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Pratique
& pensée médicales à la Renaissance.
Sous la direction de Jacqueline Vons.
51e Colloque international d'études humanistes, Tours, 2-6 juillet 2007
Collection Medic@ Bibliothèque interuniversitaire de Médecine et d'Odontologie.
Paris, De Boccard éd., 2009; 342 p., ill.
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Ce Colloque s'est tenu au Centre dÉtudes Supérieures
de la Renaissance (CNRS Université François Rabelais
de Tours). L'auteur de ce site y a présenté « Quelques
documents sur la prise en charge des aliénés desprit
à lHôtel-Dieu de Paris à la Renaissance »
(pp.99-110) conservés aux Archives de l'Assistance Publique - Hôpitaux
de Paris et aux Archives Nationales : extraits d'Inventaires et Distributions
et surtout de Comptes du Maître de l'Hôtel-Dieu, de
la Prieuse et du Temporel.
Ces pièces concernent quatre personnes considérées
de leur vivant comme aliénées d'esprit et ayant été
prises en charge à la Domus Dei Parisiensis : deux membres
du convent de l'Hôtel-Dieu, sur Houdée en 1378-1379
et sur Robine Lamberge en 1497-1498 et 1508-1509, Katherine de Neufville
en 1517 et Nicolas Fougart en 1566.
L'enregistrement des conférences est disponible sur la chaîne
des Colloques et des Conférences Canalc2.tv (Production de
l'Université Louis Pasteur, Strasbourg)
Fabuleux hasards. Histoire de la découverte de médicaments
Claude Bohuon et Claude Monneret
Préface de Maurice Tubiana
EDP Sciences, Les Ulis, 2009 ; 139 p.
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« Les chemins qui mènent à la découverte de médicaments ne sont pas tous gravés dans le marbre de la science ou de l'orthodoxie des procédures, loin s'en faut : un fabuleux hasard est souvent intervenu, servi par l'intuition ou l'attention de chercheurs ; l'étude et l'exploitation de ce hasard a donné naissance à la «sérendipité», science initiée par les anglo-saxons.
Cet ouvrage retrace les chemins parcourus pour mener à la découverte d'une trentaine de médicaments qui ont tous en commun ce parcours original.
Il en est ainsi d'histoires illustres comme celles de la découverte de la pénicilline par Fleming ou de l'insuline par Banting et Best mais aussi d'autres moins connues, révélées par l'enquête des auteurs, comme le modafinil (lutte contre le sommeil) ou la cyclosporine (greffe d'organes).
La sérendipité a contribué également au renouveau de larges secteurs thérapeutiques, comme la psychiatrie dans les années 50, lorsque des médicaments comme le Largactil®, le Valium® ou les benzodiazépines ont fait leur apparition, ou la cancérologie, avec le cis-platine, la navelbine ou le taxotère.
Hasard toujours présent dans ce qui a constitué l'un des éléments de la libération de la femme, la découverte de la pilule.
Au-delà de la simple histoire de la découverte de nouveaux médicaments, cet ouvrage met également en exergue la persévérance de certains chercheurs comme Henri Laborit dont le nom est lié à celui du Largactil®, Frank Berger à celui de l'Equanil®, Roland Kuhn à celui de l'imipramine (Tofranil®) et Ernest Fourneau et Auguste-Louis Loubatières à celui des sulfamides antibactériens et hypoglycémiants.
Ces nombreux exemples valorisent le travail des chercheurs qui, parfois au péril de leur vie comme pour Roger Althounyan (antihistaminique) ou John Cade (lithium), ont su faire triompher leurs recherches ; car comme l'affirmait Pasteur, le hasard ne favorise que des esprits préparés...
Claude Bohuon est Professeur émérite des Universités et Président (h) de l'Académie nationale de pharmacie. Claude Monneret est pharmacien et directeur de recherche émérite au CNRS ; il fut président de la Société de chimie thérapeutique et est également membre de l'Académie nationale de pharmacie. » (Présentation de l'éditeur)
Pour ce qui concerne la neuropsychopharmacologie : l'acide valproïque, les benzodiazépines, la chlorpromazine, le gardénal, l'imipramine, l'iproniazide, le lithium, le LSD ou acide lysergique, le méprobamate ou Équanil®.
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DE
LA GILQUINIERE A PERRAY-VAUCLUSE
P.
Hottot.
Les
Amis de l'Histoire de Sainte-Geneviève-de-Bois et ses environs, novembre 2009; 156 p., ill.
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L'histoire de Perray-Vaucluse, de ses origines à nos jours, bien
documentée et très richement illustrée.
Le domaine appartenait à l'origine aux bénédictins
de Saint Germain des Prés. Après avoir été
cédé au XIIIème siècle à Guillaume
du Terme, bailli de Rouen, il prend le nom de fief de la Gilquinière.
Sous Louis XV est édifié le château que l'on peut
voir aujourd'hui. Son propriétaire, François Marchant de
Beaumont, cède la Gilquinière au bailli de Crussol. C'est
alors qu'il fut appelé Vaucluse, le comte de Provence, futur Louis
XVIII en ayant, dit-on, comparé les effets d'eau de la source à
ceux de Fontaine de Vaucluse, en Provence.
Le domaine change de mains à plusieurs reprises avant qu'en 1863,
le préfet de la Seine en fasse l'acquisition pour y ériger
un asile d'aliénés : Vaucluse sera avec Ville-Evrard l'un
des deux premiers asiles "satellites" du département,
l'asile central devant être installé sur l'emplacement de
l'ancienne maison de santé fondée par Anne d'Autriche :
l'Asile Clinique (Sainte-Anne).
A son ouverture le 23 janvier 1869, l'Asile de Vaucluse s'étend
de plus de 125 hectares. Les principaux bâtiments ont été
construits sous la direction de D. Lebouteux, architecte et selon un plan
classique : sur l'axe principal, les services généraux,
la chapelle et la salle des morts, de part et d'autre, symétriquement,
des pavillons de classement reliés par des galeries couvertes,
d'un côté pour les hommes, de l'autre pour les femmes avec
pour chaque sexe un pavillon de cellules pour agités avec service
de bains attenant.
Ces bâtiments sont implantés sur le territoire de la commune
d'Epinay, tandis que la ferme verra le jour sur le territoire de Sainte-Geneviève-des-Bois.
Un cimetière est installé sur une parcelle le long de la
route d'Epinay (la dernière inhumation a lieu en décembre
1965).
Cent quarante ans de l'histoire de l'hôpital, de la vie de ses services
de soins et de ses services généraux sont évoqués
à travers diverses anecdotes et d'un "calendrier évènementiel",
jusqu'à la sectorisation sur Paris et l'implantation de structures
extra-hospitalières dans les arrondissements desservis, puis l'installation
en 2004 des services d'hospitalisation à l'Hôpital Henri
Ey porte de Choisy et le début de reconversion du site historique.
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Interné
d'office... Du camp de Beaune-la-Rolande à l'hôpital
psychiatrique de Fleury-les-Aubrais. Les cahiers d'Abraham Zoltobroda
Traduction
du yiddish par Batia Baum
Etudes historiques : Isabelle von Bueltzingsloewen et Benoît
Verny
Editions CERCIL, 2009, 152 pages
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« Paradoxe de l'histoire, les hôpitaux psychiatriques français,
devenus des mouroirs sous le régime de Vichy, ont aussi abrité
des victimes des persécutions nazies. Abraham Zoltobroda est de
ceux-là.
Arrêté et interné au camp d'internement de Beaune-la-Rolande
(Loiret), cet homme, juif polonais réfugié en France, relate
sur des cahiers d'écolier son combat acharné pour rester
« dans la maison des fous », à Fleury-les-Aubrais.
Grâce à cette stratégie de survie, il échappera
au sort des milliers de Juifs (plus de 16.000) qui après avoir
été internés dans les camps du Loiret, furent dans
leur très grande majorité déportés et exterminés
à Auschwitz Birkenau.
Son récit, ceux de sa femme et de son fils Camille, les documents
d'archives publiques et privées, tous inédits, sont publiés
dans ce livre. Des analyses historiques, sur l'internement des Juifs dans
le camp de Beaune-la-Rolande, les conditions d'internement dans les hôpitaux
psychiatriques pendant la seconde guerre mondiale, accompagnent ces précieux
documents. » (présentation de l'éditeur)
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Je
t'aime ma fille, je t'abandonne
Ariéla
PALACZ
2009, Éditions Elkana (Jérusalem
Paris) - Préface de Boris Cyrulnik
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«Ça alors ! s'exclame Boris Cyrulnik, je pensais lire
l'autobiographie dAriela Palacz et je découvre avec
stupéfaction que cest la mienne qu'elle a écrite
!
Tels sont les premiers mots de la préface du livre dAriela.
Car comme Cyrulnik, Ariela a été abandonnée
à l'Assistance Publique à l'âge de huit ans,
afin de la sauver de ceux, nazis ou complices, qui appliquaient
la « solution finale » en France.
La famille dAriela, juive polonaise typique, chaleureuse et
pleine d'amour pour ses enfants, s'est installée dans le
pays des droits de l'homme pour fuir la misère et les pogroms.
Ariela naît à Paris, et c'est là qu'en 1942
elle et ses petits frères sont abandonnés par leur
père, qui pense avoir trouvé le seul moyen de les
sauver.
Ariela passe les années décisives de son enfance à
la campagne dans une famille adoptive, à dissimuler sa véritable
identité. En 1945, en retrouvant un père devenu presque
un étranger, elle découvre la mort de sa mère,
« protégée » elle aussi par une institution,
et de la plus grande partie de sa famille.
Elle nous expose avec une franchise et une conscience étonnantes
ce qu'il lui a fallu de souffrance et de désespoir pour partir
à la recherche et recoller les morceaux épars de son
identité brisée.
Comme le spécialiste de la résilience le souligne,
cest là un autre point qu'ils ont en commun dans ce
témoignage à la fois lucide et émouvant. Et
il conclut par ces mots : « J'ai admiré lauthenticité
dAriela Palacz, son style élégant, la clarté
de ses idées : jamais je n'oserais être aussi honnête
qu'elle. Voilà enfin, une petite différence ! »
Le récit dAriela n'a pas été écrit
d'une traite, bien au contraire, on sent comme elle se l'arrache
à elle-même, lettre par lettre, mot par mot, ligne
par ligne. Entrecoupé d'intermèdes du temps de l'écriture
elle-même, elle nous plonge dans ses hésitations, ses
résistances à retourner en arrière, son refus
à tout raconter qu'elle a décidé d'ignorer,
sa douleur à revivre l'abandon, sa solitude d'enfant, son
terrible et insoutenable manque d'amour. Ariela vit aujourdhui
à Jérusalem, où elle témoigne de son
histoire et de son identité retrouvée.
En postface, le Dr Michel Caire nous livre le rapport oublié
des 40 000 malades mentaux morts par carence pendant la guerre en
France. Parmi eux, la mère d'Ariela Palacz.»
(présentation de l'éditeur)
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Histoire
de la folie
De
l'Antiquité à nos jours
Claude
Quétel
Paris, Tallandier éd., 2009; 624 p.
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« Aussitôt qu'est évoquée la folie dans
une perspective historique, le nom de Michel Foucault revient, tel
un repère inamovible, un horizon indépassable.
L'ouvrage Folie et déraison semble avoir définitivement
clos ce chapitre des sciences sociales et inhibé toute tentative
d'écriture sur l'histoire de la folie.
Pourtant, il est possible de considérer la folie autrement
qu'à travers le prisme foucaldien. Voilà clairement
ce que propose Claude Quétel avec cette Histoire de la Folie,
qui tente de rétablir quelques perspectives absentes des
travaux foucaldiens.
De l'Antiquité à nos jours, d'Hippocrate, Platon et
Aristote à Foucault, Deleuze et Guattari, Claude Quétel
propose une histoire de la folie.»
(présentation de l'éditeur)
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Voir
aussi l'entretien de Claude Quétel intitulé
:
« On
a toujours peur du grand méchant fou ! »
publié sur le site de scienceshumaines.com
(propos recueillis par Jean-François Marmion), où
l'auteur prend le contrepied de Michel Foucault, «doctrinaire
et de mauvaise foi», et tire un bilan extrêmement
critique de la psychiatrie : «Quand on compte, comme
moi, les coûts et les coups de la psychiatrie, le bilan
est d'ailleurs extrêmement négatif. Toutes les
sciences avancent, sauf celle-ci. Mon livre en est une condamnation
sans appel».
Si l'on savait que «Claude Quetel a clairement une dent
contre son prédécesseur» (voir l'article
de Jean-François Marmion sur le même site),
ainsi que contre les psychanalystes, l'on découvre
qu'il en a également une contre la psychiatrie...
Pour comprendre la genèse de l'ouvrage de Quétel,
on pourra lire l'entretien publié sur le site de idée@jour,
et intitulé : Est-il
permis de critiquer (en France) Michel Foucault ?
L'ouvrage était donc en gestation depuis un certain
colloque de 1991, tandis que Quétel consacrait ses
recherches à la Seconde Guerre Mondiale.
Il semble que ce soit une des raisons des lacunes bibliographiques
: parmi d'autres travaux publiés depuis une vingtaine
d'années sur l'histoire de la psychiatrie en langue
française, n'apparaissent pas ceux de Jean-Marie Fritz
1992, Evelyne Pewzner 1995, Dora B. Weiner 1999, l'ouvrage
de Pierre Morel, Jean-Pierre Bourgeron et Elisabeth Roudinesco
2000, ceux de Jackie Pigeaud 2001 et Jean-Noël Missa
2006, les actes du 6e Congrès de l'AEHP 2009...
Quant au livre de Jan Goldstein 1987, traduit en 1997, il
n'est cité qu'une fois, ou, pourrait-on dire, est exécuté,
en 8 lignes, page 520.
Cependant, l'ouvrage de Quétel est riche et fort bien
écrit, et son auteur fait montre d'une grande érudition,
et du même esprit, volontiers anticonformiste, que dans
ses publications précédentes.
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Extrait
du dialogue de l'auteur avec Patrice Gélinet sur France
Inter le 3 septembre 2009, dans l'émission "2000
ans dhistoire" intitulée « Histoire
de la folie », où le journaliste montre une grande insistance
à faire valoir la thèse foucaldienne de l'indifférenciation,
du mélange des différentes populations reçues
à l'Hôpital Général de 1656, insistance
qui semble trahir une certaine déception devant la réponse
de l'historien, qui met à mal ce qui lui paraissait une certitude
:
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(9:35)
Patrice Gélinet « Le fou inspire aussi
au moyen âge la compassion, la charité chrétienne
puisque on le retrouve dans des hôpitaux, à lHôtel-Dieu
par exemple, saint Vincent de Paul par exemple soignait, enfin
soignait, ou en tout cas recueillait les fous. On les mélangeait
dailleurs à lépoque avec toutes
sortes de gens, les indigents, les pauvres
Claude Quétel « Alors : on les mélangeait,
oui et non, alors effectivement là on retrouve pour
le coup les fous, les malades, et, le moyen âge, là,
cétait tout à fait important de le rappeler,
nest pas aussi obscurantiste quon a pu le dire
ou le croire, et le moyen âge, dans la mesure où
il a un devoir dans une société très
chrétienne de charité, se penche sur les malheureux
et parmi ces malheureux et parmi ces malheureux, effectivement
les fous, mais les fous, qui ne sont pas très nombreux,
par contre on ne les mélange pas, pour plusieurs raisons
: dabord parce que ce sont des malades, et il ny
a pas de raison de les mélanger avec par exemple des
mendiants plus ou moins délinquants, et puis ensuite
parce que les fous sont souvent assez remuants, ils crient,
ils gesticulent, ils renversent tout et donc, il faut les
isoler, donc très très rapidement, même
dans les hospices de Vincent, eh bien il y a tout de même
une ségrégation pour les fous.
Patrice Gélinet « Alors des hôpitaux
qui deviennent, des hospices qui deviennent de véritables
prisons lorsque sous Louis XIV en 1656 est créé
ce quon a appelé lHôpital Général
où dailleurs on ne faisait pas la différence
entre le fou, le mendiant, le voleur et le pauvre
« Jvous ai fait venir pour vous annoncer une
bonne nouvelle, soyez heureux vous qui leur avez consacré
votre vie, dans deux jours il ny aura plus un pauvre
à Paris, Monsieur Vincent !
- Comment cela, Monsieur ?
- Cest tout simple, mon cher, jles arrête,
jai des locaux : la Pitié, le Refuge, la Savonnerie,
Bicêtre, la Salpêtrière, jles y entasse.
Voulez-vous vous charger de la direction de lHôpital
Général que je fonde ?
- Monsieur, les pauvres sont des hommes, que faites-vous de
leur liberté ?
- La liberté de quoi, Monsieur ? dimportuner
tout le monde dans la rue ? de crever de faim ? jles
nourris, jles abrite, quest-ce quils veulent
de plus ?
- Les bâtiments sont délabrés, tout est
à refaire, lhôpital des malades, la pharmacie,
la salle daccueil des pauvres où on nourrit et
les chauffe le jour, et les pauvres déments
(Monsieur Vincent, film de Maurice Cloche, 1947, avec Pierre
Fresnay dans le rôle de Vincent)
Patrice Gélinet « Eh oui, les pauvres
déments, on loublie un petit peu mais là
encore, y compris dans ces Hôpitaux Généraux,
eh bien on fait pas très bien la distinction, même
si dans le cas de ces grands hôpitaux, la Salpêtrière
ou Bicêtre, eh bien, on, on, on trouve des pauvres,
on trouve des voleurs, on trouve des fous également,
tout ça est mêlé comme si on ne distinguait
pas le fou du mendiant ou de voleur.
Claude Quétel « Oui
lHôpital
Général, nest pas du tout lhôpital
au sens moderne du mot
Patrice Gélinet « une prison
Claude Quétel « Cest un lieu denfermement,
on parle souvent de lEdit de 1656, mais
mais la
tentative sans cesse avortée denfermer, non pas
des fous, mais des mendiants valides qui encombrent les rues
de la capitale et des villes en général, remonte
à François 1er, il y a peut-être je dirai,
20, 25 édits denfermement successifs de François
1er jusquà Louis XVI.
Patrice Gélinet « Oui, mais que viennent
faire les fous là-dedans ?
Claude Quétel « Alors un petit peu cest
quand on secoue un panier, il finissent par rester au fond,
alors que, au bout dun certain temps les mendiants valides,
quest ce quils font, ils séchappent,
parce que le lieu denfermement, ça nest
pas, ça nest pas Fleury-Mérogis, hein,
lHôpital Général
Patrice Gélinet « Cest pourtant
ce que dit Foucault, une petite parenthèse, quand il
écrit son Histoire de la folie à lâge
classique, cest de cette époque quil parle
et de lenfermement des fous
Claude Quétel « Alors là je ne
sais pas si on va commencer à parler de Michel Foucault,
mais ça ne fonctionne pas son
Patrice Gélinet « mais vous nen
dites pas que du bien
Claude Quétel « Non parce que ce schéma
là ne fonctionne pas, lEdit de 1656 est un édit
parmi dautres et on ne vise pas les fous, on vise les
mendiants valides mais, au bout dun certain temps, quand
je dis au bout dun certain temps, cest au bout
de deux siècles, pas au bout de trois semaines, qui
est-ce qui va rester dans lHôpital Général
? Pas du tout ceux qui étaient visés par lEdit,
il va rester : les aveugles, les estropiés, les vieillards
et, des fous, les épileptiques parce que les épileptiques
dès lAntiquité ne sont pas du tout considérés
comme des fous, cest encore une catégorie médicale
à part, et donc ces malheureux-là, eux, ils
ne peuvent pas soit ressortir, parce quil ny a
plus dargent pour continuer à les enfermer, soit
parce quils nont pas envie de rester plus longtemps
et puis quils sen vont pratiquement, je dirai,
même pas en sévadant, en sortant par, par
peut-être la porte de derrière, et donc les fous
finissent par rester et ces fous qui restent vont finir par
effectivement poser un problème, mais un problème
médical.
Patrice Gélinet « Mmm
mais quand
ils restent, il faut quils soient rentrés, qui
est-ce qui décide de linternement dun fou
dans un Hôpital Général, Claude Quétel
?
Claude Quétel « Alors
cest
compliqué lAncien Régime
en fait
il y a plusieurs systèmes, cest-à-dire
que, ou, en fait on ne décide pas de linternement
dun fou à lHôpital Général,
lHôpital Général enferme, enferme,
encore une fois parfois plus au sens de lAssistance
que de la Répression, hein, quand on a à faire
à une petite orpheline qui est dans les rues qui a
besoin dêtre nourrie, à mon avis, elle
est au moins autant assistée quenfermée,
donc là on nenferme pas, on finit
Mais par contre, on interne à la demande des familles
par lettre de cachet, mais dans dautres établissements
qui sont les maisons de force et les maisons de force, ça
na rien à voir avec lHôpital Général,
il faut payer une pension
Patrice Gélinet « Hmmm
cest
la justice en fait qui décide si quelquun est
fou ou non ?
Claude Quétel « Est-ce que la lettre de
cachet est la justice
?
Patrice Gélinet « Cest ce que vous
dites, en tout cas, mais enfin pas la lettre de cachet, mais
cest une décision de justice qui décide
de faire rentrer quelquun dans une maison de force ?
Claude Quétel « Cest une décision
administrative
Patrice Gélinet « Oui
Claude Quétel « cest-à-dire
que, on est dans une logique qui nest pas du tout la
logique actuelle, cest le Roi, et le Roi, du Roi vient
toute justice, tout pouvoir, et donc lAdministration
royale examine les demandes des familles, fait des enquêtes
souvent très très soignées, et celui
qui a demandé linternement pour quelquun
et puis qui a menti, il est, il est puni très très
sévèrement, parce quil na pas donné
les bonnes informations, et ensuite effectivement une lettre
de cachet est décernée, ce nest pas de
la Justice
Patrice Gélinet « En tout cas on ne se
préoccupe pas trop du fou, limportant cest
de le mettre à lécart de la société,
on ne sinterroge même plus dailleurs sur
les raisons de sa folie, sur son diagnostic, quon nétablit
pas, jusquà ce quau XVIIème siècle,
on commence à nouveau à se poser des questions
sur la folie, et là cest la philosophie qui intervient,
ou la littérature, vous citez Descartes, vous citez
Voltaire qui écrivait dans son Dictionnaire Philosophique
: « Un fou est un malade dont le cerveau pâtit,
comme le gouteux est un malade qui souffre aux pieds et aux
mains », et là, linterprétation
démoniaque de la folie disparaît, on commence
à prendre sérieusement la chose en main, et
cest la science qui est chargée de répondre
à la question que lon se pose, justement, sur
la folie.
Claude Quétel « Oui tout à fait,
mais cette médicalisation de la folie nest pas
nouvelle, elle a toujours existé, par contre il va
y avoir tout un travail théorique sur la folie, le
mot "la folie"
sur les folies, sur les types
de folie
Patrice Gélinet « Mais est-ce quon
les distingue déjà, à ce moment-là
?
Claude Quétel « Ah oui, complètement.
Vous savez, selon que vous êtes
Patrice Gélinet « Est-ce quon parle
de, de névroses, de psychoses, de,...?
Claude Quétel « Ah non, pas de névroses
ni de psychoses, mais on a tout de même les grandes
catégories qui sont en place dès lAntiquité,
et je ne cesse dy insister parce que cest tellement
vrai, cest tellement peu admis que je crois que jai
raison dy insister, mais, selon que vous êtes,
mais peut-être que cette appropriation ne va pas vous
convenir, mais enfin, que vous êtes maniaque ou que
vous êtes mélancolique, que vous êtes phrénétique,
ça nest pas le même type de folie, alors
on dirait aujourdhui selon que vous êtes déprimé
ou agité par exemple, bon, ce sont les types de folie
très très différents et qui ont été
perçus 1000, 2000 ans avant Jésus-Christ.
Patrice Gélinet « En tout cas, le fou
est cette fois-ci considéré comme un malade
et un malade auquel il sagit désormais de porter
des soins, comme ceux quapportait un médecin
anglais au roi dAngleterre Georges II qui était
fou
(17:35
18:45 : sur le docteur Willis)
Patrice Gélinet « Et nous sommes à
la fin du XVIIIème siècle, le fou est enfin,
avec tout ce que cela suppose, hein, bien sûr, est entrain,
devient un malade, devient quelquun que lon soigne,
mais alors avec des moyens que vous citez, que vous appelez
le baroque thérapeutique, cest-à-dire
on emploie encore les méthodes quemployaient
déjà, quon employait sous les Grecs ou
au moyen âge quon appelle les évacuants,
hein je crois, pour chasser les humeurs, mais alors il y a
toute une panoplie dinstruments de torture qui commencent
à apparaître au XIXe siècle, et qui font
peur
Claude Quétel « Oui, le problème
cest que, on a toujours essayé de soigner les
fous, mais on na jamais réussi à les guérir,
donc les, les médications sajoutent les unes
aux autres, et on finit par en avoir un catalogue extraordinaire,
on a tout essayé, on a tout essayé, la médecine
physique, les évacuants, les purgatifs, les vésicatoires,
mais aussi on évoquait tout à lheure la
folie du roi Georges qui va faire avancer beaucoup la future
histoire de la psychiatrie, et les Anglais ont été
très troublés
Patrice Gélinet « ont été
très en avance, il y a eu un docteur Willis, pas le
même mais au XVIIe siècle, qui a été
le premier
Claude Quétel « oui, Thomas, et là,
il y a une réflexion sur ce quon va appeler le
traitement moral, les inventeurs du traitement moral qui va
amener Pinel
Patrice Gélinet « la psychiatrie
Claude Quétel « et qui va amener la psychiatrie,
ce sont les Anglais, cest un courant philanthropique
qui se penche sur la folie alors dabord qui se penche
avec commisération, mais qui ensuite interroge la folie
dun point de vue scientifique, cest-à-dire
comment est-ce quon peut accéder au fou et à
sa maladie, pour tenter de la guérir, et donc là
on nest plus dans le baroque thérapeutique, mais
dans le baroque thérapeutique il y a un tas de choses
extraordinaires, y compris le fameux piano à chats,
où il y avait des aiguilles qui appuyaient sur les
queues des chats et on faisait une musique en les faisant
miauler avec des registres différents, bon, il y a
des choses absolument, bon, vous savez, pourquoi pas des médecines
folles pour soigner la folie...
(20:40)
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-
On croit comprendre à la lecture de cette transcription que,
pour Quétel, l'admission des fous à l'Hôpital
Général a lieu sans formalité légale,
tandis que l'internement en maison de force ne peut s'effectuer
que par lettre de cachet. Deux propositions erronées.
- Par ailleurs, Quétel rejoint, voire reprend l'idée
de Michel Foucault sur la "sédimentation" des fous
à l'Hôpital Général :"cest
un peu comme « quand on secoue un panier, (les fous) finissent
par rester au fond », tandis que les autres reclus (mendiants)
finissent par ressortir. Une idée intéressante, qui aurait toutefois à être documentée.
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Arthaud de Lyon, aliéniste missionnaire
Frédéric Scheider
Préface de Jacques Hochmann.
Paris, Glyphe éd., coll. «Société, histoire et médecine», 2009; 338 p.
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« Joseph
Arthaud (1813-1883), issu dune famille catholique lyonnaise,
consacre sa thèse de médecine à lanatomopathologie
de laliénation mentale, à une époque
où laliénisme est une discipline naissante.
Médecin-chef du quartier des aliénés à
lhospice de lAntiquaille à Lyon, il ouvre lasile
du Vinatier en 1877. La même année, il est nommé
professeur de psychiatrie à la Faculté de médecine
de Lyon. Élève de labbé Noirot et compagnon
du catholique social Frédéric Ozanam, soucieux de
concilier science et foi, il milite pendant trente ans à
la société Saint-Vincent-de-Paul et à la Propagation
de la Foi.
Dualiste comme Descartes, Joseph Arthaud est un homme du premier
seuil de laïcité. Il sera le bouc émissaire des
Républicains lors du mouvement anticlérical des années
1870 qui accompagne linstitution de lécole de
Jules Ferry et la laïcisation des hôpitaux. »
(présentation de l'éditeur)
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La
mortalité des malades mentaux hospitalisés en
France pendant la deuxième guerre mondiale : étude
démographique
Mortality of psychiatric inpatients in France during World
War II: A demographic study
François Chapireau
Institut national détudes démographiques,
Paris, France
L'Encéphale,
Volume 35, n° 2; 121-128 (avril 2009)
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Résumé
Pendant la deuxième guerre mondiale, les malades mentaux
hospitalisés ont souffert plus durement que la population
générale de la surmortalité liée aux
restrictions alimentaires et à la recrudescence de la tuberculose.
Cette question fait lobjet de polémiques vives et anciennes.
En 2007, la question trouve un regain dactualité avec
la parution de louvrage de Mme von Bueltzingsloewen.
Létude démographique conduite pour la première
fois à partir des données publiées donne les
résultats par sexe, âge, diagnostic et catégorie
détablissement. Les taux de mortalité et les
ratios standardisés de mortalité sont calculés.
Débutant dès 1939, la hausse de la mortalité
est massive en 1940 et 1941. En 1941, près dun homme
sur trois et près dune femme sur cinq sont décédés.
À la suite de la circulaire ministérielle du 4 décembre
1942, la mortalité baisse notablement en 1943 et reste stable
en 1944, sans revenir au niveau constaté avant la guerre,
qui nest atteint à nouveau quen 1946, après
une nouvelle baisse en 1945. Enfin, la comparaison avec les personnes
hébergées dans les hospices suggère lexistence
dune surmortalité plus grave dans les établissements
psychiatriques, même si dautres populations vulnérables
ont elles aussi subi les effets redoutables de la famine.
Au total, le nombre de personnes frappées par la surmortalité
dans les établissements psychiatriques peut être estimé
à environ 45 500.
Lampleur de ce drame résulte des restrictions liées
à la guerre, mais aussi de la précarité préexistante
de lhygiène, de lalimentation et de lencadrement
par le personnel dans les établissements psychiatriques.
Summary
Introduction -
In France, World War II lasted from 1939 to 1945. Under-nourishment
was a national problem, and was more severe in mental hospitals.
The mortality of psychiatric inpatients in France during World War
II has long been a controversial issue in the country.
Literature findings -
Some authors wrote of the soft extermination of 40 000
mental patients, although this has been proven false. The historical
study published in 2007 by Isabelle von Bueltzingsloewen provides
in-depth description and analysis of starvation due to food restrictions
in French mental hospitals. Although the French official statistic
services published detailed data, no demographic study has been
published so far. Such studies have been conducted in Norway and
in Finland. The influence of a period of under-nourishment
upon mortality in mental hospitals can rarely be seen with a clarity
equal to that in this work. The strict rationing was the same for
everybody, but, extra muros, there was private initiative and ingenuity
to help in alleviating the distress. Naturally, patients in institution
had no ability to act on their own. The immense increase during
the period of war from 1941 to 1945 appeared both as an increase
in the exact death-risk and as an increase in the disproportion
with normal mortality. The men reacted more strongly than women;
which is readily comprehensible on physiological grounds, as the
rations were virtually the same for all. Excess mortality
continued after the war. Even though under-nourishment had ceased,
death rates from tuberculosis remained high the following year.
Both papers state that the poor hygiene and bad living conditions
existing in mental hospitals before the war worsened the effects
of food restrictions.
Demographic data -
French
data were published by the General Statistics of France (SGF) that
became the National Institute of Statistics and Economic Studies
(Insee) in 1946. A series of datasets were published each year according
to sex, diagnosis and type of psychiatric institution. In 1943,
the outdated diagnostic classification was replaced by a more modern
one, with reference to ICD. The same year, the age groups also changed
(instead of 3544, it became 3039). Publication of data
by type of institution was discontinued in 1943; from 1945 to 1948,
the only available data concerned patients in hospital on 31st December,
by age, sex and diagnosis. General population data were published
by the National Institute of Demographic Studies (INED). The data
referring to civilian population during the war are provided by
the Human Mortality Database. This study covers number of people
in hospital, mortality rates by sex, age, diagnosis and type of
institution, and standardised mortality ratios. These refer to the
civilian population which is more relevant since mental patients
would not have been allowed to join the armed forces, even if they
had not been in hospital. Finally, mortality trends in mental hospitals
are compared with those in hospices for old, disabled or incurable
people, in order to ascertain whether all vulnerable populations
in institutions suffered to the same extent. The results show that
the number of inpatients in 1945 was about half the total recorded
in 1940, due to fewer admissions and to a large increase in the
number of deaths. However, the number of discharges increased in
1940, even though the number of admissions had begun to slow down:
many patients were sent to places offering better food and hygiene.
The number of deaths began to rise as from 1939. Mortality rates
were high in 1940 and especially in 1941, when almost one man in
three and more than one woman in five died. Global rates did not
change in 1942. In December that year, a government order stated
that mental patients should receive more food. Mortality rates went
down in 1943 and 1944, but rates did not return to the prewar values
until 1946. In 1939, mortality rates are high but only among patients
of 70 years of age or more. In 1940, they were highest above 55;
in 1941, rates between ages 15 and 54 were double those of the preceding
year. Thus, even though excess mortality affected all ages, its
strongest effects were felt from the older patients to the younger
ones from 1939 to 1941. Trends according to diagnosis are difficult
to interpret because of the change of classification in 1943. The
patients suffered greatest hardship in public hospitals, which had
no budget of their own and were run by the departements and lowest
in private hospitals contributing to the public service, most of
which were congregational and received religious funding. In 1941,
standardised mortality ratios were more than three times higher
than they were before the war.
Conclusion -
Comparison with people living in hospices shows that during the
war mortality rates were 50% higher in these institutions, while
they almost tripled in mental hospitals. The number of people who
died of starvation and infectious diseases in mental hospitals from
1939 to 1945 can be estimated at about 45,500. However, mental patients
were made specially vulnerable by circumstances that existed before
the war in mental hospitals, in terms of food, hygiene and staffing,
as suggested by an official document quoted in the paper.
Mots clés : Mortalité, Malades mentaux, Deuxième
guerre mondiale, Établissements psychiatriques, Famine
Keywords : Mortality, Mental patients, World War II, Mental
hospitals, Starvation
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