, et que 1792, date supposée de l'évènement avait pu être choisie comme date de la naissance de la psychiatrie française (en particulier par Scipion, fils de Philippe, qui est à l'origine de la légende), on sait aujourd'hui que Philippe Pinel n'a pris ses fonctions à Bicêtre qu'en septembre 1793, qu'il était médecin en chef des Infirmeries, et non de l'emploi des fous. Il n'a d'ailleurs lui-même jamais revendiqué ce haut fait.

Quant à Jean-Baptiste Pussin, qui était non concierge, mais gouverneur de l'emploi (voir à ce sujet l'article de Jacques Postel et François Bing : « Philippe Pinel et les "concierges" »), et à qui l'on doit en effet l'abandon des chaînes, l'orthographe de son nom est parfaitement connue : que l'on ait pu (Michel Foucault notamment) l'appeler Piersin vient d'une copie de l'erreur commise par Alexandre Tuetey, à la lecture de la signature du grand homme. Dora B. Weiner (citée en référence) a elle-même (tout comme l'auteur de ces lignes) consulté, entre autres archives, le registre paroissial de Lons-le-Saunier (A.D. Jura, 3E494), et son acte de mariage (A.N., Minutier central, étude CVII, liasse 626). Sur le rôle de Pinel et Pussin dans cette période décisive de l'histoire de la psychiatrie, deux autres références oubliées : Jacques Postel, Gladys Swain (voir ma page "références essentielles").

Autre précision qui n'est pas sans importance : la seconde édition du célèbre Traité de Philippe Pinel, parue en 1809, porte comme titre Traité médico-philosophique sur l'aliénation mentale. C'est la première édition, parue en 1800, qui s'intitule Traité médico-philosophique sur l'aliénation mentale ou la manie. Une différence qui renvoie à l'évolution des conceptions nosographiques de l'auteur, étudiée naguère par Lantéri-Laura.

Certains points abordés (par exemple sur les moyens financiers sans aucun équivalent accordés aux médecins d'asile, l'absence de plafond prévu dans les dépenses liées au service des aliénés, les crédits illimités dont bénéficient potentiellement les aliénistes, (p.215), ou encore sur le taux de guérison (p.217) gonflé en prenant en compte les évasions camouflées par les autorités asilaires), ouvrent de très intéressantes pistes de recherche s'ils sont suffisamment documentés.
L'absence de référence s'explique assez bien par le type de publication.

La question des moyens financiers pourra être éclairée par la lecture du savant article de Lucile Grand : «L'architecture asilaire au XIXe siècle entre utopie de mensonge» (Bibliothèque de l'Ecole des chartes, 163, 2005; 165-196) qui présente un avis bien différent dans les pages 186-192, sous le titre La poursuite d'une chimère : l'institution qui guérit (qui traitent notamment de « l'inadéquation entre l'ambition thérapeutique et la réalité des moyens », du « fonctionnement obéré par la mauvaise gestion » et du « manque d'argent dont les malades sont les premières victimes »).

Dernière précision sur la mort de près de la moitié des malades décédés d'inanition pendant la Seconde Guerre mondiale (p.224) : il y eut un nombre effrayant de morts dans les hôpitaux psychiatriques entre 1940 et 1944, et ces personnes sont en effet mortes d'inanition (le terme a été choisi comme titre de l'ouvrage consacré à la question après le Colloque de Lyon), c'est-à-dire de privations alimentaires, de faim : il y eut sans aucun doute plus de 40.000 victimes de cette hécatombe par carence. Mais le nombre de malades hospitalisés durant cette période est très supérieur à 80.000 (nombre approximatif des lits) : il me semble qu'il est supérieur à 130.000.

Toutes considérations qui, répétons-le, n'enlèvent rien à l'intérêt de cette originale contribution à un ouvrage de qualité.


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DANS LE NUIT DE BICÊTRE

Marie DIDIER

Ed. Gallimard / L'un et l'autre, 2006, 182 p.

Rééd. Gallimard, Collection Folio (poche), 2007; 199 p.

« Taciturne, secret, toujours obscur (l'histoire officielle ne s'étant pas privée de t'effacer simplement de ses étagères glorieuses allant jusqu'à écorcher souvent l'orthographe de ton nom), j'ai guetté la trace en apparence la plus insignifiante de ta vie.

Le détail le plus fugace devenait pour moi lueur dans les ténèbres de ton existence.

Tu as connu la maladie, les humeurs froides comme on disait alors en parlant de la tuberculose qui a mis ta vie en péril : j'ai séjourné plusieurs années en sanatorium où j'ai failli mourir.

Tu es devenu soignant ; je suis devenue médecin.

Là s'arrête ce qui nous unit, mais plus tard, en avançant vers toi, je découvrirai autre chose qui me fera ne plus vouloir te quitter : par esprit de survie, par nécessité, par intelligence, par compassion innée, tu as su prendre des chemins difficiles, de ceux que presque personne jusque-là en France n'avait osé fréquenter.

Abrupt avec le pouvoir, à la fois ferme, généreux et non violent avec les insensés, Jean-Baptiste Pussin, simple garçon tanneur franc-comtois devenu " gouverneur des fous " de Bicêtre, s'oppose, dans sa façon de les traiter, à la doxa de l'époque.

Il jouera un rôle, oublié aujourd'hui et pourtant essentiel, dans l'histoire de la psychiatrie. » (M. D.)


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ELÉMENTS POUR UNE HISTOIRE DE LA PSYCHIATRIE OCCIDENTALE

Jacques POSTEL

Edition L'Harmattan, Psychanalyse et civilisations - Trouvailles et Retrouvailles, novembre 2007; 352 pages

Cet ouvrage rassemble une quinzaine de contributions à l'histoire de la psychiatrie par un de ses meilleurs spécialistes.

Le lecteur découvrira, de la Renaissance à l'époque contemporaine, une série d'études allant de la mélancolie décrite par Du Laurens, à la découverte du Lagarctil, premier neuroleptique de la révolution psychopharmacologique.

Sont abordés l'oeuvre de Pinel, fondateur de la psychiatrie moderne, Georget et Bayle, ses élèves directs, le magnétisme animal, l'importance de la découverte freudienne, sans omettre le grand Kraepelin...

Toute personne intéressée par l'histoire de la psychiatrie se doit de connaître cet ouvrage, auquel ne manquent que les références des articles qu'il rassemble (voir ma page Principaux auteurs contemporains et références essentielles)


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L’ombre portée de François Tosquelles

Patrick Faugeras

Edition ÉRÈS, 2007; 381 pages

« François Tosquelles, psychiatre ou plutôt " psychiste ", comme il aimait à le dire, ne fut pas seulement révolutionnaire politiquement parlant, il le fut aussi dans le champ de la psychiatrie, étant à l'origine d'un mouvement, dit de " psychothérapie institutionnelle ", dont la caractéristique essentielle pourrait être justement celle d'être un mouvement.

Créer un déséquilibre comme mode d'expression d'une volonté de voir la vie l'emporter sur les tendances mortifères que sécrètent les institutions et la pathologie, tel pourrait être le sens de son combat comme il le fut et l'est encore pour nombre de ceux qui, à un moment ou à un autre, devinrent ses compagnons de route.

Cet ouvrage n'est aucunement une biographie ni non plus un recueil de témoignages visant à cerner le personnage Tosquelles mais plutôt une suite de récits qui retracent autant d'itinéraires singuliers dans le champ de la clinique psychiatrique, que la rencontre avec François Tosquelles a parfois profondément infléchis.

Hormis leur passion pour la psychiatrie, ou plus exactement leur respect pour la personne souffrant psychiquement, les personnes ici interviewées ont aussi en commun une liberté de penser et de pratiquer la psychiatrie qui, bien que singulière, a pu se trouver, s'éprouver ou s'affermir dans la rencontre avec François Tosquelles. Comme si, pour chacun, cette rencontre avait été l'occasion d'une ouverture à un libre cheminement. » (Présentation de l'éditeur)

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2006



Diriger les consciences, guérir les âmes.
Une histoire comparée des pratiques thérapeutiques et religieuses (1830-1939)

Hervé GUILLEMAIN

Paris, Editions La Découverte, Collection "L'espace de l'histoire", 2006; 347 p.

« Quand elles s’appliquent à la souffrance des âmes, médecine et religion s’opposent-elles ? L’histoire de la folie pourrait s’écrire en retraçant la lente marche vers une « laïcisation de l’esprit » : le prêtre progressivement dépossédé de son pouvoir guérisseur par le médecin, l’âme qui tend à se fondre dans l’univers neurologique, l’inconscient qui surgit avec la psychanalyse au début du XXe siècle.

Pourtant, l’étude des pratiques thérapeutiques, religieuses et laïques, incite à réviser assez largement cette vision schématique. Dans ce livre ambitieux, Hervé Guillemain révèle que la thérapie morale et psychologique des aliénistes et des psychologues doit quelque chose aux pratiques religieuses. Les techniques hypnotiques regardent ainsi du côté de l’exorcisme et la psychanalyse du côté de la confession. On sait peu, par exemple, que, dans l’entre-deux-guerres, des chrétiens jouèrent un rôle important dans la diffusion de la psychanalyse dans la société française. L’histoire des pratiques thérapeutiques de la folie et des troubles psychiques, depuis le traitement moral appliqué dans les asiles d’aliénés au XIXe siècle jusqu’aux psychothérapies modernes du XXe siècle, apparaît à certains égards comme un nouveau développement de l’histoire des directions de conscience héritées du christianisme.

L’auteur montre que le savoir scientifique sur la folie et sur la conscience ne peut être, lui non plus, dissocié de la morale et des concepts religieux et qu’il faut comprendre ensemble le péché et la dégénérescence, le traitement des aliénistes et la théologie morale, la possession et l’hystérie. Il avance que, loin de s’opposer, la médecine, la psychologie et la religion font partie d’une même histoire sociale et culturelle. » (présentation de l'éditeur).


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La mort de l'asile
Histoire de l'antipsychiatrie

Jacques LESAGE DE LA HAYE

Paris, Les éditions Libertaires, 2006; 213 p.

« Jacques Lesage de La Haye, après avoir passé onze ans et demi en prison, a été psychologue au CHS de Ville-Evrard et chargé de cours à l’université de Paris VIII. Et ici, là et ailleurs, il n’a cessé de dénoncer toutes les formes d’enfermement.

Dans ce livre où se mèlent souvenirs personnels et analyses théoriques il nous raconte l’histoire finalement assez peu connue de l’anti psychiatrie. De sa critique psy et de sa critique sociale de l’asile. De sa volonté de promouvoir, via notamment des pratiques autogestionnaires, la part d’humanité du fou. De sa lutte pour abattre les murs de l’enfermement et réinsérer le fou dans la vie sociale.

Aujourd’hui, tout en continuant à subsister ici ou là, l’asile a été largement remplacé. Le secteur psychiatrique comprend en effet foyers de jour et de nuit, appartements associatifs, collectifs et thérapeutiques, centres d’accueil thérapeutique à temps partiel, hôpitaux de jour, centres médico-psychologiques, centres de crise et d’accueil d’urgence...

Pour autant, et ce livre en témoigne, la bataille est encore loin d’être gagnée. Pire, à l’heure du déferlement d’un véritable délire sécuritaire savamment orchestré par les maîtres du monde, elle s’annonce âpre et si ce livre, qui est un livre de combat, sort aujourd’hui, ce n’est nullement un hasard.

Tout juste une nécessité ! » (présentation de l'éditeur)

... à l’heure du déferlement d’un véritable délire sécuritaire savamment orchestré par les maîtres du monde... est tout à fait dans le ton de l'ouvrage.


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Naissance de la psychiatrie biologique

Jean-Noël MISSA. PUF, Collection "Science histoire et société", 2006, 400 pages

« Tout au long du XXème siècle, les psychiatres tentèrent de mettre au point des traitements efficaces dans le cadre des thérapies des maladies mentales. Première investigation historique de grande ampleur sur le sujet en langue française, cet ouvrage, ponctué de témoignages de praticiens et d'extraits de dossiers médicaux, aide à comprendre l'évolution de la médecine psychiatrique. Une histoire vivante, claire, passionnante, originale et inédite de la psychiatrie biologique au XXème siècle » (présentation de l'éditeur).

Jean-Noël Missa est chercheur et professeur à l'Université libre de Bruxelles, auteur et directeur de plusieurs ouvrages sur l'histoire et la philosophie des neurosciences.

Table des matières

Introduction : L'empirisme thérapeutique de la psychiatrie.

I - Calmer. L'ère des traitements par la fièvre : Naissance d'une discipline empirique au XIXe siècle -- Plasmodium contre tréponème, la malariathérapie -- Calmer à défaut de guérir, la maîtrise de l'agitation psychomotrice et l'éclosion de nouveaux remèdes.

II - Secouer. L'ère des traitements de choc : "De terribles et merveilleuses thérapies", coma insulinique, choc au cardiazol, électrochoc -- Les comas insuliniques -- Le choc au cardiazol de J. L. von Meduna -- L'électrochoc -- L'efficacité subjective des traitements de choc.

III - Couper. La leucotomie, une parenthèse chirurgicale : "Devra subir l'opération", la leucotomie ou l'impasse de la psychiatrie face à l'incurabilité de la schizophrénie -- D'Egas Moniz à Walter Freeman, premières tentatives opératoires -- La tentation psychochirurgicale.

IV - Guérir ? L'avènement de la psychopharmacologie : La découverte de traitements efficaces de l'agitation, le largactil et l'haldol -- La découverte de la chlorpromazine -- Premières théories sur le mode d'action de la chlorpromazine -- Diffusion de la chlorpromazine -- "Une très simple histoire", la synthèse de l'halopéridol par Paul Janssen -- Les conséquences de l'introduction du largactil et de l'haldol dans la pratique psychiatrique -- Guérir ? le neuroleptique, un traitement symptomatique -- Des traitements de choc aux psychotropes, une longue transition -- Une époque paternaliste -- Les premiers essais sur les psychotropes et l'évolution de la méthodologie clinique -- Mode d'action des traitements et pathophysiologie des maladies mentales.

Epilogue

Brief presentation

A doctor and philosopher, Jean-Noël Missa is Professor of the History and Philosophy of Biomedical Science at the Free University in Brussels, and researcher for the Fonds national belge de la recherche scientifique.
Throughout the 20th century, psychiatrists attempted to perfect efficient empirical treatments: hypoglycaemic comas, electric shocks, cardiazol convulsions, the dissection of white matter fasciculi in the prefrontal cortex… In the second half of the 20th century, “neuroleptics” put an end to the excitement and calmed the madness: lithium would regulate the moods of manic-depressives and anti-depressors would help melancholics keep up their morale.
Before passing moral judgement on these medical practices, it is important to analyse in detail the emergence of these therapies (which played a central role in the birth of biological psychiatry) by explaining the knowledge of psychiatric science at that time and the specific contexts that led doctors to place their hopes in what were sometimes audacious experimental remedies.
This book, the first major historical investigation on the subject, features practicing psychiatrists’ testimonies and excerpts from medical files. It will be of great interest to all those who are interested in the evolution of medicine.


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2005


L'architecture asilaire au XIXe siècle, entre utopie et mensonge

Lucile GRAND
Bibliothèque de l'École des Chartes, 2005, vol. 163, no 1 (264 p.); 165-196

Au début du XIXe siècle, la folie est reconnue comme une affection spécifique que l'on peut et doit traiter. En l'absence de pharmacopée efficace, c'est le lieu même où séjournent les aliénés qui doit agir sur eux comme thérapeutique, venant compléter le traitement moral défini par Philippe Pinel. Ainsi les médecins aliénistes, au premier rang desquels figure Maximilien Parchappe, sont-ils à l'origine d'une architecture asilaire nouvelle, traduction de leur idéal thérapeutique. Mais la réalisation matérielle des asiles ainsi conçus se heurte à de multiples obstacles. La persistance au sein du corps social d'une volonté d'enfermement systématique de tous les inadaptés, l'insuffisance des crédits consacrés à la construction d'asiles nouveaux, le poids de la centralisation constituent autant de freins à la mise en oeuvre effective du programme de construction défini par les médecins aliénistes. Minée par ce contexte, l'architecture psychiatrique française du XIXe siècle ne parvient pas dans les faits à atteindre les objectifs thérapeutiques et humanitaires que les aliénistes lui avaient fixés. L'utopie a été dévoyée.


Zu Beginn des 19. Jahrhunderts wird das "Verrücktsein" als spezifische Pathologie erkannt, die behandelt werden kann und muss. In Ermangelung einer wirksamen medikamentösen Therapie soll der Ort, an dem die Geisteskranken leben, eine therapeutische Wirkung entfalten, in Ergänzung der von Philippe Pinel definierten moralischen Behandlungsrichtlinien. Die Ärzte, allen voran Maximilien Parchappe, sind somit die Bauherrn einer neuen psychiatrischen Architektur, die ihr therapeutisches Ideal in Form giessen soll. Aber die konkrete Verwirklichung der Anstalten stösst sich an zahlreichen Hindernissen. Der fortlebende Wille, alle gestörten Personen aus der Gesellschaft auszusperren, die ungenügenden Finanzmittel für neue Anstaltsbauten und die hemmende Zentralisierung behindern eine systematische Verwirklichung der geplanten Bauprogramme. Die französische Anstaltsarchitektur des 19. Jahrhunderts kann unter diesen Vorgaben die von den Ärzten definierten therapeutischen und humanitären Ziele nicht verwirklichen. Die Utopie hat sich erschöpft.


In the early 19th century, madness was specifically acknowledged as a sickness that could and should be cured. In the absence of any efficient pharmacopoeia, it was thought that the place where the insane lived ought to work as a therapy in itself, complementing the moral treatment outlined by Philippe Pinel. Alienists, first and foremost Maximilien Parchappe, thus fostered a new school of asylum architecture, embodying their therapeutic ideals. But the actual building of such asylums came up against many obstacles. The persistent will of society to have the mal-adjusted systematically locked away, the scarcity of asylum building budgets and the unwieldiness of centralised government all conspired against the effective implementation of the building programme advocated by alienists. Crippled by its context, 19th-century French psychiatric architecture fell short of its therapeutic and humanitarian objectives, another failed Utopia.



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Avant 2005


Le Lion de Florence
Sur l'imaginaire des fondateurs de la psychiatrie
Pinel (1745-1826) et Itard (1774-1838)

Thierry GINESTE

Albin Michel, 2004; 187 p.

 


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Un Asile d'Aliénés
Saint-Lizier 1811-1969


André ORTET


Impr. Escourbiac, Graulhet, 2004; 198 p., ill.


« Datant de 1660, l’ancien palais des évêques, devenu l’hôpital psychiatrique de Saint-Lizier, fut l’un de ces lieux d’accueil et d’enfermement des malades atteints de folie, et donc, le témoin et l’acteur de la mutation extraordinaire que vécut la psychiatrie.
C’est l’histoire de cette véritable révolution, et aussi de l’évolution économique et sociale du Couserans, tant malades et soignants en étaient majoritairement originaires, qui nous est contée de la plus captivante façon par André Ortet.

Cadre infirmier spécialisé en psychiatrie, amoureux d’un métier qu’il a principalement exercé à Saint-Lizier, cet ariégeois, passionné de Couserans, a collecté deux siècles de documentation et nous livre bien plus qu’un recueil de documents curieux et enrichissants, de témoignages étonnants et émouvants, nous faisant vivre les péripéties de deux guerres, deux épidémies, et divers évènements de la vie locale.

Cet ouvrage est aussi une déclaration d’amour de l’auteur pour Saint-Lizier. C’est comme un roman d’aventures qui nous conte, avec pertinence, émotion et humour, la vie et le rôle de l’ancien palais des évêques durant les derniers siècles et l’extraordinaire évolution de la psychiatrie dans le même temps. » (présentation de l'ouvrage)


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L'histoire de la psychiatrie

Jacques HOCHMANN

PUF, « Que sais-je? », 2004; 128 p.


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Maurice DIDE Paris 1873 - Buchenwald 1944 Un psychiatre et la guerre

Caroline MANGIN-LAZARUS


ERES éd., 1994; 175 p., ill.


« Le 26 mars 1944, Maurice Dide, ancien directeur-médecin de l'asile de Braqueville à Toulouse, chef de réseau du mouvement Combat, arrêté et déporté au camp de concentration de Buchenwald, meurt à soixante-dix ans, en secourant un codétenu.

Comment expliquer le silence qui entoure cet aliéniste-résistant dont l'oeuvre et l'action s'inscrivent dans l'histoire de France ?

Cinquante ans après sa mort, Caroline Mangin-Lazarus propose la première biographie de Maurice Dide. Elle interroge l'itinéraire scientifique et intellectuel de cet homme d'exception mêlé à tous les débats de l'école française de psychiatrie, qui fut l'auteur notamment d'un traité de référence pour plusieurs générations de médecins.

Quel fut son destin ? Dès son ouvrage Les idéalistes passionnés, en 1913, fresque des tyrans et des tyrannies, il annonça les réactions meurtrières collectives avant même la première guerre mondiale. Comment Maurice Dide devint-il ce psychiatre attentif à son époque et ce combattant des deux guerres mondiales ?

Révéler à la psychiatrie, le résistant, et à la Résistance, le penseur de la psychiatrie française était indispensable. Ce document original est à découvrir à l'heure où les nations européennes ont à nouveau la tentation de la xénophobie et de la purification ethnique. » (présentation de l'ouvrage)

[La dernière phrase était en référence au conflit serbo-bosniaque]


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Michel Caire, 2006-2015
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